Les orientales, 1829
XXXVIII. Le poète au calife
Tous les habitants de la terre
sont devant lui comme un néant ;
il fait tout ce qui lui plaît ; et nul
ne peut résister à sa main puissante,
ni lui dire : Pourquoi avez-vous fait
ainsi ?DANIEL.
Ô sultan Noureddin,‖ calife aimé de Dieu !Tu gouvernes, seigneur,‖ l'empire du milieu,De la mer Rouge au fleuve Jaune.Les rois des nations,‖ vers ta face tournés,Pavent, silencieux,‖ de leurs fronts prosternésLe chemin qui mène à ton trône.
Ton sérail est très grand,‖ tes jardins sont très beaux.Tes femmes ont des yeux‖ vifs comme des flambeaux,Qui pour toi seul percent leurs voiles.Lorsque, astre impérial,‖ aux peuples pleins d'effroiTu luis, tes trois cents fils‖ brillent autour de toiComme ton cortège d'étoiles.
Ton front porte une aigrette‖ et ceint le turban vert.Tu peux voir folâtrer‖ dans leur bain, entrouvertSous la fenêtre où tu te penches,Les femmes de Madras‖ plus douces qu'un parfum,Et les filles d'Alep‖ qui sur leur beau sein brunOnt des colliers de perles blanches.
Ton sabre large et nu‖ semble en ta main grandir.Toujours dans la bataille‖ on le voit resplendir,Sans trouver turban qui le rompe,Au point où la mêlée‖ a de plus noirs détours,Où les grands éléphants,‖ entrechoquant leurs tours,Prennent des chevaux dans leur trompe.
Une fée est cachée‖ en tout ce que tu vois.Quand tu parles, calife,‖ on dirait que ta voixDescend d'un autre monde au nôtre ;Dieu lui-même t'admire,‖ et de félicitésEmplit la coupe d'or‖ que tes jours enchantés,Joyeux, se passent l'un à l'autre.
Mais souvent dans ton cœur,‖ radieux Noureddin,Une triste pensée‖ apparaît, et soudainGlace ta grandeur taciturne :Telle en plein jour, parfois,‖ sous un soleil de feu,La lune, astre des morts,‖ blanche au fond d'un ciel bleu,Montre à demi son front nocturne.
Octobre 1828.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (24 de 12, 12 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a Dieu / milieu masculine, classiqueb Jaune / trône féminine, classiquec tournés / prosternés masculine, classiquea beaux / flambeaux masculine, classiqueb voiles / d'étoiles féminine, classiquec d'effroi / toi masculine, classiquea vert / entrouvert masculine, classiqueb penches / blanches féminine, classiquec parfum / brun masculine, classiquea grandir / resplendir masculine, classiqueb rompe / trompe féminine, classiquec détours / tours masculine, classiquea vois / voix masculine, classiqueb nôtre / l'autre féminine, classiquec félicités / enchantés masculine, classiquea Noureddin / soudain masculine, classiqueb taciturne / nocturne féminine, classiquec feu / bleu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Orientales ‒ Les Feuilles d’automne, Paris, Poésie/Gallimard, 1964· numérisation lyres.chez.com· Sources