Les orientales, 1829
X. Clair de lune
Per amica silentia lunae.VIRGILE
La lune était sereine‖ et jouait sur les flots. —La fenêtre enfin libre‖ est ouverte à la brise,La sultane regarde,‖ et la mer qui se brise,Là-bas, d'un flot d'argent‖ brode les noirs îlots.
De ses doigts en vibrant‖ s'échappe la guitare.Elle écoute… Un bruit sourd‖ frappe les sourds échos.Est-ce un lourd vaisseau turc‖ qui vient des eaux de Cos,Battant l'archipel grec‖ de sa rame tartare ?
Sont-ce des cormorans‖ qui plongent tour à tour,Et coupent l'eau, qui roule‖ en perles sur leur aile ?Est-ce un djinn qui là-haut‖ siffle d'une voix grêle,Et jette dans la mer‖ les créneaux de la tour ?
Qui trouble ainsi les flots‖ près du sérail des femmes ?Ni le noir cormoran,‖ sur la vague bercé,Ni les pierres du mur,‖ ni le bruit cadencéDu lourd vaisseau, rampant‖ sur l'onde avec des rames.
Ce sont des sacs pesants,‖ d'où partent des sanglots.On verrait, en sondant‖ la mer qui les promène,Se mouvoir dans leurs flancs‖ comme une forme humaine…La lune était sereine‖ et jouait sur les flots.
2 septembre 1828.
Versification
- Forme
- 5 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 5(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 5 quatrains
- Mots à la rime
- a flots / îlots masculine, classiqueb brise féminine, classiquea guitare / tartare féminine, classiqueb échos / Cos masculine, classiquea tour masculine, classiqueb aile / grêle féminine, classiquea femmes / rames féminine, classiqueb bercé / cadencé masculine, classiquea sanglots / flots masculine, classiqueb promène / humaine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
20 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Orientales ‒ Les Feuilles d’automne, Paris, Poésie/Gallimard, 1964· numérisation lyres.chez.com· Sources