Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poèmes et Paysages, 1852· Poèmes et paysages

XVII. À un Détenu politique

Auguste Lacaussade· 8 sizains, alexandrins et octosyllabes, 48 vers

Souvent, pour alléger‖ ta lourde et morne veille,Sous tes doigts inspirés‖ la lyre qui s'éveille,Mêle d'ineffables accordsAux mille accords errants‖ qu'exhale la nature,Aux soupirs de la nuit,‖ au triste et long murmureDe l'onde expirant sur ses bords.

Car Celui qui dispense‖ une eau féconde et pureA l'humble fleur des champs‖ qui germa sans culture,Comme au lys qu'arrosent nos mains,Éclaira ton esprit‖ à sa flamme secrète,Et sur ta lèvre a mis‖ les accents du poètePour consoler tes lendemains.

Quand l'astre de la nuit,‖ entr'ouvrant sa paupière,Verse d'un jour plus doux‖ la rêveuse lumièreSur le sein endormi des eaux,Alcyon sur les flots‖ d'une amère existence,Tu gémis, et ta voix,‖ qu'écoute le silence,A ses soupirs endort tes maux.

Si le vent de la mer‖ qui balance la feuille,Si le souffle indolent‖ de la brise qui cueilleDes baisers sur le sein des fleurs,D'un murmure apaisant‖ vient bercer ton oreille,Oui ! demande à ton luth‖ que d'une voix pareilleIl chante pour sécher tes pleurs.

O toi qu'un sort fatal‖ abreuva d'amertume,Tu fais bien, trompe ainsi‖ l'ennui qui te consume.La Muse a pour le malheureuxDes paroles de paix,‖ des secrets pleins de charmes ;Elle pleure, s'il pleure,‖ et pour verser des larmesCombien il est doux d'être deux !

Chante pour oublier‖ ton affligeante histoire,Pour que le souvenir‖ qui pèse à ta mémoireEn soit à jamais effacé ;Comme ces monts altiers,‖ ces géants de notre île,Qui montrent dans l'azur‖ un front mâle et tranquille,Alors que l'orage a passé.

Fuis le navrant aspect‖ des misères mortelles,Ami, prends ton essor‖ de ces plages cruellesOù gémit l'esclave opprimé,Vers la sphère sereine‖ où de la poésieLa Muse versera‖ la secrète ambroisieDans ton cœur plein d'un rêve aimé.

Sur un mode plaintif,‖ dans une amère ivresse,Exhale vers le ciel‖ l'hymne de ta détresseAvec tant d'âme et de douceurs,Que le cœur le plus dur‖ s'attendrisse à tes peines,Que le geôlier veillant,‖ l'œil fixé sur tes chaînes,T'écoute… et répande des pleurs.

Versification

Forme
8 sizains (sizains)
Rimes
8(aabccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
8 sizains
Mots à la rime
a veille / s'éveille féminine, classiqueb accords / bords masculine, classiquec nature / murmure féminine, classiquea pure / culture féminine, classiqueb mains / lendemains masculine, classiquec secrète / poète féminine, classiquea paupière / lumière féminine, classiqueb eaux / maux masculine, classiquec existence / silence féminine, classiquea feuille / cueille féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquec oreille / pareille féminine, classiquea d'amertume / consume féminine, classiqueb malheureux / deux masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiquea histoire / mémoire féminine, classiqueb effacé / passé masculine, classiquec île / tranquille féminine, classiquea mortelles / cruelles féminine, classiqueb opprimé / aimé masculine, classiquec poésie / ambroisie féminine, classiquea ivresse / détresse féminine, classiqueb douceurs / pleurs masculine, classiquec peines / chaînes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Paysages, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation poesies.net· Sources