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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1859· V Les chevaliers errants

Le Petit Roi de Galice

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 671 vers

I Le ravin d’Ernula

Ils sont là tous les dix,‖ les enfants d'Asturie.La même affaire unit‖ dans la même prairieLes cinq de Santillane‖ aux cinq d'Oviedo.C'est midi ; les mulets,‖ très las, ont besoin d'eau,L'âne a soif, le cheval‖ souffle et baisse un œil terneEt la troupe a fait halte‖ auprès d'une citerne ;Tout à l'heure on ira‖ plus loin, bannière au vent ;Ils atteindront le fond‖ de l'Asturie avantQue la nuit ait couvert‖ la sierra de ses ombres ;Ils suivent le chemin‖ qu'à travers ces monts sombresUn torrent, maintenant‖ à sec, jadis creusa,Comme S'il voulait joindre‖ Espos à Tolosa ;Un prêtre est avec eux‖ qui lit son bréviaire.

Entre eux et Compostelle‖ ils ont mis la rivière.Ils sont près d'Ernula,‖ bois où le pin verdit,Où Pélage est si grand,‖ que le chevrier dit :« Les arabes faisaient‖ la nuit sur la patrie.Combien sont-ils ? criaient‖ les peuples d'Asturie.Pélage en sa main prit‖ la forêt d'Ernula,Alluma cette torche,‖ et, tant qu'elle brûla,Il put voir et compter,‖ du haut de la montagne,Les maures ténébreux‖ jusqu'au fond de l'Espagne. »

II Leurs altesses

L'endroit est désolé,‖ les gens sont triomphants.

C'est un groupe tragique‖ et fier que ces infants,Précédés d'un clairon‖ qu'à distance accompagneUne bande des gueux‖ les plus noirs de l'Espagne ;Sur le front des soldats,‖ férocement vêtus,La montera de fer‖ courbe ses crocs pointus,Et Mauregat n'a point‖ d'estafiers plus sauvages,Et le forban Dragut‖ n'a pas sur les rivagesÉcumé de forçats‖ pires, et GaïfferN'a pas, dans le troupeau‖ qui le suit, plus d'enfer ;Les casques sont d'acier‖ et les cœurs sont de bronze ;Quant aux infants, ce sont‖ dix noms sanglants ; Alonze,Don Santos Pacheco‖ le Hardi, Froïla,Qui, si l'on veut Satan,‖ peut dire : Me voilà !Ponce, qui tient la mer‖ d'Irun à Biscarosse,Rostabat le Géant,‖ Materne le féroce,Blas, Ramon, Jorge, et Ruy‖ le Subtil, leur aîné,Blond, le moins violent‖ et le plus acharné.

Le mont, complice et noir,‖ s'ouvre en gorges désertes.

Ils sont frères ; c'est bien ;‖ sont-ils amis ? non, certes.Ces Caïns pour lien‖ ont la perte d'autrui.Blas, du reste, est l'ami‖ de Materne, et don RuyDe Ramon, comme Atrée‖ est l'ami de Thyeste.

III Nuño

Les chefs parlent entre eux,‖ les soldats font la sieste,

Les chevaux sont parqués‖ à part, et sont gardésPar dix hommes riant,‖ causant, jouant aux dés,Qui sont dix intendants,‖ ayant titres de maîtres,Armés d'épieux, avec‖ des poignards à leurs guêtres.Le sentier a l'air traître‖ et l'arbre a l'air méchant ;Et la chèvre qui broute‖ au flanc du mont penchant,Entre les grès lépreux‖ trouve à peine une câpre,Tant la ravine est fauve‖ et tant la roche est âpre :De distance en distance,‖ on voit des puits bourbeuxOù finit le sillon‖ des chariots à bœufs ;Hors un peu d'herbe autour‖ des puits, tout est aride ;Tout du grand midi sombre‖ a l'implacable ride ;Les arbres sont gercés,‖ les granits sont fendus ;L'air rare et brûlant manque‖ aux oiseaux éperdus.On distingue des tours‖ sur l'épine dorsaleD'un mont lointain qui semble‖ une ourse colossale.Quand où Dieu met le roc‖ l'homme bâtit le fort,Quand à la solitude‖ il ajoute la mort,Quand de l'inaccessible‖ il fait l'inexpugnable,C'est triste. Dans des plis‖ d'ocre rouge et de sable,Les hauts sentiers des cols,‖ vagues linéaments,S'arrêtent court, brusqués‖ par les escarpements.Vers le nord, le troupeau‖ des nuages qui passe,Poursuivi par le vent,‖ chien hurlant de l'espace,S'enfuit, à tous les pics‖ laissant de sa toison.Le Corcova remplit‖ le fond de l'horizon.

On entend dans les pins‖ que l'âge use et mutileLutter le rocher hydre‖ et le torrent reptile ;Près du petit pré vert‖ pour la halte choisi,Un précipice obscur,‖ sans pitié, sans merci,Aveugle, ouvre son flanc,‖ plein d'une pâle brumeOù l'Ybaïchalval,‖ épouvantable, écume.De vrais brigands n'auraient‖ pas mieux trouvé l'endroit.Le col de la vallée‖ est tortueux, étroit,Rude, et si hérissé‖ de broussaille et d'ortie,Qu'un seul homme en pourrait‖ défendre la sortie.

De quoi sont-ils joyeux ?‖ D'un exploit. Cette nuit,Se glissant dans la ville‖ avec leurs gens, sans bruit,Avant l'heure où commence‖ à poindre l'aube grise,Ils ont dans Compostelle‖ enlevé par surpriseLe pauvre petit roi‖ de Galice, Nuño.Les loups sont là, pesant‖ dans leur griffe l'agneau.En cercle près du puits,‖ dans le champ d'herbe verte,Cette collection‖ de monstres se concerte.

Le jeune roi captif‖ a quinze ans ; ses voleursSont ses oncles ; de là‖ son effroi ; pas de pleurs,Il se tait ; il comprend‖ le but qui les rassemble ;Il bâille, et par moments‖ ferme les yeux, et tremble.Son front triste est meurtri‖ d'un coup de gantelet.En partant on l'avait‖ lié sur un mulet ;Grave et sombre, il a dit :‖ Cette corde me blesse.On l'a fait délier,‖ dédaignant sa faiblesse ;Mais ses oncles hagards‖ fixent leurs veux sur lui.L'orphelin sent le vide‖ horrible et sans appui.A sa mort, espérant‖ dompter les vents contraires,Le feu roi don Garci‖ fit venir ses dix frères,Supplia leur honneur,‖ leur sang, leur cœur, leur foi,Et leur recommanda‖ ce faible enfant, leur roi.On discute, en baissant‖ la voix avec mystère,Trois avis : le cloîtrer‖ au prochain monastère,L'aller vendre à Juzaph,‖ prince des sarrasins,Le jeter simplement‖ dans un des puits voisins.

IV La conversation des infants

— La vie est un affront‖ alors qu'on nous la laisse,Dit Pacheco ; qu'il vive‖ et meure de vieillesse !Tué, c'était le roi ;‖ vivant, c'est un bâtard.Qu’il vive ! au couvent !— Mais s’il reparaît plus tard ?Dit Jorge.— Oui, s’il revient ? dit Materno l’Hyène.— S’il revient ? disent Ponce et Ramon.— Qu’il revienne !Réplique Pacheco.‖ Frères, si maintenantNous le laissons vivant,‖ nous le faisons manant.Je lui dirais : Choisis ;‖ la mort, ou bien le cloître.Si, pouvant disparaître,‖ il aime mieux décroître,Je vous l'enferme au fond‖ d'un moûtier vermoulu,Et je lui dis : C'est bon ;‖ c'est toi qui l'as voulu.Un roi qu'on avilit‖ tombe ; on le destitue,Bien quand on le méprise‖ et mal quand on le tue.Nuño mort, c'est un spectre ;‖ il reviendrait. Mais, bah !Ayant plié le jour‖ où mon bras le courba,Mais s'étant laissé tondre,‖ ayant eu la paresseDe vivre, que m'importe‖ après qu'il reparaisse ?Je dirais : — Le feu roi‖ hantait les filles ; bien ;A-t-il eu quelque part‖ ce fils ? Je n'en sais rien ;Mais depuis quand, bâtard‖ et lâche, est-on des nôtres ?Toute la différence‖ entre un rustre et nous autres,C'est que, si l'affront vient‖ à notre choix s'offrir,Le rustre voudra vivre‖ et le prince mourir ;Or, ce drôle a vécu.‖ — Les manants ont envieDe devenir caducs,‖ et tiennent à la vie ;Ils sont bourgeois, marchands,‖ bâtards, vont aux sermons,Et meurent vieux ; mais nous,‖ les princes, nous aimonsUne jeunesse courte‖ et gaie à fin sanglante ;Nous sommes les guerriers ;‖ nous trouvons la mort lente,Et nous lui crions : viens !‖ et nous accéléronsSon pas lugubre avec‖ le bruit de nos clairons.Le peuple nous connaît,‖ et le sait bien ; il chasseQuiconque prouve mal‖ sa couronne et sa race,Quiconque porte mal‖ sa peau de roi. JamaisUn roi n'est ressorti‖ d'un cloître ; et je prometsDe donner aux bouviers‖ qui sont dans la prairieTous mes états d'Algarve‖ et tous ceux d'Asturie,Si quelqu'un, n'importe où,‖ dans les pays de merOu de terre, en Espagne,‖ en France, dans l'enfer,Me montre un capuchon‖ d'où sort une couronne.Le froc est un linceul‖ que la nuit environne ;Après que vous avez‖ blêmi dans un couvent,On ne veut plus de vous ;‖ un moine, est-ce un vivant ?On ne vous trouve plus‖ la mine assez féroce.— Moine, reprends ta robe !‖ Abbé, reprends ta crosse !Va-t'en. — Voilà le cri‖ qu'on vous jette. LaissonsVivre l’enfant.Don Ruy, le chef des trahisons,Froid, se parle à lui-même et dit :— Cette mesureAurait ceci de bon‖ qu'elle serait très sûre.— Laquelle ? dit Ramon.Mais Ruy, sans se hâter :— Je ne sais rien de mieux,‖ dit-il, pour compléterLes choses de l'état‖ et de la politique,Et les actes prudents‖ qu'on fait et qu'on pratiqueEt qui ne doivent pas‖ du vulgaire être sus,Qu'un puits profond, avec‖ une pierre dessus.Cela se dit pendant‖ que les gueux, pêle-mêle,Boivent l'ombre et le rêve‖ à l'obscure mamelleDu sommeil ténébreux‖ et muet, et pendantQue l'enfant songe, assis‖ sous le soleil ardent.Le prêtre mange, avec‖ les prières d'usage.

V Les soldats continuent de dormir Et les infants de causer

Une faute ; on n'a point‖ fait garder le passage.O don Ruy le Subtil,‖ à quoi donc pensez-vous ?Mais don Ruy répondrait :‖ — J'ai la ronce et le houx,Et chaque pan de roche‖ est une sentinelle ;La fauve solitude‖ est l'amie éternelleDes larrons, des voleurs‖ et des hommes de nuit ;Ce pays ténébreux‖ comme un antre est construit,Et nous avons ici‖ notre aire inabordable ;C'est un vieux recéleur‖ que ce mont formidable ;Sinistre, il nous accepte,‖ et, quoi que nous fassions,Il cache dans ses trous‖ toutes nos actions ;Et que pouvons-nous donc‖ craindre dans ces provinces,Étant bandits aux champs‖ et dans les villes princes ?Le débat sur le roi‖ continue. — Il faudrait,Dit l'infant Ruy, trouver‖ quelque couvent discret,Quelque in-pace bien calme‖ où cet enfant vieillisse ;Soit. Mais il vaudrait mieux‖ abréger le supplice,Et s'en débarrasser‖ dans l'Ybaïchalval.Prenez vite un parti,‖ vite ! Ensuite à cheval !Dépêchons.Et, voyant que l’infant don MaterneJette une pierre, et puis‖ une autre, à la citerne,Et qu'il suit du regard‖ les cercles qu'elles font,L'infant Ruy s'interrompt,‖ dit : — Pas assez profond.J’ai regardé. — Puis, calme, il reprend :— Une affairePerd sa première forme‖ alors qu'on la diffère.Un point est décidé‖ dès qu'il est éclairci.Nous sommes tous d'accord‖ en bons frères ici,L'enfant nous gêne. Il faut‖ que de la vie il sorte ;Le cloître n'est qu'un seuil,‖ la tombe est une porte.Choisissez. Mais que tout‖ soit fait avant demain.

VI Quelqu’un

Alerte ! un cavalier‖ passe dans le chemin.

C'est l'heure où les soldats,‖ aux yeux lourds, aux fronts blêmes,La sieste finissant,‖ se réveillent d'eux-mêmes.Le cavalier qui passe‖ est habillé de fer ;Il vient par le sentier‖ du côté de la mer ;Il entre dans le val,‖ il franchit la chaussée ;Calme, il approche. Il a‖ la visière baissée ;Il est seul ; son cheval est blanc.Bon chevalier,Qu'est-ce que vous venez‖ faire dans ce hallier ?Bon passant, quel hasard‖ funeste vous amèneParmi ces rois ayant‖ de la figure humaineTout ce que les démons‖ peuvent en copier ?Quelle abeille êtes-vous‖ pour entrer au guêpier ?Quel archange êtes-vous‖ pour entrer dans l'abîme ?Les princes, occupés‖ de bien faire leur crime,Virent, hautains d'abord,‖ sans trop se soucier,Passer cet inconnu‖ sous ce voile d'acier ;Lui-même, il paraissait,‖ traversant la clairière,Regarder vaguement‖ leur bande aventurière ;Comme si ses poumons‖ trouvaient l'air étouffant,Il se hâtait ; soudain‖ il aperçut l'enfant ;Alors il marcha droit‖ vers eux, mit pied à terre,Et, grave, il dit :— Je sens une odeur de panthère,Comme si je passais‖ dans les monts de Tunis.Je vous trouve en ce lieu‖ trop d'hommes réunis ;Fait-on le mal ici‖ par hasard ? Je soupçonneVolontiers les endroits‖ où ne passe personne.Qu'est-ce que cet enfant ?‖ Et que faites-vous là ?

Un rire, si bruyant‖ qu'un vautour s'envola,Fut du fier Pacheco‖ la première réponse ;Puis il cria :

— Pardieu, mes frères ! Jorge, Ponce,Ruy, Rostabat, Alonze,‖ avez-vous entendu ?Les arbres du ravin‖ demandent un pendu ;Qu'ils prennent patience,‖ ils l'auront tout à l'heure ;Je veux d'abord répondre‖ à l'homme. Que je meureSi je lui cèle rien‖ de ce qu'il veut savoir !Devant moi d'ordinaire,‖ et dès que l'on croit voirQuelque chose qui semble‖ aux manants mon panache,Vite on clôt les volets‖ des maisons, on se cache,On se bouche l'oreille‖ et l'on ferme les yeux ;Je suis content d'avoir‖ enfin un curieux.Il ne sera pas dit‖ que quelqu'un sur la terre,Princes, m'aura vu faire‖ une chose et la taire,Et que, questionné,‖ j'aurai balbutié.Le hardi qui fait peur,‖ muet, ferait pitié.Ma main s'ouvre toujours,‖ montrant ce qu'elle sème.J'étalerais mon âme‖ à Dieu, vînt-il lui-mêmeM'interroger du haut‖ des cieux, moi, Pacheco,Ayant pour voix la foudre‖ et l'enfer pour écho.Çà, qui que tu sois, homme,‖ écoute, misérable,Nous choisirons après‖ ton chêne ou ton érable,Selon qu'il peut te plaire,‖ en ce bois d'Ernula,Pendre à ces branches-ci‖ plutôt qu'à celles-là.Écoute. Ces seigneurs‖ à mines téméraires,Et moi, le Pacheco,‖ nous sommes les dix frères.Nous sommes les infants‖ d'Asturie ; et ceci,C'est Nuño, fils de feu‖ notre frère Garci,Roi de Galice, ayant‖ pour ville Compostelle ;Nous, ses oncles, avons‖ sur lui droit de tutelle ;Nous l'allons verrouiller‖ dans un couvent. Pourquoi ?C'est qu'il est si petit,‖ qu'il est à peine roi,Et que ce peuple-ci‖ veut de fortes épées ;Tant de haines autour‖ du maître sont groupéesQu'il faut que le seigneur‖ ait la barbe au menton ;Donc, nous avons ôté‖ du trône l'avorton,Et nous allons l'offrir‖ au bon Dieu. Sur mon âme,Cela vous a la peau‖ plus blanche qu'une femme !Mes frères, n'est-ce pas ?‖ c'est mou, c'est grelottant ;On ignore s'il voit,‖ on ne sait s'il entend ;Un roi, ça ! rien qu'à voir‖ ce petit on s'ennuie.Moi, du moins, j'ai dans l'œil‖ des flammes, et la pluie,Le soleil et le vent,‖ ces farouches tanneurs,M'ont fait le cuir robuste‖ et ferme, messeigneurs !Ah ! pardieu, s'il est beau‖ d'être prince, c'est rude ;Avoir du combattant‖ l'éternelle attitude,Vivre casqué, suer‖ l'été, geler l'hiver,Être le ver affreux‖ d'une larve de fer,Coucher dans le harnais,‖ boire à la calebasse,Le soir être si las‖ qu'on va la tête basse,Se tordre un linge aux pieds,‖ les souliers vous manquant,Guerroyer tout le jour,‖ la nuit garder le camp,Marcher à jeun, marcher‖ vaincu, marcher malade,Sentir suinter le sang‖ par quelque estafilade,Manger des oignons crus‖ et dormir par hasard,Voilà. Vissez-moi donc‖ le heaume et le brassardSur ce fœtus, à qui‖ bientôt on verra croîtrePar derrière une mitre‖ et par devant un goître !A la bonne heure, moi !‖ je suis le compagnonDes coups d'épée, et j'ai‖ la colère pour nom.Et les poils de mon bras‖ font peur aux bêtes fauves.Ce nain vivra tondu‖ parmi les vieillards chauves ;Il se pourrait aussi,‖ pour le bien de l'état,Si l'on trouvait un puits‖ très creux, qu'on l'y jetât ;Moi, je l'aimerais mieux‖ moine en quelque cachette,Servant la messe au prêtre‖ avec une clochette.Pour nous, chacun de nous‖ étant prince et géant,Nous gardons sceptre et lance,‖ et rien n'est mieux séantQu'aux enfants la chapelle‖ et la bataille aux hommes.Il a précisément‖ dix comtés, et nous sommesDix princes ; est-il rien‖ de plus juste ? A présent,N'est-ce pas, tu comprends‖ cette affaire, passant ?Elle est simple, et l'on peut‖ n'en pas faire mystère,Et le jour ne va pas‖ s'éclipser, et la terreNe va pas refuser‖ aux hommes le maïs,Parce que dix seigneurs‖ partagent un pays,Et parce qu'un enfant‖ rentre dans la poussière.

Le chevalier leva‖ lentement sa visière.— Je m'appelle Roland,‖ pair de France, dit-il.

VII Don Ruy le subtil

Alors l'aîné prudent,‖ le chef, Ruy le Subtil,Sourit.— Sire Roland, ma pente naturelleÉtant de ne chercher‖ à personne querelle,Je vous salue, et dis :‖ Soyez le bienvenu !Je vous fais remarquer‖ que ce pays est nu,Rude, escarpé, désert,‖ brutal, et que nous sommesDix infants bien armés‖ avec dix majordomes,Ayant derrière nous‖ cent coquins fort méchants,Et que, s'il nous plaisait,‖ nous pourrions dans ces champsLaisser de la charogne‖ en pâture aux voléesDe corbeaux que le soir‖ chasse dans les vallées.Vous êtes dans un vrai‖ coupe-gorge ; voyez,Pas un toit, pas un mur,‖ des sentiers non frayés,Personne ; aucun secours‖ possible ; et les cascadesCouvrent le cri des gens‖ tombés aux embuscades.On ne voyage guère‖ en ce val effrayant.Les songe-creux, qui vont‖ aux chimères bayant,Trouvent les âpretés‖ de ces ravins fort belles ;Mais ces chemins pierreux‖ aux passants sont rebelles,Ces pics repoussent l'homme,‖ ils ont des coins hagardsHantés par des vivants‖ aimant peu les regards,Et, quand une vallée‖ est à ce point rocheuse,Elle peut devenir‖ aux curieux fâcheuse.Bon Roland, votre nom‖ est venu jusqu'à nous.Nous sommes des seigneurs‖ bienfaisants et très doux,Nous ne voudrions pas‖ vous faire de la peine,Allez-vous-en. Parfois‖ la montagne est malsaine.Retournez sur vos pas,‖ ne soyez point trop lent,Retournez.— Décidez mon cheval, dit Roland ;Car il a l'habitude‖ étrange et ridiculeDe ne pas m'obéir‖ quand je veux qu'il recule.Les infants un moment‖ se parlèrent tout bas.Et Ruy dit à Roland :— Tant d’illustres combatsFont luire votre gloire,‖ ô grand soldat sincère,Que nous vous aimons mieux‖ compagnon qu'adversaire.Seigneur, tout invincible‖ et tout Roland qu'on est,Quand il faut, pied à pied,‖ dans l'herbe et le genêt,Lutter seul, et, n'ayant‖ que deux bras, tenir têteA cent vingt durs garçons,‖ c'est une sombre fête ;C'est un combat d'un sang‖ généreux empourpré,Et qui pourrait finir,‖ sur le sinistre pré,Par les os d'un héros‖ réjouissant les aigles.Entendons-nous plutôt.‖ Les états ont leurs règles ;Et vous êtes tombé‖ dans un arrangementDe famille, inutile‖ à conter longuement ;Seigneur, Nuño n'est pas‖ possible ; je m'explique.L'enfantillage nuit‖ à la chose publique ;Mettre sur un tel front‖ la couronne, l'effroi,La guerre, n'est-ce pas‖ stupide ? Un marmot roi !Allons donc ! en ce cas,‖ si le contre-sens règne,Si l'absurde fait loi,‖ qu'on me donne une duègne,Et dites aux brebis‖ de rugir, ordonnezAux biches d'emboucher‖ les clairons forcenés ;En même temps, soyez‖ conséquent, qu'on affubleL'ours des monts et le loup‖ des bois d'une chasuble,Et qu'aux pattes du tigre‖ on plante un goupillon.Seigneur, pour être sage,‖ on n'est pas un félon ;Et les choses qu'ici‖ je vous dis sont certainesPour les docteurs autant‖ que pour les capitaines.J'arrive au fait ; soyons‖ amis. Nous voulons tousFaire éclater l'estime‖ où nous sommes de vous ;Voici. Leso n'est pas‖ une bourgade vile,La ville d'Oyarzun‖ est une belle ville,Toutes deux sont à vous ;‖ si, pesant nos raisons,Vous nous prêtez main-forte‖ en ce que nous faisons,Nous vous donnons les gens,‖ les bois, les métairies.Donc vous voilà seigneur‖ de ces deux seigneuries ;Il ne nous reste plus‖ qu'à nous tendre la main.Nous avons de la cire,‖ un prêtre, un parchemin,Et pour que votre grâce‖ en tout point soit contente,Nous allons vous signer‖ ici votre patente ;C’est dit.— Avez-vous fait ce rêve ? dit Roland.Et, présentant au roi‖ son beau destrier blanc :— Tiens, roi ! pars au galop,‖ hâte-toi, cours, regagneTa ville, et saute au fleuve‖ et passe la montagne,Va ! —L’enfant-roi bondit en selle éperdument,Et le voilà qui fuit‖ sous le clair firmament,A travers monts et vaux,‖ pâle, à bride abattue.— Çà, le premier qui monte‖ à cheval, je le tue,Dit Roland.Les infants se regardaient entre euxStupéfaits.

VIII Pacheco, Froïla, Rostabat

Et Roland :— Il serait désastreuxQu'un de vous poursuivît‖ cette proie échappée,Je ferais deux morceaux‖ de lui d'un coup d'épée,Comme le Duero‖ coupe Léon en deux.

Et, pendant qu'il parlait,‖ à son bras hasardeuxLa grande Durandal‖ brillait toute joyeuse.Roland s'adosse au tronc‖ robuste d'une yeuse,Criant : — Défiez-vous‖ de l'épée. Elle mord.— Quand tu serais femelle‖ ayant pour nom la Mort,J'irais ! J'égorgerai‖ Nuño dans la campagne !Dit Pacheco, sautant‖ sur son genet d'Espagne.Roland monte au rocher‖ qui barre le chemin.

L'infant pique des deux,‖ une dague à la main,Une autre entre les dents,‖ prête à la repartie ;Qui donc l'empêcherait‖ de franchir la sortie ?Ses poignets sont crispés‖ d'avance du plaisirD'atteindre le fuyard‖ et de le ressaisir,Et de sentir trembler‖ sous l'ongle inexorableToute la pauvre chair‖ de l'enfant misérable.Il vient, et sur Roland‖ il jette un long lacet ;Roland, surpris, recule,‖ et Pacheco passait…Mais le grand paladin‖ se roidit, et l'assommeD'un coup prodigieux‖ qui fendit en deux l'hommeEt tua le cheval,‖ et si surnaturelQu'il creva le chanfrein‖ et troua le girel.

— Qu’est-ce que j’avais dit ? fit Roland.— Qu’on soit sageReprit-il ; renoncez‖ à forcer le passage.Si l'un de vous, bravant‖ Durandal à mon poing,A le cerveau heurté‖ de folie à ce point,Je lui ferai descendre‖ au talon sa fêlure ;Voyez.Don Froïla, caressant l’encolureDe son large cheval‖ au mufle de taureau,Crie : Allons !— Pas un pas de plus, caballero !Dit Roland.Et l’infant répond d’un coup de lance ;Roland, atteint, chancelle,‖ et Froïla s'élance ;Mais Durandal se dresse,‖ et jette FroïlaSur Pacheco, dont l'âme‖ en ce moment hurla.Froïla tombe, étreint‖ par l'angoisse dernière ;Son casque, dont l'épée‖ a brisé la charnière,S'ouvre, et montre sa bouche‖ où l'écume apparaît.Bave épaisse et sanglante !‖ Ainsi, dans la forêt,La sève en mai, gonflant‖ les aubépines blanches,S'enfle et sort en salive‖ à la pointe des branches.

— Vengeance ! mort ! rugit‖ Rostabat le Géant,Nous sommes cent contre un.‖ Tuons ce mécréant !

— Infants ! cria Roland,‖ la chose est difficile ;Car Roland n'est pas un.‖ J'arrive de Sicile,D'Arabie et d'Égypte,‖ et tout ce que je sais,C'est que des peuples noirs‖ devant moi sont passés ;Je crois avoir plané‖ dans le ciel solitaire ;Il m'a semblé parfois‖ que je quittais la terreEt l'homme, et que le dos‖ monstrueux des griffonsM'emportait au milieu‖ des nuages profonds ;Mais, n'importe, j'arrive,‖ et votre audace est rare,Et j'en ris. Prenez garde‖ à vous, car je déclare,Infants, que j'ai toujours‖ senti Dieu près de moi.Vous êtes cent contre un !‖ Pardieu ! le bel effroi !Fils, cent maravédis‖ valent-ils une piastre ?Cent lampions sont-ils‖ plus farouches qu'un astre ?Combien de poux faut-il‖ pour manger un lion ?Vous êtes peu nombreux‖ pour la rébellionEt pour l'encombrement‖ du chemin, quand je passe.Arrière !Rostabat le Géant, tête basse,Crachant les grognements‖ rauques d'un sanglier,Lourd colosse, fondit‖ sur le bon chevalier,Avec le bruit d'un mur‖ énorme qui s'écroule ;Près de lui, s'avançant‖ comme une sombre foule,Les sept autres infants,‖ avec leurs intendants,Marchent, et derrière eux‖ viennent, grinçant des dents,Les cent coupe-jarrets‖ à faces renégates,Coiffés de monteras‖ et chaussés d'alpargates,Demi-cercle féroce,‖ agile, étincelant ;Et tous font converger‖ leurs piques sur Roland.L'infant, monstre de cœur,‖ est monstre de stature ;Le rocher de Roland‖ lui vient à la ceinture ;Leurs fronts sont de niveau‖ dans ces puissants combats,Le preux étant en haut‖ et le géant en bas.

Rostabat prend pour fronde,‖ ayant Roland pour cible,Un noir grappin qui semble‖ une araignée horrible,Masse affreuse oscillant‖ au bout d'un long anneau ;Il lance sur Roland‖ cet arrache-créneau ;Roland l'esquive, et dit‖ au géant : Bête brute !Le grappin égratigne‖ un rocher dans sa chute,Et le géant bondit,‖ deux haches aux deux poings.

Le colosse et le preux,‖ terribles, se sont joints.

— O Durandal, ayant‖ coupé Dol en Bretagne,Tu peux bien me trancher‖ encor cette montagne,Dit Roland, assenant‖ l'estoc sur Rostabat.

Comme sur ses deux pieds‖ de devant l'ours s'abat,Après s'être dressé‖ pour étreindre le pâtre,Ainsi Rostabat tombe ;‖ et sur son cou d'albâtreLaïs nue avait moins d’escarboucles luisantQue ces fauves rochers‖ n'ont de flaques de sang.Il tombe ; la bruyère‖ écrasée est remplieDe cette monstrueuse‖ et vaste panoplie ;Relevée en tombant,‖ sa chemise d'acierLaisse nu son poitrail‖ de prince carnassier,Cadavre au ventre horrible,‖ aux hideuses mamelles,Et l'on voit le dessous‖ de ses noires semelles.

Les sept princes vivants‖ regardent les trois morts.

Et, pendant ce temps-là,‖ lâchant rênes et mors,Le pauvre enfant sauvé‖ fuyait vers Compostelle.

Durandal brille et fait‖ refluer devant elleLes assaillants poussant‖ des souffles d'aquilon ;Toujours droit sur le roc‖ qui ferme le vallon,Roland crie au troupeau‖ qui sur lui se resserre :

— Du renfort vous serait‖ peut-être nécessaire.Envoyez-en chercher.‖ A quoi bon se presser ?J'attendrai jusqu'au soir‖ avant de commencer.

— Il raille ! Tous sur lui !‖ dit Jorge, et pêle-mêle !Nous sommes vautours ; l'aigle‖ est notre sœur jumelle,Fils, courage ! et ce soir,‖ pour son souper sanglant,Chacun de nous aura‖ son morceau de Roland. —

IX Durandal travaille

Laveuses qui, dès l'heure‖ où l'orient se dore,Chantez, battant du linge‖ aux fontaines d'Andorre,Et qui faites blanchir‖ des toiles sous le ciel ;Chevriers qui roulez sur le JaïzquivelDans les nuages gris‖ votre hutte isolée ;Muletiers qui poussez‖ de vallée en valléeVos mules sur les ponts‖ que César éleva,Sait-on ce que là-bas‖ le vieux mont CorcovaRegarde par-dessus‖ l'épaule des collines ?

Le mont regarde un choc‖ hideux de javelines,Un noir buisson vivant‖ de piques, hérissé,Comme au pied d'une tour‖ que ceindrait un fossé,Autour d'un homme, tête‖ altière, âpre, escarpée,Que protège le cercle‖ immense d'une épée.Tous d'un côté ; de l'autre,‖ un seul ; tragique duel !Lutte énorme ! combat‖ de l'Hydre et de Michel !

Qui pourrait dire au fond‖ des cieux pleins de huéesCe que fait le tonnerre‖ au milieu des nuéesEt ce que fait Roland‖ entouré d'ennemis ?Larges coups, flots de sang‖ par des bouches vomis,Faces se renversant‖ en arrière livides,Casques brisés roulant‖ comme des cruches vides,Flots d'assaillants toujours‖ repoussés, blessés, morts,Cris de rage. O carnage !‖ ô terreur ! corps à corpsD'un homme contre un tas‖ de gueux épouvantable !Comme un usurier met‖ son or sur une table,Le meurtre sur les morts‖ jette les morts, et rit.Durandal flamboyant‖ semble un sinistre esprit ;Elle va, vient, remonte‖ et tombe, se relève,S'abat, et fait la fête‖ effrayante du glaive ;Sous son éclair, les bras,‖ les cœurs, les yeux, les fronts,Tremblent, et les hardis,‖ nivelés aux poltrons,Se courbent ; et l'épée‖ éclatante et fidèleDonne des coups d'estoc‖ qui semblent des coups d'aile ;Et sur le héros, tous‖ ensemble, le truand,Le prince, furieux,‖ s'acharnent, se ruant,Frappant, parant, jappant,‖ hurlant, criant : main-forte !Roland est-il blessé ?‖ Peut-être. Mais qu'importe ?Il lutte. La blessure‖ est l'altière faveurQue fait la guerre au brave‖ illustre, au preux sauveur,Et la chair de Roland,‖ mieux que l'acier trempée,Ne craint pas ce baiser‖ farouche de l'épée.Mais, cette fois, ce sont‖ des armes de goujats,Lasos plombés, couteaux‖ catalans, navajas,Qui frappent le héros,‖ sur qui cette familleDe monstres se reploie‖ et se tord et fourmille ;Le héros sous son pied‖ sent onduler leurs nœudsComme les gonflements‖ d'un dragon épineux ;Son armure est partout‖ bosselée et fêlée ;Et Roland par moments‖ songe dans la mêlée :— Pense-t-il à donner‖ à boire à mon cheval ?

Un ruisseau de pourpre erre‖ et fume dans le val,Et sur l'herbe partout‖ des gouttes de sang pleuvent ;Cette clairière aride‖ et que jamais n'abreuventLes urnes de la pluie‖ et les vastes seaux d'eauQue l'hiver jette au front‖ des monts d'Urbistondo,S'ouvre, et, toute brûlée‖ et toute crevassée,Consent joyeusement‖ à l'horrible rosée ;Fauve, elle dit : C'est bon.‖ J'ai moins chaud maintenant.Des satyres, couchés‖ sur le dos, égrenantDes grappes de raisin‖ au-dessus de leur tête,Des ægipans aux yeux‖ de dieux, aux pieds de bête,Joutant avec le vieux‖ Silène, s'essoufflantA se vider quelque outre‖ énorme dans le flanc,Tétant la nymphe Ivresse‖ en leur riante envie,N'ont pas la volupté‖ de la soif assouviePlus que ce redoutable‖ et terrible ravin.La terre boit le sang‖ mieux qu'un faune le vin.Un assaut est suivi‖ d'un autre assaut. A peineRoland a-t-il broyé‖ quelque gueux qui le gêne,Que voilà de nouveau‖ qu'on lui mord le talon.Noir fracas ! la forêt,‖ la lande, le vallon,Les cols profonds, les pics‖ que l'ouragan insulte,N'entendent plus le bruit‖ du vent dans ce tumulte ;Un vaste cliquetis‖ sort de ce sombre effort ;Tout l'écho retentit.‖ Qu'est-ce donc que la mortForge dans la montagne‖ et fait dans cette brume,Ayant ce vil ramas‖ de bandits pour enclume,Durandal pour marteau,‖ Roland pour forgeron ?

X Le crucifix

Et, là-bas, sans qu'il fût‖ besoin de l'éperon,Le cheval galopait‖ toujours à perdre haleine.Il passait la rivière,‖ il franchissait la plaine,Il volait ; par moments,‖ frémissant et ravi,L'enfant se retournait,‖ tremblant d'être suivi,Et de voir, des hauteurs‖ du monstrueux repaire,Descendre quelque frère‖ horrible de son père.

Comme le soir tombait,‖ Compostelle apparut.Le cheval traversa‖ le pont de granit brutDont saint Jacque a posé‖ les premières assises ;Les bons clochers sortaient‖ des brumes indécises ;Et l'orphelin revit‖ son paradis natal.

Près du pont se dressait,‖ sur un haut piédestal,Un Christ en pierre ayant‖ à ses pieds la madone,Un blanc cierge éclairait‖ sa face qui pardonne,Plus douce à l'heure où l'ombre‖ au fond des cieux granditEt l'enfant arrêta‖ son cheval, descendit,S'agenouilla, joignit‖ les mains devant le cierge,Et dit :— O mon bon Dieu, ma bonne sainte Vierge,J’étais perdu ; j’étais le ver sous le pavé ;Mes oncles me tenaient ;‖ mais vous m'avez sauvé ;Vous m'avez envoyé‖ ce paladin de France,Seigneur ; et vous m'avez‖ montré la différenceEntre les hommes bons‖ et les hommes méchants.J'avais peut-être en moi‖ bien des mauvais penchants,J'eusse plus tard peut-être‖ été moi-même infâme ;Mais, en sauvant la vie,‖ ô Dieu, vous sauvez l'âme,Vous m'êtes apparu‖ dans cet homme, Seigneur ;J'ai vu le jour, j'ai vu‖ la foi, j'ai vu l'honneur,Et j'ai compris qu'il faut‖ qu'un prince compatisseAu malheur, c'est-à-dire,‖ ô père ! à la justice.O madame Marie !‖ ô Jésus ! à genouxDevant le crucifix‖ où vous saignez pour nous,Je jure de garder‖ ce souvenir, et d'êtreDoux au faible, loyal‖ au bon, terrible au traître,Et juste et secourable‖ à jamais, écolierDe ce qu'a fait pour moi‖ ce vaillant chevalier.Et j'en prends à témoin‖ vos saintes auréoles. —

Le cheval de Roland‖ entendit ces paroles,Leva la tête, et dit‖ à l'enfant : C'est bien, roi.

L'orphelin remonta‖ sur le blanc palefroi,Et rentra dans sa ville‖ au son joyeux des cloches.

XI Ce qu’a fait Ruy le subtil

Et dans le même instant,‖ entre les larges roches,A travers les sapins d’Ernula, frémissantDe ce défi superbe‖ et sombre, un contre cent,On pouvait voir encor,‖ sous la nuit étoilée,Le groupe formidable‖ au fond de la vallée.Le combat finissait ;‖ tous ces monts radieuxOu lugubres, jadis‖ hantés des demi-dieux,S'éveillaient, étonnés,‖ dans le blanc crépuscule,Et, regardant Roland,‖ se souvenaient d'Hercule.Plus d'infants ; neuf étaient‖ tombés ; un avait fui,C'était Ruy le Subtil ;‖ mais la bande sans luiAvait continué,‖ car rien n'irrite commeLa honte et la fureur‖ de combattre un seul homme ;Durandal, à tuer‖ ces coquins s'ébréchant,Avait jonché de morts‖ la terre, et fait ce champPlus vermeil qu'un nuage‖ où le soleil se couche ;Elle s'était rompue‖ en ce labeur farouche ;Ce qui n'empêchait pas‖ Roland de s'avancer ;Les bandits, le croyant‖ prêt à recommencer,Tremblants comme des bœufs‖ qu'on ramène à l'étable,A chaque mouvement‖ de son bras redoutable,Reculaient, lui montrant‖ de loin leurs coutelas ;Et, pas à pas, Roland,‖ sanglant, terrible, las,Les chassait devant lui‖ parmi les fondrières ;Et, n'ayant plus d'épée,‖ il leur jetait des pierres.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
323((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a d'Asturie / prairie féminine, classiqueb d'Oviedo / d'eau masculine, classiquec terne / citerne féminine, classiqued vent / avant masculine, classiquee ombres / sombres féminine, classiquef creusa / Tolosa masculine, classiqueg bréviaire / rivière féminine, classiqueb verdit / dit masculine, classiquec patrie / d'Asturie féminine, classiqued d'Ernula / brûla masculine, classiquee montagne / l'Espagne féminine, classiquea triomphants / infants masculine, classiqueb accompagne / l'Espagne féminine, classiquec vêtus / pointus masculine, classiqued sauvages / rivages féminine, classiquee Gaïffer / d'enfer masculine, classiquef bronze / Alonze féminine, équivalenteg Froïla / voilà masculine, classiqueh Biscarosse / féroce féminine, classiquei aîné / acharné masculine, classiquea désertes / certes féminine, classiqueb d'autrui / Ruy masculine, classiquec Thyeste / sieste féminine, classiquea gardés / dés masculine, classiqueb maîtres / guêtres féminine, classiquec méchant / penchant masculine, classiqued câpre / âpre féminine, classiquee bourbeux / bœufs masculine, classiquef aride / ride féminine, classiqueg fendus / éperdus masculine, classiqueh dorsale / colossale féminine, classiquei fort / mort masculine, classiquej l'inexpugnable / sable féminine, classiquek linéaments / escarpements masculine, classiquel passe / l'espace féminine, classiquem toison / l'horizon masculine, classiquea mutile / reptile féminine, classiqueb choisi / merci masculine, classiquec brume / écume féminine, classiqued l'endroit / étroit masculine, classiquee d'ortie / sortie féminine, classiquea nuit / bruit masculine, classiqueb grise / surprise féminine, classiquec Nuño / l'agneau masculine, classiqued verte / concerte féminine, classiquea voleurs / pleurs masculine, classiqueb rassemble / tremble féminine, classiquec gantelet / mulet masculine, classiqued blesse / faiblesse féminine, classiquee lui / appui masculine, classiquef contraires / frères féminine, classiqueg foi / roi masculine, classiqueh mystère / monastère féminine, classiquei sarrasins / voisins masculine, classiquea laisse / vieillesse féminine, classiqueb bâtard / couvent / tard masculine, classiquec Jorge / l’Hyène / Ramon / revienne féminine, classiqued maintenant / manant masculine, classiquee cloître / décroître féminine, classiquef vermoulu / voulu masculine, classiqueg destitue / tue féminine, classiqueh bah / courba masculine, classiquei paresse / reparaisse féminine, non classiquej bien / rien masculine, classiquek nôtres / autres féminine, classiquel s'offrir / mourir masculine, classiquem envie / vie féminine, classiquen sermons / aimons masculine, classiqueo sanglante / lente féminine, classiquep accélérons / clairons masculine, classiqueq chasse / race féminine, classiquer Jamais / promets masculine, classiques prairie / d'Asturie féminine, classiquet mer / l'enfer masculine, classiqueu couronne / environne féminine, classiquev couvent / vivant masculine, classiquew féroce / crosse féminine, classiquex Laissons / l’enfant / trahisons masculine, classiquey dit / mesure / sûre féminine, classiquez Ramon / hâter / compléter masculine, classiquea politique / pratique féminine, classiqueb sus / dessus masculine, classiquec pêle-mêle / mamelle féminine, classiqued pendant / ardent masculine, classiquee d'usage / passage féminine, classiqueb pensez-vous / houx masculine, classiquec sentinelle / éternelle féminine, classiqued nuit / construit masculine, classiquee inabordable / formidable féminine, classiquef fassions / actions masculine, classiqueg provinces / princes féminine, classiqueh faudrait / discret masculine, classiquei vieillisse / supplice féminine, classiquej l'Ybaïchalval / cheval masculine, classiquek Dépêchons / Materne / citerne féminine, classiquel font / profond masculine, classiquem reprend / affaire / diffère féminine, classiquen éclairci / ici masculine, classiqueo sorte / porte féminine, classiquep demain / chemin masculine, classiquea blêmes / d'eux-mêmes féminine, classiqueb fer / mer masculine, classiquec chaussée / baissée féminine, classiqued blanc / chevalier / hallier masculine, classiquee amène / humaine féminine, classiquef copier / guêpier masculine, classiqueg l'abîme / crime féminine, classiqueh soucier / d'acier masculine, classiquei clairière / aventurière féminine, classiquej étouffant / l'enfant masculine, classiquek terre / dit / panthère féminine, classiquel Tunis / réunis masculine, classiquem soupçonne / personne féminine, classiquen là / s'envola masculine, classiqueb réponse / cria / Ponce féminine, classiqueb entendu / pendu masculine, classiquec l'heure / meure féminine, classiqued savoir / voir masculine, classiquee panache / cache féminine, classiquef yeux / curieux masculine, classiqueg terre / taire féminine, classiqueh balbutié / pitié masculine, classiquei sème / lui-même féminine, classiquej Pacheco / écho masculine, classiquek misérable / érable féminine, classiquel d'Ernula / celles-là masculine, classiquem téméraires / frères féminine, classiquen ceci / Garci masculine, classiqueo Compostelle / tutelle féminine, classiquep Pourquoi / roi masculine, classiqueq épées / groupées féminine, classiquer menton / l'avorton masculine, classiques âme / femme féminine, classiquet grelottant / entend masculine, classiqueu s'ennuie / pluie féminine, classiquev tanneurs / messeigneurs masculine, classiquew rude / attitude féminine, classiquex l'hiver / fer masculine, classiquey calebasse / basse féminine, classiquez manquant / camp masculine, classiquea malade / estafilade féminine, non classiqueb hasard / brassard masculine, classiquec croître / goître féminine, classiqued compagnon / nom masculine, classiquee fauves / chauves féminine, classiquef l'état / jetât masculine, classiqueg cachette / clochette féminine, classiqueh géant / séant masculine, classiquei hommes / sommes féminine, classiquej présent / passant masculine, classiquek mystère / terre féminine, classiquel maïs / pays masculine, classiquem poussière / visière féminine, classiqueb dit-il / Subtil masculine, classiqueb Sourit / naturelle / querelle féminine, classiquec bienvenu / nu masculine, classiqued sommes / majordomes féminine, classiquee méchants / champs masculine, classiquef volées / vallées féminine, classiqueg voyez / frayés masculine, classiqueh cascades / embuscades féminine, classiquei effrayant / bayant masculine, classiquej belles / rebelles féminine, classiquek hagards / regards masculine, classiquel rocheuse / fâcheuse féminine, classiquem nous / doux masculine, classiquen peine / malsaine féminine, classiqueo lent / Retournez / Roland masculine, classiquep ridicule / recule féminine, classiqueq bas / Roland / combats masculine, classiquer sincère / qu'adversaire féminine, classiques est / genêt masculine, classiquet tête / fête féminine, classiqueu empourpré / pré masculine, classiquev aigles / règles féminine, classiquew arrangement / longuement masculine, classiquex m'explique / publique féminine, classiquey l'effroi / roi masculine, classiquez règne / duègne féminine, classiquea ordonnez / forcenés masculine, classiqueb affuble / chasuble féminine, classiquec goupillon / félon masculine, classiqued certaines / capitaines féminine, classiquee tous / vous masculine, classiquef vile / ville féminine, classiqueg raisons / faisons masculine, classiqueh métairies / seigneuries féminine, classiquei main / parchemin masculine, classiquej contente / patente féminine, classiquek dit / Roland / blanc masculine, classiquel regagne / montagne féminine, non classiquem Va / éperdument / firmament masculine, classiquen abattue / tue féminine, classiqueo Roland / eux / Stupéfaits / désastreux masculine, classiqueb échappée / d'épée féminine, classiquec deux / hasardeux masculine, classiqueb joyeuse / yeuse féminine, classiquec mord / Mort masculine, classiqued campagne / d'Espagne féminine, classiquee chemin / main masculine, classiqueb repartie / sortie féminine, classiquec plaisir / ressaisir masculine, classiqued inexorable / misérable féminine, classiquee lacet / passait masculine, classiquef l'assomme / l'homme féminine, classiqueg surnaturel / girel masculine, classiquea Roland / sage / passage féminine, classiqueb poing / point masculine, classiquec fêlure / Voyez / l’encolure féminine, non classiqued taureau / Allons / caballero masculine, classiquee Roland / lance / s'élance féminine, classiquef Froïla / hurla masculine, classiqueg dernière / charnière féminine, classiqueh apparaît / forêt masculine, classiquei blanches / branches féminine, classiquea Géant / mécréant masculine, classiquea difficile / Sicile féminine, classiqueb sais / passés masculine, classiquec solitaire / terre féminine, classiqued griffons / profonds masculine, équivalentee rare / déclare féminine, classiquef moi / effroi masculine, classiqueg piastre / astre féminine, classiqueh lion / rébellion masculine, classiquei passe / Arrière / basse féminine, classiquej sanglier / chevalier masculine, classiquek s'écroule / foule féminine, classiquel intendants / dents masculine, classiquem renégates / d'alpargates féminine, classiquen étincelant / Roland masculine, classiqueo stature / ceinture féminine, classiquep combats / bas masculine, classiquea cible / horrible féminine, classiqueb anneau / arrache-créneau masculine, classiquec brute / chute féminine, classiqued poings / joints masculine, classiquea Bretagne / montagne féminine, classiqueb Rostabat / s'abat masculine, classiqueb pâtre / d'albâtre féminine, classiquec luisant / sang masculine, classiqued remplie / panoplie féminine, classiquee d'acier / carnassier masculine, non classiquef mamelles / semelles féminine, classiquea morts / mors masculine, classiqueb Compostelle / elle féminine, classiqueb d'aquilon / vallon masculine, classiquec resserre / nécessaire féminine, classiqueb presser / commencer masculine, classiquea pêle-mêle / jumelle féminine, classiqueb sanglant / Roland masculine, classiquea dore / d'Andorre féminine, classiqueb ciel / Jaïzquivel masculine, classiquec isolée / vallée féminine, classiqued éleva / Corcova masculine, classiquee collines / javelines féminine, classiqueb hérissé / fossé masculine, classiquec escarpée / épée féminine, classiqued duel / Michel masculine, classiquea huées / nuées féminine, classiqueb d'ennemis / vomis masculine, classiquec livides / vides féminine, classiqued morts / corps masculine, classiquee épouvantable / table féminine, classiquef rit / esprit masculine, classiqueg relève / glaive féminine, classiqueh fronts / poltrons masculine, classiquei fidèle / d'aile féminine, classiquej truand / ruant masculine, classiquek main-forte / qu'importe féminine, classiquel faveur / sauveur masculine, classiquem trempée / l'épée féminine, classiquen goujats / navajas masculine, classiqueo famille / fourmille féminine, classiquep nœuds / épineux masculine, classiqueq fêlée / mêlée féminine, classiquer cheval / val masculine, classiqueb pleuvent / n'abreuvent féminine, classiquec d'eau / d'Urbistondo masculine, classiqued crevassée / rosée féminine, classiquee maintenant / égrenant masculine, classiquef tête / bête féminine, classiqueg s'essoufflant / flanc masculine, classiqueh envie / assouvie féminine, classiquei ravin / vin masculine, classiquej peine / gêne féminine, classiquek talon / vallon masculine, classiquel insulte / tumulte féminine, classiquem effort / mort masculine, classiquen brume / enclume féminine, classiqueo forgeron / l'éperon masculine, classiqueb haleine / plaine féminine, classiquec ravi / suivi masculine, classiqued repaire / père féminine, classiquea apparut / brut masculine, classiqueb assises / indécises féminine, classiquec natal / piédestal masculine, classiqueb madone / pardonne féminine, classiquec grandit / descendit masculine, classiqued cierge / dit / Vierge féminine, classiquee pavé / sauvé masculine, classiquef France / différence féminine, classiqueg méchants / penchants masculine, classiqueh infâme / l'âme féminine, classiquei Seigneur / l'honneur masculine, classiquej compatisse / justice féminine, classiquek genoux / nous masculine, classiquel d'être / traître féminine, classiquem écolier / chevalier masculine, classiquen auréoles / paroles féminine, classiqueb roi / palefroi masculine, classiqueb cloches / roches féminine, classiqueb frémissant / cent masculine, classiquec étoilée / vallée féminine, classiqued radieux / demi-dieux masculine, classiquee crépuscule / d'Hercule féminine, classiquef fui / lui masculine, classiqueg comme / homme féminine, classiqueh s'ébréchant / champ masculine, classiquei couche / farouche féminine, classiquej s'avancer / recommencer masculine, non classiquek l'étable / redoutable féminine, classiquel coutelas / las masculine, classiquem fondrières / pierres féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

671 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources