Les quatre vents de l’esprit, 1881· I Le livre satirique — Le siècle —
III. « Ô sainte horreur du mal ! Devoir funèbre ! Ô haine »
Ô sainte horreur du mal !‖ Devoir funèbre ! Ô haine !Quand Virgile suspend‖ la chèvre au blanc troëne ;Quand Lucrèce revêt‖ de feuilles l'homme nu ;Quand Ennius compare‖ au satyre cornuLe bouc passant sa tête‖ à travers la broussailleQui fait qu'Europe au bain‖ se détourne et tressaille ;Quand Moschus chante Enna ;‖ quand Horace gaîmentSuit Canidie, et fait,‖ sur le chaudron fumantOù l'horreur de la lune‖ et des tombeaux s'infiltre,Éternuer Priape‖ à l'âcre odeur du philtre ;Quand Plaute bat Davus‖ ou raille Amphitryon,Le ciel bleu dans un coin‖ brille et jette un rayonSur la baigneuse émue‖ ou la chèvre qui grimpe,Et l'on entend au fond‖ rire l'immense Olympe.Mais tout azur s'éclipse‖ où passent les vengeurs.Les soupiraux d'en bas‖ teignent de leurs rougeursLe mur sinistre auquel‖ s'adosse Jérémie.Les punisseurs sont noirs.‖ Leur pâle et grave amie,La Mort, leur met la main‖ sur l'épaule, et leur dit :— Esprit, ne laisse pas‖ échapper ton bandit.Car ce sont eux qui, seuls,‖ justiciers des abîmes,Terrassent à jamais‖ les monstres et les crimes ;Car ils sont les géants‖ des châtiments de Dieu ;Car, sur des écriteaux‖ d'acier en mots de feu,Du tonnerre escortés,‖ ces hommes formidablesTranscrivent de là-haut‖ les arrêts insondables ;Car ils mettent Achab‖ et Tibère au poteau ;Car l'un porte l'éclair,‖ l'autre tient le marteau ;Ils marchent, affichant‖ des sentences que l'hommeLit effaré, sur Tyr,‖ sur Ninive, sur Rome,Et, sombres, à travers‖ les siècles effrayés,Vont, et ces foudroyants‖ traînent leurs foudroyés.Isaïe, accoudé‖ sur Babylone athée,Songe ; Eschyle, vengeur‖ et fils de Prométhée,Cloue au drame d'airain‖ le tyran Jupiter ;Shakspeare mène en laisse‖ Henri huit ; et LutherFouette les Borgia‖ mêlés aux Louis onze ;Tacite dans la nuit‖ pose son pied de bronzeSur les douze dragons‖ qu'on appelle Césars ;Daniel va, suivi‖ des blêmes Balthazars ;Machiavel pensif‖ garde la bête prince ;Milton veille au guichet‖ du cachot, gouffre où grinceLe pandæmonium‖ de tous les Satans rois ;Juvénal tire et traîne‖ à travers les effroisLa stryge au double front‖ que son vers a tuée,Qui gronde impératrice‖ et rit prostituée ;Et Dante tient le bout‖ de la chaîne de ferQue Judas rêveur mord‖ dans l'ombre de l'enfer.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 24((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a haine / troëne féminine, classiqueb nu / cornu masculine, classiquec broussaille / tressaille féminine, classiqued gaîment / fumant masculine, classiquee s'infiltre / philtre féminine, classiquef Amphitryon / rayon masculine, classiqueg grimpe / Olympe féminine, classiqueh vengeurs / rougeurs masculine, classiquei Jérémie / amie féminine, classiquej dit / bandit masculine, classiquek abîmes / crimes féminine, classiquel Dieu / feu masculine, classiquem formidables / insondables féminine, classiquen poteau / marteau masculine, classiqueo l'homme / Rome féminine, classiquep effrayés / foudroyés masculine, classiqueq athée / Prométhée féminine, classiquer Jupiter / Luther masculine, classiques onze / bronze féminine, équivalentet Césars / Balthazars masculine, classiqueu prince / grince féminine, classiquev rois / effrois masculine, classiquew tuée / prostituée féminine, classiquex fer / l'enfer masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources