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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les quatre vents de l’esprit, 1881· III Le livre lyrique — La destinée —

LI. Le parisien du faubourg

Victor Hugo· 11 sizains, heptasyllabes, 66 vers

Il fait la noce éternelle.La table est dans la tonnelle ;Mort ivre, il tombe dessous ;Et, c’est là sa réussite,Il va, quand il ressuscite,Au paradis pour six sous.

Rire et boire, et c’est la vie !On régale ; on se convieSur le vieux comptoir de plomb ;Toujours fête ; et le dimancheTient le lundi par la manche ;Le dimanche a le bras long.

Le broc luit sous les charmilles.— Nous tendrons un verre aux fillesEt nous les embrasserons ;Être heureux, c’est très facile.La Grèce avait le Pœcile,La France a les Porcherons.

Las, on se couche aux carrières… —Oh ! Ce peuple des barrières !Oh ! Ce peuple des faubourgs !Fou de gaîtés puériles,Donnant quelques fleurs stérilesPour tant de profonds labours !

Il dort, il chante, il s’irrite.Rome dit : quel sybarite !Sybaris dit : quel romain !À toute minute il change ;Et ce serait un archangeSi ce n’était un gamin.

L’athénien est son père.Par moments on désespère ;Il quitte et reprend son bât.Devinez cette charade :Il achève en mascaradeCe qu’il commence en combat.

Il n’a plus rien dans les veines ;Il emploie aux danses vainesCes grands mois, juillet, août ;Quel bâtard, ou quel maroufle !— Mais un vent inconnu souffle ;Il se lève tout à coup,

Tout ruisselant d’espérance,Disant : je m’appelle France !Splendide, ivre de péril,Beau, joyeux, l’âme éveillée,Comme une abeille mouilléeDe rosée au mois d’avril !

Il se lève formidable,Abordant l’inabordable,Prenant dans ses poings le feu,Sonnant l’heure solennelle,Ayant l’homme sous son aileEt dans sa prunelle Dieu !

Fier, il mord dans le fer rouge.Il change en éden le bouge,Enfante chefs et soldats,Et, se dressant dans sa gloire,Finit sa chanson à boirePar ce cri : Léonidas !

Qu’un autre lui jette un blâme.Il est le peuple et la femme ;C’est l’enfant insoucieuxQui soudain s’allume et brille ;Il descend de la Courtille,Mais il monte dans les cieux.

Versification

Forme
11 sizains (sizains)
Rimes
11(aabccb)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
11 sizains
Mots à la rime
a éternelle / tonnelle féminine, classiqueb dessous / sous masculine, classiquec réussite / ressuscite féminine, classiquea vie / convie féminine, classiqueb plomb / long masculine, non classiquec dimanche / manche féminine, classiquea charmilles / filles féminine, classiqueb embrasserons / Porcherons masculine, classiquec facile / Pœcile féminine, classiquea carrières / barrières féminine, classiqueb faubourgs / labours masculine, classiquec puériles / stériles féminine, classiquea s’irrite / sybarite féminine, classiqueb romain / gamin masculine, classiquec change / archange féminine, classiquea père / désespère féminine, classiqueb bât / combat masculine, classiquec charade / mascarade féminine, classiquea veines / vaines féminine, classiqueb août / coup masculine, non classiquec maroufle / souffle féminine, classiquea d’espérance / France féminine, classiqueb péril / d’avril masculine, classiquec éveillée / mouillée féminine, classiquea formidable / l’inabordable féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquec solennelle / aile féminine, classiquea rouge / bouge féminine, classiqueb soldats / Léonidas masculine, classiquec gloire / boire féminine, classiquea blâme / femme féminine, classiqueb insoucieux / cieux masculine, classiquec brille / Courtille féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les quatre vents de l’esprit, Paris, La Librairie Ollendorff, 1908· numérisation wikisource.org· Sources