Poèmes et Paysages, 1852· Poèmes et paysages
LXXXIII. La Vierge des Pamplemousses
Marie, ô douce enfant‖ aux grands yeux de gazelle,Qui naquis sur un sol‖ où croissent les palmiers ;Toi dont l'âme charmante‖ et les songes premiersSe sont ouverts, bercés‖ à la voix fraternelleDes bengalis et des ramiers !
O douce enfant ! ta vie‖ aux flots riants et calmes,Pareille aux bassins bleus‖ de mon climat natal,N'a jamais réfléchi‖ dans son sein virginalQue la liane en fleur‖ et l'arbre aux vertes palmesPenchés sur son mouvant cristal.
Sous les bambous lustrés‖ où l'oiseau de la ViergeFait son nid, où la brise‖ a d'ineffables voix,Au pied du morne, abri‖ de la biche aux abois,Parmi les blancs lotus‖ qui parfumaient ta berge,Ton onde errait, source des bois !
Le soleil sous le dôme‖ où ton urne s'épanche,En rayons tamisés‖ te versait sa clarté,Et l'astre aux feux d'argent‖ des tièdes nuits d'été,Comme un oiseau, semblait‖ passer de branche en branche,Pour se mirer dans ta beauté.
Le poète qui rêve‖ au fond de nos ravines,Ivre d'ombre et d'oubli,‖ charme des lieux déserts,En t'écoutant courir‖ sous les framboisiers verts,Sentait, enveloppé‖ de tes fraîcheurs divines,Chanter en lui l'esprit des vers.
Et voici que tes flots,‖ changeant leur destinée,Loin du lit maternel‖ vont prendre un autre cours ;L'oranger te sourit‖ au rivage où tu cours,Et tu vas réfléchir‖ dans ton eau fortunéeD'autres bonheurs, d'autres amours.
Et moi, moi que berçait‖ ta voix parmi les mousses,Plongé dans le présent,‖ j'oubliais l'avenir.Un jour vient où la vigne‖ à l'ormeau veut s'unir ;Et l'enfant aux grands yeux,‖ l'enfant des PamplemoussesN'est plus pour nous qu'un souvenir !
Et c'est la vie, hélas !‖ tout change et rien ne dure.L'été sort du printemps,‖ du bouton naît la fleur.Pardonne à ces regrets‖ que dément ton bonheur !Ma pensive amitié,‖ belle enfant, se rassure,Voyant le choix fait par ton cœur.
L'âme honnête et virile‖ à ta jeune âme unie,D'un monde aux durs sentiers‖ t'aplanira le sol.Vers le nid du ramier,‖ colombe, prends ton vol !Nous léguons notre vierge,‖ — une autre Virginie —Aux dévoûments d'un autre Paul !
Septembre 1867.
Versification
- Forme
- 9 quintils (quintils)
- Rimes
- 9(abbab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 9 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 9 quintils
- Mots à la rime
- a gazelle / fraternelle féminine, classiqueb palmiers / premiers / ramiers masculine, classiquea calmes / palmes féminine, classiqueb natal / virginal / cristal masculine, classiquea Vierge / berge féminine, classiqueb voix / abois / bois masculine, classiquea s'épanche / branche féminine, classiqueb clarté / d'été / beauté masculine, classiquea ravines / divines féminine, classiqueb déserts / verts / vers masculine, classiquea destinée / fortunée féminine, classiqueb cours / amours masculine, classiquea mousses / Pamplemousses féminine, classiqueb l'avenir / s'unir / souvenir masculine, classiquea dure / rassure féminine, classiqueb fleur / bonheur / cœur masculine, classiquea unie / Virginie féminine, classiqueb sol / vol / Paul masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Paysages, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation poesies.net· Sources