Contes et nouvelles, 1668‑1694· Livre cinquième 1682 ‒ 1685
I. La clochette
Oh ! combien l’homme‖ est inconstant, divers,Foible, léger,‖ tenant mal sa parole !J’avois juré‖ hautement, en mes vers,De renoncer‖ à tout conte frivole :Et quand juré ?‖ C’est ce qui me confond ;Depuis deux jours,‖ j’ai fait cette promesse.Puis, fiez-vous‖ à rimeur, qui répondD’un seul moment !‖ Dieu ne fit la sagessePour les cerveaux‖ qui hantent les neuf Sœurs :Trop bien ont-ils‖ quelque art qui vous peut plaire,Quelque jargon‖ plein d’assez de douceurs ;Mais d’être sûrs,‖ ce n’est là leur affaire.
Si me faut-il‖ trouver, n’en fût-il point,Tempérament‖ pour accorder ce point ;Et, supposé‖ que quant à la matièreJ’eusse failli,‖ du moins pourrois-je pasLe réparer‖ par la forme, en tout cas ?Voyons ceci.‖ Vous, saurez que naguèreDans la Touraine‖ un jeune bachelier…(Interprétez‖ ce mot à votre guise :L’usage en fut‖ autrefois familierPour dire ceux‖ qui n’ont la barbe grise ;Ores ce sont‖ suppôts de sainte Église.)Le nôtre soit,‖ sans plus, un jouvenceauQui dans les prés,‖ sur le bord d’un ruisseau,Vous cajoloit‖ la jeune bacheletteAux blanches dents,‖ aux pieds nus, au corps gentPendant qu’Io,‖ portant une clochette,Aux environs‖ alloit l’herbe mangeant.Notre galant‖ vous lorgne une fillette,De celles-là‖ que je viens d’exprimer.Le malheur fut‖ qu’elle étoit trop jeunette,Et d’âge encore‖ incapable d’aimer.Non qu’à treize ans‖ on y soit inhabile ;Même les lois‖ ont avancé ce temps :Les lois songeoient‖ aux personnes de ville,Bien que l’amour‖ semble né pour les champs.Le bachelier‖ déploya sa science.Ce fut en vain :‖ le peu d’expérience,L’humeur farouche,‖ ou bien l’aversion,Ou tous les trois,‖ firent que la bergère,Pour qui l’amour‖ étoit langue étrangère,Répondit mal‖ à tant de passion.Que fit l’amant ?‖ Croyant tout artificeLibre en amours,‖ sur le rez de la nuit,Le compagnon‖ détourne une génisse,De ce bétail‖ par la fille conduit.Le demeurant,‖ non compté par la belle(Jeunesse n’a‖ les soins qui sont requis),Prit aussitôt‖ le chemin du logis.Sa mère, étant‖ moins oublieuse qu’elle,Vit qu’il manquoit‖ une pièce au troupeau.Dieu sait la vie !‖ Elle tance Isabeau,Vous la renvoie ;‖ et la jeune pucelleS’en va pleurant,‖ et demande aux échosSi pas un d’eux‖ ne sait nulle nouvelleDe celle-là,‖ dont le drôle à proposAvait d’abord‖ étoupé la clochette :Puis il la prit ;‖ et, la faisant sonner,Il se fit suivre ;‖ et tant, que la fillette,Au fond d’un bois,‖ se laissa détourner.Jugez, lecteur,‖ quelle fut sa surprise,Quand elle ouït‖ la voix de son amant.« Belle, dit-il,‖ toute chose est permise,Pour se tirer‖ de l’amoureux tourment. »À ce discours,‖ la fille, toute en transe,Remplit de cris‖ ces lieux peu fréquentés.Nul n’accourut.‖ O belles ! évitezLe fond des bois,‖ et leur vaste silence.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 10[abab] 4[aa] 4[abba] 1[ababb]
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a divers / vers masculine, classiqueb parole / frivole féminine, classiquec confond / répond masculine, classiqued promesse / sagesse féminine, classiquee Sœurs / douceurs masculine, classiquef plaire / affaire féminine, classiquea point masculine, classiqueb matière / naguère féminine, classiquec pas / cas masculine, classiqued bachelier / familier masculine, classiquee guise / grise / Église féminine, classiquef jouvenceau / ruisseau masculine, classiqueg bachelette / clochette féminine, classiqueh gent / mangeant masculine, classiquei fillette / jeunette féminine, classiquej d’exprimer / d’aimer masculine, classiquek inhabile / ville féminine, classiquel temps / champs masculine, classiquem science / d’expérience féminine, classiquen l’aversion / passion masculine, classiqueo bergère / étrangère féminine, classiquep artifice / génisse féminine, classiqueq nuit / conduit masculine, classiquer belle / qu’elle féminine, classiques requis / logis masculine, classiquet troupeau / Isabeau masculine, classiqueu pucelle / nouvelle féminine, classiquev échos / propos masculine, classiquew clochette / fillette féminine, classiquex sonner / détourner masculine, classiquey surprise / permise féminine, classiquez amant / tourment masculine, classiquea transe / silence féminine, classiqueb fréquentés / évitez masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
69 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Contes et nouvelles, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources