Jocelyn, 1836
Cinquième époque
Grenoble, 2 août 1794, la nuit, caché chez un pauvre menuisier.
Est-ce moi ? suis-je ici ?‖… Mon Dieu, veillez sur elle !Anges du Tout-Puissant,‖ couvrez-la de votre aile !Quoi ! j'ai laissé Laurence‖ à la foi du rocher ?Mon cœur brisé n'a-t-il‖ rien à se reprocher ?
Mais pouvais-je, ô mon Dieu !‖ repousser la prièreDu mourant qui m'appelle‖ à son heure dernière ?Pouvais-je résister‖ à la voix du pasteurQui de ma pauvreté‖ se fit le protecteur,M'accueillit tout enfant‖ parmi les saints lévites,M'y chérit entre tous,‖ non pas pour mes mérites,Mais pour mon abandon,‖ et fut dans le saint lieuMon maître, mon ami,‖ mon père selon Dieu ?
Quand il n'a pour palais‖ qu'un cachot sur la terre,Quand de l'épiscopat‖ le sacré caractèreEst aujourd'hui son crime‖ et son arrêt de mort,Quand l'échafaud dressé‖ lui présage son sort,Que n'ayant que le fond‖ de son calice à boireIl cherche un nom ami,‖ bien loin, dans sa mémoire,Que le mien s'y réveille‖ et se présente à lui,Qu'il m'appelle à son aide,‖ implore mon appui,Qu'un hasard merveilleux‖ que Dieu seul peut conduireFait monter jusqu'à moi‖ le cri de son martyre,Oh ! pouvais-je être un homme‖ et ne pas accourir ?Sans une voix d'ami‖ le laisser là mourir ?Non, non, j'aurais été‖ parjure, ingrat ou lâche !Quelle ivresse aurait pu‖ me cacher cette tâche ?Laurence m'eût poussé‖ du cœur au dévoûment.
Des choses d'ici-bas‖ divin enchaînement !Par quel simple ressort‖ la main de Dieu dirigeCe sort où l'œil ne voit‖ que hasard et prodige !
Un pauvre Savoyard,‖ dans la froide saison,Descend de son chalet‖ et sert dans la prison,Porte l'eau, fend le bois,‖ des guichetiers sévères,Prend, pour les adoucir,‖ tous les durs ministères,Et quand il a trempé‖ la soupe au prisonnier-,Revient, le cœur content,‖ dormir dans son grenier.Cet homme est le neveu‖ du seul berger qui sacheLe mystère profond‖ de l'antre qui nous cache.Il monte à son village,‖ il dit au vieux bergerQue l'évêque est captif‖ et qu'on va le juger ;Qu'il lui parle souvent,‖ que sa main enchaînéeS'abaisse tous les jours‖ sur sa tête inclinée ;Qu'il attend sa couronne‖ avec sérénité,Comme un juste qui voit‖ du cœur l'éternité ;Qu'il ne demande pas‖ grâce aux bourreaux d'une heure,Qu'il voudrait seulement‖ revoir avant qu'il meureUn des fils que sa main‖ devait sanctifier,Qu'il a quelque secret‖ divin à confier,Qu'il en nomme souvent‖ un d'un accent plus tendre,Jocelyn, le plus jeune ;‖ oh ! s'il pouvait l'entendre,Oh ! celui-là, du moins,‖ ne le laisserait pasMonter sans une main‖ les marches du trépas !
Le berger, à mon nom,‖ croit que Dieu lui commandeDe découvrir le fils‖ que l'évêque demande,Il révèle la grotte‖ où son pas m'a conduit.Ces deux hommes de bien‖ y montent dans la nuit ;Pour franchir le ravin‖ que le torrent déborde,Au tronc sur l'autre rive‖ ils lancent une corde ;Ils approchent ; j'entends‖ leurs pas lourds retentir ;Laurence qui dormait‖ ne me voit pas sortir.Les bergers en deux mots‖ me font leur saint message ;Une lutte rapide‖ en moi-même s'engage,L'amour dans mon esprit‖ combat le dévoûment ;Mais la mort n'attend pas ;‖ je demande un moment,Je rentre dans la grotte,‖ et j'arrache une feuilleDu livre où pour prier‖ Laurence se recueille ;J'écris ces mots tremblans :‖ « Dors en paix, mon amour« Mon absence de toi‖ ne sera que d'un jour ! »Ce papier tout trempé‖ des pleurs dont je l'arrose,Ma main sur son chevet,‖ tremblante, le dépose ;Quel réveil !… je ne puis‖ y penser sans frémir !Je regarde un moment‖ ce front calme dormir,Je sens mon cœur se fendre‖ au paisible sourireQui la trompe en dormant‖ quand je vais au martyre !Si je la réveillais,‖ je ne partirais pas !Du guide impatient‖ j'entends sonner les pas,Je me jette à genoux‖ au bord de cette couche,Je colle sur ses pieds‖ mon front, mes yeux, ma bouche ;J'invoque dans mon cœur‖ tous les anges de DieuA la garde de l'ange‖ assoupi dans ce lieu ;Je la bénis de l'œil,‖ des larmes et du geste,Mon pied fixé s'arrache‖ au sol où mon cœur reste ;Les bergers loin du roc‖ m'entraînent avec eux,Je descends sur leurs pas‖ l'échelle aux mille nœuds ;Dans le chalet désert‖ j'échange avec le pâtreMes vêtemens usés‖ contre un sarreau blanchâtre,Je chausse mes pieds nus‖ de ses souliers à clou !Mes longs cheveux bouclés,‖ qui roulent sur mon cou,Mon front hâlé, mes doigts‖ qu'a gercés la froidure,D'un jeune montagnard‖ me donnent la figure ;A travers les hameaux,‖ inconnu, je descends,Sans qu'un aspect nouveau‖ me trahisse aux passans ;Mon guide sur ses pas‖ me conduit par la ville,Comme son compagnon‖ me loge en son asile,Et dans la prison même,‖ introduit avec lui,Aux pieds du saint martyr‖ je dois être aujourd'hui.
Dans l’hôpital de Grenoble, 5 août 1794, au soir.
Où suis-je ? où m'engloutir ?‖ où perdre ma pensée ?Seigneur !… oh ! pardonnez‖ à cette âme insensée !Non, non, frappez ce cœur‖ hésitant, combattu,Qui n'a su distinguer‖ ni crime, ni vertu,Et qui, dans les accès‖ d'une nuit de délire,Ne sait plus si le ciel‖ le déteste ou l'admire !
Oui ! je me hais moi-même ;‖ oh ! cachez-moi de moi !L'évêque !… il me bénit !‖… Laurence ! ô toi, mais toi !Assassin à la fois‖ et charitable apôtre,J'ai sauvé d'une main‖ et j'ai tué de l'autre !
Mais où suis-je ? en quel lieu‖ m'a-t-on porté mourant ?Tout — est étrange et neuf‖ à mon regard errant ;Du pauvre montagnard‖ ce n'est plus là l'asile !Quels sont ces lits de lin‖ dont la nombreuse fileSe prolonge dans l'ombre‖ et correspond au mien ?Que veut dire au plafond‖ ce signe du chrétien ?Que sont ces voiles blancs,‖ ces femmes ou ces ombres,Qui se croisent sans bruit‖ dans ces corridors sombres,Entr'ouvrent les rideaux,‖ se penchent sur les lits,Comme la jeune mère‖ au chevet de ses fils ?Aux douteuses lueurs‖ de leur lampe qui veilleOh ! de la charité‖ j'entrevois la merveille,Ces auberges du pauvre‖ où l'on bénit ses pas,Ces toits de Dieu, ces lits‖ de ceux qui n'en ont pas,Ces épouses du Christ‖ au chevet des misères,Mères de tous les fils‖ et sœurs de tous les frères !
Même lieu, 6 août 1794, au malin.
Dans le monde, en un jour,‖ qu'est-il donc survenu ?Comment suis-je là, moi,‖ sous mon nom, reconnu ?D'où viennent ces respects,‖ ces soins qui m'environnent,Ces signes de bonheur‖ que leurs regards me donnent ?Ils disent que Paris‖ a tué le tyran,Que la France a fini‖ ce long meurtre d'un an,Que les cachots vidés‖ s'ouvrent partout d'eux-même.Que de Dieu dans le temple‖ on rétablit l'emblème,Que la foule a brisé‖ ses instrumens de mort,Et reporte aux autels‖ sa joie ou son remord,Que le meurtre d'hier‖ fut le dernier supplice,Que l'on m'a rapporté‖ du lieu du sacrificeTout arrosé du sang‖ du bienheureux martyr,Mourant, n'entendant plus‖ sur mes pas retentir,A travers mille cris,‖ le cri de délivrance,Qui semblait du tombeau‖ ressusciter la France,Et que le guichetier,‖ en ouvrant la prison,Aux femmes de l'hospice‖ a révélé mon nom !…
Même lieu, même date, le soir.
Tout dort… à mon chevet‖ veille une sainte femme…Le jour se fait en moi,‖ recueillons-nous, mon âme !Le sommeil sur mes yeux‖ ne peut plus s'arrêter,Où mon cœur est toujours,‖ mes pas voudraient monter ;Mais ma force ne peut‖ les soulever encore ;Mes pieds me porteront‖ demain avec l'aurore,Ces sœurs me laisseront‖ de ce lieu me lever,Pour courir… où je tremble,‖ ô mon Dieu, d'arriver !Oh ! dans cette éternelle‖ et brûlante insomnie,Les scènes de la veille‖ et de mon agonieRemontent par un vague‖ et lointain souvenirComme des fils brisés‖ qu'on cherche à réunir :Ils viennent dans mon front‖ se renouer en foule ;De moi-même à mes yeux‖ le tableau se déroule ;Je me comprends enfin,‖ je me sens, je me vois,Je vis ce jour terrible‖ une seconde fois !
De l'évêque captif‖ le juge populaireAvait voté la mort‖ le soir dans sa colère ;J'entendais en passant‖ les coups sourds du marteauQui clouait dans la nuit‖ le bois de l'échafaud ;J'entrai dans la prison ;‖ des escaliers rapidesLa descente était longue‖ et les marches humides,Et dans leur froid brouillard‖ chaque pas, en glissant,Semblait sur les degrés‖ se coller dans du sang ;Je ne sais quelle odeur‖ de larmes sous les voûtes,Quelle sueur des murs‖ coulant à larges gouttes,Des angoisses de l'homme‖ y peignaient les tourmens ;Chaque dalle y rendait‖ de longs gémissemens :On eût dit que ces murs,‖ ces froides gémoniesComme des condamnés‖ suaient leurs agonies.Au bas de cet obscur‖ et profond entonnoir,L'affreux cachot s'ouvrait‖ sur un corridor noir,Tout creusé dans le roc,‖ hormis l'étroite porteDont les lourds gonds scellaient‖ la grille basse et forte ;Sous la main du geôlier‖ qui tourna les verrousLa porte en gémissant‖ recula devant nous ;L'ombre humide pâlit‖ au feu de sa lanterne,Qui jeta sur les murs‖ un jour livide et terne ;Et je vis le vieillard,‖ ébloui par ce jour,Qui regardait sans voir‖ du fond du noir séjour ;Le rayon concentré,‖ dardant sur sa figure,La détachait en clair‖ de la muraille obscure,Comme si, du cachot‖ pour racheter l'affront,Une auréole sainte‖ eût éclairé son front.Fléchissant sous ses fers‖ rivés dans la muraille,Leur poids lourd affaissait‖ un peu sa haute taille ;De ses habits troués‖ les somptueux débrisLaissaient percer partout‖ ses membres amaigris ;Il serrait d'une main‖ autour de sa ceintureDes pauvres prisonniers‖ la blanche couverture,De l'autre il soutenait‖ le gros faisceau de fersQui tombait en anneaux‖ de ses bras découverts ;Ses pieds nus, que nouaient‖ deux restes de sandales,Tout violets de froid,‖ frissonnaient sur les dalles.Un tas de paille humide‖ et rongé par les bordsGardant encor l'empreinte‖ et les plis de son corps,Une écuelle de bois‖ pour recevoir la soupe,Une goutte de vin‖ dans le fond d'une coupe,De son palais de boue‖ étaient l'ameublement,Le breuvage, le lit,‖ le vase et l'aliment ;Mais les traits allongés‖ de son pâle visage,Ses cheveux éclaircis,‖ souillés, blanchis par l'âge,Sur son front demi-chauve‖ en couronne bouclés,Ou sur son maigre buste‖ en anneaux déroulés,Sa barbe que d'un an‖ le fer n'a retranchéeSur le creux de sa joue‖ en écume épanchée,Ses yeux caves, cernés‖ par un sillon d'azur,Brillant comme un charbon‖ dans leur orbite obscur,Son regard affaibli‖ par cette ombre éternelleNous cherchant sans nous voir‖ du fond de sa prunelle,La force écrite en haut‖ dans ses sourcils épais,Sur sa lèvre entr'ouverte‖ un sourire de paix ;Dans ses traits imprégnés‖ d'une sainte harmonie,La résignation‖ au sein de l'agonie,L'humanité vaincue‖ asservie à la foi,Tout éclatait en lui !‖… Je crus voir devant moiUn de ces champions‖ des vérités nouvellesQue les anges de Dieu‖ servaient, couvaient des ailes,Et qui, nourris déjà‖ du pain caché du fort,Exultaient du supplice‖ et vivaient de leur mort.À l'entrée, ébloui‖ par ce front de lumière,Sur mes genoux tremblans‖ je tombai sur la pierre,Comme si quelque main‖ m'eût forcé de plier,N'osant ni m'approcher,‖ ni m'enfuir ; le geôlierLui dit : « Que votre nuit‖ avec Dieu se consomme !« J'ai rempli ma promesse,‖ et voilà ce jeune homme. »Puis posant à mes pieds‖ sa lanterne, il sortit,Et refermé sur nous‖ le battant retentit.« Est-ce vous, mon enfant ?‖ venez que je vous voie !« Oh ! que ma dernière heure‖ ait la dernière joie« De presser sur mon cœur‖ un fils en Jésus-Christ,« Un frère dans ma foi‖ nourri du même esprit !« Soyez béni, mon Dieu,‖ dont la grâce infinie« Me gardait en secret‖ ce don pour l'agonie,« J'ai vidé jusqu'au fond‖ mon calice de fiel,« Mais la dernière goutte‖ a l'avant-goût du ciel !« Mon fils ! je vais mourir ;‖ mon éternelle aurore« De ma dernière nuit‖ va tout à l'heure éclore ;« Demain j'entonnerai‖ l'Hosanna triomphant ;« Aujourd'hui je suis homme‖ et pécheur ; mon enfant,« Devant le Saint des saints‖ avant que de paraître,« J'ai besoin de laver‖ mon âme aux eaux du prêtre ;« Chargé du saint troupeau‖ pour le sanctifier,« J'ai mon divin bercail,‖ partant, à confier ;« Je ne puis déposer‖ que dans sa main sacrée« Les clefs du saint des saints‖ dont je gardais l'entrée ;« Je ne puis en mourant‖ recevoir que de lui« Le pardon que j'avais,‖ que j'implore aujourd'hui ;« Mais tous ceux qui portaient‖ le divin caractère,« Fugitifs ou proscrits,‖ sont errans sur la terre ;« L'exil ou la prison,‖ ou le couteau mortel« N'épargnent nul de ceux‖ qui montaient à l'autel :« Il ne reste que vous,‖ pauvres jeunes lévites,« Qui n'aviez pas encor‖ lié vos mains bénites !« J'en demandais au ciel‖ un seul, à deux genoux :« Dieu m'inspirait, mon fils,‖ et je pensais à vous !« Oh ! que mon cœur, d'ici,‖ pressentait bien le vôtre !« J'étais sûr que, fidèle‖ au devoir de l'apôtre,« La prison, l'échafaud‖ vous verrait accourir,« Séduit par le martyre‖ et tenté de mourir,« Et que plus il est plein‖ de l'horreur du supplice,« Plus vous accepteriez‖ de boire mon calice… »Je ne répondais rien,‖ et je n'entendais plus,Et je baissais dans l'ombre‖ un front rouge et confus.« Faut-il mieux m'expliquer ?‖ reprit-il : un saint prêtre« Est nécessaire à Dieu ;‖ mon fils, vous allez l'être !« Pour qu'un double holocauste‖ ici soit consommé,« La Providence et moi,‖ nous vous avons nommé ;« Je vais vous consacrer‖ sur ce bord de ma tombe :« Baissez la tête, enfant,‖ pour que le chrême y tombe !« Et quand l'esprit de force‖ aura coulé sur vous,« Je vais, pécheur, mourant,‖ tomber à vos genoux,« Et recevoir de vous‖ dans le saint sacrifice« Le pain du viatique‖ et le vin du supplice.« Recevez du martyr‖ l'auguste sacrement,« Mourez pour que Dieu vive !‖… » — « O mon père, un moment !Lui dis-je en repoussant‖ du front le sacré signe,« Arrêtez, arrêtez ;‖ tremblez, j'en suis indigne !« Mon âme est à mon Dieu ;‖ mon sang est à ma foi ;« Mais mes jours profanés,‖ ils ne sont plus à moi,« Et Dieu n'exige pas‖ que je lui sacrifie« Deux morts dans une mort,‖ deux cœurs dans une vie ! »Son œil sonda le mien,‖ et son front s'obscurcit ;Alors, balbutiant,‖ je lui fis le récitDe ces deux ans passés‖ loin de lui, de ma fuite,De cette enfant par Dieu‖ dans mon désert conduite,De son triste abandon,‖ de ma tendre pitié,De cet amour longtemps‖ couvé sous l'amitié,De ces habits trompeurs‖ qui, me cachant la femme,A la séduction‖ apprivoisaient mon âme ;De ce secret fatal‖ et découvert trop tard,De nos sermens donnés,‖ de mon furtif départ,De sa mort qui suivrait‖ au même instant la mienneSi j'arrachais ainsi‖ cette main de la sienne,Si, même au prix du ciel,‖ d'un mot j'allais tromperCe cœur que du poignard‖ mieux eût valu frapper.Je me tus ; dans ses traits‖ indignés je crus lireTantôt l'horreur, tantôt‖ un dédaigneux sourire.« Ainsi donc, mon enfant,‖ voilà ce grand secret« Dont tout autre qu'un père‖ en l'écoutant rirait ;« Voilà dans quel honteux‖ et ridicule piège« L'esprit trompeur poussait‖ vos pas au sacrilège.« Insensé ! bénissez‖ ce hasard de ma mort« Qui vous prend sur l'abîme‖ et vous arrête au bord.« Que l'esprit tentateur‖ prêt à vous y conduire« Connaissait bien ce cœur‖ qu'il avait à séduire ;« Quand il ne peut au crime‖ entraîner nos élus,« Il les y mène aussi,‖ mon fils, parleurs vertus.« Ah ! brisez son embûche,‖ et rougissez de honte.« Quoi ! ce rêve d'une âme‖ à s'enflammer trop prompte« Pour un enfant jeté‖ par hasard sous vos pas,« Ce trouble d'un cœur pur‖ qui ne se connaît pas,« D'un périlleux amour‖ cette amitié prélude,« Mauvais fruit du loisir‖ et de la solitude ;« Ces élans, ces soupirs,‖ ces serremens de main,« Que le vent de la vie‖ emportera demain ;« Ces jeux de deux enfans‖ loin des yeux de leurs mères« Qui prennent pour amour‖ leurs naïves chimères ;« Risible enfantillage‖ et des sens et du cœur !« Voilà ce qui du ciel‖ en vous serait vainqueur ?« Voilà pour quel appât,‖ voilà pour quelle cause« Vous trahiriez le vœu‖ que ce temps vous impose ?« Vous laisserez ma mort‖ sans secours, sans adieu,« Le temple sans ministre‖ et le monde sans Dieu ?« Je ne me doutais pas‖ que dans ces jours sinistres« Où l'autel est lavé‖ du sang de ses ministres,« Pendant que des cachots‖ chacun d'eux comme moi« S'élance à l'échafaud‖ pour confesser sa foi,« Pendant que l'univers‖ avec horreur admire« La bataille de sang‖ du juge et du martyre,« Hésitant pour savoir‖ où décider son cœur,« Des bourreaux ou de nous‖ qui restera vainqueur ;« Je ne me doutais pas‖ qu'un des soldats du temple,« Du lévite autrefois‖ la lumière et l'exemple,« Au grand combat de Dieu‖ refusant son secours,« Amollissait son âme‖ à de folles amours ;« Au pied des échafauds‖ où périssaient ses frères,« Sacrifiait au Dieu‖ des femmes étrangères :« Pensant sous quel débris‖ des temples du Seigneur« Il cacherait sa couche‖ avec son déshonneur ! »— « O mon père, pitié !‖ Quel mot osez-vous dire ?« Le ciel sait si mon cœur‖ a tremblé du martyre,« Il sait si j'hésitai,‖ pour arriver à vous,« D'affronter cette mort‖ dont je serais jaloux ;« Mais ébloui de zèle,‖ et moins homme qu'apôtre,« Vous ne jugez, hélas !‖ nos cœurs que par le vôtre ;« Vous croyez que mon cœur,‖ de l'amour triomphant,« N'arracherait qu'un rêve‖ au sein de cet enfant,« Que le sien m'oublîrait ;‖ que je pourrais moi-même« Rapporter aux autels‖ tout l'amour dont je l'aime,« Absous par votre main‖ d'un parjure innocent,« Noyer son souvenir‖ dans des pleurs ou du sang ;« Que cette affection‖ au cœur enracinée,« Cette existence à deux,‖ ce rêve d'une année,« Ce rayon qui nous fit‖ ensemble épanouir,« Comme un rêve d'un soir‖ pourrait s'évanouir ?« Connaissez mieux l'amour‖ de l'homme et de la femme,« Il joint leur double vie‖ en une seule trame ;« Il survivrait, coupable,‖ à la honte, au remord,« Plus vivant que la vie,‖ et plus fort que la mort. »— « Silence ! cria-t-il,‖ vous profanez cette heure,« Ces momens tout au ciel,‖ ces fers, cette demeure,« Où du Dieu trois fois pur‖ un indigne martyr« N'eût jamais entendu‖ de tels mots retentir !« Parler d'amour, grand Dieu !‖ sous ces ombres muettes !« Insensé, regardez,‖ et songez où vous êtes !« Voyez dans les cachots‖ ces membres amaigris,« Ces bras levés à Dieu,‖ par des chaînes meurtris ;« Cette couche où l'Église‖ expire et sent en rêve« Le baiser de l'Époux‖ dans le tranchant du glaive !« Ce sépulcre des morts‖ par la vie habité,« Qui ne se rouvre plus‖ que sur l'éternité !« Ces fers dont les anneaux‖ tout rouilles sur nos membres« Ont rivé Jésus-Christ‖ à chacun de ses membres !« Et ce pain d'amertume,‖ et ce vase de fiel,« Délicieux banquet‖ de ces noces du ciel !« Et c'est là, c'est devant‖ ces témoins du supplice,« Devant ce moribond‖ qui marche au sacrifice,« Que vous osez parler‖ de ces amours mortels !« Vous ! dévoué d'avance‖ à nos heureux autels !« Vous ! que leur sacré deuil,‖ le sang qui les colore,« Par un plus fort lien‖ y consacrait encore !« Ah ! que cette amertume‖ ajoute à mon trépas !« Quoi ! vous, trahir ! mais non,‖ cela ne se peut pas !« Vous ne souillerez pas‖ une si chaste vie,« Vous ne jetterez pas‖ à mon front cette lie,« Vous ne donnerez pas‖ cette absinthe, au lieu d'eau,« Au vieillard qui demande‖ une goutte au bourreau !« Vous ne laisserez pas‖ l'âme de votre père« Partir sans emporter‖ le pardon qu'elle espère,« Sans avoir entendu‖ d'un ministre de Dieu« La parole de paix‖ et le salut d'adieu !« Ah ! que j'ai demandé‖ cette heure au divin maître !« Combien j'ai soupiré‖ pour qu'un juste, un saint prêtre« A ses pieds, comme Dieu‖ me reçût à genoux,« Me dît avant la mort :‖ Vivez, je vous absous !« Pour qu'il offrît pour moi,‖ la veille du supplice,« Cette coupe du sang,‖ ce fruit du sacrifice« Que mes doigts mutilés‖ ne peuvent plus tenir,« Et me bénît ce pain‖ que je n'ose bénir !« Et quand l'ange exauçant‖ enfin ma dernière heure,« Vous amène du ciel‖ au père qui vous pleure ;« Quand, pour diviniser‖ cette heure du trépas,« Il ne me faut qu'un mot !‖… Vous ne le diriez pas !« Oh ! mon enfant, au nom‖ de ces larmes dernières« Qui sur vos mains de fils‖ tombent de mes paupières,« Au nom de ces cheveux‖ blanchis dans les cachots,« De ces membres promis‖ demain aux échafauds ;« Au nom des tendres soins‖ que j'ai pris de votre âme,« Au nom de votre mère !‖ au nom de cette femme« Qui, si son œil de vierge‖ ici pouvait vous voir,« Vous pousserait du geste‖ et du cœur au devoir !« Et qui, fille du Christ,‖ ne voudrait pas sans doute« Acheter votre vie‖ au prix qu'elle vous coûte,« Déchirez le bandeau‖ qui recouvre vos yeux,« Dites ce mot, mon fils,‖ que je l'emporte aux cieux !…La sueur de mon front‖ tombant à grosse goutte,Avançant, reculant,‖ comme un homme qui doute,Je demeurais muet,‖ méditant, interdit.D'un courroux surhumain‖ son regard resplendit ;Son corps se redressa‖ comme si son idéeL'eût soulevé du sol,‖ grandi d'une coudée ;Son bras chargé de fers‖ s'étendit contre moi ;Le cachot s'éclaira‖ de l'éclair de sa foi.Je crus voir de son front‖ la foudre intérieureJaillir et serpenter‖ dans la sombre demeure ;Sa voix prit la colère‖ et la vibrationDu prophète lançant‖ la malédiction,Des lions de Juda‖ rugissement terrible !« Eh bien ! puisqu'à mes pleurs‖ vous restez insensible ;« Puisque la charité‖ pour un père expirant« Ne peut en rallumer‖ en vous le feu mourant ;« Puisque entre le salut‖ que le vieillard implore« Et votre infâme amour‖ vous hésitez encore,« Vous n'êtes plus chrétien‖ ni prêtre de Jésus :« Retirez-vous de moi…‖ je ne vous connais plus !« Sortez de ce Calvaire‖ où votre maître expire ;« Vous n'êtes qu'un bourreau‖ de plus qui l'y déchire ;« Vous n'êtes qu'un témoin‖ lâche, indigne de voir« Comment le chrétien souffre‖ et meurt pour le devoir,« Mais digne seulement‖ de garder dans la rue« L'habit ensanglanté‖ du licteur qui le tue !« Oui, sortez de mon ombre‖ et de ce lieu sacré ;« Sortez, mais non pas tel‖ que vous êtes entré ;« Sortez, en emportant‖ la divine colère« Sur vous et sur l'objet…‖ » — « N'achevez pas, mon père ;« Ne la maudissez pas,‖ arrêtez ! tout sur moi ! »Il lut d'un seul coup d'œil‖ sa force et mon effroi,Comme le bûcheron‖ voit l'arbre qui chancelle.« Écoutez ! » me dit-il‖ d'une voix solennelle,Comme s'il eût parlé‖ d'au delà du trépasA des hommes de chair‖ qui l'écoutaient en bas :« Il est dans notre vie‖ une heure de lumière,« Entre ce monde et l'autre‖ indécise frontière,« Où l'âme des chrétiens‖ prête à quitter le corps,« De l'abîme des temps‖ voit déjà les deux bords,« Où de l'éternité‖ l'atmosphère divine« D'un jour surnaturel‖ dans sa nuit l'illumine,« Et des choses d'en bas‖ lui découvrant le sens,« Donne un son prophétique‖ à ses derniers accens.« Sans crainte alors on parle‖ et l'on entend sans cloute ;« Dans la voix du mourant‖ c'est Dieu que l'on écoute !« Je suis à cet instant,‖ et je sens dans mon cœur« Ce Verbe du Très-Haut‖ qui parle sans erreur.« Il me dit d'arracher,‖ d'une main surhumaine,« Un de ses fils au piège‖ où le monde l'entraîne ;« Il donne à mes accens‖ l'autorité du sort ;« Je prends sur moi l'arrêt‖ qui de mes lèvres sort,« Je prends sur mon salut‖ la sainte violence« Qui vous jette à mes pieds‖ sans plus de résistance :« Obéissez à Dieu,‖ qui tonne dans ma voix ! »De sa main, de ses fers‖ mon front sentit le poids ;Je crus sentir de Dieu‖ la main et le tonnerreQui m'écrasaient du bruit‖ et du coup sur la terre ;Pétrifié d'horreur,‖ tous les sens foudroyés,Je tombai sans parole‖ et sans souffle à ses pieds :Un changement divin‖ se fit dans tout mon être ;Quand il me releva‖ de terre, j'étais prêtre !…
Le vieillard à son tour‖ à mes pieds se jeta,Et confessa sa vie‖ au Dieu qui l'écouta ;Puis me fit célébrer‖ pour lui le saint mystère.Un angle du rocher‖ fut notre autre Calvaire.Sur cet autel des pleurs,‖ un noir morceau de painFut l'image du Dieu‖ que lui rompit ma main ;Une coupe de bois‖ fut le divin caliceOù le vin figura‖ le sang du sacrifice ;Et la lampe jetant‖ ses funèbres clartésLe cierge et le flambeau‖ de nos solennités.Je répétais les mots‖ qu'il me dictait lui-même.Quand je fus au moment‖ où du festin suprêmeLe prêtre, rappelant‖ le symbolique adieu,Dans ce pain voit un corps‖ et dans ce corps un Dieu :Le lieu, l'émotion,‖ l'heure, ces murs funèbres,L'écho des mots sacrés‖ roulant dans ces ténèbres,Ce mourant à mes pieds‖ dans un divin transport,Me demandant des yeux‖ l'aliment de sa mort,Ce sentiment confus‖ de m'immoler moi-mêmeA cette charité‖ dont je tenais l'emblème,Ce retentissement‖ de ma pensée en moi,Tout concentra mon âme‖ en un éclair de foi ;Je crus sentir le Dieu‖ qui souffre et qui console,Du ciel même arraché‖ par la sainte parole,Descendre et transformer‖ en sang nouveau le vin,Le pain du prisonnier‖ en aliment divin,Et je crus dans ce pain‖ que notre foi consomme,Humaniser le Verbe‖ et diviniser l'homme !Sa lèvre l'aspira‖ dans un élan d'amour,La lampe s'éteignit‖ dans l'ombre… — Il était jour.
Un bruit sourd de la mort‖ nous fit deviner l'heure ;Le geôlier vint rouvrir‖ la lugubre demeure,Et chercher le vieillard‖ pour l'échafaud ; ses fersTombèrent en laissant‖ leur trace dans ses chairs,Pour qu'il pût achever‖ le funèbre voyageIl fallut soutenir‖ son corps miné par l'âge ;J'affermissais ses pas,‖ vêtu comme un gardien ;Son bras paralysé‖ s'appuyait sur le mien ;Bénissant ses bourreaux‖ du geste et du sourire,Comme on marche au triomphe,‖ il marchait au martyre,Sachant que la victoire‖ en ces combats de foiEst à celui qui tombe‖ et qui meurt pour sa loi !J'aidai sa main tremblante‖ et son pied qui chancelleA monter les degrés‖ de la fatale échelle,Jusque sur l'échafaud‖ j'accompagnai ses pas ;Un vil peuple ondoyait‖ et rugissait en bas ;Mais lui, n'entendant plus‖ ce stupide blasphème,Dans mon regard ami‖ cherchait l'adieu suprême ;Il y lut, et coucha‖ sur le fatal pilierSon front comme il eût fait‖ le soir pour sommeiller.Dans l'éclair du couteau‖ je vis la mort me luire !Moi-même je tombai‖ teint du sang du martyre,Confusément frappé‖ de rumeurs et de cris,Soit que l'horreur du sang‖ eût glacé mes esprits,Soit qu'animé par Dieu‖ d'un plus mâle courageTant que je n'avais pas‖ accompli son message,Mon œuvre consommée,‖ et le saint vieillard mort,Je ne puisasse plus‖ de force dans l'effort,Et retrouvant Laurence‖ en mon cœur effacéeJe tombasse frappé‖ par ma propre pensée !…
Même date, même lieu, même nuit.
Ah ! je respire enfin :‖ Providence de Dieu,On vous trouve attentive‖ et présente en tout lieu !Une sœur de l'évêque,‖ aimable et douce sainte,Qui vit toute au Seigneur,‖ cachée en cette enceinte,A reçu dans son sein‖ le terrible secret,M'a dit qu'à la montagne‖ elle-même elle iraitPrendre demain l'enfant,‖ l'aimer comme sa fille,Jusqu'à ce qu'une lettre‖ instruisît sa famille,Et qu'on vînt la chercher‖ pour lui rendre à la foisEt son nom et ses biens,‖ que lui rendaient les lois.
12 août 1794.
Précédé de la sœur‖ que le pâtre accompagne,Ce matin, faible et seul,‖ j'ai monté la montagne,M'arrêtant, hésitant,‖ revenant sur mes pas,Comme un homme qui doute,‖ ou qui marche au trépas.Arrivé sur les bords‖ de la gorge profonde,Dont trois jours de soleil‖ avaient abaissé l'onde,J'ai trouvé deux sapins‖ l'un à l'autre liésPar le bout sur un bord‖ et sur l'autre appuyés,Pont que les deux bergers‖ avaient jeté sans doutePour que la pauvre sœur‖ y pût frayer sa route.Ils venaient de passer,‖ et j'entendais leurs voix.Par des ravins franchis‖ dans mes jeux tant de fois,Je devançai leurs pas‖ qui cherchaient une issue,Et je fus à la grotte‖ avant qu'ils l'eussent vue ;Mais à la fois brûlant,‖ tremblant d'y pénétrer,La force de mon cœur‖ me faillit pour entrer.Écartant d'une main‖ le feuillage du hêtre,Je me pendis de l'autre‖ au roc de la fenêtre,Et le cœur écrasé,‖ sans souffle, l'œil hagard,Je sondai jusqu'au fond‖ la grotte d'un regard !Je la vis ; dans mon sein‖ mon cœur cria : Laurence !Mais ma lèvre étouffa‖ ce cri dans son silence.Elle était à genoux‖ sur ses talons pliés,Ses membres fléchissans‖ à la roche appuyés,Son front pâle et pensif,‖ sous le poids qui l'incline,Comme écrasé du poids,‖ penché sur sa poitrine,Ses bras tout défaillans‖ passés autour du couDe sa biche qui dort‖ les flancs sur son genou,Et pressant d'une étreinte‖ inerte et convulsiveL'animal qui dressait‖ une oreille attentive,Et du tendre regard‖ que son œil lui dardaitSemblait attendre aussi‖ celui qu'elle attendait.Ses longs cheveux traînaient‖ en flocons sur la corne,Sous ses cils abaissés‖ son regard terne et morneSe relevait parfois‖ comme pour écoulerDes gouttes que ses yeux‖ ne sentaient pas couler ;Sa respiration‖ dans son sein inégale,En soupirs, en sanglots‖ sortait par intervalle…Le bruit qu'en approchant‖ les pas firent en hautRéveilla son oreille‖ et son âme en sursaut ;Elle se redressa‖ comme un mort qu'on appelle,Courut les bras ouverts :‖ Jocelyn ! cria-t-elle.La sœur parut dans l'ombre :‖ O ciel ! ce n'est pas lui !…Elle fléchit, chercha‖ sur la pierre un appui,Et d'un œil foudroyé,‖ fixe comme son âme,Regarda sans parler‖ les pâtres et la femme.« Ma fille, dit la sœur,‖ venez, ne craignez pas.« Je viens comme une enfant‖ vous prendre entre mes bras,« Et Dieu qui vous donna,‖ qui vous enlève un frère,« Au lieu d'un frère en moi‖ vous envoie une mère. »Alors en peu de mots‖ tout lui fut raconté,Par quel coup du destin‖ Dieu l'avait emporté,Par quels vœux arrachés‖ à mon âme surprise,La mort m'avait jeté‖ tout saignant dans l'Église ;Et comment et mon nom‖ et tout ce doux passé,De son cœur pour jamais‖ devait être effacé :« C'est un rêve d'enfant‖ qu'on regrette et qu'on pleure,« Mais qu'un rayon du jour‖ dissipe en un quart d'heure ;« Il n'en restera rien‖ qu'un souvenir bien doux,« Un invisible ami‖ qui prîra Dieu pour vous ! »Laurence écoutait tout,‖ immobile, éperdue,La droite avec terreur‖ vers la sœur étendue,Comme pour repousser‖ de l'œil et de la mainLes coups de chaque mot,‖ qu'elle écartait en vain ;Son œil ouvert et morne,‖ égaré dans le vide,Sa lèvre frémissante,‖ entr'ouverte, livide,Sur sa bouche les mots‖ manquant à la douleur ;Femme changée en marbre,‖ en ayant la pâleur !Tout à coup je ne sais‖ quel éclair de penséeLui remonta du cœur‖ sur sa joue effacée ;Son front reprit la vie‖ et se teignit un peu ;La colère anima‖ son œil d'un sombre feu ;Ses cheveux, par l'angoisse‖ aplatis sur sa tête,Ondoyèrent pareils‖ aux flots dans la tempête ;Sa lèvre du courroux‖ prenant le pli soudain,Y mêla dans l'horreur‖ le rire du dédain ;De la pieuse sœur‖ les mains jointes tremblèrent,Et d'effroi sous son œil‖ les pâtres reculèrent :« Ah ! vous mentez, dit-elle ;‖ ah ! qui que vous soyez,« Retournez seuls vers ceux‖ qui vous ont envoyés ;« Vous pensiez que j'étais‖ un enfant qu'on abuse !« Allez ! mon cœur n'est pas‖ dupe de cette ruse !« Vous vouliez profiter‖ de l'absence d'un jour« Pour m'arracher aux lieux‖ où j'attends son retour.« Mais, s'il en est ainsi,‖ détrompez-vous, madame !« Car vous arracheriez‖ plutôt le corps à l'âme,« Et ce bloc au rocher‖ par les siècles durci,« Que mon cœur à son cœur‖ et que mes pieds d'ici… »Sa voix d'airain vibrait‖ dans la grotte ébranlée,Et sa main convulsive‖ à ses parois colléeSemblait si fortement‖ aux angles s'accrocher,Qu'on eût dit que ses doigts‖ s'écrasaient au rocher !La sœur voulut parler.‖ « Pauvre jeune insensée !« Comment briser, mon Dieu,‖ dans son cœur sa pensée ? »Et sa voix s'attendrit,‖ et sa main essuyaDes pleurs que le regard‖ de Laurence épia.« Des pleurs ? des pleurs ? dit-elle‖ avec un ton d'alarmes.« Incrédule à leurs voix,‖ en croirai-je leurs larmes ?« S'ils mentaient, auraient-ils‖ pour moi cette pitié ? »Le doute affreux sembla‖ l'envahir à moitié ;Puis passant sur son front‖ sa main raide et glacée,Comme quelqu'un qui rêve‖ et chasse une pensée :« Non, cria-t-elle, non,‖ non, je ne crois que lui !« Lui ! comme un vil parjure‖ il se serait enfui !« Moi ! par Dieu, par mon père,‖ à son sein confiée,« Comme un autre Caïn‖ il m'eût sacrifiée !« Il m'eût abandonnée‖ en cet affreux désert« Comme un agneau trouvé‖ qu'on caresse et qu'on perd !« Moi sa fille ! sa sœur !‖ sans parens, sans patrie,« Du même lait que lui‖ pendant deux ans nourrie ?« A son Dieu sans remords‖ il se fût immolé !« Cet abri sur mon front‖ se serait écroulé !« Ce cœur, dont n'approcha‖ jamais l'ombre d'un crime,« Se serait entr'ouvert‖ sous moi comme un abîme,« M'aurait toute vivante‖ en sa mort englouti !« Non, non, cela n'est pas.‖ Oui, vous avez menti !« Oui, votre vil mensonge‖ est encore un blasphème :« Je ne le croirais pas‖ s'il le disait lui-même ! »Puis d'un son de voix bas,‖ d'un air plus abattu :« Ah ! Jocelyn, dit-elle,‖ ah ! frère, où donc es-tu ?« Ah ! si du pied des monts‖ tu pouvais les entendre,« Comme d'un œil vengeur‖ tu viendrais me défendre !« Comme du seul aspect‖ tu les démentirais !« Comme du seul regard‖ tu les écraserais !« Jocelyn ! Jocelyn !‖ à travers la distance« Accours ! viens à leurs mains‖ disputer ta Laurence !« Viens me rendre à leurs yeux‖ dans tes bras entr'ouverts,« Cet asile où mon cœur‖ braverait l'univers !… »
Je ne pus résister‖ à l'élan de mon âme ;Je m'élançai de l'ombre‖ au milieu de ce drame :Un long cri de bonheur‖ dans la grotte éclata ;D'un seul bond sur mon cœur‖ son élan la jeta ;Elle entoura mon cou‖ de ses mains enlacées,Toucha mon front, mes yeux,‖ de ses lèvres glacées,Sembla comme un serpent‖ à mon corps se ployer,Se colla sur mon sein‖ comme pour s'y noyer ;Me pressa, m'étouffa‖ de si fortes étreintesQue je sens à mes mains‖ ses mains encore empreintes ;Puis m'enlaçant le cou‖ du bras comme autrefois,S'y suspendit longtemps‖ fière et de tout son poids !« Osez me l'arracher !‖ demandez-lui s'il m'aime,« Dit-elle ; le voilà‖ pour répondre lui-même :« Parle, Jocelyn, dis‖ s'il est vrai que ton cœur« A trahi ton ami,‖ ton amante, ta sœur !« Dis-leur si de ce sein‖ où Dieu l'avait jetée« Sur la pierre à leurs pieds‖ tu m'as précipitée !« Dis-leur si cet amour,‖ notre vie en ce lieu,« Tu l'aurais renié‖ même à la voix de Dieu !« Un Dieu ! s'il était vrai,‖ si je doutais encore,« Je le détesterais‖ autant que je t'adore ! »On lisait sur sa lèvre‖ un sourire âpre et fier,Et son geste en parlant‖ semblait les défier.« Jocelyn, parle donc,‖ » reprit-elle, « à ces hommes ;« Venge-toi, venge-nous,‖ et dis-leur qui nous sommes ! »
L'aveugle instinct du cœur‖ dans le premier momentMe fixait là sans yeux,‖ sans voix, sans mouvement,Ainsi qu'un insensé‖ qui, tombé dans l'abîme,Ne sent le coup qu'au fond‖ sur le roc qui l'abîme !La secousse des sens‖ que son cri me donnaD'une horrible clarté‖ soudain m'environna ;Je sentis que mon bras‖ se condamnait lui-mêmeA retourner le fer‖ dans le seul cœur qui m'aime ;Je cherchai par surprise‖ à fuir, à déplierSon bras qu'à mon épaule‖ un nœud semblait lier ;Mais comme un nœud coulant‖ que chaque effort resserrePlus je me dégageais,‖ plus j'étais sous sa serre.Enfin, d'un bond soudain,‖ j'échappai de ses bras :« Non, lui dis-je à genoux,‖ non, ne me touche pas ;« Non, non, je ne suis plus‖ celui que tu crois être ;« Je suis… — N’achève pas, s’écria-t-elle !… — Un prêtre !« J'ai trahi par faiblesse‖ ou bien par dévoûment« Mon enfant, mon amour,‖ mon bonheur, mon serment ;« J'ai, pour offrir au ciel‖ mon affreux sacrifice,« Bu ton sang et le mien‖ dans mon premier calice !« En trahissant ta foi‖ j'ai trahi plus qu'un Dieu !« Fuis-moi, ne me dis pas‖ même un suprême adieu,« N'abaisse pas tes yeux‖ sur un tel misérable,« Foule-moi sous ton pas‖ comme un ver sur le sable ;« En passant sur mon corps‖ écrase-moi du pié,« Maudis-moi sans remords,‖ franchis-moi sans pitié ;« Couvre de ton mépris‖ ma mémoire éclipsée,« Et n'y détourne pas‖ seulement ta pensée ! »Et le front dans la poudre,‖ avili, prosterné,Jusques à ses genoux‖ mon corps s'était traîné,Pour qu'en passant sur moi,‖ son pied, dans sa colère,Pût écraser ma vie‖ et mon front contre terre ;Mais elle, pas à pas,‖ fuyant ce front rampantComme le pied recule‖ à l'aspect du serpent,Des mains avec horreur‖ ouvertes, dépliées,Les prunelles de plomb‖ fixes, pétrifiées,Ne jeta qu'un seul cri‖ comme si tout son cœur,Écrasé d'un seul coup,‖ eût éclaté d'horreur !Terrible et dernier cri‖ de l'âme évanouie,Écho du coup qui fait‖ écrouler une vie,Et que jusqu'au tombeau‖ j'entendrai ; puis glissantSur les pointes du roc‖ que son front teint de sang,Ses membres sur les miens‖ en tombant s'affaissèrent,Et ses mains en touchant‖ les miennes les glacèrent.J'échauffai sur mon cœur,‖ j'entourai de mes brasCe corps, ces membres froids‖ disputés au trépas.Des noms les plus cruels‖ je m'outrageais moi-même ;J'aurais fait jusqu'à Dieu‖ rejaillir mon blasphème !Je couvrais de baisers,‖ anges, pardonnez-moi,Ce front sanglant, ces yeux :‖ « Laurence, éveille-toi !« Oh ! reviens à mes cris !‖ oh ! si tu vis, j'abjure« Mes infâmes vertus‖ et mon sacré parjure !« Je n'ai rien prononcé !‖ plus d'autel ! plus d'adieu !« Dans ton cœur, dans tes bras !‖ ah ! c'est là qu'est mon Dieu,« C'est là que je n'aurai‖ de flamme que ta flamme,« D'autre ciel que tes yeux,‖ d'autre âme que ton âme.« Non, non, ils ont menti ;‖ reviens, reviens au jour ;« L'enfer n'est pas possible‖ avec un tel amour ! »Glacés d'effroi, la sœur,‖ les pâtres s'approchèrent ;De mes bras contractés‖ par force ils arrachèrentLaurence, dont le sein‖ ranimé sur mon cœurReprenait par degrés‖ la vie et la chaleur ;Je vis de son front blanc‖ qui sur leur brancard flotteLes blonds cheveux traîner‖ en sortant de la grotte,Comme d'une aile d'ange‖ on voit le dernier pli.Et moi, par le délire‖ et l'horreur affaibli,Sans pouvoir faire un pas‖ pour disputer ma vie,Le regard sur la porte‖ où mon œil l'a suivie,Je restai là couché‖ sur la roche où je suis…Depuis quand ? Je ne sais ;‖ tous mes jours sont des nuits !
Grotte des Aigles, 15 août 1794.
O Christ ! j'ai comme toi‖ sué mon agonieDans ces trois doubles nuits‖ d'horreur et d'insomnie !Oh ! pourquoi cette voix‖ dans mon Gethsémani,Ne me dit-elle pas‖ aussi… tout est fini !Après avoir vécu‖ deux ans du pain de vie,De l'amour débordant‖ que ton ciel nous envie,Pourrais-je vivre en bas‖ de ce fiel mêlé d'eau ?Pourrais-je du passé‖ supporter le fardeau ;Suivre jour après jour‖ sans rêver, sans attendreCe que chacun d'eux rêve‖ et nul ne doit me rendre ;Et chaque soir marchant‖ sans but dans mon cheminMe dire : Rien ici,‖ rien là-bas, rien demain ?Ma vie est un sépulcre‖ où Dieu même condamneLe souvenir ; semblable‖ à la lampe profaneQui ne doit plus brûler‖ dans la paix d'un tombeau ;Cœur mort ! il faut encore‖ éteindre ton flambeau.Il faut que si ton feu‖ couve ou si ton sang saigne,Toujours la main de glace‖ ou l'étanche ou l'éteigne !Oh ! vivre ainsi, mon âme,‖ est un trop rude effort !Pourquoi me réveiller ?‖ Mon Dieu ! la mort, la mort !
La mort ? Oui, si j'étais‖ encore homme peut-être ?Pardonnez !… J'oubliais,‖ mon Dieu, que j'étais prêtre !Prêtre ! dans les cachots‖ par le sang consacré !Homme immolé déjà,‖ déjà régénéré,Victime humaine au Dieu‖ que l'holocauste adore,Dont la chair, sur l'autel,‖ palpite et fume encore,Et qui s'offre elle-même,‖ avant d'oser offrirLa prière d'un monde‖ où prier c'est souffrir.
Dieu me sèvre à jamais‖ du lait de ses délices.Eh bien, j'épuiserai‖ la coupe des supplices ;Dans les vases fêlés‖ où l'homme boit ses pleurs,Avec lui je boirai‖ ses gouttes de douleurs.J'élèverai le cri‖ de toutes ses alarmes,Je saurai l'amertume‖ et le sel de ses larmes ;Comme dans ceux du juste‖ immolé sur la croixTous ses gémissemens‖ gémiront dans ma voix ;Du haut de ma douleur‖ comme de son Calvaire,Ouvrant des bras saignans‖ plus larges à la terre,J'embrasserai plus loin,‖ de ma sainte amitié,Mes frères en exil ;‖ en misère, en pitié !Mon amour fut ma vie :‖ en épurant sa flamme,O Jésus ! prête-moi‖ ta charité pour âme !Fais que j'aime le monde‖ avec le même amourDont j'aimai l'ange absent‖ que j'entrevis un jour !Que chaque enfant de l'homme‖ à mes yeux soit Laurence !Oui, fais-moi vivre ainsi‖ d'amour et d'espérance !D'espérance ! ô mon Dieu,‖ vous ne condamnez pasCette goutte de l'eau‖ du ciel tombée en bas,Que l'on boit dans sa main‖ sans s'arrêter pour boire :Mon espérance à moi,‖ mon Dieu ! c'est ma mémoire !Oui, quand nos jours d'absence‖ auront été comptés,Quand, par divers chemins,‖ nous serons remontésDans le sein créateur‖ d'où nos âmes jumellesDescendirent ici,‖ se reconnaîtront-elles ?Je m'oublîrais moi-même,‖ ô Laurence, avant toi !Et ne suis-je pas elle,‖ et n'est-elle pas moi ?Renaître sans se voir‖ et sans se reconnaître,Ce serait remourir,‖ Seigneur, et non renaître !Oui, ton ciel tout entier‖ n'est dans ton sein, mon Dieu,Que l'éternel retour‖ après le court adieu,Que le regard sans fin,‖ que le long cri de joieQu'en retrouvant sa sœur‖ l'âme à l'âme renvoie,Que l'immortelle étreinte‖ où tout ce qui s'aimaRetrouve les doux noms‖ dont l'amour le nomma !Oui, dans les profondeurs‖ des cieux où tu te voiles,Dans ces espaces bleus,‖ dans ces sentiers d'étoiles,Il est, il est, ô Père !‖ un suprême séjourQue ta main comme un nid‖ prépare au saint amour,Des déserts dans tes cieux‖ tout voilés de mystères,Des cimes comme ici,‖ des grottes solitairesOù les âmes en toi‖ pour s'aimer s'enfuiront,Et dont tes anges même‖ à peine approcheront.A ta magnificence,‖ ô Père ! je me fie,Tu rends cent mille fois‖ ce qu'on te sacrifie,Mais de plus qu'ici-bas‖ je ne demande rien.D'autres rêvent leur ciel,‖ mais moi j'ai vu le mien !…
De la Grotte, 16 août 1794.
Cependant écrasé‖ sur cette roche arideReferme-toi, mon cœur,‖ comme un sépulcre vide !Comme après la blessure‖ une trompeuse chairQui se referme un temps‖ sur la balle ou le fer,Et montre de la vie‖ au dehors l'apparencePendant que sous la chair‖ tout est mort et souffrance !Seul soupir de mon cœur,‖ dors dans son dernier pli,Que ton nom pour toujours‖ s'y cache enseveli ;Dans mes rêves éteints,‖ sur mes lèvres glacées,Ne remonte jamais‖ du fond de mes pensées ;Que les hommes trompés‖ ne se doutent jamaisQu'en les aimant c'était‖ encor toi que j'aimais !Que de ma charité‖ l'âme était un mystère ;Que je vivais du ciel‖ en marchant sur la terre !…De cette charité‖ que le divin charbonSur ma langue consume‖ et dévore ton nom ;Que nulle bouche humaine‖ ici-bas ne le sache,Qu'à tous hormis à Dieu‖ ma poitrine le cacheJusqu'au jour de ma mort,‖ ce nom, secret chéri,Comme un trésor visible‖ après le flot tari !
Mais elle ? Oh ! qu'elle vive‖ aux dépens de ma vie !Oui, je le veux, mon Dieu !‖ que Laurence m'oublie !Par l'amer souvenir‖ de notre amour, Seigneur,Ne lui corrompez pas‖ sa coupe de bonheur,Et qu'heureuse sans moi !‖… mais qu'elle s'en souvienneAu sépulcre où mon âme‖ ira chercher la sienne !…
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 437((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a elle / aile féminine, classiqueb rocher / reprocher masculine, classiquea prière / dernière féminine, classiqueb pasteur / protecteur masculine, classiquec lévites / mérites féminine, classiqued lieu / Dieu masculine, classiquea terre / caractère féminine, classiqueb mort / sort masculine, classiquec boire / mémoire féminine, classiqued lui / appui masculine, classiquee conduire / martyre féminine, classiquef accourir / mourir masculine, classiqueg lâche / tâche féminine, classiqueh dévoûment / enchaînement masculine, classiqueb dirige / prodige féminine, classiquea saison / prison masculine, classiqueb sévères / ministères féminine, classiquec prisonnier / grenier masculine, classiqued sache / cache féminine, classiquee berger / juger masculine, classiquef enchaînée / inclinée féminine, classiqueg sérénité / l'éternité masculine, classiqueh heure / meure féminine, classiquei sanctifier / confier masculine, classiquej tendre / l'entendre féminine, classiquek pas / trépas masculine, classiquea commande / demande féminine, classiqueb conduit / nuit masculine, classiquec déborde / corde féminine, classiqued retentir / sortir masculine, classiquee message / s'engage féminine, classiquef dévoûment / moment masculine, classiqueg feuille / recueille féminine, classiqueh amour / jour masculine, classiquei l'arrose / dépose féminine, classiquej frémir / dormir masculine, classiquek sourire / martyre féminine, classiquel pas masculine, classiquem couche / bouche féminine, classiquen Dieu / lieu masculine, classiqueo geste / reste féminine, classiquep eux / nœuds masculine, classiqueq pâtre / blanchâtre féminine, classiquer clou / cou masculine, classiques froidure / figure féminine, classiquet descends / passans masculine, classiqueu ville / asile féminine, classiquev lui / aujourd'hui masculine, classiquea pensée / insensée féminine, classiqueb combattu / vertu masculine, classiquec délire / l'admire féminine, classiquea moi / toi masculine, classiqueb apôtre / l'autre féminine, classiquea mourant / errant masculine, classiqueb l'asile / file féminine, classiquec mien / chrétien masculine, classiqued ombres / sombres féminine, classiquee lits / fils masculine, classiquef veille / merveille féminine, classiqueh misères / frères féminine, classiquea survenu / reconnu masculine, classiqueb m'environnent / donnent féminine, classiquec tyran / an masculine, classiqued d'eux-même / l'emblème féminine, classiquee mort / remord masculine, classiquef supplice / sacrifice féminine, classiqueg martyr / retentir masculine, classiqueh délivrance / France féminine, classiquei prison / nom masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb s'arrêter / monter masculine, classiquec encore / l'aurore féminine, classiqued lever / d'arriver masculine, classiquee insomnie / agonie féminine, classiquef souvenir / réunir masculine, classiqueg foule / déroule féminine, classiqueh vois / fois masculine, classiquea populaire / colère féminine, classiqueb marteau / l'échafaud masculine, non classiquec rapides / humides féminine, classiqued glissant / sang masculine, non classiquee voûtes / gouttes féminine, classiquef tourmens / gémissemens masculine, classiqueg gémonies / agonies féminine, classiqueh entonnoir / noir masculine, classiquei porte / forte féminine, classiquej verrous / nous masculine, classiquek lanterne / terne féminine, classiquel jour / séjour masculine, classiquem figure / obscure féminine, classiquen l'affront / front masculine, classiqueo muraille / taille féminine, classiquep débris / amaigris masculine, classiqueq ceinture / couverture féminine, classiquer fers / découverts masculine, classiques sandales / dalles féminine, classiquet bords / corps masculine, classiqueu soupe / coupe féminine, classiquev l'ameublement / l'aliment masculine, classiquew visage / l'âge féminine, classiquex bouclés / déroulés masculine, classiquey retranchée / épanchée féminine, classiquez d'azur / obscur masculine, classiquea éternelle / prunelle féminine, classiqueb épais / paix masculine, classiquec harmonie / l'agonie féminine, classiqued foi / moi masculine, classiquee nouvelles / ailes féminine, classiquef fort / mort masculine, classiqueg lumière / pierre féminine, classiqueh plier / geôlier masculine, classiquei consomme / homme féminine, classiquej sortit / retentit masculine, classiquek voie / joie féminine, classiquel Jésus-Christ / esprit masculine, classiquem infinie / l'agonie féminine, classiquen fiel / ciel masculine, classiqueo aurore / éclore féminine, classiquep triomphant / enfant masculine, classiqueq paraître / prêtre féminine, classiques sacrée / l'entrée féminine, classiqueu caractère / terre féminine, classiquev mortel / l'autel masculine, classiquew lévites / bénites féminine, classiquex genoux / vous masculine, classiquey vôtre / l'apôtre féminine, classiquea supplice / calice féminine, classiqueb plus / confus masculine, classiquec prêtre / l'être féminine, classiqued consommé / nommé masculine, classiquee tombe féminine, classiquef vous / genoux masculine, classiqueg sacrifice / supplice féminine, classiqueh sacrement / moment masculine, classiquei signe / indigne féminine, classiquek sacrifie / vie féminine, classiquel s'obscurcit / récit masculine, classiquem fuite / conduite féminine, classiquen pitié / l'amitié masculine, classiquep tard / départ masculine, classiqueq mienne / sienne féminine, classiquer tromper / frapper masculine, classiques lire / sourire féminine, classiquet secret / rirait masculine, classiqueu piège / sacrilège féminine, classiquev mort / bord masculine, classiquew conduire / séduire féminine, classiquex élus / vertus masculine, classiquey honte / prompte féminine, classiquea prélude / solitude féminine, classiqueb main / demain masculine, classiquec mères / chimères féminine, classiqued cœur / vainqueur masculine, classiquee cause / impose féminine, classiquef adieu / Dieu masculine, classiqueg sinistres / ministres féminine, classiqueh moi / foi masculine, classiquei admire / martyre féminine, classiquek temple / l'exemple féminine, classiquel secours / amours masculine, classiquem frères / étrangères féminine, classiquen Seigneur / déshonneur masculine, classiqueo dire / martyre féminine, classiquep vous / jaloux masculine, classiqueq qu'apôtre / vôtre féminine, classiques moi-même / l'aime féminine, classiquet innocent / sang masculine, non classiqueu enracinée / année féminine, classiquev épanouir / s'évanouir masculine, classiquew femme / trame féminine, classiquex remord / mort masculine, classiquey heure / demeure féminine, classiquea muettes / êtes féminine, classiqueb amaigris / meurtris masculine, classiquec rêve / glaive féminine, classiqued habité / l'éternité masculine, classiquee membres féminine, classiqueh mortels / autels masculine, classiquei colore / encore féminine, classiquej trépas / pas masculine, classiquek vie / lie féminine, classiquel d'eau / bourreau masculine, classiquem père / espère féminine, classiquen Dieu / d'adieu masculine, classiqueo maître / prêtre féminine, classiquep genoux / absous masculine, classiquer tenir / bénir masculine, classiques heure / pleure féminine, classiqueu dernières / paupières féminine, classiquev cachots / échafauds masculine, classiquew âme / femme féminine, classiquex voir / devoir masculine, classiquey doute / coûte féminine, classiquez yeux / cieux masculine, classiquea goutte / doute féminine, classiqueb interdit / resplendit masculine, classiquec idée / coudée féminine, classiquee intérieure / demeure féminine, classiquef vibration / malédiction masculine, classiqueg terrible / insensible féminine, classiqueh expirant / mourant masculine, classiquei implore / encore féminine, classiquej Jésus / plus masculine, classiquek expire / déchire féminine, classiquem rue / tue féminine, classiquen sacré / entré masculine, classiqueo colère / père féminine, classiquep moi / effroi masculine, classiqueq chancelle / solennelle féminine, classiquer trépas / bas masculine, classiques lumière / frontière féminine, classiquet corps / bords masculine, classiqueu divine / l'illumine féminine, classiquev sens / accens masculine, classiquew cloute / écoute féminine, classiquex cœur / erreur masculine, classiquey surhumaine / l'entraîne féminine, classiquez sort masculine, classiquea violence / résistance féminine, classiqueb voix / poids masculine, classiquec tonnerre / terre féminine, classiqued foudroyés / pieds masculine, classiquee être / prêtre féminine, classiquea jeta / l'écouta masculine, classiqueb mystère / Calvaire féminine, classiquec pain / main masculine, classiqued calice / sacrifice féminine, classiquee clartés / solennités masculine, classiquef lui-même / suprême féminine, classiqueh funèbres / ténèbres féminine, classiquei transport / mort masculine, classiquej moi-même / l'emblème féminine, classiquel console / parole féminine, classiquem vin / divin masculine, classiquen consomme / l'homme féminine, classiqueo d'amour / jour masculine, classiquea l'heure / demeure féminine, classiqueb fers / chairs masculine, classiquec voyage / l'âge féminine, classiqued gardien / mien masculine, classiquef foi / loi masculine, classiqueg chancelle / échelle féminine, classiqueh pas / bas masculine, classiquei blasphème / suprême féminine, classiquej pilier / sommeiller masculine, classiquek luire / martyre féminine, classiquel cris / esprits masculine, classiquem courage / message féminine, classiquen mort / l'effort masculine, classiqueo effacée / pensée féminine, classiqueb sainte / enceinte féminine, classiquec secret / irait masculine, classiqued fille / famille féminine, classiquee fois / lois masculine, classiquea accompagne / montagne féminine, classiquec profonde / l'onde féminine, classiqued liés / appuyés masculine, classiquee doute / route féminine, classiquef voix / fois masculine, classiqueg issue / vue féminine, classiqueh pénétrer / entrer masculine, classiquei hêtre / fenêtre féminine, classiquej hagard / regard masculine, classiquek Laurence / silence féminine, classiquel pliés / appuyés masculine, classiquem l'incline / poitrine féminine, classiquen cou / genou masculine, classiqueo convulsive / attentive féminine, classiquep dardait / attendait masculine, classiqueq corne / morne féminine, classiquer écouler / couler masculine, classiques inégale / intervalle féminine, classiquet haut / sursaut masculine, classiqueu appelle / cria-t-elle féminine, classiquex pas / bras masculine, classiquey frère / mère féminine, classiquez raconté / emporté masculine, classiquea surprise / l'Église féminine, classiqueb passé / effacé masculine, classiquec pleure / d'heure féminine, classiqued doux / vous masculine, classiquee éperdue / étendue féminine, classiquef main / vain masculine, classiqueg vide / livide féminine, classiqueh douleur / pâleur masculine, classiquei pensée / effacée féminine, classiquej peu / feu masculine, classiquek tête / tempête féminine, classiquel soudain / dédain masculine, classiquem tremblèrent / reculèrent féminine, classiquen soyez / envoyés masculine, classiqueo abuse / ruse féminine, classiquep jour / retour masculine, classiqueq madame / l'âme féminine, classiquer durci / d'ici masculine, classiques ébranlée / collée féminine, classiquet s'accrocher / rocher masculine, classiqueu insensée / pensée féminine, classiquev essuya / épia masculine, classiquew d'alarmes / larmes féminine, classiquex pitié / moitié masculine, classiquey glacée / pensée féminine, classiquez lui / enfui masculine, classiquea confiée / sacrifiée féminine, classiqueb désert / perd masculine, classiquec patrie / nourrie féminine, classiqued immolé / écroulé masculine, classiquee crime / abîme féminine, classiquef englouti / menti masculine, classiqueg blasphème / lui-même féminine, classiqueh abattu / es-tu masculine, classiquei entendre / défendre féminine, classiquej démentirais / écraserais masculine, classiquek distance / Laurence féminine, classiquel entr'ouverts / l'univers masculine, classiquea âme / drame féminine, classiqueb éclata / jeta masculine, classiquec enlacées / glacées féminine, classiqued ployer / noyer masculine, classiquee étreintes / empreintes féminine, classiquef autrefois / poids masculine, classiqueg m'aime / lui-même féminine, classiqueh cœur / sœur masculine, classiquei jetée / précipitée féminine, classiquek encore / t'adore féminine, classiquel fier / défier masculine, classiquem hommes / sommes féminine, équivalentea moment / mouvement masculine, classiqueb l'abîme féminine, classiquec donna / m'environna masculine, classiqued lui-même / m'aime féminine, classiquee déplier / lier masculine, classiquef resserre / serre féminine, classiqueg bras / pas masculine, classiquei dévoûment / serment masculine, classiquej sacrifice / calice féminine, classiquek Dieu / adieu masculine, classiquel misérable / sable féminine, classiquem pié / pitié masculine, classiquen éclipsée / pensée féminine, classiqueo prosterné / traîné masculine, classiquep colère / terre féminine, classiqueq rampant / serpent masculine, classiquer dépliées / pétrifiées féminine, classiques cœur / d'horreur masculine, classiquet évanouie / vie féminine, classiquev s'affaissèrent / glacèrent féminine, non classiquew bras / trépas masculine, classiquex moi-même / blasphème féminine, classiquey pardonnez-moi / éveille-toi masculine, classiquez j'abjure / parjure féminine, classiquea d'adieu / Dieu masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquec jour / amour masculine, classiqued s'approchèrent / arrachèrent féminine, classiquee cœur / chaleur masculine, classiquef flotte / grotte féminine, classiqueg pli / affaibli masculine, classiqueh vie / suivie féminine, classiquei suis / nuits masculine, classiquea agonie / d'insomnie féminine, classiqueb Gethsémani / fini masculine, classiquec vie / envie féminine, classiqued d'eau / fardeau masculine, classiquee attendre / rendre féminine, classiquef chemin / demain masculine, classiqueg condamne / profane féminine, classiqueh tombeau / flambeau masculine, classiquei saigne / l'éteigne féminine, classiquej effort / mort masculine, classiquea peut-être / prêtre féminine, classiqueb consacré / régénéré masculine, classiquec adore / encore féminine, classiqued offrir / souffrir masculine, classiquea délices / supplices féminine, classiqueb pleurs / douleurs masculine, classiquec alarmes / larmes féminine, classiqued croix / voix masculine, classiquee Calvaire / terre féminine, classiquef amitié / pitié masculine, classiquei Laurence / d'espérance féminine, classiquel comptés / remontés masculine, classiquem jumelles / reconnaîtront-elles féminine, classiquen toi / moi masculine, classiqueo reconnaître / renaître féminine, classiqueq joie / renvoie féminine, classiquer s'aima / nomma masculine, classiques voiles / d'étoiles féminine, classiquet séjour / amour masculine, classiqueu mystères / solitaires féminine, classiquev s'enfuiront / approcheront masculine, classiquew fie / sacrifie féminine, classiquex rien / mien masculine, classiquea aride / vide féminine, classiqueb chair / fer masculine, classiquec l'apparence / souffrance féminine, classiqued pli / enseveli masculine, classiquee glacées / pensées féminine, classiquef jamais / j'aimais masculine, classiqueg mystère / terre féminine, classiqueh charbon / nom masculine, classiquej chéri / tari masculine, classiquea vie / m'oublie féminine, classiqueb Seigneur / bonheur masculine, classiquec souvienne / sienne féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
874 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes de M. A. de Lamartine, PARIS, 21, quai Malaquais, CHARLES GOSSELIN, FURNE ET Cie, PAGNERRE, DUFOUR ET MULAT, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources