Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre IV
XVIII. Le vieillard et ses enfants
Toute puissance est foible,‖ à moins que d'être unie :Écoutez là-dessus‖ l'esclave de Phrygie.Si j'ajoute du mien‖ à son invention,C'est pour peindre nos mœurs,‖ et non point par envie ;Je suis trop au-dessous‖ de cette ambition.Phèdre enchérit souvent‖ par un motif de gloire ;Pour moi, de tels pensers‖ me seroient malséants.Mais venons à la fable,‖ ou plutôt à l'histoireDe celui qui tâcha‖ d'unir tous ses enfants.
Un vieillard près d'aller‖ où la mort l'appeloit :Mes chers enfants, dit-il‖ (à ses fils il parloit),Voyez si vous romprez‖ ces dards liés ensemble ;Je vous expliquerai‖ le nœud qui les assemble.L'aîné, les ayant pris,‖ et fait tous ses efforts,Les rendit, en disant :‖ Je le donne aux plus forts.Un second lui succède,‖ et se met en posture,Mais en vain. Un cadet‖ tente aussi l'aventure.Tous perdirent leur temps ;‖ le faisceau résista :De ces dards joints ensemble‖ un seul ne s'éclata.Foibles gens, dit le père,‖ il faut que je vous montreCe que ma force peut‖ en semblable rencontre.On crut qu'il se moquoit ;‖ on sourit, mais à tort :Il sépare les dards,‖ et les rompt sans effort.Vous voyez, reprit-il,‖ l'effet de la concorde :Soyez joints, mes enfants ;‖ que l'amour vous accorde.Tant que dura son mal,‖ il n'eut autre discours.Enfin, se sentant près‖ de terminer ses jours :Mes chers enfants, dit-il,‖ je vais où sont nos pères ;Adieu : promettez-moi‖ de vivre comme frères ;Que j'obtienne de vous‖ cette grâce en mourant.Chacun de ses trois fils‖ l'en assure en pleurant.Il prend à tous les mains ;‖ il meurt. Et les trois frèresTrouvent un bien fort grand,‖ mais fort mêlé d'affaires.Un créancier saisit,‖ un voisin fait procès ;D'abord notre trio‖ s'en tire avec succès.Leur amitié fut courte‖ autant qu'elle étoit rare.Le sang les avoit joints,‖ l'intérêt les sépare :L'ambition, l'envie,‖ avec les consultants,Dans la succession‖ entrent en même temps.On en vient au partage,‖ on conteste, on chicane :Le juge sur cent points‖ tour à tour les condamne.Créanciers et voisins‖ reviennent aussitôt,Ceux-là sur une erreur,‖ ceux-ci sur un défaut.Les frères désunis‖ sont tous d'avis contraire :L'un veut s'accommoder,‖ l'autre n'en veut rien faire.Tous perdirent leur bien,‖ et voulurent trop tardProfiter de ces dards‖ unis et pris à part.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1(aababcdcd) 19((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 neuvain, 1 distiques
- Mots à la rime
- a unie / Phrygie / envie féminine, classiqueb invention / ambition masculine, classiquec gloire / l'histoire féminine, classiqued malséants / enfants masculine, classiquea l'appeloit / parloit masculine, classiqueb ensemble / assemble féminine, classiquec efforts / forts masculine, classiqued posture / l'aventure féminine, classiquee résista / s'éclata masculine, classiquef montre / rencontre féminine, classiqueg tort / effort masculine, classiqueh concorde / accorde féminine, classiquei discours / jours masculine, classiquej pères / frères féminine, classiquek mourant / pleurant masculine, classiquel frères / d'affaires féminine, classiquem procès / succès masculine, classiquen rare / sépare féminine, classiqueo consultants / temps masculine, classiquep chicane / condamne féminine, classiqueq aussitôt / défaut masculine, classiquer contraire / faire féminine, classiques tard / part masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
47 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources