Contes et nouvelles, 1668‑1694· Livre deuxième 1667 — 1669
XIV. La fiancée du roi de garbe
NOUVELLE
Il n’est rien qu’on ne conte‖ en diverses façons ;On abuse du vrai,‖ comme on fajt de la feinte :Je le souffre, aux récits‖ qui passent pour chansons ;Chacun y met du sien‖ sans scrupule et sans crainte :Mais, aux événements‖ de qui la véritéImporte à la postérité,Tels abus méritent censure.Le fait d’Alaciel‖ est d’une autre nature.Je me suis écarté‖ de mon original.On en pourra gloser ;‖ on pourra me mécroire :Tout cela n’est pas un grand mal ;Alaciel et sa mémoireNe sauroient guère perdre‖ à tout ce changement.J’ai suivi mon auteur‖ en deux points seulement,Points qui font véritablementLe plus important de l’histoire :L’un est que par huit mains‖ Alaciel passa,Avant que d’entrer dans la bonne ;L’autre, que son fiancé‖ ne s’en embarrassa,Ayant peut-être en sa personneDe quoi négliger ce point-là.Quoi qu’il en soit,‖ la belle, en ses traverses,Accidents, fortunes diverses,Eut beaucoup à souffrir,‖ beaucoup à travailler,Changea huit fois de chevalier.Il ne faut pas,‖ pour cela, qu’on l’accuse :Ce n’étoit, après tout,‖ que bonne intention,Gratitude ou compassion,Crainte de pis, honnête excuse.Elle n’en plut pas moins‖ aux yeux de son fiancé.Veuve de huit galants,‖ il la prit pour pucelle ;Et, dans son erreur, par la belle,Apparemment il fut laissé.Qu’on y puisse être pris,‖ la chose est toute claire ;Mais, après huit,‖ c’est une étrange affaire !Je me rapporte de celaÀ quiconque a passé par là.
Zaïr, soudan d’Alexandrie,Aima sa fille AlacielUn peu plus que sa propre vie.Aussi, ce qu’on se peut‖ figurer, sous le ciel,De bon, de beau,‖ de charmant et d’aimable,D’accommodant‖ (j’y mets encor ce point),La rendoit d’autant estimable :En cela je n’augmente point.Au bruit qui couroit d’elle‖ en toutes ses provinces,Mamolin, roi de Garbe,‖ en devint amoureux.Il la fit demander,‖ et fut assez heureuxPour l’emporter sur d’autres princes.La belle aimoit déjà ;‖ mais on n’en savoit rien :Filles de sang royal‖ ne se déclarent guères ;Tout se passe en leur cœur :‖ cela les fâche bien ;Car elles sont de chair‖ ainsi que les bergères.Hispal, jeune seigneur‖ de la cour du soudan,Bien fait, plein de mérite,‖ honneur de l’Alcoran,Plaisoit fort à la dame,‖ et d’un commun martyreTous deux brûloient,‖ sans oser se le dire ;Ou, s’ils se le disoient,‖ ce n’étoit que des yeux.Comme ils en étoient là,‖ l’on accorda la belle.Il fallut se résoudre‖ à partir de ces lieux.Zaïr fît embarquer‖ son amant avec elle.S’en fier à quelque autre‖ eût peut-être été mieux.Après huit jours de traite,‖ un vaisseau de corsaires,Ayant pris le dessus du vent,Les attaqua :‖ le combat fut sanglant ;Chacun des deux partis‖ y fît mal ses affaires.Les assaillants,‖ faits aux combats de mer,Étoient les plus experts‖ en l’art de massacrer ;Joignoient l’adresse au nombre :‖ Hispal, par sa vaillance,Tenoit les choses en balance.Vingt corsaires pourtant‖ montèrent sur son bord.Grifonio le gigantesqueConduisoit l’horreur et la mortAvecque cette soldatesque.Hispal en un moment‖ se vit environné :Maint corsaire sentit‖ son bras déterminé :De ses yeux il sortoit‖ des éclairs et des flammes.Cependant qu’il étoit‖ au combat acharné,Grifonio courut‖ à la chambre des femmes.Il savoit que l’infante‖ étoit dans ce vaisseau ;Et, l’ayant destinée‖ à ses plaisirs infâmes,Il l’emportoit comme un moineau :Mais la charge pour lui‖ n’étant pas suffisante,Il prit aussi‖ la cassette aux bijoux,Aux diamants,‖ aux témoignages douxQue reçoit et garde une amante :Car quelqu’un m’a dit, entre nous,Qu’Hispal en ce voyage‖ avait fait à l’infanteUn aveu, dont d’abord‖ elle parut contente,Faute d’avoir le temps‖ de s’en mettre en courroux.
Le malheureux corsaire,‖ emportant cotte proie,N’en eut pas longtemps de la joie.Un des vaisseaux,‖ quoiqu’il fût accroché,S’étant quelque peu détaché,Comme Grifonio‖ passoit d’un bord à l’autre,Un pied sur son navire,‖ un sur celui d’Hispal,Le héros, d’un revers,‖ coupe en deux l’animal :Part du tronc tombe en l’eau,‖ disant sa patenôtre,Et, reniant Mahom,‖ Jupin, et Tarvagant,Avec maint autre dieu‖ non moins extravagant ;Part demeure sur pied,‖ en la même posture.On auroit ri de l’aventure,Si la belle avec lui‖ n’eût tombé dedans l’eau.Hispal se jette après :‖ l’un et l’autre vaisseau,Malmené du combat‖ et privé de pilote,Au gré d’Éole‖ et de Neptune flotte.La mort fit lâcher prise‖ au géant pourfendu.L’infante, par sa robe‖ en tombant soutenue,Fut bientôt d’Hispal secourue.Nager vers les vaisseaux‖ eût été temps perdu ;Ils étaient presque à demi-mille :Ce qu’il jugea de plus facile,Fut de gagner certains rochersQui d’ordinaire étoient‖ la perte des nochers,Et furent le salut‖ d’Hispal et de l’infante.Aucuns ont assuré,‖ comme chose constante,Que même du péril‖ la cassette échappa ;Qu’à des cordons étant pendue,La belle après soi la tira :Autrement, elle étoit perdue.
Notre nageur avoit‖ l’infante sur son dos.Le premier roc gagné,‖ non pas sans quelque peine,La crainte de la faim‖ suivit celle des flots ;Nul vaisseau ne parut‖ sur la liquide plaine.Le jour s’achève ;‖ il se passe une nuit :Point de vaisseau près d’eux‖ par le hasard conduit ;Point de quoi manger sur ces roches.Voilà notre couple réduitÀ sentir de la faim‖ les premières approches ;Tous deux privés d’espoir,‖ d’autant plus malheureuxQu’aimés aussi bien qu’amoureux,Ils perdoient doublement‖ en leur mésaventure.Après s’être longtemps‖ regardés sans parler :« Hispal, dit la princesse,‖ il se faut consoler ;Les pleurs ne peuvent rien‖ près de la Parque dure ;Nous n’en mourrons pas moins ;‖ mais il dépend de nousD’adoucir l’aigreur de ses coups ;C’est tout ce qui nous reste‖ en ce malheur extrême.— Se consoler ! dit-il ;‖ le peut-on, quand on aime ?Ah ! si… Mais non, madame,‖ il n’est pas à proposQue vous aimiez ;‖ vous seriez trop à plaindre !Je brave, à mon égard,‖ et la faim et les flots :Mais, jetant l’oeil sur vous,‖ je trouve tout à craindre. »La princesse, à ces mots,‖ ne se put plus contraindre :Pleurs de couler,‖ soupirs d’être poussés,Regards d’être au ciel adressés,Et puis sanglots,‖ et puis soupirs encore.En ce même langage,‖ Hispal lui repartit,Tant qu’enfin un baiser suivit :S’il fut pris ou donné,‖ c’est ce que l’on ignore.
Après force vœux impuissants,Le héros dit :‖ « Puisqu’en cette aventure,Mourir nous est chose si sûre,Qu’importe que nos corps‖ des oiseaux ravissantsOu des monstres marins‖ deviennent la pâture ?Sépulture pour sépulture,La mer est égale, à mon sens.Qu’attendons-nous ici‖ qu’une fin languissante ?Seroit-il point plus à proposDe nous abandonner aux flots ?J’ai de la force encor ;‖ la côte est peu distante ;Le vent y pousse ;‖ essayons d’approcher ;Passons de rocher en rocher :J’en vois beaucoup‖ où je puis prendre haleine. »Alaciel‖ s’y résolut sans peine.
Les revoilà sur l’onde‖ ainsi qu’auparavant,La cassette en laisse suivant,Et le nageur, poussé du vent,De roc en roc portant la belle :Façon de naviger nouvelle.Avec l’aide du ciel‖ et de ces reposoirs,Et du dieu qui préside‖ aux liquides manoirs,Hispal, n’en pouvant plus‖ de faim, de lassitude,De travail et d’inquiétude(Non pour lui, mais pour ses amours),Après avoir jeûné deux jours,Prit terre à la dixième traite,Lui, la princesse, et la cassette.Pourquoi, me dira-t-on,‖ nous ramener toujoursCette cassette ?‖ Est-ce une circonstanceQui soit de si grande importance ?Oui, selon mon avis ;‖ on va voir si j’ai tort.Je ne prends point ici l’essor,Ni n’affecte de railleries.Si j’avois mis nos gens à bord,Sans argent et sans pierreries,Seroient-ils pas demeurés court ?On ne vit ni d’air ni d’amour.Les amants ont beau dire et faire,Il en faut revenir‖ toujours au nécessaire.La cassette y pourvut‖ avec maint diamant.Hispal vendit les uns,‖ mit les autres en gages ;Fit achat d’un château‖ le long de ces rivages :Ce château, dit l’histoire,‖ avoit un parc fort grand ;Ce parc, un bois ;‖ ce bois, de beaux ombrages ;Sous ces ombrages, nos amantsPassoient d’agréables moments.Voyez combien voilà‖ de choses enchaînées,Et par la cassette amenées ?
Or, au fond de ce bois,‖ un certain antre étoit,Sourd et muet,‖ et d’amoureuse affaire ;Sombre surtout :‖ la Nature sembloitL’avoir mis là‖ non pour autre mystère.Nos deux amants‖ se promenant un jour,Il arriva‖ que ce fripon d’AmourGuida leurs pas‖ vers ce lieu solitaire !Chemin faisant, Hispal‖ expliquoit ses désirs,Moitié par ses discours,‖ moitié par ses soupirs,Plein d’une ardeur impatiente :La princesse écoutoit‖ incertaine et tremblante.« Nous voici, disoit-il,‖ en un bord étranger,Ignorés du reste des hommes ;Profitons-en ;‖ nous n’avons à songer,Qu’aux douceurs de l’amour,‖ en l’état où nous sommes.Qui vous relient ?‖ On ne sait seulementSi nous vivons ;‖ peut-être en ce momentTout le monde nous croit‖ au corps d’une baleine.Ou favorisez votre amant,Ou qu’à votre époux il vous mène ?…Mais pourquoi vous mener ?‖ Vous pouvez rendre heureuxCelui dont vous avez‖ éprouvé la constance.Qu’attendez-vous‖ pour soulager ses feux ?N’est-il point assez amoureux ?Et n’avez-vous point fait‖ assez de résistance ? »Hispal haranguoit de façonQu’il auroit échauffé des marbres,Tandis qu’Alaciel,‖ à l’aide d’un poinçon,Faisoit semblant‖ d’écrire sur les arbres.Mais l’amour la faisoit rêverÀ d’autres choses qu’à graverDes caractères sur l’écorce,Son amant et le lieu‖ l’assuroient du secret :C’étoit une puissante amorce.Elle résistoit à regret ;Le printemps, par malheur,‖ étoit lors en sa force.Jeunes cœurs sont bien empêchésÀ tenir leurs désirs cachés,Étant pris par tant de manières.Combien en voyons-nous‖ se laisser pas à pasRavir jusqu’aux faveurs dernières,Qui dans l’abord ne croyoient pasPouvoir accorder les premières !Amour, sans qu’on y pense,‖ amène ces instantsMainte fille a perdu ses gants,Et femme au partir s’est trouvée,Qui ne sait, la plupart du temps,Comme la chose est arrivée.Près de l’antre venus,‖ notre amant proposaD’entrer dedans.‖ La belle s’excusa,Mais malgré soi‖ déjà presque vaincue.Les services d’Hispal,‖ en ce même moment,Lui reviennent devant la vue :Ses jours sauvés des flots ;‖ son honneur, d’un géant.Que lui demandoit son amant ?Un bien, dont elle étoit‖ à sa valeur tenue :« Il vaut mieux, disoit-il,‖ vous en faire un ami,Que d’attendre qu’un homme‖ à la mine hagardeVous le vienne enlever.‖ Madame, songez-y ;L’on ne sait pour qui l’on le garde. »L’infante à ces raisons‖ se rendant à demi,Une pluie acheva l’affaire.Il fallut se mettre à l’abri :Je laisse à penser où.‖ Le reste du mystèreAu fond de l’antre est demeuré.Que l’on la blâme ou non,‖ je sais plus d’une belleÀ qui ce fait est arrivé,Sans en avoir moitié‖ d’autant d’excuses qu’elle.
L’antre ne les vit seul‖ de ces douceurs jouir :Rien ne coûte en amour‖ que la première peine.Si les arbres parloient,‖ il feroit bel ouïrCeux de ce bois,‖ car la forêt n’est pleineQue des monuments amoureuxQu’Hispal nous a laissés,‖ glorieux de sa proie.On y verroit écrit :‖ « Ici pâma de joieDes mortels le plus heureux ;Là mourut un amant‖ sur le sein de sa dame ;En cet endroit,‖ mille baisers de flammeFurent donnés,‖ et mille autres rendus. »Le parc diroit beaucoup,‖ le château beaucoup plus,Si châteaux avoient une langue.La chose en vint au point,‖ que, las de tant d’amour,Nos amants à la fin‖ regrettèrent la cour.La belle s’en ouvrit,‖ et voici sa harangue :« Vous m’êtes cher, Hispal ;‖ j’aurois du déplaisir,Si vous ne pensiez pas‖ que toujours je vous aime.Mais qu’est-ce qu’un amour‖ sans crainte et sans désir ?Je vous le demande à vous-même.Ce sont des feux bientôt passés,Que ceux qui ne sont point‖ dans leur cours traversés :Il y faut un peu de contrainte.Je crains fort qu’à la fin‖ ce séjour si charmantNe nous soit un désert,‖ et puis un monument.Hispal, ôtez-moi cette crainte.Allez-vous-en voir promptementCe qu’on croira de moi‖ dedans Alexandrie,Quand on saura‖ que nous sommes en vie ?Déguisez bien notre séjour :Dites que vous venez‖ préparer mon retour,Et faire qu’on m’envoie‖ une escorte si sûre,Qu’il n’arrive plus d’aventure.Croyez-moi, vous n’y perdrez rien.Trouvez seulement le moyenDe me suivre en ma destinéeOu de fillage, ou d’hyménée ;Et tenez pour chose assurée,Que, si je ne vous fais du bien,Je serai de près éclairée »
Que ce fût ou non son dessein,Pour se servir d’Hispal,‖ il falloit tout promettre.Dès qu’il trouve à propos‖ de se mettre en chemin,L’infante, pour Zaïr,‖ le charge d’une lettre.Il s’embarque, il fait voile ;‖ il vogue, il a bon vent.Il arrive à la cour,‖ où chacun lui demandeS’il est mort, s’il est vivant,Tant la surprise fut grande ;En quels lieux est l’infante,‖ enfin ce qu’elle fait.Dès qu’il eut à tout satisfait,On fit partir‖ une escorte puissante.Hispal fut retenu ;‖ non qu’on eût, en effet,Le moindre soupçon de l’infante.Le chef de cette escorte‖ étoit jeune et bien fait.
Abordé près du parc,‖ avant tout il partageSa troupe en deux,‖ laisse l’une au rivage ;Va droit avec l’autre au château.La beauté de l’infante‖ étoit beaucoup accrue :Il en devint épris‖ à la première vue ;Mais tellement épris,‖ qu’attendant qu’il fit beau,Pour ne point perdre temps,‖ il lui dit sa pensée.Elle s’en tint fort offensée,Et l’avertit de son devoir.Témoigner en tel cas‖ un peu de désespoirEst quelquefois‖ une bonne recette.C’est ce que fait notre homme :‖ il forme le desseinDe se laisser mourir de faim ;Car de se poignarder‖ la chose est trop tôt faite :On n’a pas le temps d’en venirAu repentir.D’abord Alaciel‖ rioit de sa sottise.Un jour se passe entier,‖ lui sans cesse jeûnant,Elle toujours le détournantD’une si terrible entreprise.Le second jour‖ commence à la toucher.Elle rêve à cette aventure.Laisser mourir un homme‖ et pouvoir l’empêcher,C’est avoir l’âme un peu trop dure !Par pitié donc,‖ elle condescenditAux volontés du capitaine,Et cet office lui renditGaiement, de bonne grâce,‖ et sans montrer de peine ;Autrement, le remède‖ eût été sans effet.Tandis que le galant‖ se trouve satisfait,Et remet les autres affaires,Disant tantôt‖ que les vents sont contraires,Tantôt qu’il faut‖ radouber ses galèresPour être en état de partir ;Tantôt qu’on vient de l’avertirQu’il est attendu des corsaires :Un corsaire, en effet,‖ arrive, et surprenantSes gens demeurés à la rade,Les tue, et va donner‖ au château l’escalade :Du fier Grifonio‖ c’étoit le lieutenant.Il prend le château d’emblée.Voilà la fête troublée.Le jeûneur maudit son sort.Le corsaire apprend d’abordL’aventure de la belle ;Et, la tirant à l’écart,Il en veut avoir sa part.Elle fit fort la rebelle.Il ne s’en étonna pas,N’étant novice en tel cas.« Le mieux que vous puissiez faire,Lui dit tout franc ce corsaire,C’est de m’avoir pour ami ;Je suis corsaire et demi.Vous avez fait jeûner‖ un pauvre misérable,Qui se mouroit pour vous d’amour ;Vous jeûnerez à votre tour,Ou vous me serez favorable.La justice le veut ;‖ nous autres gens de mer,Savons rendre à chacun‖ selon ce qu’il mérite ;Attendez-vous‖ de n’avoir à mangerQue quand de ce côté‖ vous aurez été quitte.Ne marchandez point tant,‖ madame, et croyez-moi ! »Qu’eût fait Alaciel ?‖ Force n’a point de loi.S’accommoder à tout‖ est chose nécessaire.Ce qu’on ne voudrait pas,‖ souvent il le faut faire,Quand il plaît au destin‖ que l’on en vienne là ;Augmenter sa souffrance‖ est une erreur extrême :Si, par pitié d’autrui,‖ la belle se força,Que ne point essayer‖ par pitié de soi-même !Elle se force donc,‖ et prend en gré le tout.Il n’est affliction‖ dont on ne vienne à bout.Si le corsaire eût été sage,Il eût mené l’infante‖ en un autre rivage.Sage en amour ?‖ Hélas ! il n’en est point.Tandis que celui-ci‖ croit avoir tout à point,Vent pour partir,‖ lieu propre pour attendre,Fortune, qui ne dort‖ que lorsque nous veillons,Et veille quand nous sommeillons,Lui trame en secret cet esclandre.
Le seigneur d’un château‖ voisin de celui-ci,Homme fort ami de la joie,Sans nulle attache, et sans souciQue de chercher toujours‖ quelque nouvelle proie,Ayant eu le vent des beautés,Perfections, commodités,Qu’en sa voisine on disoit être,Ne songeoit nuit et jour‖ qu’à s’en rendre le maître :Il avoit des amis,‖ de l’argent, du crédit,Pouvoit assembler deux mille hommes.Il les assemble donc‖ un beau jour, et leur dit :« Souffrirons-nous,‖ braves gens que nous sommes,Qu’un pirate à nos yeux‖ se gorge de butin,Qu’il traite comme esclave‖ une beauté divine ?Allons tirer notre voisineD’entre les griffes du mâtin !Que ce soir chacun soit en armes,Mais doucement,‖ et sans donner d’alarmes :Sous les auspices de la nuit,Nous pourrons nous rendre sans bruitAu pied de ce château,‖ dès la petite pointeDu jour.La surprise, à l’ombre étant jointe,Nous rendra sans hasard‖ maîtres de ce séjour.Pour ma part du butin,‖ je ne veux que la dame,Non pas pour en user‖ ainsi que ce voleur ;Je me sens un désir en l’âmeDe lui restituer‖ ses biens et son honneur.Tout le reste est à vous,‖ hommes, chevaux, bagage,Vivres, munitions,‖ enfin tout l’équipage,Dont ces brigands‖ ont empli la maison.Je vous demande encore un don ;C’est qu’on pende aux créneaux,‖ haut et court, le corsaire, »Celte harangue militaireLeur sut tant d’ardeur inspirer,Qu’il en fallut une autre,‖ afin de modérerLe trop grand désir de bien faire.Chacun repaît,‖ le soir étant venu :L’on mange peu,‖ l’on boit en récompense :Quelques tonneaux sont mis sur cu.Pour avoir fait cette dépense,Il s’est gagné plusieurs combats,Tant en Allemagne qu’en France.Ce seigneur donc n’y manqua pas ;Et ce fut un trait de prudence.Mainte échelle est portée,‖ et point d’autre embarras,Point de tambours,‖ force bons coutelas ;On part sans bruit,‖ on arrive en silence.L’orient venoit de s’ouvrir :C’est un temps où le somme‖ est dans sa violence,Et qui par sa fraîcheur‖ nous contraint de dormir.Presque tout le peuple corsaire,Du sommeil à la mort‖ n’ayant qu’un pas à faire,Fut assommé sans le sentir.
Le chef pendu,‖ l’on amène l’infante.Son peu d’amour pour le voleur,Sa surprise et son épouvante,Et les civilités‖ de son libérateur,Ne lui permirent pas‖ de répandre des larmes.Sa prière sauva‖ la vie à quelques gens.Elle plaignit les morts,‖ consola les mourants,Puis quitta sans regret‖ ces lieux remplis d’alarmes.On dit même qu’en peu de tempsElle perdit la mémoireDe ses deux derniers galants :Je n’ai pas peine à le croire.Son voisin la reçut‖ en un appartement,Tout brillant d’or‖ et meublé richement.On peut s’imaginer‖ l’ordre qu’il y fit mettre.Nouvel hôte et nouvel amant,Ce n’étoit pas pour rien omettre :Grande chère surtout,‖ et des vins fort exquis :Les dieux ne sont pas mieux servis.Alaciel, qui, de sa vie,Selon sa Loi, n’avoit bu vin,Goûta ce soir, par compagnie,De ce breuvage si divin.Elle ignoroit l’effet‖ d’une liqueur si douce ;Insensiblement fit carrousse :Et comme amour jadis‖ lui troubla la raison,Ce fut lors un autre poison.Tous deux sont à craindre des dames.Alaciel‖ mise au lit par ses femmes,Ce bon soigneur s’en fut‖ la trouver tout d’un pas.« Quoi trouver ? dira-t-on ;‖ d’immobiles appas ?— Si j’en trouvois autant,‖ je saurais bien qu’en faire !Disoit, l’autre jour, un certain :Qu’il me vienne une même affaire,On verra si j’aurai‖ recours à mon voisin. »Bacchus donc, et Morphée,‖ et l’hôte de la belle,Cette nuit disposèrent d’elle.Les charmes des premiers‖ dissipés à la fin,La princesse, au sortir du somme,Se trouva dans les bras d’un homme.La frayeur lui glaça la voix :Elle ne put crier,‖ et, de crainte saisie,Permit tout à son hôte,‖ et pour une autre foisLui laissa lier la partie.« Une nuit, lui dit-il,‖ est de même que cent ;Ce n’est que la première‖ à quoi l’on trouve à dire. »Alaciel le crut.‖ L’hôte, enfin se lassant,Pour d’autres conquêtes soupire.
Il part un soir,‖ prie un de ses amisDe faire cette nuit‖ les honneurs du logis,Prendre sa place,‖ aller trouver la belle,Pendant l’obscurité‖ se coucher auprès d’elle,Ne point parler ;‖ qu’il étoit fort aisé ;Et qu’en s’acquittant bien‖ de l’emploi proposé,L’infante assurément‖ agréeroit son service.L’autre bien volontiers‖ lui rendit cet office :Le moyen qu’un ami‖ puisse être refusé !À ce nouveau venu‖ la voilà donc en proie.Il ne put, sans parler,‖ contenir cette joie.La belle se plaignit‖ d’être ainsi leur jouet :« Comment l’entend monsieur mon hôte ?Dit-elle ; et de quel droit‖ me donner comme il fait ? »L’autre confessa qu’en effetIls avoient tort ;‖ mais que toute la fauteÉtoit au maître du logis.« Pour vous venger de son mépris,Poursuivit-il,‖ comblez-moi de caresses ;Enchérissez sur les tendressesQue vous eûtes pour lui,‖ tant qu’il fut votre amant :Aimez-moi par dépit‖ et par ressentiment,Si vous ne pouvez autrement, »Son conseil fut suivi ;‖ l’on poussa les affaires,L’on se vengea, l’on n’omit rien.Que si l’ami s’en trouva bien,L’hôte ne s’en tourmenta guères.
Et de cinq, si j’ai bien compté.Le sixième incident‖ des travaux de l’infante,Par quelques-uns, est rapportéD’une manière différente.Force gens concluront de là,Que d’un galant au moins‖ je fais grâce à la belle.C’est médisance que cela ;Je ne voudrais mentir pour elle :Son époux n’eut assurémentQue huit précurseurs seulement.
Poursuivons donc notre Nouvelle.L’hôte revint,‖ quand l’ami fut content.Alaciel, lui pardonnant,Fit entre eux les choses égales.La clémence sied bien‖ aux personnes royales.Ainsi, de main en main,‖ Alaciel passoit,Et souvent se divertissoitAux menus ouvrages des fillesQui la servoient,‖ toutes assez gentilles.Elle en aimoit fort une‖ à qui l’on en contoit ;Et le conteur étoit‖ un certain gentilhommeDe ce logis,‖ bien fait et galant homme,Mais violent dans ses désirs,Et grand ménager de soupirs,Jusques à commencer,‖ près de la plus sévère,Par où l’on finit d’ordinaire.Un jour, au bout du parc,‖ le galant rencontraCelte fillette,Et dans un pavillon‖ fit tant, qu’il l’attiraToute seulette.L’infante étoit fort près de là :Mais il ne la vit point,‖ et crut en assurancePouvoir user de violence.Sa médisante humeur,‖ grand obstacle aux faveurs,Peste d’amour et des douceursDont il tire, sa subsistance,Avoit de ce galant‖ souvent grêlé l’espoir.La crainte lui nuisoit‖ autant que le devoir.Cette fille l’auroit,‖ selon toute apparence,Favorisé,Si la belle eût osé.Se voyant craint de cette sorte,Il fit tant, qu’en ce pavillonElle entra par occasion :Puis, le galant ferme la porte ;Mais en vain, car l’infante‖ avoit de quoi l’ouvrir.La fille voit sa faute,‖ et tâche de sortir.Il la retient ;‖ elle cric, elle appelle :L’infante vient,‖ et vient comme il falloit,Quand sur ses fins‖ la demoiselle étoit.Le galant, indigné‖ de la manquer si belle,Perd tout respect,‖ et jure par les dieux,Qu’avant que sortir de ces lieux,L’une ou l’autre paiera sa peine,Quand il devroit‖ leur attacher les mains.« Si loin de tous secours humains,Dit-il, la résistance est vaine.Tirez au sort, sans marchander ?Je ne saurais vous accorderQue cette grâce :Il faut que l’une ou l’autre passePour aujourd’hui.— Qu’a fait madame ? dit la belle ;Pâtira-t-elle pour autrui ?— Oui, si le sort tombe sur elle,Dit le galant ;‖ prenez-vous-en à lui.— Non, non, reprit alors l’infante ;Il ne sera pas dit‖ que l’on ait, moi présente,Violenté cette innocente.Je me résous plutôt‖ à toute extrémité. »Ce combat plein de charitéFut, par le sort,‖ à la fin terminé.L’infante en eut toute la gloire :Il lui donna sa voix,‖ à ce que dit l’histoire.L’autre sortit, et l’on juraDe ne rien dire de cela.Mais le galant‖ se seroit laissé pendre,Plutôt que de cacher‖ un secret si plaisant ;Et, pour le divulguer,‖ il ne voulut attendreQue le temps qu’il falloit‖ pour trouver seulementQuelqu’un qui le voulût entendre.
Ce changement de favorisDevint à l’infante une peine,Elle eut regret d’être l’HélèneD’un si grand nombre de Paris.Aussi, l’Amour se jouoit d’elle.Un jour, entre autres, que la belleDans un bois dormoit à l’écart,Il s’y rencontra par hasardUn chevalier errant,‖ grand chercheur d’aventures,De ces sortes de gens‖ que sur des palefroisLes belles suivoient autrefois,Et passoient pour chastes et pures.Celui-ci, qui donnoit‖ à ses désirs l’essor,Comme faisoient jadis‖ Roger et Galaor,N’eut vu la princesse endormie,Que de prendre un baiser‖ il forma le dessein :Tout prêt à faire choix‖ de la bouche ou du sein,Il étoit sur le point‖ d’en passer son envie,Quand tout d’un coup il se souvintDes lois de la chevalerie.À ce penser, il se retint,Priant toutefois en son âmeToutes les puissances d’amourQu’il pût courir en ce séjourQuelque aventure avec la dame.L’infante s’éveilla,‖ surprise au dernier point.« Non, non, dit-il, ne craignez point ;Je ne suis géant ni sauvage,Mais chevalier errant ;‖ qui rends grâces aux dieuxD’avoir trouvé dans ce bocageCe qu’à peine on pourroit‖ rencontrer dans les cieux. »Après ce compliment,‖ sans plus longue demeure,Il lui dit en deux mots‖ l’ardeur qui l’embrasoit :C’étoit un homme qui faisoitBeaucoup de chemin en peu d’heure.Le refrain fut d’offrir‖ sa personne et son bras,Et tout ce qu’en semblable casOn a de coutume de direÀ celle pour qui l’on soupire.Son offre fut reçue,‖ et la belle lui fitUn long roman de son histoire,Supprimant, comme l’on peut croire,Les six galants.‖ L’aventurier en pritCe qu’il crut à propos d’en prendre ;Et, comme Alaciel‖ de son sort se plaignit,Cet inconnu‖ s’engagea de la rendreChez Zaïr ou dans Garbe,‖ avant qu’il fût un mois.« Dans Garbe ? Non,‖ reprit-elle, et pour cause :Si les dieux avoient mis la choseJusques à présent à mon choix,J’aurois voulu revoir‖ Zaïr et ma patrie.— Pourvu qu’Amour me prête vie,Vous les verrez ! dit-il.‖ C’est seulement à vousD’apporter remède à vos coups,Et consentir‖ que mon ardeur s’apaise :Si j’en mourois‖ (à vos bontés ne plaise !),Vous demeureriez seule ;‖ et, pour vous parler franc,Je tiens ce service assez grandPour me flatter d’une espéranceDe récompense. »Elle en tomba d’accord,‖ promit quelques douceurs,Convint du nombre de faveurs,Qu’afin que la chose fût sûre,Cette princesse lui paieroit,Non tout d’un coup, mais à mesureQue le voyage se feroit,Tant chaque jour, sans nulle faute.Le marché s’étant ainsi fait,La princesse en croupe se met,Sans prendre congé de son hôte.L’inconnu, qui pour quelque tempsS’étoit défait de tous ses gens,Les rencontra bientôt.‖ Il avoit dans sa troupeUn sien neveu fort jeune,‖ avec son gouverneur.Notre héroïne prend,‖ en descendant de croupe,Un palefroi.‖ Cependant le seigneurMarche toujours à côté d’elle,Tantôt lui conte une nouvelle,Et tantôt lui parle d’amour,Pour rendre le chemin plus court.
Avec beaucoup de foi‖ le traité s’exécute :Pas la moindre ombre de dispute ;Point de faute au calcul,‖ non plus qu’entre marchands.De faveur en faveur‖ (ainsi comptaient ces gens),Jusqu’au bord de la mer‖ enfin ils arrivèrent,Et s’embarquèrent.Cet élément‖ ne leur fut pas moins douxQue l’autre avoit été ;‖ certain calme, au contraire,Prolongeant le chemin,‖ augmenta le salaire.Sains et gaillards‖ ils débarquèrent tousAu port de Joppe ;‖ et là se rafraîchirent ;Au bout de deux jours, en partirent,Sans autre escorte que leur train.Ce fut aux brigands une amorce :Un gros d’Arabes en cheminLes ayant rencontrés,‖ ils cédoient à la forceQuand notre aventurier‖ fit un dernier effort,Repoussa les brigands,‖ reçut une blessureQui le mit dans la sépulture,Non sur-le-champ ; devant sa mort,Il pourvut à la belle,‖ ordonna du voyage,En chargea son neveu,‖ jeune homme de courage,Lui léguant, par même moyen,Le surplus des faveurs,‖ avec son équipage,Et tout le reste de son bien.
Quand on fut revenu‖ de toutes ces alarmes,Et que l’on eut versé‖ certain nombre de larmes,On satisfit‖ au testament du mort ;On paya les faveurs,‖ dont enfin la dernièreÉchut justement sur le bordDe la frontière.En cet endroit,‖ le neveu la quitta,Pour ne donner aucun ombrage ;Et le gouverneur la guidaPendant le reste du voyage.Au soudan il la présenta.
D’exprimer ici la tendresse,Ou, pour mieux dire, les transportsQue témoigna Zaïr‖ en voyant la princesse,Il faudroit de nouveaux efforts,Et je n’en puis plus faire :‖ il est bon que j’imitePhébus, qui, sur la fin du jour,Tombe d’ordinaire si court,Qu’on diroit qu’il se précipite.Le gouverneur aimoit‖ à se faire écouter ;Ce fut un passe-temps‖ que d’entendre conterMonts et merveilles de la dame,Qui rioit sans doute en son âme.
« Seigneur, dit le bonhomme‖ en parlant au soudan,Hispal étant parti,‖ madame incontinent,Pour fuir oisiveté,‖ principe de tout vice,Résolut de vaquer‖ nuit et jour au serviceD’un dieu qui chez ces gens‖ a beaucoup de crédit.Je ne vous aurois jamais ditTous ses temples et ses chapelles,Nommés pour la plupart‖ alcôves et ruelles.Là, les gens pour idole‖ ont un certain oiseauQui dans ses portraits est fort beau,Quoiqu’il n’ait des plumes qu’aux ailes.Au contraire des autres dieux,Qu’on ne sort que quand on est vieux,La jeunesse lui sacrifie.Si vous saviez l’honnête vieQu’en le servant menoit‖ madame Alaciel,Vous béniriez cent fois le cielDe vous avoir donné‖ fille tant accomplie !Au reste, en ces pays,‖ on vit d’autre façonQue parmi vous :‖ les belles vont et viennent ;Point d’eunuques qui les retiennent ;Les hommes en ces lieux‖ ont tous barbe au menton.Madame, dès l’abord,‖ s’est faite à leur méthode,Tant elle est de facile humeur ;Et je puis dire, à son honneur,Que de tout elle s’accommode. »
Zaïr étoit ravi.‖ Quelques jours écoulés,La princesse partit‖ pour Garbe, en grande escorte.Les gens qui la suivoient‖ furent tous régalésDe beaux présents ;‖ et d’une amour si forte,Cette belle toucha‖ le cœur de Mamolin,Qu’il ne se tenoit pas.‖ On fit un grand festin,Pendant lequel,‖ ayant belle audience,Alaciel conta‖ tout ce qu’elle voulut,Dit les mensonges qu’il lui plut.Mamolin et sa sœur‖ écoutoient en silence.La nuit vint : on porta‖ la reine dans son lit.À son honneur elle en sortit :Le prince en rendit témoignage.Alaciel, à ce qu’on dit,N’en demandoit pas davantage.
Ce conte nous apprend‖ que beaucoup de maris,Qui se vantent de voir‖ fort clair en leurs affaires,N’y viennent bien souvent‖ qu’après les favoris,Et, tout savants qu’ils sont,‖ ne s’y connoissent guères.Le plus sûr toutefois‖ est de se bien garder,Craindre tout, ne rien hasarder.Filles, maintenez-vous :‖ l’affaire est d’importance.Rois de Garbe ne sont‖ oiseaux communs en France.Vous voyez que l’hymen‖ y suit l’accord de près :C’est là l’un des plus grands secrets,Pour empêcher les aventures.Je tiens vos amitiés‖ fort chastes et fort pures ;Mais Cupidon alors‖ fait d’étranges leçons.Rompez-lui toutes ses mesures :Pourvoyez à la chose‖ aussi bien qu’aux soupçons.Ne m’allez point conter :‖ « C’est le droit des garçons ! »Les garçons, sans ce droit,‖ ont assez où se prendre.Si quelqu’une pourtant‖ ne s’en pouvoit défendre,Le remède sera‖ de rire en son malheur :Il est bon de garder sa fleur,Mais, pour l’avoir perdue,‖ il ne se faut pas pendre.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 39[abab] 126[aa] 1[ababcccb] 8[ababa] 40[abba] 1[aababcbc] 6[aabab] 1[ababb] 1[abbacca] 4[aaa] 7[aabba] 2[abbab] 4[ababccb] 2[abaab] 1[ababba] 2[ababcbc] 2[abbacac] 1[aababb]
- Mètre
- Vers de 12, 8 et 10 syllabes (345 de 12, 336 de 8, 89 de 10, 20 de 7, 9 de 4, 1 de 2, 1 de 6)· profil 4, 7, 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a façons / chansons masculine, classiqueb feinte / crainte féminine, classiquec vérité / postérité masculine, classiqued censure / nature féminine, classiquee original / mal masculine, classiquef mécroire / mémoire / l’histoire féminine, classiqueg changement / seulement / véritablement masculine, classiqueh passa / embarrassa / point-là masculine, classiquei bonne / personne féminine, classiquej traverses / diverses féminine, classiquek travailler / chevalier masculine, classiquel l’accuse / excuse féminine, classiquem intention / compassion masculine, classiquen fiancé / laissé masculine, classiqueo pucelle / belle féminine, classiquep claire / affaire féminine, classiqueq cela / là masculine, classiquea d’Alexandrie / vie féminine, classiqueb Alaciel / ciel masculine, classiquec d’aimable / estimable féminine, classiqued point masculine, classiquee provinces / princes féminine, classiquef amoureux / heureux masculine, classiqueg rien / bien masculine, classiqueh guères / bergères féminine, classiquei soudan / l’Alcoran masculine, classiquej martyre / dire féminine, classiquek yeux / lieux / mieux masculine, classiquel belle / elle féminine, classiquem corsaires / affaires féminine, classiquen vent / sanglant masculine, classiqueo mer / massacrer masculine, classiquep vaillance / balance féminine, classiqueq bord / mort masculine, classiquer gigantesque / soldatesque féminine, classiques environné / déterminé / acharné masculine, classiquet flammes / femmes / infâmes féminine, équivalenteu vaisseau / moineau masculine, classiquev suffisante / amante féminine, classiquew bijoux / doux masculine, classiquex nous / courroux masculine, classiquey l’infante / contente féminine, classiquea proie / joie féminine, classiqueb accroché / détaché masculine, classiquec l’autre / patenôtre féminine, classiqued d’Hispal / l’animal masculine, classiquee Tarvagant / extravagant masculine, classiquef posture / l’aventure féminine, classiqueg l’eau / vaisseau masculine, classiqueh pilote / flotte féminine, classiquei pourfendu / perdu masculine, classiquej soutenue / secourue féminine, classiquek demi-mille / facile féminine, classiquel rochers / nochers masculine, classiquem l’infante / constante féminine, classiquen échappa / tira masculine, classiqueo pendue / perdue féminine, classiquea dos / flots masculine, classiqueb peine / plaine féminine, classiquec nuit / conduit / réduit masculine, classiqued roches / approches féminine, classiquee malheureux / qu’amoureux masculine, classiquef mésaventure / dure féminine, classiqueg parler / consoler masculine, classiqueh nous / coups masculine, classiquei extrême / aime féminine, classiquej propos / flots masculine, classiquek plaindre / craindre / contraindre féminine, classiquel poussés / adressés masculine, classiquem encore / ignore féminine, classiquen repartit / suivit masculine, classiquea impuissants / ravissants / sens masculine, classiqueb aventure / sûre féminine, classiquec pâture / sépulture féminine, classiqued languissante / distante féminine, classiquef d’approcher / rocher masculine, classiqueg haleine / peine féminine, classiquea qu’auparavant / suivant / vent masculine, classiqueb belle / nouvelle féminine, classiquec reposoirs / manoirs masculine, classiqued lassitude / d’inquiétude féminine, classiquee amours / jours / toujours masculine, classiquef traite / cassette féminine, classiqueg circonstance / importance féminine, classiqueh tort / l’essor / bord masculine, classiquei railleries / pierreries féminine, classiquej court / d’amour masculine, classiquek faire / nécessaire féminine, classiquel diamant / grand masculine, classiquem gages / rivages / ombrages féminine, classiquen amants / moments masculine, classiqueo enchaînées / amenées féminine, classiquea étoit / sembloit masculine, classiqueb affaire / mystère / solitaire féminine, classiquec jour / d’Amour masculine, classiqued désirs / soupirs masculine, classiquee impatiente / tremblante féminine, non classiquef étranger / songer masculine, classiqueg hommes / sommes féminine, non classiqueh seulement / moment / amant masculine, non classiquei baleine / mène féminine, classiquej heureux / feux / amoureux masculine, classiquek constance / résistance féminine, classiquel façon / poinçon masculine, classiquem marbres / arbres féminine, classiquen rêver / graver masculine, classiqueo l’écorce / amorce / force féminine, classiquep secret / regret masculine, classiqueq empêchés / cachés masculine, classiquer manières / dernières / premières féminine, classiques pas masculine, classiquet instants / gants / temps masculine, classiqueu trouvée / arrivée féminine, classiquev proposa / s’excusa masculine, classiquew vaincue / vue / tenue féminine, classiquex moment / géant / amant masculine, classiquey ami / songez-y masculine, classiquez hagarde / garde féminine, classiquea demi / l’abri masculine, classiqueb l’affaire / mystère féminine, classiquec demeuré / arrivé masculine, classiqued belle / qu’elle féminine, classiquea jouir / ouïr masculine, classiqueb peine / pleine féminine, classiquee dame / flamme féminine, classiquef rendus / plus masculine, classiqueg langue / harangue féminine, classiqueh d’amour / cour masculine, classiquei déplaisir / désir masculine, classiquej aime / vous-même féminine, classiquek passés / traversés masculine, classiquel contrainte / crainte féminine, classiquem charmant / monument / promptement masculine, classiquen Alexandrie / vie féminine, classiqueo séjour / retour masculine, classiquep sûre / d’aventure féminine, classiqueq rien / moyen masculine, classiquer destinée / d’hyménée féminine, classiques assurée / éclairée féminine, classiquet bien / dessein / chemin masculine, classiqueb promettre / lettre féminine, classiquec vent / vivant masculine, classiqued demande / grande féminine, classiquee fait / satisfait masculine, classiquef puissante / l’infante féminine, classiqueg effet / fait masculine, classiquea partage / rivage féminine, classiqueb château / beau masculine, classiquec accrue / vue féminine, classiqued pensée / offensée féminine, classiquee devoir / désespoir masculine, classiquef recette / faite féminine, classiqueg dessein / faim masculine, classiqueh venir / repentir masculine, classiquei sottise / entreprise féminine, classiquej jeûnant / détournant masculine, classiquek toucher / l’empêcher masculine, classiquel aventure / dure féminine, classiquem condescendit / rendit masculine, classiquen capitaine / peine féminine, classiqueo effet / satisfait masculine, classiquep affaires / contraires féminine, classiqueq galères / corsaires féminine, classiquer partir / l’avertir masculine, classiques surprenant / lieutenant masculine, classiquet rade / l’escalade féminine, classiqueu d’emblée / troublée féminine, classiquev sort / d’abord masculine, classiquew belle / rebelle féminine, classiquex l’écart / part masculine, classiquey pas / cas masculine, classiquez faire / corsaire féminine, classiquea ami / demi masculine, classiqueb misérable / favorable féminine, classiquec d’amour / tour masculine, classiqued mer / manger masculine, classiquee mérite / quitte féminine, classiquef croyez-moi / loi masculine, classiqueg nécessaire / faire féminine, classiqueh là / força masculine, classiquei extrême / soi-même féminine, classiquej tout / bout masculine, classiquek sage / rivage féminine, classiquem attendre / esclandre féminine, classiquen veillons / sommeillons masculine, classiquea celui-ci / souci masculine, classiqueb joie / proie féminine, classiquec beautés / commodités masculine, classiqued être / maître féminine, classiquee crédit / dit masculine, classiqueg butin / mâtin masculine, classiqueh divine / voisine féminine, classiquei armes / d’alarmes féminine, classiquej nuit / bruit masculine, classiquek pointe / jointe féminine, classiquel jour / séjour masculine, classiquem dame / l’âme féminine, classiquen voleur / honneur masculine, classiqueo bagage / l’équipage féminine, équivalentep maison / don masculine, classiqueq corsaire / militaire / faire féminine, classiquer inspirer / modérer masculine, classiques venu / cu masculine, classiquet récompense / dépense féminine, classiqueu combats / pas masculine, classiquev France / prudence féminine, classiquew embarras / coutelas masculine, classiquex silence / violence féminine, classiquey s’ouvrir / dormir / sentir masculine, classiquez corsaire / faire féminine, classiquea l’infante / épouvante féminine, classiqueb voleur / libérateur masculine, classiquec larmes / d’alarmes féminine, classiqued gens / mourants masculine, classiquee temps / galants masculine, classiquef mémoire / croire féminine, classiqueg appartement / richement / amant masculine, classiqueh mettre / omettre féminine, classiquei exquis / servis masculine, classiquej vie / compagnie féminine, classiquek vin / divin masculine, classiquel douce / carrousse féminine, classiquem raison / poison masculine, classiquen dames / femmes féminine, classiqueo pas / appas masculine, classiquep faire / affaire féminine, classiqueq certain / voisin / fin masculine, classiquer belle / d’elle féminine, classiques somme / homme féminine, classiquet voix / fois masculine, classiqueu saisie / partie féminine, classiquev cent / lassant masculine, classiquew dire / soupire féminine, classiquea amis / logis masculine, classiquec aisé / proposé / refusé masculine, classiqued service / office féminine, classiquef jouet / fait / effet masculine, classiqueg hôte / faute féminine, classiqueh logis / mépris masculine, classiquei caresses / tendresses féminine, classiquej amant / ressentiment / autrement masculine, classiquek affaires / guères féminine, classiquea compté / rapporté masculine, classiqueb l’infante / différente féminine, classiquec là / cela masculine, classiqued belle / elle / Nouvelle féminine, classiquee assurément / seulement masculine, classiqueb content / pardonnant masculine, classiquec égales / royales féminine, classiqued passoit / divertissoit / contoit masculine, classiquee filles / gentilles féminine, classiquef gentilhomme / homme féminine, classiqueh sévère / d’ordinaire féminine, classiquei rencontra / l’attira / là masculine, classiquej fillette / seulette féminine, classiquek assurance / violence féminine, classiquel faveurs / douceurs masculine, classiquem subsistance / apparence féminine, classiquen l’espoir / devoir masculine, classiqueo Favorisé / osé masculine, classiquep sorte / porte féminine, classiqueq pavillon / occasion masculine, classiquer l’ouvrir / sortir masculine, classiques appelle / belle féminine, classiquet falloit / étoit masculine, classiqueu dieux / lieux masculine, classiquev peine / vaine féminine, classiquew mains / humains masculine, classiquex marchander / accorder masculine, classiquey grâce / passe féminine, classiquez aujourd’hui / autrui / lui masculine, classiqueb l’infante / présente / innocente féminine, classiquec extrémité / charité / terminé masculine, classiqued gloire / l’histoire féminine, classiquee jura / cela masculine, classiquef pendre / attendre / entendre féminine, classiqueg plaisant / seulement masculine, classiquea favoris / Paris masculine, classiqueb peine / l’Hélène féminine, classiquec d’elle / belle féminine, classiqued l’écart / hasard masculine, classiquee d’aventures / pures féminine, classiquef palefrois / autrefois masculine, classiqueg l’essor / Galaor masculine, classiqueh endormie / envie / chevalerie féminine, classiquei dessein / sein masculine, classiquej souvint / retint masculine, classiquek âme / dame féminine, classiquel d’amour / séjour masculine, classiquen sauvage / bocage féminine, classiqueo dieux / cieux masculine, classiquep demeure / d’heure féminine, classiqueq l’embrasoit / faisoit masculine, classiquer bras / cas masculine, classiquet fit / prit / plaignit masculine, classiqueu histoire / croire féminine, classiquev prendre / rendre féminine, classiquew mois / choix masculine, classiquex cause / chose féminine, classiquey patrie / vie féminine, classiquez vous / coups masculine, classiquea s’apaise / plaise féminine, classiqueb franc / grand masculine, classiquec espérance / récompense féminine, classiqued douceurs / faveurs masculine, classiquee sûre / mesure féminine, classiquef paieroit / feroit masculine, classiqueg faute / hôte féminine, classiqueh fait / met masculine, classiquei temps / gens masculine, classiquej troupe / croupe féminine, classiquek gouverneur / seigneur masculine, classiquel d’elle / nouvelle féminine, classiquem d’amour / court masculine, classiquea s’exécute / dispute féminine, classiqueb marchands / gens masculine, classiquec arrivèrent / s’embarquèrent féminine, classiqued doux / tous masculine, classiquee contraire / salaire féminine, classiquef rafraîchirent / partirent féminine, classiqueg train / chemin masculine, classiqueh amorce / force féminine, classiquei effort / mort masculine, classiquej blessure / sépulture féminine, classiquek voyage / courage / équipage féminine, classiquel moyen / bien masculine, classiquea alarmes / larmes féminine, classiqueb mort / bord masculine, classiquec dernière / frontière féminine, classiqued quitta / guida / présenta masculine, classiquee ombrage / voyage féminine, classiquea tendresse / princesse féminine, classiqueb transports / efforts masculine, classiquec j’imite / précipite féminine, classiqued jour / court masculine, classiquee écouter / conter masculine, classiquef dame / âme féminine, classiquea soudan / incontinent masculine, classiqueb vice / service féminine, classiqued chapelles / ruelles / ailes féminine, classiquee oiseau / beau masculine, classiquef dieux / vieux masculine, classiqueg sacrifie / vie / accomplie féminine, non classiquei façon / menton masculine, classiquej viennent / retiennent féminine, classiquek méthode / s’accommode féminine, classiquel humeur / honneur masculine, classiquea écoulés / régalés masculine, classiqueb escorte / forte féminine, classiquec Mamolin / festin masculine, classiqued audience / silence féminine, classiquee voulut / plut masculine, classiquef lit / sortit masculine, non classiqueg témoignage / davantage féminine, classiqueh dit / maris / favoris masculine, classiquec garder / hasarder masculine, classiqued d’importance / France féminine, classiquee près / secrets masculine, classiquef aventures / pures / mesures féminine, classiqueg leçons / soupçons / garçons masculine, classiqueh prendre / défendre / pendre féminine, classiquei malheur / fleur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
801 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Contes et nouvelles, Paris, CHARPENTIER, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1863· numérisation gallica.bnf.fr· Sources