Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· V

XXI. « J'ai mené parfois dure vie »

Victor Hugo· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

J'ai mené parfois dure vie,Proscrit, errant de lieux en lieux,Triste et jetant un œil d'envieAu sépulcre mystérieux.

J'ai fait à pied de longues routes ;Marchant la nuit, craignant les voix,Plus rempli d'ombres et de doutesQue la bête fauve des bois.

Ô vaincus des luttes civiles,Malheur à vous ! rien ne vous sert.J'ai le soir traversé des villesComme on traverse le désert.

Seul, comptant mon chétif pécule,Loin de tous mes amis absents,Je regardais, au crépuscule,Aller et venir les passants.

L'eau des chemins mouillait mes guêtres.Las, je tombais sur de vieux bancs.Je regardais par les fenêtresLa gaîté des âtres flambants.

J'entendais rire sous le chaumeLes paysans à leur repas ;Un étranger est un fantôme ;Les murs ne le connaissent pas.

Comme Tullius fuyant Rome,J'allais, ignorant où j'étais,Accueilli par ceux que je nomme,Repoussé par ceux que je tais.

La bise sifflait sur ma tête.Je fuyais sans savoir comment,Enveloppé de la tempêteComme d'un sombre vêtement ;

En guerre avec l'ombre où nous sommes,Avec l'onde et le vent marin,Avec le ciel, avec les hommes,En paix avec mon cœur serein !

Mon âme ouvrait ses yeux funèbres ;Tout était noir, plus de ciel bleu ;Mais je voyais dans ces ténèbresLa lointaine blancheur de Dieu.

Je me disais dans ma souffrance :— Pleurer est bon, mourir est beau.Car la porte de l'espéranceS'ouvre avec la clef du tombeau.

Autour de moi, troupes ailées,Les strophes dont l'essaim me suit.Tourbillonnaient écheveléesDans les souffles noirs de la nuit.

J'étais sûr, à travers mes peines,Que j'étais un juste aux abois,Et que les rochers et les chênesNe pouvaient point haïr ma voix.

Je parlais aux astres de flamme ;Se taire ne sied qu'au maudit ;Et je faisais chanter mon âmePour que la nature entendît.

Je ne sais pas quelles réponses,Les vents faisaient à mes chansons.J'ai mangé les mûres des roncesEt j'ai dormi sous les buissons.

14 octobre 1853. Jersey.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a vie / d'envie féminine, classiqueb lieux / mystérieux masculine, classiquea routes / doutes féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquea civiles / villes féminine, classiqueb sert / désert masculine, classiquea pécule / crépuscule féminine, classiqueb absents / passants masculine, classiquea guêtres / fenêtres féminine, classiqueb bancs / flambants masculine, classiquea chaume / fantôme féminine, classiqueb repas / pas masculine, classiquea Rome / nomme féminine, classiqueb j'étais / tais masculine, classiquea tête / tempête féminine, classiqueb comment / vêtement masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb marin / serein masculine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea souffrance / l'espérance féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea ailées / échevelées féminine, classiqueb suit / nuit masculine, classiquea peines / chênes féminine, classiqueb abois / voix masculine, classiquea flamme / âme féminine, classiqueb maudit / entendît masculine, classiquea réponses / ronces féminine, classiqueb chansons / buissons masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources