Les feuilles d’automne, 1831
XXXVI. « Un jour vient où soudain l'artiste généreux »
Oh ! talk not to me of a name great in story ;
The days of our youth are the days of our glory ;
And the myrtle and ivy of sweet two-and-twenty
Are worth all your laurels, though ever so plenty.BYRON.
Un jour vient où soudain‖ l'artiste généreuxÀ leur poids sur son front‖ sent les ans plus nombreux.Un matin il s'éveille‖ avec cette pensée :— Jeunesse aux jours dorés,‖ je t'ai donc dépensée !Oh ! qu'il m'en reste peu !‖ Je vois le fond du sort,Comme un prodigue en pleurs‖ le fond du coffre-fort. —
Il sent, sous le soleil‖ qui plus ardent s'épanche,Comme à midi les fleurs,‖ sa tête qui se penche ;Si d'aventure il trouve,‖ en suivant son destin,Le gazon sous ses pas‖ mouillé comme au matin,Il dit, car il sait bien‖ que son aube est passée :— C'est de la pluie, hélas !‖ et non de la rosée ! —
C'en est fait. Son génie‖ est plus mûr désormais.Son aile atteint peut-être‖ à de plus fiers sommets ;La fumée est plus rare‖ au foyer qu'il allume ;Son astre haut monté‖ soulève moins de brume ;Son coursier applaudi‖ parcourt mieux le champ clos ;Mais il n'a plus en lui,‖ pour l'épandre à grands flotsSur des œuvres, de grâce‖ et d'amour couronnées,Le frais enchantement‖ de ses jeunes années !
Oh ! rien ne rend cela !‖ — Quand il s'en va cherchantCes pensers de hasard‖ que l'on trouve en marchant,Et qui font que le soir‖ l'artiste chez son hôteRentre le cœur plus fier‖ et la tête plus haute ;Quand il sort pour rêver,‖ et qu'il erre incertain,Soit dans les prés lustrés,‖ au gazon de satin,Soit dans un bois qu'emplit‖ cette chanson sonoreQue le petit oiseau‖ chante à la jeune aurore,Soit dans le carrefour‖ bruyant et fréquenté,— Car Paris et la foule‖ ont aussi leur beauté,Et les passants ne sont,‖ le soir, sur les quais sombres,Qu'un flux et qu'un reflux‖ de lumières et d'ombres ; —Toujours, au fond de tout,‖ toujours dans son esprit,Même quand l'art le tient,‖ l'enivre et lui sourit,Même dans ses chansons,‖ même dans ses penséesLes plus joyeusement‖ écloses et bercées,Il retrouve, attristé,‖ le regret morne et froidDu passé disparu,‖ du passé, quel qu'il soit.
Novembre 1831.
Versification
- Forme
- 4 distiquess (distiques)
- Rimes
- 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 4 distiquess
- Mots à la rime
- a généreux / nombreux masculine, classiqueb pensée / dépensée féminine, classiquec sort / coffre-fort masculine, classiquea s'épanche / penche féminine, classiqueb destin / matin masculine, classiquec passée / rosée féminine, classiquea désormais / sommets masculine, classiqueb allume / brume féminine, classiquec clos / flots masculine, classiqued couronnées / années féminine, classiquea cherchant / marchant masculine, classiqueb hôte / haute féminine, classiquec incertain / satin masculine, classiqued sonore / aurore féminine, classiquee fréquenté / beauté masculine, classiquef sombres / d'ombres féminine, classiqueg esprit / sourit masculine, classiqueh pensées / bercées féminine, classiquei froid / soit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources