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un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1859· V Les chevaliers errants

« La terre a vu jadis errer des paladins  »

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 74 vers

La terre a vu jadis‖ errer des paladins ;Ils flamboyaient ainsi‖ que des éclairs soudains,Puis s'évanouissaient,‖ laissant sur les visagesLa crainte, et la lueur‖ de leurs brusques passages ;Ils étaient, dans des temps‖ d'oppression, de deuil,De honte, où l'infamie‖ étalait son orgueil,Les spectres de l'honneur,‖ du droit, de la justice ;Ils foudroyaient le crime,‖ ils souffletaient le vice ;On voyait le vol fuir,‖ l'imposture hésiter,Blêmir la trahison,‖ et se déconcerterToute puissance injuste,‖ inhumaine, usurpée,Devant ces magistrats‖ sinistres de l'épée.Malheur à qui faisait‖ le mal ! Un de ces brasSortait de l'ombre avec‖ ce cri : Tu périras !Contre le genre humain‖ et devant la nature,De l'équité suprême‖ ils tentaient l'aventure ;Prêts à toute besogne,‖ à toute heure, en tout lieu,Farouches, ils étaient‖ les chevaliers de Dieu.

Ils erraient dans la nuit‖ ainsi que des lumières.Leur seigneurie était‖ tutrice des chaumières ;Ils étaient justes, bons,‖ lugubres, ténébreux ;Quoique gardé par eux,‖ quoique vengé par eux,Le peuple en leur présence‖ avait l'inquiétudeDe la foule devant‖ la pâle solitude ;Car on a peur de ceux‖ qui marchent en songeant,Pendant que l'aquilon,‖ du haut des cieux plongeant,Rugit, et que la pluie‖ épand à flots son urneSur leur tête entrevue‖ au fond du bois nocturne.

Ils passaient effrayants,‖ muets, masqués de fer.

Quelques-uns ressemblaient‖ à des larves d'enfer ;Leurs cimiers se dressaient‖ difformes sur leurs heaumes ;On ne savait jamais‖ d'où sortaient ces fantômes ;On disait : Qui sont-ils ?‖ d'où viennent-ils ? Ils sontCeux qui punissent, ceux‖ qui jugent, ceux qui vont. —Tragiques, ils avaient‖ l'attitude du rêve.

O les noirs chevaucheurs !‖ ô les marcheurs sans trêve !Partout où reluisait‖ l'acier de leur corset,Partout où l'un d'eux, calme‖ et grave, apparaissaitPosant sa lance au coin‖ ténébreux de la salle,Partout où surgissait‖ leur ombre colossale,On sentait la terreur‖ des pays inconnus ;Celui-ci vient du Rhin ;‖ celui-là du Cydnus ;Derrière eux cheminait‖ la Mort, squelette chauve ;Il semblait qu'aux naseaux‖ de leur cavale fauveOn entendît la mer‖ ou la forêt gronder ;Et c'est aux quatre vents‖ qu'il fallait demanderSi ce passant était‖ roi d'Albe ou de Bretagne ;S'il sortait de la plaine‖ ou bien de la montagne ;S'il avait triomphé‖ du maure, ou du chenilDes peuples monstrueux‖ qui hurlent près du Nil ;Quelle ville son bras‖ avait prise ou sauvée ;De quel monstre il avait‖ écrasé la couvée.

Les noms de quelques-uns‖ jusqu'à nous sont venus ;Ils s'appelaient Bernard,‖ Lahire, Éviradnus ;Ils avaient vu l'Afrique ;‖ ils éveillaient l'idéeD'on ne sait quelle guerre‖ effroyable en Judée ;Rois dans l'Inde, ils étaient‖ en Europe barons ;Et les aigles, les cris‖ des combats, les clairons,Les batailles, les rois,‖ les dieux, les épopées,Tourbillonnaient dans l'ombre‖ au vent de leurs épées ;Qui les voyait passer‖ à l'angle de son murPensait à ces cités‖ d'or, de brume et d'azurQui font l'effet d'un songe‖ à la foule effarée,Tyr, Héliopolis,‖ Solyme, Césarée.Ils surgissaient du sud‖ ou du septentrion,Portant sur leur écu‖ l'hydre ou l'alérion,Couverts des noirs oiseaux‖ du taillis héraldique,Marchant seuls au sentier‖ que le devoir indique,Ajoutant au bruit sourd‖ de leur pas solennelLa vague obscurité‖ d'un voyage éternel ;Ayant franchi les flots,‖ les monts, les bois horriblesIls venaient de si loin,‖ qu'ils en étaient terribles ;Et ces grands chevaliers‖ mêlaient à leurs blasonsToute l'immensité‖ des sombres horizons.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
37((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a paladins / soudains masculine, classiqueb visages / passages féminine, classiquec deuil / orgueil masculine, classiqued justice / vice féminine, classiquee hésiter / déconcerter masculine, classiquef usurpée / l'épée féminine, classiqueg bras / périras masculine, classiqueh nature / l'aventure féminine, classiquei lieu / Dieu masculine, classiquea lumières / chaumières féminine, classiqueb ténébreux / eux masculine, classiquec l'inquiétude / solitude féminine, classiqued songeant / plongeant masculine, classiquee urne / nocturne féminine, classiquea fer / d'enfer masculine, classiqueb heaumes / fantômes féminine, classiquec sont / vont masculine, classiqued rêve / trêve féminine, classiqueb corset / apparaissait masculine, classiquec salle / colossale féminine, classiqued inconnus / Cydnus masculine, classiquee chauve / fauve féminine, classiquef gronder / demander masculine, classiqueg Bretagne / montagne féminine, classiqueh chenil / Nil masculine, classiquei sauvée / couvée féminine, classiquea venus / Éviradnus masculine, classiqueb l'idée / Judée féminine, classiquec barons / clairons masculine, classiqued épopées / épées féminine, classiquee mur / d'azur masculine, classiquef effarée / Césarée féminine, classiqueg septentrion / l'alérion masculine, classiqueh héraldique / indique féminine, classiquei solennel / éternel masculine, classiquej horribles / terribles féminine, classiquek blasons / horizons masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

74 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources