Les quatre vents de l’esprit, 1881· I Le livre satirique — Le siècle —
XLIV. Fulgur
L’océan me disait :‖ Ô poète, homme juste,J’ai parfois comme toi‖ cette surprise augusteQu’il me descend des cieux‖ une immense rougeur ;Et je suis traversé‖ tout à coup, ô songeur,Par la foudre sublime,‖ irritée et haïe,Comme toi par l’esprit‖ sinistre d’Isaïe ;Les éclairs sont mes cris,‖ les foudres sont ma voix ;Je gronde sur l’écueil‖ comme toi sur les rois ;Je suis l’avertisseur‖ brusque, horrible et céleste.L’énorme bras de feu‖ m’associe à son gesteQuand il menace l’ombre‖ et le bagne infernal.On est beau par Virgile‖ et grand par Juvénal,Et mon gouffre le sait‖ aussi bien que ton âme ;J’ai, comme toi, l’azur,‖ une douceur de femme,Une gaîté d’enfant,‖ des vagues pleines d’yeux,Des aurores où rit‖ le ciel prodigieux,Des écumes parfois‖ blanches comme les cygnes ;Les astres par-dessus‖ mes flots se font des signes,Et se disent : Viens donc‖ te mirer dans la mer.Je suis le niveau pur,‖ le précipice clair ;J’offre mes gouttes d’eau‖ nuit et jour aux brins d’herbe.Mais je fais peu de cas‖ de tout ce bleu superbe,De ce vaste sourire‖ épanoui sur tout,De cette grâce où l’ombre‖ en clarté se dissout,De ces flots de cristal,‖ de ces ondes de moire ;Et le passage affreux‖ du tonnerre est ma gloire.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 13((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a juste / auguste féminine, classiqueb rougeur / songeur masculine, classiquec haïe / d’Isaïe féminine, classiqued voix / rois masculine, classiquee céleste / geste féminine, classiquef infernal / Juvénal masculine, classiqueg âme / femme féminine, classiqueh d’yeux / prodigieux masculine, classiquei cygnes / signes féminine, classiquej mer / clair masculine, classiquek d’herbe / superbe féminine, classiquel tout / dissout masculine, classiquem moire / gloire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources