Harmonies poétiques et religieuses, 1830· Livre troisième
HARMONIE VIII. Le génie dans l’obscurité
A M. Reboul,
A Nîmes.
Le souffle inspirateur‖ qui fait de l'âme humaineUn instrument mélodieux,Dédaigne des palais‖ la pompe souveraine :Que sont la pourpre et l'or‖ à qui descend à peineDes palais rayonnants des cieux ?
Il s'abat au hasard‖ sur l'arbre solitaire,Sur la cabane des pasteurs,Sous le chaume indigent‖ des pauvres de la terre,Et couve en souriant‖ un glorieux mystèreDans un berceau mouillé de pleurs !
C'est Homère endormi,‖ qu'une esclave sans maîtreRéchauffe de son seul amour ;C'est un enfant chassé‖ de l'ombre de son hêtre,Qui pleure les chevreaux‖ que ses pas menaient paîtreEt qui sera Virgile un jour !
C'est Moïse flottant‖ dans un berceau fragileSur l'onde, au hasard des courants,Que l'éclair du Sina‖ visite entre cent millePendant qu'il fend le marbre‖ ou qu'il pétrit l'argilePour la tombe de ses tyrans !
Ainsi l'instinct caché‖ dans la nature entièreMûrit pour l'immortalité !La perle au fond des mers,‖ l'or au sein de la pierre,Le diamant dans l'ombre‖ où languit sa lumière,La gloire dans l'obscurité !
La gloire, oiseau divin,‖ phénix né de lui-même,Qui vient tous les cent ans, nouveau,Se poser sur la terre‖ et sur un nom qu'il aime,Et qu'on y voit mourir‖ ainsi que son emblème,Mais dont nul ne sait le berceau !
Ne t'étonne donc pas‖ qu'un ange d'harmonieVienne d'en haut te réveiller,Souviens-toi de Jacob !‖ Les songes du génieDescendent sur des fronts‖ qui n'ont dans l'insomnieQu'une pierre pour oreiller !
Moi-même, plein des biens‖ dont l'opulence abonde,Que je changerais volontiersCet or dont la fortune‖ avec dédain m'inondePour une heure du temps‖ où je n'avais au mondeQue ma vigne et que mes figuiers !
Pour ces songes divins‖ qui chantaient dans mon âme,Et que nul or ne peut payer,Pendant que le soleil‖ baissait, et que la flammeQue ma mère allumait‖ ainsi qu'une humble femmeÉclairait son étroit foyer !
Et qu'assis autour d'elle‖ à la table de hêtreQue nous préparait son amour.Nous rendions grâce à Dieu‖ de ce repas champêtre,Riche des simples fruits‖ que le champ faisait naître,Et d’un pain qui suffit au jour !
Versification
- Forme
- 10 quintils (quintils)
- Rimes
- 10(abaab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (30 de 12, 20 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 10 quintils
- Mots à la rime
- a humaine / souveraine / peine féminine, classiqueb mélodieux / cieux masculine, classiquea solitaire / terre / mystère féminine, classiqueb pasteurs / pleurs masculine, classiquea maître / hêtre / paître féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquea fragile / mille / l'argile féminine, classiqueb courants / tyrans masculine, classiquea entière / pierre / lumière féminine, classiqueb l'immortalité / l'obscurité masculine, classiquea lui-même / aime / emblème féminine, classiqueb nouveau / berceau masculine, classiquea d'harmonie / génie / l'insomnie féminine, classiqueb réveiller / oreiller masculine, classiquea abonde / m'inonde / monde féminine, classiqueb volontiers / figuiers masculine, classiquea âme / flamme / femme féminine, classiqueb payer / foyer masculine, classiquea hêtre / champêtre / naître féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Harmonies poétiques et religieuses, BRUXELLES, SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE, ETC. HAUMAN ET COMPAGNIE, 1838· numérisation archive.org· Sources