Les quatre vents de l’esprit, 1881· I Le livre satirique — Le siècle —
IV. Éclipse
La terre par moments‖ doute ; on ne comprend plus.L'homme a devant les yeux‖ de la brume, un reflux,On ne sait quoi de pâle‖ et de crépusculaire ;On n'a plus d'allégresse,‖ on n'a plus de colère ;La disparition‖ produit l'effarement.L'œil fauve du hibou‖ regarde affreusement.Toutes sortes d'éclairs‖ inexplicables brillent.L'autel penche, et les vers‖ du sépulcre y fourmillent.Tout se mêle ; Irmensul‖ ressemble à Jéhovah ;Le sage stupéfait‖ balbutie et s'en va ;Le mal semble identique‖ au bien dans la pénombre ;On ne voit que le pied‖ de l'échelle du NombreEt l'on n'ose monter‖ vers l'obscur infini.Dodone vaguement‖ parle à Gethsémani,L'Œta fume non loin‖ du Sinaï qui tonne ;On fouille, on rêve, on nie,‖ on querelle, on s'étonne ;Des aveugles entr'eux‖ se montrent le chemin ;Le divin ciel a tort‖ devant l'esprit humain ;Le penseur est croyant,‖ le savant est athée ;La conscience écoute,‖ essaye, et, déroutée,Prend le faux pour le vrai‖ dans ces tâtonnements.Où l'un voit des védas,‖ l'autre voit des romans.Les choses qu'on nommait‖ vertus perdent leurs formes.Les monstruosités‖ font des ombres énormesJusque sur l'âme humaine‖ et sur le firmament.Plus d'honneur, plus de foi,‖ plus rien, plus de serment.On voit encor la cime,‖ on ne voit plus le phare.Une lueur de torche‖ empourpre la tiare.On cherche à voir, on rôde,‖ on va, le cou tendu.L'amour au fond des cœurs‖ bat de l'aile éperduComme s'il n'était plus‖ en sûreté dans l'homme.La route est noire ; on crie,‖ on s'appelle, on se nomme.Qui donc est là ? Parlez.‖ On tâte son voisin.La foule éparse flotte‖ avec un bruit d'essaim ;On se touche, on se voit,‖ mais on n'est plus ensemble.Le mal est empereur,‖ la nuit est reine. On tremble.Un trône d'ombre est là.‖ Les misérables fontDes groupes effrayants‖ dans l'abîme profond ;On croit voir des glaçons‖ que les gouffres charrient ;Tout est confus et blême ;‖ et les ténèbres rient.Le fond du ciel est trouble,‖ horrible et pluvieux ;Et le petit enfant‖ qui passe paraît vieux.Il semble que la vie‖ éternelle décroisse.
L'âme alors est sinistre,‖ et voit avec angoisseCes occultations‖ redoutables de Dieu.
Naît-on ? Meurt-on ? Quel est‖ le temps ? Quel est le lieu ?Les peuples sont hagards ;‖ ces brins d'herbe frissonnent ;On entend des tocsins‖ et des clairons qui sonnent ;Le vent est lourd, l'espace‖ est froid, le globe est nu ;Le démon souriant‖ dit : Je suis méconnu.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 25((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a plus / reflux masculine, classiqueb crépusculaire / colère féminine, classiquec l'effarement / affreusement masculine, classiqued brillent / fourmillent féminine, classiquee Jéhovah / va masculine, non classiquef pénombre / Nombre féminine, classiqueg infini / Gethsémani masculine, classiqueh tonne / s'étonne féminine, classiquei chemin / humain masculine, classiquej athée / déroutée féminine, classiquek tâtonnements / romans masculine, classiquel formes / énormes féminine, classiquem firmament / serment masculine, classiquen phare / tiare féminine, classiqueo tendu / éperdu masculine, classiquep l'homme / nomme féminine, classiqueq voisin / d'essaim masculine, classiquer ensemble / tremble féminine, classiques font / profond masculine, classiquet charrient / rient féminine, classiqueu pluvieux / vieux masculine, classiquev décroisse / angoisse féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiqueb frissonnent / sonnent féminine, classiquec nu / méconnu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources