Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Xii
VIII. La querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris
La Discorde a toujours‖ régné dans l'univers ;Notre monde en fournit‖ mille exemples divers :Chez nous cette déesse‖ a plus d'un tributaire.Commençons par les éléments :Vous serez étonnés‖ de voir qu'à tous momentsIls seront appointés contraire.Outre ces quatre potentats,Combien d'êtres de tous étatsSe font une guerre éternelle !Autrefois un logis‖ plein de chiens et de chats,Par cent arrêts rendus‖ en forme solennelle,Vit terminer tous leurs débats.Le maître ayant réglé‖ leurs emplois, leurs repas,Et menacé du fouet‖ quiconque auroit querelle,Ces animaux vivoient‖ entre eux comme cousins.Cette union si douce,‖ et presque fraternelle,Édifioit tous les voisins.Enfin elle cessa.‖ Quelque plat de potage,Quelque os, par préférence,‖ à quelqu'un d'eux donné,Fit que l'autre parti‖ s'en vint tout forcenéReprésenter un tel outrage.J'ai vu des chroniqueurs‖ attribuer le casAux passe-droits qu'avoit‖ une chienne en gésine.Quoi qu'il en soit, cet altercasMit en combustion‖ la salle et la cuisine :Chacun se déclara‖ pour son chat, pour son chien.On fit un règlement‖ dont les chats se plaignirent,Et tout le quartier étourdirent.Leur avocat disoit‖ qu'il falloit bel et bienRecourir aux arrêts.‖ En vain ils les cherchèrentDans un coin où d'abord‖ leurs agents les cachèrent :Des souris enfin les mangèrent.Autre procès nouveau.‖ Le peuple souriquoisEn pâtit : maint vieux chat,‖ fin, subtil et narquois,Et d'ailleurs en voulant‖ à toute cette race,Les guetta, les prit, fit main basse.Le maître du logis‖ ne s'en trouva que mieux.J'en reviens à mon dire.‖ On ne voit sous les cieux,Nul animal, nul être,‖ aucune créature,Qui n'ait son opposé :‖ c'est la loi de nature.D'en chercher la raison,‖ ce sont soins superflus.Dieu fit bien ce qu'il fit,‖ et je n'en sais pas plus.Ce que je sais,‖ c'est qu'aux grosses parolesOn en vient, sur un rien,‖ plus des trois quarts du temps.Humains, il vous faudroit‖ encore à soixante ansRenvoyer chez les barbacoles.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 7[aa] 4[abba] 1[ababb] 2[abab] 1[aaa]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 13 de 8, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a l'univers / divers masculine, classiqueb tributaire / contraire féminine, classiquec éléments / moments masculine, classiqued potentats / états masculine, classiquee éternelle / solennelle féminine, classiquef chats / débats / repas masculine, classiqueg querelle / fraternelle féminine, classiqueh cousins / voisins masculine, classiquei potage / outrage féminine, classiquej donné / forcené masculine, classiquek cas / altercas masculine, classiquel gésine / cuisine féminine, classiquem chien / bien masculine, classiquen plaignirent / étourdirent féminine, classiqueo cherchèrent / cachèrent / mangèrent féminine, classiquep souriquois / narquois masculine, classiqueq race / basse féminine, classiquer mieux / cieux masculine, classiques créature / nature féminine, classiquet superflus / plus masculine, classiqueu paroles / barbacoles féminine, classiquev temps / ans masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources