Les orientales, 1829
XXXIX. Bounaberdi
Grand comme le monde.
Souvent Bounaberdi,‖ sultan des Francs d'Europe,Que, comme un noir manteau,‖ le semoun enveloppe,Monte, géant lui-même,‖ au front d'un mont géant,D'où son regard, errant‖ sur le sable et sur l'onde,Embrasse d'un coup d'œil‖ les deux moitiés du monde,Gisantes à ses pieds‖ dans l'abîme béant.
Il est seul et debout‖ sur ce sublime faîte.À sa droite couché,‖ le désert qui le fêteD'un nuage de poudre‖ importune ses yeux ;À sa gauche, la mer,‖ dont jadis il fut l'hôte,Élève jusqu'à lui‖ sa voix profonde et haute,Comme aux pieds de son maître‖ aboie un chien joyeux.
Et le vieil empereur,‖ que tour à tour réveilleCe nuage à ses yeux,‖ ce bruit à son oreille,Rêve, et, comme à l'amante‖ on voit songer l'amant,Croit que c'est une armée,‖ invisible et sans nombre,Qui fait cette poussière‖ et ce bruit pour son ombre,Et sous l'horizon gris‖ passe éternellement !
Oh ! quand tu reviendras‖ rêver sur la montagne,Bounaberdi ! regarde‖ un peu dans la campagneMa tente qui blanchit‖ dans les sables grondants,Car je suis libre et pauvre,‖ un Arabe du Caire,Et quand j'ai dit : Allah !‖ mon bon cheval de guerreVole, et sous sa paupière‖ a deux charbons ardents !
Novembre 1828.
Versification
- Forme
- 4 sizains (sizains)
- Rimes
- 4(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 4 sizains
- Mots à la rime
- a d'Europe / enveloppe féminine, classiqueb géant / béant masculine, classiquec l'onde / monde féminine, classiquea faîte / fête féminine, classiqueb yeux / joyeux masculine, classiquec l'hôte / haute féminine, classiquea réveille / oreille féminine, classiqueb l'amant / éternellement masculine, classiquec nombre / ombre féminine, classiquea montagne / campagne féminine, classiqueb grondants / ardents masculine, classiquec Caire / guerre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Orientales ‒ Les Feuilles d’automne, Paris, Poésie/Gallimard, 1964· numérisation lyres.chez.com· Sources