Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre IV
I. Le lion amoureux
À MADEMOISELLE DE SÉVIGNÉ
Sévigné, de qui les attraitsServent aux Grâces de modèle,Et qui naquîtes toute belle,À votre indifférence près,Pourriez-vous être favorableAux jeux innocents d'une fable,Et voir, sans vous épouvanter,Un lion qu'Amour sut dompter ?Amour est un étrange maître !Heureux qui peut ne le connaîtreQue par récit, lui ni ses coups !Quand on en parle devant vous,Si la vérité vous offense,La fable au moins se peut souffrir :Celle-ci prend bien l'assuranceDe venir à vos pieds s'offrir,Par zèle et par reconnoissance.
Du temps que les bêtes parloient,Les lions entre autres vouloientÊtre admis dans notre alliance.Pourquoi non ? puisque leur engeanceValoit la nôtre en ce temps-là,Ayant courage, intelligence,Et belle hure outre cela.Voici comment il en alla.Un lion de haut parentage,En passant par un certain pré,Rencontra bergère à son gré :Il la demande en mariage.Le père auroit fort souhaitéQuelque gendre un peu moins terrible.La donner lui sembloit bien dur :La refuser n'étoit pas sûr ;Même un refus eût fait, possible,Qu'on eût vu quelque beau matinUn mariage clandestin ;Car, outre qu'en toute manièreLa belle étoit pour les gens fiers,Fille se coiffe volontiersD'amoureux à longue crinière.Le père donc, ouvertementN'osant renvoyer notre amant,Lui dit : Ma fille est délicate ;Vos griffes la pourront blesserQuand vous voudrez la caresser.Permettez donc qu'à chaque patteOn vous les rogne ; et, pour les dents,Qu'on vous les lime en même temps :Vos baisers en seront moins rudes,Et pour vous plus délicieux ;Car ma fille y répondra mieux,Étant sans ces inquiétudes.Le lion consent à cela,Tant son âme étoit aveuglée !Sans dents ni griffes le voilà,Comme place démantelée.On lâcha sur lui quelques chiensIl fit fort peu de résistance.Amour ! Amour ! quand tu nous tiens,On peut bien dire : Adieu prudence !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 6[abba] 7[aa] 3[abab] 1[ababb] 1[abbab]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a attraits / près masculine, classiqueb modèle / belle féminine, classiquec favorable / fable féminine, classiqued épouvanter / dompter masculine, classiquee maître / connaître féminine, classiquef coups / vous masculine, classiqueg offense / l'assurance féminine, classiqueh souffrir / s'offrir masculine, classiquei reconnoissance / alliance féminine, classiquea parloient / vouloient masculine, classiquec engeance / intelligence féminine, classiqued temps-là / cela / alla masculine, classiquee parentage / mariage féminine, classiquef pré / gré / souhaité masculine, classiqueg terrible / possible féminine, classiqueh dur / sûr masculine, classiquei matin / clandestin masculine, classiquej manière / crinière féminine, classiquek fiers / volontiers masculine, classiquel ouvertement / amant masculine, classiquem délicate / patte féminine, classiquen blesser / caresser masculine, équivalenteo dents / temps masculine, classiquep rudes / inquiétudes féminine, classiqueq délicieux / mieux masculine, classiquer cela / voilà masculine, classiques aveuglée / démantelée féminine, classiquet chiens / tiens masculine, classiqueu résistance / prudence féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources