Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —
LV. Horreur sacrée
Souvent, dans le hallier‖ où l’églogue hypocriteS’en va chantant,J’ai tout à coup cessé‖ de lire ThéocriteInquiétant ;
Homère fait trembler ;‖ un gouffre est dans Eschyle ;Parfois je veuxM’enfuir quand Circé passe‖ ou quand je vois AchillePris aux cheveux ;
Les aigles sur les bords du Gange et du CaÿstreSont effrayants ;Rien de grand qui ne soit‖ confusément sinistre ;Les noirs pæans,
Les psaumes, la chanson‖ monstrueuse du mageÉzéchiel,Font devant notre œil fixe‖ errer la vague imageD’un affreux ciel.
L’empyrée est l’abîme,‖ on y plonge, on y resteAvec terreur.Car planer, c’est trembler ;‖ si l’azur est céleste,C’est par l’horreur.
L’épouvante est au fond‖ des choses les plus belles ;Les bleus vallonsFont parfois reculer‖ d’effroi les fauves ailesDes aquilons.
Ils sont pleins de regards‖ et d’aspects ; et les sages,Seuls dans les bois,Méditent, attentifs‖ dans l’ombre à des passagesD’yeux et de voix ;
Le poète serein‖ contient l’obscur prophète ;Orphée est noir ;C’est dans une lueur‖ mystérieuse, faiteD’aube et de soir,
C’est en regardant fuir‖ sous l’insondable voûteD’affreux griffons,Qu’Amos effaré songe‖ et qu’Isaïe écouteLes bruits profonds ;
Alcée est sidéral,‖ Lucrèce est redoutable,Job voit l’Esprit ;Le Sphinx vient par moments‖ s’accouder sur la tableOù Dante écrit ;
Plaute par Thalia,‖ formidable bouffonne,S’entend gronder ;Et Pindare en levant‖ les yeux voit TisiphoneLe regarder ;
De là tant de beautés‖ difformes dans leurs œuvres ;Le vers charmantEst par la torsion‖ subite des couleuvresPris brusquement ;
À de certains moments‖ toutes les jeunes floresDans la forêtOnt peur, et sur le front‖ des blanches métaphoresL’ombre apparaît ;
C’est qu’Horace ou Virgile‖ ont vu soudain le spectreNoir se dresser ;C’est que là-bas, derrière‖ Amaryllis, ÉlectreVient de passer.
La nature est en vain‖ pleine de fleurs, de fêtes,Et de pardons,Les poètes ont beau‖ rayonner sur nos têtes,Nous entendons
Parler de sombres voix‖ à Delphe, aux Propylées,Et dans Endor ;Et la nuit a toujours‖ des méduses mêléesAux astres d’or.
Versification
- Forme
- 16 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 16(abab)
- Mètre
- Tétrasyllabes et alexandrins (32 de 4, 32 de 12)· profil 4, 6+6
- Strophes
- 16 quatrains
- Mots à la rime
- a hypocrite / Théocrite féminine, classiqueb chantant / Inquiétant masculine, classiquea Eschyle / Achille féminine, classiqueb veux / cheveux masculine, classiquea Caÿstre / sinistre féminine, classiqueb effrayants / pæans masculine, classiquea mage / image féminine, classiqueb Ézéchiel / ciel masculine, classiquea reste / céleste féminine, classiqueb terreur / l’horreur masculine, classiquea belles / ailes féminine, classiqueb vallons / aquilons masculine, classiquea sages / passages féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea prophète / faite féminine, classiqueb noir / soir masculine, classiquea voûte / écoute féminine, classiqueb griffons / profonds masculine, classiquea redoutable / table féminine, classiqueb l’Esprit / écrit masculine, classiquea bouffonne / Tisiphone féminine, classiqueb gronder / regarder masculine, classiquea œuvres / couleuvres féminine, classiqueb charmant / brusquement masculine, classiquea flores / métaphores féminine, classiqueb forêt / apparaît masculine, classiquea spectre / Électre féminine, classiqueb dresser / passer masculine, classiquea fêtes / têtes féminine, classiqueb pardons / entendons masculine, classiquea Propylées / mêlées féminine, classiqueb Endor / d’or masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources