Les contemplations, 1855· Livre sixième Au bord de l’infini
XVIII. « Hélas ! tout est sépulcre. On en sort, on y tombe »
Hélas ! tout est sépulcre.‖ On en sort, on y tombe :La nuit est la muraille‖ immense de la tombe.Les astres, dont luit la clarté,Orion, Sirius,‖ Mars, Jupiter, Mercure,Sont les cailloux qu'on voit‖ dans ta tranchée obscure,O sombre fosse Éternité !
Une nuit, un esprit‖ me parla dans un rêve,Et me dit : — Je suis aigle‖ en un ciel où se lèveUn soleil qui t'est inconnu.J'ai voulu soulever‖ un coin du vaste voile ;J'ai voulu voir de près‖ ton ciel et ton étoile ;Et c'est pourquoi je suis venu ;
Et, quand j'ai traversé‖ les cieux grands et terribles,Quand j'ai vu le monceau‖ des ténèbres horriblesEt l'abîme énorme où l'œil fuit,Je me suis demandé‖ si cette ombre où l'on souffrePourrait jamais combler‖ ce puits, et si ce gouffrePourrait contenir cette nuit !
Et, moi, l'aigle lointain,‖ épouvanté, j'arrive.Et je crie, et je viens‖ m'abattre sur ta rive,Près de toi, songeur sans flambeau.Connais-tu ces frissons,‖ cette horreur, ce vertige,Toi, l'autre aigle de l'autre‖ azur ? — Je suis, lui dis-je,L'autre ver de l'autre tombeau.
Au dolmen de la Corbière, juin 1855.
Versification
- Forme
- 4 sizains (sizains)
- Rimes
- 4(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (16 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 4 sizains
- Mots à la rime
- a tombe féminine, classiqueb clarté / Éternité masculine, classiquec Mercure / obscure féminine, classiquea rêve / lève féminine, classiqueb inconnu / venu masculine, classiquec voile / étoile féminine, classiquea terribles / horribles féminine, classiqueb fuit / nuit masculine, classiquec souffre / gouffre féminine, classiquea j'arrive / rive féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquec vertige / dis-je féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Contemplations, Éditions Classique Garnier, 1950· numérisation Enclitt Encyclopédie de la littérature française (Rue des Écoles)· Sources