Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre XI

I. Le lion

Jean de La Fontaine· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 53 vers

Sultan léopard autrefoisEut, ce dit-on, par mainte aubaine,Force bœufs dans ses prés,‖ force cerfs dans ses bois,Force moutons parmi la plaine.Il naquit un lion‖ dans la forêt prochaine.Après les compliments‖ et d'une et d'autre part,Comme entre grands il se pratique,Le sultan fit venir‖ son vizir le renard,Vieux routier et bon politique.Tu crains, ce lui dit-il,‖ lionceau mon voisin :Son père est mort, que peut-il faire ?Plains plutôt le pauvre orphelin ;Il a chez lui plus d'une affaire,Et devra beaucoup au Destin,S'il garde ce qu'il a‖ sans tenter de conquête.Le renard dit, branlant la tête :Tels orphelins, seigneur,‖ ne me font point pitié ;Il faut de celui-ci‖ conserver l'amitié,Ou s'efforcer de le détruireAvant que la griffe et la dentLui soit crue, et qu'il soit‖ en état de nous nuire.N'y perdez pas un seul moment.J'ai fait son horoscope :‖ il croîtra par la guerre ;Ce sera le meilleur lionPour ses amis qui soit sur terre ;Tâchez donc d'en être ; sinonTâchez de l'affoiblir.‖ La harangue fut vaine.Le sultan dormoit lors ;‖ et dedans son domaineChacun dormoit aussi,‖ bêtes, gens : tant qu'enfinLe lionceau devint‖ vrai lion. Le tocsinSonne aussitôt sur lui ;‖ l'alarme se promèneDe toutes parts ; et le vizir,Consulté là-dessus,‖ dit avec un soupir :Pourquoi l'irritez-vous ?‖ La chose est sans remède.En vain nous appelons‖ mille gens à notre aide :Plus ils sont, plus il coûte ;‖ et je ne les tiens bonsQu'à manger leur part des moutons.Apaisez le lion :‖ seul il passe en puissanceCe monde d'alliés‖ vivant sur notre bien.Le lion en a trois‖ qui ne lui coûtent rien,Son courage, sa force,‖ avec sa vigilance.Jetez-lui promptement‖ sous la griffe un mouton ;S'il n'en est pas content,‖ jetez-en davantage ;Joignez-y quelque bœuf ;‖ choisissez, pour ce don,Tout le plus gras du pâturage.Sauvez le reste ainsi.‖ Ce conseil ne plut pas.Il en prit mal ; et force ÉtatsVoisins du sultan en pâtirent :Nul n'y gagna, tous y perdirent.Quoi que fît ce monde ennemi,Celui qu'ils craignoient fut le maître.Proposez-vous d'avoir‖ le lion pour ami,Si vous voulez le laisser craître.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[ababb] 5[abab] 1[ababa] 7[aa] 1[aabba] 1[abba]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (28 de 12, 25 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a autrefois / bois masculine, classiqueb aubaine / plaine / prochaine féminine, classiquec part / renard masculine, classiqued pratique / politique féminine, classiquee voisin / orphelin / Destin masculine, classiquef faire / affaire féminine, classiqueg conquête / tête féminine, classiqueh pitié / l'amitié masculine, classiquei détruire / nuire féminine, classiquej dent / moment masculine, classiquek guerre / terre féminine, classiquel lion / sinon masculine, classiquem vaine / domaine / promène féminine, classiquen qu'enfin / tocsin masculine, classiqueo vizir / soupir masculine, classiquep remède / aide féminine, classiqueq bons / moutons masculine, classiquer puissance / vigilance féminine, classiques bien / rien masculine, classiquet mouton / don masculine, classiqueu davantage / pâturage féminine, classiquev pas / États masculine, classiquew pâtirent / perdirent féminine, classiquex ennemi / ami masculine, classiquey maître / craître féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

53 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources