Les orientales, 1829
IX. La captive
On entendait le chant des oiseaux
aussi harmonieux que la poésie.SADI. Gulistan.
Si je n'étais captive,J'aimerais ce pays,Et cette mer plaintive,Et ces champs de maïs,Et ces astres sans nombre,Si le long du mur sombreN'étincelait dans l'ombreLe sabre des spahis.
Je ne suis point tartarePour qu'un eunuque noirM'accorde ma guitare,Me tienne mon miroir.Bien loin de ces Sodomes,Au pays dont nous sommes,Avec les jeunes hommesOn peut parler le soir.
Pourtant j'aime une riveOù jamais des hiversLe souffle froid n'arrivePar les vitraux ouverts,L'été, la pluie est chaude,L'insecte vert qui rôdeLuit, vivante émeraude,Sous les brins d'herbe verts.
Smyrne est une princesseAvec son beau chapel ;L'heureux printemps sans cesseRépond à son appel,Et, comme un riant groupeDe fleurs dans une coupe,Dans ses mers se découpePlus d'un frais archipel.
J'aime ces tours vermeilles,Ces drapeaux triomphants,Ces maisons d'or, pareillesÀ des jouets d'enfants ;J'aime, pour mes penséesPlus mollement bercées,Ces tentes balancéesAu dos des éléphants.
Dans ce palais de fées,Mon cœur, plein de concerts,Croit, aux voix étoufféesQui viennent des déserts,Entendre les géniesMêler les harmoniesDes chansons infiniesQu'ils chantent dans les airs !
J'aime de ces contréesLes doux parfums brûlants,Sur les vitres doréesLes feuillages tremblants,L'eau que la source épancheSous le palmier qui penche,Et la cigogne blancheSur les minarets blancs.
J'aime en un lit de moussesDire un air espagnol,Quand mes compagnes douces,Du pied rasant le sol,Légion vagabondeOù le sourire abonde,Font tournoyer leur rondeSous un rond parasol.
Mais surtout, quand la briseMe touche en voltigeant,La nuit j'aime être assise,Être assise en songeant,L'œil sur la mer profonde,Tandis que, pâle et blonde,La lune ouvre dans l'ondeSon éventail d'argent.
7 juillet 1828.
Versification
- Forme
- 9 huitains (huitains)
- Rimes
- 9(ababcccb)
- Mètre
- Hexasyllabes
- Strophes
- 9 huitains
- Mots à la rime
- a captive / plaintive féminine, classiqueb pays / maïs / spahis masculine, classiquec nombre / sombre / l'ombre féminine, classiquea tartare / guitare féminine, classiqueb noir / miroir / soir masculine, classiquec Sodomes / sommes / hommes féminine, classiquea rive / n'arrive féminine, classiqueb hivers / ouverts / verts masculine, classiquec chaude / rôde / émeraude féminine, classiquea princesse / cesse féminine, classiqueb chapel / appel / archipel masculine, classiquec groupe / coupe / découpe féminine, classiquea vermeilles / pareilles féminine, classiqueb triomphants / d'enfants / éléphants masculine, classiquec pensées / bercées féminine, classiqued balancées / fées / étouffées féminine, classiqueb concerts / déserts / airs masculine, classiquec génies / harmonies / infinies féminine, classiquea contrées / dorées féminine, classiqueb brûlants / tremblants / blancs masculine, classiquec épanche / penche / blanche féminine, classiquea mousses / douces féminine, classiqueb espagnol / sol / parasol masculine, classiquec vagabonde / abonde / ronde féminine, classiquea brise / assise féminine, classiqueb voltigeant / songeant / d'argent masculine, classiquec profonde / blonde / l'onde féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Orientales ‒ Les Feuilles d’automne, Paris, Poésie/Gallimard, 1964· numérisation lyres.chez.com· Sources