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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chansons des rues et des bois, 1865· Livre second· III Liberté, égalité, fraternité

IV. Souvenir des vieilles guerres

Victor Hugo· 18 quatrains, octosyllabes, 72 vers

Pour la France et la république,En Navarre nous nous battions.Là parfois la balle est oblique ;Tous les rocs sont des bastions.

Notre chef, une barbe grise,Le capitaine, était tombé,Ayant reçu près d'une égliseLe coup de fusil d'un abbé.

La blessure parut malsaine.C'était un vieux et fier garçon,En France, à Marine-sur-Seine,On peut voir encor sa maison.

On emporta le capitaineDont on sentait plier les os ;On l'assit près d'une fontaineD'où s'envolèrent les oiseaux.

Nous lui criâmes : — Guerre ! fête !Forçons le camp ! prenons le fort !Mais il laissa pencher sa tête,Et nous vîmes qu'il était mort.

L'aide-major avec sa trousseN'y put rien faire et s'en alla ;Nous ramassâmes de la mousse ;De grands vieux chênes étaient là.

On fit au mort une jonchéeDe fleurs et de branches de houx ;Sa bouche n'était point fâchée,Son œil intrépide était doux.

L'abbé fut pris. — Qu'on nous l'amène !Qu'il meure !On forma le carré ;Mais on vit que le capitaineVoulait faire grâce au curé.

On chassa du pied le jésuite ;Et le mort semblait dire : Assez !Quoiqu'il dût regretter la suiteDe nos grands combats commencés.

Il avait sans doute à MarineQuelques bons vieux amours tremblants ;Nous trouvâmes sur sa poitrineUne boucle de cheveux blancs.

Une fosse lui fut creuséeÀ la baïonnette, en priant ;Puis on laissa sous la roséeDormir ce brave souriant.

Le bataillon reprit sa marche,À la brune, entre chien et loup ;Nous marchions. Les ponts n'ont qu'une arche.Des pâtres au loin sont debout.

La montagne est assez maussade ;La nuit est froide et le jour chaud ;Et l'on rencontre l'embrassadeDes grands ours de huit pieds de haut.

L'homme en ces monts naît trabucaire ;Prendre et pendre est tout l'alphabet ;Et tout se règle avec l'équerreQue font les deux bras du gibet.

On est bandit en paix, en guerreOn s'appelle guérillero.Le peuple au roi laisse tout faire ;Cet ânier mène ce taureau.

Dans les ravins, dans les rigolesQue creusent les eaux et les ans,De longues files d'espingolesRampaient comme des vers luisants.

Nous tenions tous nos armes prêtesÀ cause des pièges du soir ;Le croissant brillait sur nos têtes.Et nous, pensifs, nous croyions voir,

Tout en cheminant dans la plaineVers Pampelune et TeruelLe hausse-col du capitaineQui reparaissait dans le ciel.

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a république / oblique féminine, classiqueb battions / bastions masculine, classiquea grise / église féminine, classiqueb tombé / abbé masculine, classiquea malsaine / Marine-sur-Seine féminine, classiqueb garçon / maison masculine, classiquea capitaine / fontaine féminine, classiqueb os / oiseaux masculine, classiquea fête / tête féminine, classiqueb fort / mort masculine, classiquea trousse / mousse féminine, classiqueb alla / là masculine, classiquea jonchée / fâchée féminine, classiqueb houx / doux masculine, classiquea l'amène / capitaine féminine, classiqueb carré / curé masculine, classiquea jésuite / suite féminine, classiqueb Assez / commencés masculine, classiquea Marine / poitrine féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquea creusée / rosée féminine, classiqueb priant / souriant masculine, classiquea marche / arche féminine, classiqueb loup / debout masculine, non classiquea maussade / l'embrassade féminine, classiqueb chaud / haut masculine, classiquea trabucaire / l'équerre féminine, classiqueb l'alphabet / gibet masculine, classiquea guerre / faire féminine, classiqueb guérillero / taureau masculine, classiquea rigoles / d'espingoles féminine, classiqueb ans / luisants masculine, classiquea prêtes / têtes féminine, classiqueb soir / voir masculine, classiquea plaine / capitaine féminine, classiqueb Teruel / ciel masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les chansons des rues et des bois, Paris, A. LACROIX, VERBOECKHOVEN ET Cie, ÉDITEURS, 1866· numérisation ebooksgratuits.com· Sources