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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La légende des siècles, 1859· X L’inquisition

Les Raisons du Momotombo

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 54 vers

Trouvant les tremblements‖ de terre trop fréquents,Les rois d'Espagne ont fait‖ baptiser les volcansDu royaume qu'ils ont‖ en dessous de la sphère ;Les volcans n'ont rien dit‖ et se sont laissé faire,Et le Momotombo‖ lui seul n'a pas voulu.Plus d'un prêtre en surplis,‖ par le saint-père élu,Portant le sacrement‖ que l'église administre,L'œil au ciel, a monté‖ la montagne sinistre ;Beaucoup y sont allés,‖ pas un n'est revenu.

O vieux Momotombo,‖ colosse chauve et nu,Qui songes près des mers,‖ et fais de ton cratèreUne tiare d'ombre‖ et de flamme à la terre,Pourquoi, lorsqu'à ton seuil‖ terrible nous frappons,Ne veux-tu pas du Dieu‖ qu'on t'apporte ? Réponds.

La montagne interrompt‖ son crachement de lave,Et le Momotombo‖ répond d'une voix grave :

— Je n'aimais pas beaucoup‖ le dieu qu'on a chassé.Cet avare cachait‖ de l'or dans un fossé ;Il mangeait de la chair‖ humaine ; ses mâchoiresÉtaient de pourriture‖ et de sang toutes noires ;Son antre était un porche‖ au farouche carreau,Temple-sépulcre orné d’un pontife bourreau ;Des squelettes riaient‖ sous ses pieds ; les écuellesOù cet être buvait‖ le meurtre étaient cruelles ;Sourd, difforme, il avait‖ des serpents au poignet ;Toujours entre ses dents‖ un cadavre saignait ;Ce spectre noircissait‖ le firmament sublime.J'en grondais quelquefois‖ au fond de mon abîme.Aussi, quand sont venus,‖ fiers sur les flots tremblants,Et du côté d'où vient‖ le jour, des hommes blancs,Je les ai bien reçus,‖ trouvant que c'était sage.L'âme a certainement‖ la couleur du visage,Disais-je, l'homme blanc,‖ c'est comme le ciel bleu,Et le dieu de ceux-ci‖ doit être un très bon dieu.On ne le verra point‖ de meurtres se repaître. —J'étais content ; j'avais‖ horreur de l'ancien prêtre.Mais quand j'ai vu comment‖ travaille le nouveau,Quand j'ai vu flamboyer,‖ ciel juste ! à mon niveau,Cette torche lugubre,‖ âpre, jamais éteinte,Sombre, que vous nommez‖ l'Inquisition sainte ;Quand j'ai pu voir comment‖ Torquemada s'y prendPour dissiper la nuit‖ du sauvage ignorant,Comment il civilise,‖ et de quelle manièreLe saint office enseigne‖ et fait de la lumière ;Quand j'ai vu dans Lima‖ d'affreux géants d'osier,Pleins d'enfants, pétiller‖ sur un large brasier,Et le feu dévorer‖ la vie, et les fuméesSe tordre sur les seins‖ des femmes allumées ;Quand je me suis senti‖ parfois presque étoufféPar l'âcre odeur qui sort‖ de votre auto-da-fé,Moi qui ne brûlais rien‖ que l'ombre en ma fournaise,J'ai pensé que j'avais‖ eu tort d'être bien aise ;J'ai regardé de près‖ le dieu de l'étranger,Et j'ai dit : — Ce n'est pas‖ la peine de changer.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a fréquents / volcans masculine, classiqueb sphère / faire féminine, classiquec voulu / élu masculine, classiqued administre / sinistre féminine, classiquee revenu / nu masculine, classiqueb cratère / terre féminine, classiquec frappons / Réponds masculine, classiquea lave / grave féminine, classiquea chassé / fossé masculine, classiqueb mâchoires / noires féminine, classiquec carreau / bourreau masculine, classiqued écuelles / cruelles féminine, classiquee poignet / saignait masculine, classiquef sublime / abîme féminine, classiqueg tremblants / blancs masculine, classiqueh sage / visage féminine, classiquei bleu / dieu masculine, classiquej repaître / prêtre féminine, classiquek nouveau / niveau masculine, classiquel éteinte / sainte féminine, classiquem prend / ignorant masculine, classiquen manière / lumière féminine, classiqueo d'osier / brasier masculine, classiquep fumées / allumées féminine, classiqueq étouffé / auto-da-fé masculine, classiquer fournaise / aise féminine, classiques l'étranger / changer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La légende des siècles, Calmann Lévy, 1877· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources