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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —

XV. Androclès

Victor Hugo· 18 quatrains, octosyllabes, 72 vers

Quand tout me souriait encore,Jadis, quand j’étais radieux,Aux jours de la jeunesse, auroreDont on prolonge les adieux,

Du milieu de l’immense fêteDes heureux d’alors qui, joyeux,Sceptre en main et couronne en tête,Riaient, chantaient, mêlés aux cieux,

J’ai vu, tandis que sur la terreTout était faste, hymne et concert,L’exil qui saignait, solitaireEt terrible, dans son désert.

Je suis allé vers l’âpre grèveOù rampait le grand abattu ;J’ai dit : je suis celui qui rêve.Toi qui souffres, qui donc es-tu ?

Et, levant sa prunelle pleineDu reflet lointain de Saint-Cloud,Il m’a dit : je suis Sainte-Hélène.Il m’a dit : je suis Holyrood.

Alors, moi, fils de nos désastres,Attestant, devant ces douleurs,Et la nuit qui sème les astres,Et le jour qui sème les fleurs,

J’ai salué dans sa ruineLe sombre maître estropié,Et j’ai retiré son épine,Et baisé sa plaie à son pié.

Puis dans le vent qui tourbillonneJ’ai continué mon chemin ;Car j’étais à l’âge où rayonneLe mystérieux lendemain.

J’ai vécu ; j’ai penché ma têteSur les souffrants, sur les petits.L’azur fit place à la tempête ;J’avais rêvé, je combattis.

Ainsi que le frère d’Électre,Comme Jacob, — Dieu, tu le veux, —J’ai saisi corps à corps le spectre,Et l’ange m’a pris aux cheveux.

Je combattis pour la pensée,Pour le devoir, pour Dieu nié,Pour la grande France éclipsée,Pour le soleil calomnié.

Je combattis l’ombre et l’envie,Sans peur, sans tache à mon écu ;Puis il se trouva, c’est la vie,Qu’ayant lutté, je fus vaincu.

Je fus un de ceux que la fouleDonne à dévorer à l’exil.Sur tout vaincu le dédain roule ;Brutus est fou, Caton est vil.

La Victoire éclatant de rireMontre Aristide à ses amants ;Que de martyrs l’exil déchire !Sa cage est pleine d’ossements !

Autour de moi des voix funèbresCriaient : Cayenne ! Lambessa !L’exil songeait dans les ténèbres ;Quand il me vit, il se dressa.

Il vint à moi, ce noir ministreDu sombre destin inclément.Pendant qu’il s’avançait sinistre,Je le regardai fixement.

Il venait ; sur la terre sombreSon pas sonnait comme un marteau.Maintenant il me tient dans l’ombreEt son ongle est sur mon manteau.

Mais, au lieu d’angoisse et de peine,J’ai le calme et la joie au cœur.Le lion s’est mis, dans l’arène,À lécher le gladiateur.

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a encore / aurore féminine, classiqueb radieux / adieux masculine, classiquea fête / tête féminine, classiqueb joyeux / cieux masculine, classiquea terre / solitaire féminine, classiqueb concert / désert masculine, classiquea grève / rêve féminine, classiqueb abattu / es-tu masculine, classiquea pleine / Sainte-Hélène féminine, classiqueb Saint-Cloud / Holyrood masculine, classiquea désastres / astres féminine, classiqueb douleurs / fleurs masculine, classiquea ruine / épine féminine, classiqueb estropié / pié masculine, classiquea tourbillonne / rayonne féminine, classiqueb chemin / lendemain masculine, classiquea tête / tempête féminine, classiqueb petits / combattis masculine, classiquea d’Électre / spectre féminine, classiqueb veux / cheveux masculine, classiquea pensée / éclipsée féminine, classiqueb nié / calomnié masculine, classiquea l’envie / vie féminine, classiqueb écu / vaincu masculine, classiquea foule / roule féminine, classiqueb l’exil / vil masculine, classiquea rire / déchire féminine, classiqueb amants / d’ossements masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb Lambessa / dressa masculine, classiquea ministre / sinistre féminine, classiqueb inclément / fixement masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb marteau / manteau masculine, classiquea peine / l’arène féminine, classiqueb cœur / gladiateur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources