Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les rayons et les ombres, 1840

XII. À laure, Duch. d’a

Victor Hugo· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Puisqu'ils n'ont pas compris‖ dans leur étroite sphère,Qu'après tant de splendeur,‖ de puissance et d'orgueil,Il était grand et beau‖ que la France dût faireL'aumône d'une fosse‖ à ton noble cercueil ;

Puisqu'ils n'ont pas senti‖ que celle qui sans crainteToujours loua la gloire‖ et flétrit les bourreauxA le droit de dormir‖ sur la colline sainte,A le droit de dormir‖ à l'ombre des héros ;

Puisque le souvenir‖ de nos grandes bataillesNe brûle pas en eux‖ comme un sacré flambeau ;Puisqu'ils n'ont pas de cœur ;‖ puisqu'ils n'ont point d'entrailles ;Puisqu'ils t'ont refusé‖ la pierre d'un tombeau ;

C'est à nous de chanter‖ un chant expiatoire !C'est à nous de t'offrir‖ notre deuil à genoux !C'est à nous, c'est à nous‖ de prendre ta mémoireEt de l'ensevelir‖ dans un vers triste et doux !

C'est à nous cette fois‖ de garder, de défendreLa mort contre l'oubli,‖ son pâle compagnon ;C'est à nous d'effeuiller‖ des roses sur ta cendre ;C'est à nous de jeter‖ des lauriers sur ton nom !

Puisqu'un stupide affront,‖ pauvre femme endormie,Monte jusqu'à ton front‖ que César étoila,C'est à moi, dont ta main‖ pressa la main amie,De te dire tout bas :‖ Ne crains rien ! je suis là !

Car j'ai ma mission !‖ car, armé d'une lyre,Plein d'hymnes irrités‖ ardents à s'épancher,Je garde le trésor‖ des gloires de l'empire ;Je n'ai jamais souffert‖ qu'on osât y toucher !

Car ton cœur abondait‖ en souvenirs fidèles !Dans notre ciel sinistre‖ et sur nos tristes jours,Ton noble esprit planait‖ avec de nobles ailes,Comme un aigle souvent,‖ comme un ange toujours !

Car, forte pour tes maux‖ et bonne pour les nôtres,Livrée à la tempête‖ et femme en proie au sort,Jamais tu n'imitas‖ l'exemple de tant d'autres,Et d'une lâcheté‖ tu ne te fis un port !

Car toi, la muse illustre,‖ et moi, l'obscur apôtre,Nous avons dans ce monde‖ eu le même mandat,Et c'est un nœud profond‖ qui nous joint l'un à l'autre,Toi, veuve d'un héros,‖ et moi, fils d'un soldat !

Aussi, sans me lasser,‖ dans cette Babylone,Des drapeaux insultés‖ baisant chaque lambeau,J'ai dit pour l'empereur :‖ Rendez-lui sa colonne !Et je dirai pour toi :‖ Donnez-lui son tombeau !

Février 1840.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a sphère / faire féminine, classiqueb d'orgueil / cercueil masculine, classiquea crainte / sainte féminine, classiqueb bourreaux / héros masculine, classiquea batailles / d'entrailles féminine, classiqueb flambeau / tombeau masculine, classiquea expiatoire / mémoire féminine, classiqueb genoux / doux masculine, classiquea défendre / cendre féminine, classiqueb compagnon / nom masculine, classiquea endormie / amie féminine, classiqueb étoila / là masculine, classiquea lyre / l'empire féminine, classiqueb s'épancher / toucher masculine, classiquea fidèles / ailes féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea nôtres / d'autres féminine, classiqueb sort / port masculine, classiquea apôtre / l'autre féminine, classiqueb mandat / soldat masculine, classiquea Babylone / colonne féminine, classiqueb lambeau / tombeau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1985· numérisation abu.cnam.fr· Sources