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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Épitres

VI. À son altesse sérénissime madame la princesse de bavière

Jean de La Fontaine· distiques, octosyllabes, 128 vers

[Juillet 1669]

Votre altesse sérénissimeA, dit-on, pour moi quelque estime,Et veut que je lui mande en versLes affaires de l'univers ;J'entends les affaires de France :J'obéis et romps mon silence.L'intérêt et l'ambitionTravaillent, à l'électionDu monarque de la Pologne.On croit ici que la besogneEst avancée ; et les espritsFont tantôt accorder le prixAu Lorrain, puis au Moscovite,Condé, Nieubourg ; car le mériteDe tous côtés fait embarras.Condé, je crois, n'en manque pas.Si votre époux vouloit, madame,Régner ailleurs que sur votre âme,On ne peut faire un meilleur choix.Heureux qui vivrait sous ses lois !Ceux qui des affaires publiquesParlent toujours en politiques,Réglant ceci, jugeant cela,(Et je suis de ce nombre-là) ;Les raisonneurs, dis-je, prétendentQu'au Lorrain plusieurs princes tendent.Quant à Moscou, nous l'excluons ;Voici sur quoi nous nous fondons :Le schisme y règne ; et puis son princeMettrait la Pologne en province.Nieubourg nous accommoderait :Au roi de France il donneraitQuelque fleuron pour sa couronne,Moyennant tant, comme l'on donne,Et point autrement ici-bas.Nous serions voisins des États ;Ils en ont l'alarme, et font brigue.Contre Louis chacun se ligue.Cela lui fait beaucoup d'honneur,Et ne lui donne point de peur.Que craindroit-il, lui dont les armesVont aux Turcs causer des alarmes ?Nous attendons du Grand-SeigneurUn bel et bon ambassadeur :Il vient avec grande cohorte :Le nôtre est flatté par la Porte.Tout ceci la paix nous prometEntre Saint-Marc et Mahomet.Notre prince en sera l'arbitre :Il le peut être à juste titre ;..Et ferait même, contre soi,Justice au Turc en bonne foi.

Pendant que je suis sur la guerreQue Saint-Marc souffre dans sa terre,Deux de vos frères sur les flotsVont secourir les Candiots.Oh ! combien de sultanes prises !Que de croissants dans nos églises !Quel nombre de turbans fendu !Tête et turban, bien entendu.Puisqu'en parlant de ces matièresMe voici tombé sur vos frères,Vous saurez que le chambellanA couru cent cerfs en un an.Courir des hommes, je le gage,Lui plairait beaucoup davantage ;Mais de long-temps il n'en courra :Son ardeur se contentera,S'il lui plaît, d'une ombre de guerre.

D'Auvergne s'est dans notre terreRompu le bras : il s'est guéri.Ce prince a dans Château-ThierriPassé deux mois et davantage.Rien de meilleur, rien de plus sage,Et de plus selon mes souhaits,Parmi les grands ne fut jamais.

Le duc d'Albret donne à l'étudeSa principale inquiétude.Toujours il augmente en savoir.Je suis jeune assez pour le voirAu-dessus des premières têtes.Son bel esprit, ses mœurs honnêtes,L'élèveront à tel degréQu'enfin je m'en contenterai.Veuille le ciel à tous ses frèresRendre toutes choses prospères,Et leur donner autant de nom,Autant d'éclat et de renom,Autant de lauriers et de gloireQue par les mains de la victoireL'oncle en reçoit depuis longtemps !Si leurs désirs n'en sont contents,Et que plus haut leur âme aspire,Je serai le premier à direQu'ils auront tort, et que les cœursNe sont jamais souls de grandeurs.Trouveront-ils en des familles,Par les garçons et par les filles,Par le père et par les aïeux,Un tel nombre de demi-dieux,Et de déesses tout entières ?Car demi-déesses n'est guèresEn usage, à mon sentiment ;Puis, quand je n'aurais seulementQu'à parler de votre mérite,L'expression serait petite.Veuille le ciel, à votre tour,Vous donner un petit AmourQui, par la suite des années,D'un grand Mars ait les destinées !

Au moment que j'écris ces vers,Et m'informe des bruits divers,Je viens d'apprendre une nouvelle :C'est que, pour éviter querelle,On s'est en Pologne choisiUn roi dont le nom est en ski.Ces messieurs du Nord font la niqueÀ toute notre politique.Notre argent, celui des États,Et celui d'autres potentatsBien moins en fonds, comme on peut croire,Force santés aura fait boire ;Et puis c'est tout. Je crois qu'en paixDans la Pologne désormaisOn pourra s'élire des princes ;Et que l'argent de nos provincesNe sera pas une autre foisSi friand de faire des rois.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
64((aa))
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a sérénissime / estime féminine, classiqueb vers / l'univers masculine, classiquec France / silence féminine, classiqued l'ambition / l'élection masculine, classiquee Pologne / besogne féminine, classiquef esprits / prix masculine, classiqueg Moscovite / mérite féminine, classiqueh embarras / pas masculine, classiquei madame / âme féminine, classiquej choix / lois masculine, classiquek publiques / politiques féminine, classiquel cela / nombre-là masculine, classiquem prétendent / tendent féminine, classiquen l'excluons / fondons masculine, classiqueo prince / province féminine, classiquep accommoderait / donnerait masculine, classiqueq couronne / donne féminine, classiquer ici-bas / États masculine, classiques brigue / ligue féminine, classiquet d'honneur / peur masculine, classiqueu armes / alarmes féminine, classiquev Grand-Seigneur / ambassadeur masculine, classiquew cohorte / Porte féminine, classiquex promet / Mahomet masculine, classiquey l'arbitre / titre féminine, classiquez soi / foi masculine, classiquea guerre / terre féminine, classiqueb flots / Candiots masculine, classiquec prises / églises féminine, classiqued fendu / entendu masculine, classiquee matières / frères féminine, classiquef chambellan / an masculine, classiqueg gage / davantage féminine, classiqueh courra / contentera masculine, classiqueb guéri / Château-Thierri masculine, classiquec davantage / sage féminine, classiqued souhaits / jamais masculine, classiquea l'étude / inquiétude féminine, classiqueb savoir / voir masculine, classiquec têtes / honnêtes féminine, classiqued degré / contenterai masculine, classiquee frères / prospères féminine, équivalentef nom / renom masculine, classiqueg gloire / victoire féminine, classiqueh longtemps / contents masculine, classiquei aspire / dire féminine, classiquej cœurs / grandeurs masculine, classiquek familles / filles féminine, classiquel aïeux / demi-dieux masculine, classiquem entières / guères féminine, classiquen sentiment / seulement masculine, classiqueo mérite / petite féminine, classiquep tour / Amour masculine, classiqueq années / destinées féminine, classiquea vers / divers masculine, classiqueb nouvelle / querelle féminine, classiquec choisi / ski masculine, classiqued nique / politique féminine, classiquee États / potentats masculine, classiquef croire / boire féminine, classiqueg paix / désormais masculine, classiqueh princes / provinces féminine, classiquei fois / rois masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

128 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources