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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les chants du crépuscule, 1835

XI. A M. le D. d’o

Victor Hugo· 4 distiquess, alexandrins, 50 vers

Prince, vous avez fait‖ une sainte action.Loin de la haute sphère‖ où rit l'ambition,Un père et ses enfants,‖ cheveux blancs, têtes blondes,Marchaient enveloppés‖ de ténèbres profondes,Prêts à se perdre au fond‖ d'un gouffre de douleurs,Le père dans le crime‖ et les filles ailleurs.Comme des voyageurs,‖ lorsque la nuit les gagne,Vont s'appelant l'un l'autre‖ aux flancs de la montagne,Au penchant de l'abîme‖ et rampant à genoux,Ils ont crié vers moi,‖ moi, j'ai crié vers vous.Je vous ai dit : Voici,‖ tout près du précipice,Des malheureux perdus‖ dont le pied tremble et glisse !Oh ! venez à leur aide‖ et tendez-leur la main ! —Vous vous êtes penché‖ sur le bord du chemin,Sans demander leurs noms,‖ vos mains se sont tendues,Et vous avez sauvé‖ ces âmes éperdues.Puis à moi, qui, de joie‖ et de pitié saisi,Vous contemplais rêveur,‖ vous avez dit : Merci !

C'est bien. C'est noble et grand.‖ — Sous la tente empresséeQue vos mains sur leurs fronts‖ à la hâte ont dressée,Ils sont là maintenant,‖ recueillant leur espoir,Leur force et leur courage,‖ et tâchant d'entrevoir,Grâce à votre rayon‖ qui perce leur nuage,Quelque horizon moins sombre‖ à leur triste voyage.Groupe encor frissonnant‖ à sa perte échappé !Pareil au pauvre oiseau‖ par l'orage trempé,Qui, s'abritant d'un chêne‖ aux branches éternelles,Attend pour repartir‖ qu'il ait séché ses ailes !Jeune homme au cœur royal,‖ soyez toujours ainsi.La porte qui fait dire‖ au pauvre : C'est ici !La main toujours tendue‖ au bord de cet abîmeOù tombe le malheur,‖ d'où remonte le crime !La clef sainte, qu'on trouve‖ au besoin sans flambeau,Qui rouvre l'espérance‖ et ferme le tombeau !

Soyez l'abri, le toit,‖ le port, l'appui, l'asile !Faites au prisonnier‖ qu'on frappe et qu'on exile,A cette jeune fille,‖ hélas ! vaincue enfin,Que marchandent dans l'ombre‖ et le froid et la faim,Au vieillard qui des jours‖ vide la lie amère,Aux enfants grelottants‖ qui n'ont ni pain ni mère,Faites aux malheureux,‖ sans cesse, nuit et jour,Verser sur vos deux mains‖ bien des larmes d'amour !Car Dieu fait quelquefois‖ sous ces saintes roséesRegermer des fleurons‖ aux couronnes rasées.

Comme la nue altière,‖ en son sublime essor,Se laisse dérober‖ son fluide trésorPar ces flèches de fer‖ au ciel toujours dressées,Heureux le prince, empli‖ de pieuses pensées,Qui sent, du haut des cieux‖ sombres et flamboyants,Tout son or s'en aller‖ aux mains des suppliants !

15 septembre 1834.

Versification

Forme
4 distiquess (distiques)
Rimes
25((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
4 distiquess
Mots à la rime
a action / l'ambition masculine, classiqueb blondes / profondes féminine, classiquec douleurs / ailleurs masculine, classiqued gagne / montagne féminine, classiquee genoux / vous masculine, classiquef précipice / glisse féminine, classiqueg main / chemin masculine, classiqueh tendues / éperdues féminine, classiquei saisi / Merci masculine, classiquea empressée / dressée féminine, classiqueb espoir / d'entrevoir masculine, classiquec nuage / voyage féminine, classiqued échappé / trempé masculine, classiquee éternelles / ailes féminine, classiquef ainsi / ici masculine, classiqueg abîme / crime féminine, classiqueh flambeau / tombeau masculine, classiquea l'asile / exile féminine, classiqueb enfin / faim masculine, classiquec amère / mère féminine, classiqued jour / d'amour masculine, classiquee rosées / rasées féminine, classiquea essor / trésor masculine, classiqueb dressées / pensées féminine, classiquec flamboyants / suppliants masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les feuilles d’automne ‒ Les chants du crépuscule, Paris, Classique Garnier, 1950· numérisation poesies.net· Sources