Toute la lyre, 1893· VI
LXII. L’outrage peut être aussi dans la caresse
Hélas, les rayons sont des crimes.Les vils chardons aux lys sublimesDisent dans l'ombre : c'est assez.O Dieu, qui seul savez‖ les sources et les causes,Qu'est-ce donc que les belles chosesOnt fait, que vous les punissez !
Expiation jamais lasse !Les flots sont une populaceQui jette aux caps l'affront amer ;Les rocs sentent sur eux‖ cracher ces mille bouches ;Ils ont sur leurs faces farouchesL'âcre salive de la mer.
La fleur radieuse est dans l'herbe ;C'est un malheur qu'être superbe ;Sa splendeur déplaît à quelqu'un ;La limace tyran‖ monte à la rose esclave,La baise et la souille, et la baveEst le châtiment du parfum.
Pourquoi, tempête, sans relâche,Frappes-tu de ton éclair lâcheLe mont dressé dans le brouillard ?De quel droit, dans l'Éden‖ imitant les chenilles,Viens-tu-toucher aux jeunes filles,Lèvre difforme du vieillard ?
Le grand bourreau se nomme Envie,La longue injure de la vieS'accomplit à tous les moments.Dieu, qui n'épargne rien,‖ fait tomber de son aireSur les fronts puissants le tonnerre,Le baiser sur les fronts charmants.
26 juillet 1854.
Versification
- Forme
- 5 sizains (sizains)
- Rimes
- 5(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (25 de 8, 5 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 5 sizains
- Mots à la rime
- a crimes / sublimes féminine, classiqueb assez / punissez masculine, classiquec causes / choses féminine, classiquea lasse / populace féminine, classiqueb amer / mer masculine, classiquec bouches / farouches féminine, classiquea l'herbe / superbe féminine, classiqueb quelqu'un / parfum masculine, classiquec esclave / bave féminine, classiquea relâche / lâche féminine, classiqueb brouillard / vieillard masculine, classiquec chenilles / filles féminine, classiquea Envie / vie féminine, classiqueb moments / charmants masculine, classiquec aire / tonnerre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
30 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources