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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Toute la lyre, 1893· II

III. Lettre

Victor Hugo· distiques, alexandrins, 70 vers

La Champagne est fort laide‖ où je suis ; mais qu'importe,J'ai de l'air, un peu d'herbe,‖ une vigne à ma porte ;D'ailleurs, je ne suis pas‖ ici pour bien longtemps.N'ayant pas mes petits‖ près de moi, je prétendsAvoir droit à la fuite,‖ et j'y songe à toute heure.Et tous les jours je veux‖ partir, et je demeure.L'homme est ainsi. Parfois‖ tout s'efface à mes yeuxSous la mauvaise humeur‖ du nuage ennuyeux ;Il pleut ; triste pays.‖ Moins de blé que d'ivraie.Bientôt j'irai chercher‖ la solitude vraie,Où sont les fiers écueils,‖ sombres, jamais vaincus,La mer. En attendant,‖ comme Horace à Fuscus,Je t'envoie, ami cher,‖ les paroles civilesQue doit l'hôte des champs‖ à l'habitant des villes ;Tu songes au milieu‖ des tumultes hagards ;Et je salue avec‖ toutes sortes d'égards,Moi qui vois les fourmis,‖ toi qui vois les pygmées.

Parce que vous avez‖ la forge aux renommées,Aux vacarmes, aux faits‖ tapageurs et soudains,Ne croyez pas qu'à Bray‖-sur-Marne, ô citadins,On soit des paysans‖ au point d'être des brutes ;Non, on danse, on se cherche‖ au bois, on fait des chutes ;On s'aime ; on est toujours‖ Estelle et Némorin ;Simone et Gros Thomas‖ sautent au tambourin ;Et les grands vieux parents‖ grondent quand le dimancheLes filles vont tirer‖ les garçons par la manche ;Le presbytère est là‖ qui garde le troupeau ;Parfois j'entre à l'église‖ et j'ôte mon chapeauQuand monsieur le curé‖ foudroie en pleine chaireL'idylle d'un bouvier‖ avec une vachère.Mais je suis indulgent‖ plus que lui le ciel bleu,Diable ! et le doux printemps,‖ tout cela trouble un peu ;Et les petits oiseaux,‖ quel détestable exemple !Le jeune mois de mai,‖ c'est toujours le vieux templeOù, doucement raillés‖ par les merles siffleurs,Le gens qui s'aiment vont‖ s'adorer dans les fleurs ;Jadis c'était Phyllis,‖ aujourd'hui c'est Javotte,Mais c'est toujours la femme‖ au mois de mai dévote.Moi, je suis spectateur,‖ et je pardonne ; ayantL'âme très débonnaire‖ et l'air très effrayant ;Car j'inquiète fort‖ le village. On me nommeLe sorcier ; on m'évite ;‖ ils disent : C'est un hommeQu'on entend parler haut‖ dans sa chambre, le soir.Or on ne parle seul‖ qu'avec quelqu'un de noir.C'est pourquoi je fais peur.‖ La maison que j'habite,Grotte dont j'ai fait choix‖ pour être cénobite,C'est l'auberge ; on y boit‖ dans la salle d'en bas ;Les filles du pays‖ viennent, ôtent leurs bas,Et salissent leurs pieds‖ dans la mare voisine.La soupe aux choux, c'est là‖ toute notre cuisine ;Un lit et quatre murs,‖ c'est là tout mon logis.Je vis ; les champs le soir‖ sont largement rougis ;L'espace est, le matin,‖ confusément sonore ;L'angélus se répand‖ dans le ciel dès l'aurore,Et j'ai le bercement‖ des cloches en dormant.Poésie : un roulier‖ avec un jurement ;Des poules becquetant‖ un vieux mur en décombre ;De lointains aboiements‖ dialoguant dans l'ombre ;Parfois un vol d'oiseaux‖ sauvages émigrant.C'est petit, car c'est laid,‖ et le beau seul est grand.Cette campagne où l'aube‖ à regret semble naître,M'offre à perte de vue‖ au loin sous ma fenêtreRien, la route, un sol âpre,‖ usé, morne, inclément.Quelques arbres sont là ;‖ j'écoute vaguementLes conversations‖ du vent avec les branches ;La plaine brune alterne‖ avec les plaines blanches ;Pas un coteau, des prés‖ maigres, peu de gazon ;Et j'ai pour tout plaisir‖ de voir à l'horizonUn groupe de toits bas‖ d'où sort une fumée,Le paysage étant‖ plat comme Mérimée.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
35((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a qu'importe / porte féminine, classiqueb longtemps / prétends masculine, classiquec heure / demeure féminine, classiqued yeux / ennuyeux masculine, classiquee d'ivraie / vraie féminine, classiquef vaincus / Fuscus masculine, classiqueg civiles / villes féminine, classiqueh hagards / d'égards masculine, classiquei pygmées / renommées féminine, classiqueb soudains / citadins masculine, classiquec brutes / chutes féminine, classiqued Némorin / tambourin masculine, classiquee dimanche / manche féminine, classiquef troupeau / chapeau masculine, classiqueg chaire / vachère féminine, classiqueh bleu / peu masculine, classiquei exemple / temple féminine, classiquej siffleurs / fleurs masculine, classiquek Javotte / dévote féminine, classiquel ayant / effrayant masculine, classiquem nomme / homme féminine, classiquen soir / noir masculine, classiqueo j'habite / cénobite féminine, classiquep bas masculine, classiqueq voisine / cuisine féminine, classiquer logis / rougis masculine, classiques sonore / l'aurore féminine, classiquet dormant / jurement masculine, classiqueu décombre / l'ombre féminine, classiquev émigrant / grand masculine, classiquew naître / fenêtre féminine, classiquex inclément / vaguement masculine, classiquey branches / blanches féminine, classiquez gazon / l'horizon masculine, classiquea fumée / Mérimée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, collection Bouquins ‒ Robert Laffont, 1986· numérisation poesies.net· Sources