Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Jocelyn, 1836

Sixième époque

Alphonse de Lamartine· distiques, alexandrins, 725 vers

26 mars 1795, dans une maison de retraite ecclésiastique, à Grenoble, pendant le délire de la fièvre.

J'ai quitté pour jamais‖ cet Éden de ma vieOù cette Ève à mon cœur‖ fut montrée et ravie,Comme le premier homme,‖ hélas ! quitta le sien.Mais combien son exil‖ ferait envie au mien !Des pas suivaient ses pas‖ loin des portes fermées ;Ses sanglots s'étouffaient‖ sur des lèvres aimées,Et de deux cœurs brisés‖ l'âpre conformitéFaisait de deux malheurs‖ une félicité ;Moi, seul toute la vie,‖ et seul au jour suprême,Abhorré du seul cœur‖ que je tue et que j'aime,Obligé d'étouffer‖ mes plaintes sans échos,Et de noyer mon cœur‖ dans ses propres sanglots ;Obligé d'arracher‖ à l'âme sa penséeComme on arrache une arme‖ aux mains d'une insensée ;Ayant tout mon bonheur‖ à mes pieds répanduSans pouvoir y jeter‖ un regard défendu,Le cœur vide et saignant‖ jusqu'à ce qu'il en meure,Et n'osant même à Dieu‖ nommer ce que je pleure,Il faut vivre et marcher‖ sans ombre, toujours seul,Mort parmi les vivans,‖ cet habit pour linceul ;Mort ! ah ! plutôt jeté‖ tout bouillonnant de vieParmi ces morts dont l'âme‖ est déjà refroidie !Étouffant sans pouvoir‖ mourir, et nourrissantLe ver de mon tombeau‖ du plus chaud de mon sang !…

Oh ! que t'avais-je fait,‖ éternelle justice,Pour mériter si jeune‖ un si rare supplice ?Cet amour, comme un piège‖ à mon cœur préparé,Sans toi, sans tes desseins,‖ l'aurais-je rencontré ?N'en avais-je pas fui,‖ tout brûlant et tout jeune,Le péril inconnu‖ dans la veille et le jeûne,Pour sauver mon cœur chaste‖ et garder mon œil pur,Entre le monde et moi‖ mis l'épaisseur d'un mur ?Est-ce moi qui l'ai fait‖ s'écrouler sur ma tête ?Et quand pour m'abriter‖ au nid de la tempêteJ'allais m'ensevelir‖ dans le creux du rocher,Seigneur, est-ce elle ou vous‖ que j'y venais chercher ?Est-ce moi, qui prenant‖ cette enfant inconnue,La portais, l'enfermais‖ avec moi dans la nue,Et, par mon ignorance‖ et son déguisement,Me créais le péril‖ d'un double sentiment ?Est-ce moi qui, couvrant‖ de nos deux cœurs la flamme,Nous fis pendant deux ans‖ vivre d'une seule âme,Pour qu'en nous séparant‖ tout à coup sans pitié,Chacun des deux de l'autre‖ emportât la moitié ?

Si c'est Dieu qui l'a fait,‖ pourquoi moi qui l'expie ?L'innocent à ses yeux‖ paye-t-il pour l'impie ?Ou plutôt est-il donc‖ dans ses sacrés desseinsQue ceux qu'il a choisis‖ ici-bas pour ses saints,Avant de brûler l'homme‖ à ses bûchers sublimes,Les premiers sur l'autel‖ lui servent de victimes ?

Ah ! je me soumettrais‖ sans murmure à ta loi,Dieu jaloux ! si du fer‖ tu n'égorgeais que moi !J'ai voulu, j'ai tenté‖ ton cruel ministère,Je saurai jusqu'au sang‖ le subir et me taire !Mais elle ! mais cet être‖ à peine descendu,Pauvre ange, prise au piège‖ à l'homme seul tendu,Tendre enfant, par toi-même‖ à mon sein confiée,Que par mon amour même,‖ ô Dieu ! sacrifiée,Proscrite de ces bras‖ ouverts pour la porter,Elle aille en retombant‖ à mes pieds se heurter,Traîner dans les langueurs‖ d'un éternel veuvageDu front qu'elle adora‖ l'ineffaçable image !Ou porter, jeune et morte,‖ aux bras d'un autre époux,D'un cœur tout calciné‖ les précoces dégoûts…M'accuser à jamais‖ du froid qui la dévore,Et blasphémer son Dieu‖ par le nom qu'elle adore !Ah ! c'est plus qu'un mortel‖ ne pouvait accepter,Ce qu'au prix du ciel même‖ il fallait racheter,Ce que j'achèterais‖ de ma vie éternelle,De l'immortalité‖ que je maudis sans elle !…

O Laurence ! ô pitié !‖ reviens, pardonne-moi !Je t'immolais à Dieu,‖ mon seul dieu c'était toi !Je ne puisais qu'en toi‖ cette force suprêmeQui m'élevait de terre‖ au-dessus de toi-même,Qui me faisait trouver,‖ pour mieux te protéger,Tout sacrifice faible‖ et tout fardeau léger.Je me croyais un dieu !‖… non, je n'étais qu'un homme.Je maudis mon triomphe‖ avant qu'il se consomme !Je me repens cent fois‖ de ma fausse vertu !Ah ! s'il est temps encor,‖ Laurence, m'entends-tu ?Je me jette à tes pieds,‖ je t'ouvre pour la vieCes bras où sur mon sein‖ tu retombes ravie,Oui, ces bras dont l'étreinte,‖ ô ma fille ! ô ma sœur !Vont en se renfermant‖ te sceller sur mon cœur !Oh ! tu m'entends ! oh ! viens,‖ oh ! viens, vivante ou morte !Dans notre ciel à nous‖ viens que je te remporte !Renversons le rocher,‖ courons, n'écoutons pasCe qui gronde là-haut,‖ ce qui maudit en bas ;N'entendons pas ces voix‖ mentant à la nature :L'oracle est dans le cœur‖ de chaque créature,L'irrésistible voix‖ qui convie au bonheur ;C'est mieux que la vertu,‖ l'innocence et l'honneur ;C'est le cri du ciel même‖ entendu sur la terre !Aimons-nous, ô ma vie !‖ Allons dans le mystèreCacher à l'œil humain‖ d'ineffables amoursQui n'auront d'autre fin‖ que celle de nos jours.De notre double vie‖ épuisons les délices ;Quand la mort dans nos dents‖ vient briser les calices,Qui sait quel est le sage‖ ou quel est l'insensé,De celui qui l'a bu‖ tel que Dieu l'a versé,Ou qui, les refusant‖ à sa soif assouvie,Au songe de la mort‖ sacrifia sa vie ?Ce doute existât-il,‖ je voudrais l'encourir.Une vie avec toi,‖ puis à jamais mourir !Une vie avec toi,‖ puis l'enfer et ses flammes !Une vie avec toi,‖ puis la mort à nos âmes !Car cette horrible vie‖ est un enfer sans toi !Le néant éternel‖ y commence pour moi !Oui, c'en est fait, je fuis,‖ je t'arrache à ce monde ;Je te rapporte au ciel.

(On entend la cloche de la chapelle, qui sonne l’office du soir et appelle les jeunes prêtres aux stalles.)

Airain sacré qui gronde !Cri d'en-haut qui m'appelle‖ aux marches de ma croix,Ah ! mon cœur égaré‖ se retrouve à ta voix.

Comme des ailes d'ange‖ en mon ciel balancéesTu chasses de mon front‖ mes honteuses pensées !Tu refoules le crime‖ avec le désespoirDans ce sein qui renaît‖ aux accens du devoir.De mes propres sanglots‖ il semble que tu pleures.Sympathique instrument‖ de ces saintes demeures,Que de poids d'un cœur lourd‖ n'as-tu pas soulevé !Combien d'âmes en peine‖ à tes glas ont rêvé !Combien de bons élans,‖ d'ardeurs sanctifiées,Les anges à tes sons‖ n'ont-ils pas confiées !Que de pesans soupirs,‖ de l'ombre du saint lieu,N'ont-ils pas remonté‖ sur tes ailes à Dieu !Et combien n'as-tu pas‖ des saintes agoniesSonné pour la vertu‖ les angoisses finies !Tu chantes aux mortels‖ l'aube et le soir des jours ;Tu sais combien du temps‖ les longs momens sont courts,Combien ce que la vie‖ emporte sur son aileEst sans comparaison‖ avec l'heure éternelle !Encore un peu d'exil,‖ encore un peu de fiel,O mon âme, et tes jours‖ sonneront dans le ciel !

Marchons en attendant,‖ marchons tête baissée,Comme un homme écrasé‖ du poids de sa pensée !Au Dieu consolateur‖ allons la confier.Ah ! lorsque l'un pour l'autre‖ on peut encor prierAu vaste sein de Dieu‖ dont l'amour nous rassemble,Se rencontrer en lui,‖ n'est-ce pas être ensemble ?

De sa cellule, à Grenoble, 14 mai 1797.

Pour retremper mon âme‖ au feu des saints parvis,Chez ces hommes de Dieu,‖ depuis deux ans je vis ;Mais l'aspect de leur paix,‖ de leur béatitude,Ne peut de mon esprit‖ dompter l'inquiétude.

Que le fardeau des jours‖ semble léger pour eux !Comme à tous leurs devoirs‖ portant un front heureux,On sent que sans effort‖ leur cœur vierge se sèvre !Le sourire du juste‖ est toujours sur leur lèvre ;Jamais rien de leur sein‖ ne soulève un soupir.Ah ! si comme eux, mon cœur,‖ tu pouvais t'assoupir !Si l'apparition‖ du passé qui se lèvePouvait de mon regard‖ s'effacer même en rêve !Si l'ombre de ces murs‖ pouvait me la cacher !Mais sur mes pas toujours‖ elle semble marcher ;Mais sous chaque lambris,‖ mais sous chaque colonne,Je la vois qui descend,‖ qui monte, qui rayonne ;Et si pour échapper‖ au fantôme adoréJe veux fermer les yeux,‖ dans l'âme il est entré !…

O sommets de montagne !‖ air pur ! flots de lumière !Vents sonores des bois,‖ vagues de la bruyère !Onde calme des lacs,‖ flots poudreux des torrens,Où l'extase égarait‖ mes yeux, mes sens errans,Où d'un bras convulsif,‖ au lieu de ces froids marbres,J'embrassais, en pleurant,‖ les racines des arbres,Et me collant au sol‖ comme pour écouter,Je croyais sur mon cœur‖ sentir Dieu palpiter !Désert retentissant‖ des bruits de la nature !Que mon âme, à l'étroit‖ dans cette enceinte obscure,Pleurant son magnifique‖ et premier horizon,Brise d'ardens soupirs‖ les murs de sa prison !Il me semble, ô mon Dieu !‖ que ce toit qui m'écraseRend plus lourde la vie‖ et comprime l'extase ;Que je respirerais‖ plus librement ailleurs,Que le vent sécherait‖ l'âcreté de mes pleurs,Et que l'air m'aiderait,‖ comme il aide les aigles,A m'élever à Dieu,‖ mieux que ces froides règles !

Ces hommes sont heureux‖ cependant sous ces lois ;Ils suivent sans détours‖ leur route ; ah ! je le crois,Ils n'ont pas respiré‖ l'air de feu des tempêtes,L'ombre de ces arceaux‖ couvrit toujours leurs têtes,De Dieu seul, de sa loi,‖ leur souvenir est plein ;Ils n'ont point à couver‖ un foyer dans leur sein,A tuer leur pensée,‖ à tromper, à sourireEn cachant dans leur main‖ l'aspic qui la déchire ;Leur jour n'a pas une ombre,‖ et leur cœur pas un pli ;Mais moi, Seigneur, mais moi !‖… Mon Dieu, l'oubli, l'oubli !

Même maison, 25 juillet 1797.

Ah ! je me doutais bien‖ que la fausse apparenceAurait jusqu'au tombeau‖ terni notre innocence,Qu'on ne croirait jamais‖ qu'en un même séjourDeux cœurs dans le désert,‖ couvant deux ans l'amour,Se fussent conservés‖ purs, seuls, sans autre gardeQue l'œil toujours présent‖ du Dieu qui les regarde ;Ce soupçon est écrit‖ pour moi sur tous les fronts,Leur sainte charité‖ m'épargne les affronts ;Mais malgré la douceur‖ que leur parole affecte,On voit qu'à leur vertu‖ ma présence est suspecte,Qu'on me craint, qu'on m'évite,‖ et que je suis pour euxUn objet de dégoût,‖ comme un pauvre lépreux.Partout où je parais‖ j'étends ma solitude ;Seul au pied des autels,‖ aux repas, à l'étude,Dans les délassemens‖ du soir plus seul encor ;Dès que mon pas résonne‖ au bout d'un corridor,La conversation‖ cesse, et tout front est sombre,On se range, on s'écarte,‖ on fait place à mon ombre ;Chacun devant, mes yeux‖ détourne un œil glacé,Et le bruit ne reprend‖ qu'après que j'ai passé ;Et moi, baissant la tête,‖ et sans un cœur qui m'aime,Je passe en m'effaçant‖ tout honteux de moi-même.Oh ! qu'un regard ami‖ pourtant m'eût fait de bien !Peut-être aussi mon cœur‖ a-t-il voilé le mien !Peut-être que la flamme‖ en mon sein amortieA dévoré d'un jet‖ toute ma sympathie,Et que mon œil de marbre,‖ incapable d'aimer,Éteint tout sentiment‖ qui voudrait s'allumer !

Août 1797, Grenoble.

L'évêque enfin m'a dit :‖ j'abrège votre épreuve,Mon fils ; de serviteurs‖ ma pauvre église est veuve ;La vieillesse, le glaive‖ ou l'infidélité,Des pasteurs de mon peuple,‖ hélas ! ont limitéLe nombre insuffisant‖ déjà pour ses misères ;L'herbe croît sur le seuil‖ de tous mes presbytères ;Chaque jour de l'année‖ une paroisse en deuil,Où l'enfance est sans père‖ et la mort sans cercueil,Vient me redemander‖ l'homme de l'Évangile :Je pourrais vous donner‖ à choisir entre mille ;Mais vous n'ignorez pas,‖ mon enfant, que sur nousLe monde, avec raison,‖ veille d'un œil jaloux,Qu'il veut, pour toucher Dieu,‖ les mains chastes des anges.Il a couru sur vous,‖ mon fils, des bruits étranges,Je veux les ignorer ;‖ votre fidélité,Si vous fûtes un jour‖ faible, a tout racheté ;Le repentir, semblable‖ au charbon d'Isaïe,En consumant le cœur‖ renouvelle la vie.Mais l'ombre du passé‖ ne doit jamais ternirLe ministre du ciel ;‖ nul mortel souvenir,Dans le prêtre de Dieu‖ ne doit rappeler l'homme,Du seul nom de pasteur‖ il convient qu'on le nomme ;Que son nom d'ici-bas‖ dans l'autre soit perdu ;Qu'il paraisse du ciel‖ à l'autel descendu,Et que l'éloignement,‖ le mystère et la grâce,De ses pas dans la vie‖ aient effacé la trace.

Il est au dernier plan‖ des Alpes habitéUn village à nos pas‖ accessible en été,Et dont pendant huit mois‖ la neige amonceléeFerme tous les sentiers‖ aux fils de la vallée.Là, dans quelques chalets‖ sur les pentes épars,Quelques rares tribus‖ de pauvres montagnardsDans des champs rétrécis‖ qu'ils disputent à l'aigle,Parmi les châtaigniers‖ sèment l'orge et le seigle,Dont le pâle soleil‖ de l'arrière-saisonLaisse à peine le temps‖ d'achever la moisson.Le Dieu de l'indigent‖ vous donne ce royaume :Son autel est de bois‖ et n'a qu'un toit de chaume ;Mais mieux que sur l'autel‖ de luxe éblouissantAux mains jointes du peuple‖ et du prêtre il descend.Il se souvient encor‖ que son humble lumière,Avant l'orgueil du temple,‖ éclaira la chaumière ;Et ces âmes des champs,‖ toutes du même prix,Il vous les comptera‖ là-haut. Allez, mon fils.

17 septembre 1797.

J'irai, j'attacherai‖ mon âme aux solitudes,J'écorcherai mes pieds‖ dans des sentiers plus rudes.Bénissez-moi, Seigneur ;‖ que mon cœur consuméPar l'amour, et puni‖ pour avoir trop aimé,Au foyer de l'autel‖ s'éteigne et se rallume,Et d'un feu plus céleste‖ en mon sein se consume ;Mais pour aimer en vous,‖ avec vous et pour vous,Tous, au lieu d'un seul être,‖ et cet être dans tous !

Lettre a sa sœur

Sept mois plus tard, Du village de Valneige, mai 1798.

Ma sœur ! Oh ! quel doux temps‖ ce doux nom me rappelle !Tendre couple buvant‖ à la même mamelle,Que notre jeune mère,‖ en se penchant sur nous,Asseyait et berçait‖ sur les mêmes genoux !Ma sœur ! Oh ! laisse-moi‖ l'effacer pour l'écrire,Ce nom que mon regard‖ n'est jamais las de lire,Ce nom que j'écrirais‖ du soir au lendemainSi je laissais mon cœur‖ s'écouler sous ma main !Oh ! ce nom si longtemps‖ muet à mon oreille,Combien de cendre éteinte‖ en mon âme il réveille !Toute cette moitié‖ froide et morte du cœurRetrouve à ce doux nom‖ son monde intérieur,Monde de sentiment,‖ d'amour et d'innocence,Où, comme en un berceau,‖ Dieu couve notre enfance ;Dont le regret cuisant‖ nous poursuit ; où plus tardL'œil se voile de pleurs‖ en tournant un regard.

Ma mère ! est-il bien vrai ?‖ Dieu nous rend notre mère !Les vents ont sous sa voile‖ aplani l'onde amère !Toi, ton mari, vous tous !‖ tous rendus par les flots,Plus trois petits enfans‖ pendant l'exil éclos,Comme ces passereaux‖ que dans notre jeune âgeNous trouvâmes un jour,‖ sous l'arbre après l'orage,Que du rameau cassé‖ notre main recueillit,Et qu'en ton tablier‖ tu rapportas du nid !

Mais tu ne m'as pas dit‖ assez sur eux, sur elle,Oh ! sur elle surtout !‖ Ma mémoire fidèleLa voit bien à travers‖ le lointain souvenir,Telle qu'à mon départ‖ je la vis me bénir,Telle, qu'une exceptée,‖ aucune créatureNe me laissa dans l'œil‖ sa céleste figure !Mais, dis-moi, rien n'a-t-il‖ changé sur ses beaux traits ?Le temps, le long exil,‖ ses soucis, ses regrets,Des cieux plus durs ont-ils‖ passé sur ce visageSans laisser, comme au ciel,‖ trace de leur passage ?Son œil a-t-il toujours‖ ce tendre et chaud rayonDont nos fronts ressentaient‖ la tiède impression ?Sur sa lèvre attendrie‖ et pâle, a-t-elle encoreCe sourire toujours‖ mourant ou près d'éclore ?Son front a-t-il gardé‖ ce petit pli rêveurQue nous baisions tous deux‖ pour l'effacer, ma sœur,Quand son âme, le soir,‖ au jardin recueillie,Nous regardait jouer‖ avec mélancolie ?Les séparations‖ et les longs désespoirsN'ont-ils pas éclairci,‖ dis-moi, ses cheveux noirs,Ou blanchi sur son front‖ ces deux boucles de soieOù sa tempe pensive‖ et profonde se noie ?Sa voix a-t-elle encor‖ ce doux timbre d'argent,Ces caresses de sons‖ sur des lèvres nageant,D'où notre nom tombait‖ et résonnait si tendre,Que souvent ma pensée‖ en rêve croit l'entendre ?Et puis, te serre-t-elle‖ encor contre son seinAinsi qu'elle faisait‖ quand il était trop plein ?Du matin et du soir‖ sa pieuse caresse,Ma sœur, te donne-t-elle‖ aussi la même ivresse ?Sens-tu, rien qu'à poser‖ ton front sur ses genoux,Ces extases du ciel‖ qui descendaient sur nous ?…Mon amour t'interroge‖ avec inquiétude,Car les traits de sa main‖ dont j'ai tant l'habitude,Dans ce peu de mots d'elle‖ à ta lettre ajouté,Tromperaient l'œil d'un fils ;‖ j'aurais presque doutéSi la main ne s'était‖ révélée aux paroles.Tu te fais, diras-tu,‖ des symptômes frivoles !Peut-être ; mais à l'œil‖ longtemps sevré d'un fils,Hélas ! tout est symptôme‖ et peur, tout est sans prix ;Il veut tout retrouver‖ d'une tête si chère !Le moindre trait de plume,‖ ah ! c'est encor sa mère !S'il voit dans l'écriture‖ un signe de langueur,Il craint qu'un changement‖ n'altère aussi le cœur ;Que ces traits affaissés,‖ que son œil étudie,Ne révèlent au fond‖ tristesse ou maladie !Dis-moi que de sa main‖ cette altérationN'était que du bonheur‖ la tendre émotion !

Et maintenant il faut‖ que ma plume décriveLa demeure sauvage‖ où Dieu veut que je vive ;Vous devez, dites-vous,‖ savoir où me trouverQuand d'un frère ou d'un fils‖ votre cœur veut rêver.Afin qu'en se cherchant,‖ nos âmes réunies,Hantent les mêmes bords,‖ vivent des mêmes vies ;O mes anges absens,‖ suivez-moi donc des yeux ;Je vais vous raconter‖ la maison et les lieux.

Sur un des verts plateaux‖ des Alpes de Savoie,Oasis dont la roche‖ a fermé toute voie,Où l'homme n'aperçoit,‖ sous ses yeux effrayésQu'abîme sur sa tête‖ et qu'abîme à ses pieds,La nature étendit‖ quelques étroites pentesOù le granit retient‖ la pierre entre ses fentesEt ne permet qu'à peine‖ à l'arbre d'y germer,A l'homme de gratter‖ la terre et d'y semer.D'immenses châtaigniers‖ aux branches étenduesY cramponnent leurs pieds‖ dans les roches fendues,Et pendent en dehors‖ sur des gouffres obscursComme la giroflée‖ aux parois des vieux murs ;On voit à mille pieds‖ au-dessous de leurs branches,La grande plaine bleue‖ avec ses routes blanches ;Les moissons jaune d'or,‖ les bois comme un point noir,Et les lacs renvoyant‖ le ciel comme un miroir ;La toise de pelouse‖ à leur ombre abritée,Par la dent des chevreaux‖ et des ânes broutée,Épaissit sous leurs troncs‖ ses duvets fins et courts,Dont mille filets d'onde‖ humectent le velours,Et pendant le printemps,‖ qui n'est qu'un court sourire ;Enivre de leurs fleurs‖ le vent qui les respire.Des monts tout blancs de neige‖ encadrent l'horizonComme un mur de cristal‖ de ma haute prison,Et quand leurs pics sereins‖ sont sortis des tempêtes,Laissent voir un pan bleu‖ de ciel pur sur nos têtes ;On n'entend d'autre bruit,‖ dans cet isolement,Que quelques voix d'enfans,‖ ou quelque bêlementDe génisse ou de chèvre‖ au ravin descendues,Dont le pas fait tinter‖ les cloches suspendues.Les sons entrecoupés‖ du nocturne angélus,Que le père et l'enfant‖ écoutent les fronts nus,Et le sourd ronflement‖ des cascades d'écume,Au quel, en l'oubliant,‖ l'oreille s'accoutume,Et qui semble, fondu‖ dans ces bruits du désert,La basse sans repos‖ d'un éternel concert.

Les maisons, au hasard,‖ sous les arbres perchées,En groupes de hameaux‖ sont partout épanchées,Semblent avoir poussé‖ sans plans et sans dessein,Sur la terre, avec l'arbre‖ et le roc de son sein ;Les pauvres habitans,‖ dispersés dans l'espace,Ne s'y disputent pas‖ le soleil et la place,Et chacun sous son chêne,‖ au plus près de son champ,A sa porte au matin‖ et son mur au couchant.Des sentiers où des bœufs‖ le lourd sabot s'aiguiseMènent de l'un à l'autre‖ et de là vers l'église,Dont depuis deux cents ans‖ à tous ces pieds humainsLe baptême et la mort‖ ont frayé les chemins.

Elle s'élève seule‖ au bout du cimetièreAvec ses murs épais‖ et bas, verdis de lierre,Et ses ronces grimpant‖ en échelle, en feston,Jusqu'au chaume moussu‖ qui lui sert de fronton.On ne peut distinguer‖ cette chaumière sainteQu'au plus grand abandon‖ du petit champ d'enceinte.Où le sol des tombeaux,‖ par la mort cultivé,N'offre qu'un tertre ou deux‖ tous les ans élevé,Que recouvrent bientôt‖ la mauve et les orties,Premières fleurs toujours‖ de nos cendres sorties,Et qu'à l'humble clocher‖ qui surmonte les toitsEt s'ouvre aux quatre vents‖ pour répandre sa voix.

Ma demeure est auprès ;‖ ma maison isoléePar l'ombre de l'église‖ est au midi voilée,Et les troncs des noyers‖ qui la couvrent du nordAux regards des passans‖ en dérobent l'abord.Des quartiers de granit‖ que nul ciseau ne taille,Tels que l'onde les roule,‖ en forment la muraille ;Ces blocs irréguliers,‖ noircis par les hivers,De leur mousse natale‖ y sont encor couverts ;La joubarbe, la menthe,‖ et ces fleurs parasitesQue la pluie enracine‖ aux parois décrépites,Y suspendent partout‖ leurs panaches flottansEt les font comme un pré‖ reverdir au printemps.Trois fenêtres, d'en haut,‖ par le toit recouvertes,Deux au jour du matin,‖ l'autre au couchant, ouvertes,Se creusant dans le mur‖ comme des nids pareils,Reçoivent les premiers‖ et les derniers soleils ;Le toit qui sur les murs‖ déborde d'une toiseA pour tuiles des blocs‖ et des pavés d'ardoise,Que d'un rebord vivant‖ le pigeon bleu garnit,Et sous les soliveaux‖ l'hirondelle a son nid.Pour défendre ce toit‖ des coups de la tempêteDes quartiers de granit‖ sont posés sur le faîte ;Et faisant ondoyer‖ les tuiles et les bois,Au vol de l'ouragan‖ ils opposent leur poids.

Bien que si haut assise‖ au sommet d'une chaîne,Son horizon borné‖ n'a ni grand ciel, ni plaine ;Adossée au penchant‖ d'un étroit mamelon,Elle n'a pour aspect‖ qu'un oblique vallonQui se creuse un moment‖ comme un lac de verdure,Pour donner au verger‖ espace et nourriture ;Puis, reprenant sa pente‖ et s'y rétrécissant,De ravins en ravins‖ avec les monts descend.Les troncs noirs des noyers,‖ un pan de roche grise,L'herbe de mon verger,‖ les murs nus de l'église,Le cimetière avec‖ ses sillons et ses croix,Et puis un peu de ciel,‖ c'est tout ce que je vois.

Mais combien au regard‖ du peintre et du poète,En vie, en mouvement,‖ la nature rachèteCe qu'elle a refusé‖ d'espace à l'horizon !Une cascade tombe‖ au pied de la maison,Et le long d'une roche‖ en nappe blanche et fineY joue avec le vent‖ dont un souffle l'incline,Y joue avec le jour‖ dont le rayon changeantSemble s'y dérouler‖ dans ses réseaux d'argent,Et par des rocs aigus,‖ dans sa chute brisée,Aux feuilles du jardin‖ se suspend en rosée.Légère, elle n'a pas‖ ce bruit tonnant et sourd,Qu'en se précipitant‖ roule un torrent plus lourd ;Elle n'a qu'une plainte‖ intermittente et douce,Selon qu'elle rencontre‖ ou la pierre ou la mousse,Que le vent faible ou fort‖ la fouette à ses parois,Lui prête ou lui retire,‖ ou lui rend plus de voix ;Dans les sons inégaux‖ que son onde moduleChaque soupir de l'âme‖ en note s'articule ;Harpe toujours tendue,‖ où le vent et les eauxRendent dans leurs accords‖ des chants toujours nouveaux,Et qui semble la nuit,‖ en ces notes étranges,L'air sonore des cieux‖ froissé du vol des anges !Maintenant vous avez‖ mon horizon dans l'œil,Demain vous passerez,‖ ma sœur, mon pauvre seuil !

Suite de la lettre a sa sœur

Valneige, 3 mai 1798.

Une cour le précède,‖ enclose d'une haieQue ferme sans serrure‖ une porte de claie ;Des poules, des pigeons,‖ deux chèvres, et mon chien,Portier d'un seuil ouvert‖ et qui n'y garde rien,Qui jamais ne repousse‖ et qui jamais n'aboie,Mais qui flaire le pauvre‖ et l'accueille avec joie ;Des passereaux montant‖ et descendant du toit,L'hirondelle rasant‖ l'auge où le cygne boit ;Tous ces hôtes, amis‖ du seuil qui les rassemble,Famille de l'ermite,‖ y sont en paix ensemble ;Les uns couchés à l'ombre‖ en un coin du gazon,D'autres se réchauffant‖ contre un mur au rayon ;Ceux-ci léchant le sel‖ le long de la muraille,Et ceux-là becquetant‖ ailleurs l'herbe ou la paille ;Trois ruches au midi‖ sous leurs tuiles, et puisDans l'angle sous un arbre,‖ au nord, un large puitsDont la chaîne rouillée‖ a poli la margelle,Et qu'une vigne étreint‖ de sa verte dentelle ;Voilà tout le tableau ;‖ sept marches d'escalierSonore, chancelant,‖ conduisent au palierQu'un avant-toit défend‖ du vent et de la neige,Et que de ses réseaux‖ un vieux lierre protège ;Là, suspendus le jour‖ au clou de mon foyer,Mes oiseaux familiers‖ chantent pour m'égayer.

Jusqu'ici, grâce aux lieux,‖ au ciel, à la nature,Ton doux regard de sœur sourit à ma peinture ;Ta tendre illusion‖ dure encor, mais, hélas !Si tu veux la garder,‖ ô ma sœur, n'entre pas !…Mais non, pour vos deux cœurs‖ je n'ai point de mystère,Pourrais-je devant vous‖ rougir de ma misère ?Entrez, ne plaignez pas‖ ma riche pauvreté,Ces murs ne sentent pas‖ leur froide nudité !

Des travaux journaliers‖ voilà d'abord l'asile,Où le feu du foyer‖ s'allume, où Marthe file ;Marthe, meuble vivant‖ de la sainte maison,Qui suivit dans le temps‖ son vieux maître en prison,Pauvre fille, à ces murs‖ trente ans enracinée,Partageant leur prospère‖ ou triste destinée,Me servant sans salaire‖ et pour l'honneur de Dieu,Surveillant à la fois‖ la cure et le saint lieu,Et qui, voyant de Dieu‖ l'image dans son maître,Croit s'approcher du ciel‖ en vivant près du prêtre ;Quelques vases de terre,‖ ou de bois, ou d'étain,Où de Marthe attentive‖ on voit briller la main ;Sur la table un pain noir‖ sous une nappe blanche,Dont chaque mendiant‖ vient dîmer une tranche ;Des grappes de raisin‖ que Marthe fait sécher,De leur pampre encor vert‖ décorent le plancher ;La sève en hiver même‖ y jaunit leurs grains d'ambre.De ce salon rustique‖ on passe dans ma chambre ;C'est celle dont le mur‖ s'éclaire du couchant :Tu sais que pour le soir‖ j'eus toujours du penchant,Que mon âme un peu triste‖ a besoin de lumière,Que le jour dans mon cœur‖ entre par ma paupière,Et que j'aimais tout jeune‖ à boire avec les yeuxCes dernières lueurs‖ qui s'éteignent aux cieux.La chaise où je m'assieds,‖ la natte où je me couche,La table où je t'écris,‖ l'âtre où fume une souche,Mon bréviaire vêtu‖ de sa robe de peau,Mes gros souliers ferrés,‖ mon bâton, mon chapeau,Mes livres pêle-mêle‖ entassés sur leur planche,Et les fleurs dont l'autel‖ se pare le dimanche,De cet espace étroit‖ sont tout l'ameublement.

Tout ! oh non ! j'oubliais‖ son divin ornement,Qui surmonte tout seul‖ mon humble cheminée,Ce Christ, les bras ouverts‖ et la tête inclinée,Cette image de bois‖ du maître que je sers,Céleste ami, qui seul‖ me peuple ces déserts ;Qui, lorsque mon regard‖ le visite à toute heure,Me dit ce que j'attends‖ dans cette âpre demeure,Et, recevant souvent‖ mes larmes sur ses pieds,Fait resplendir sa paix‖ dans mes yeux essuyés ;Ce Christ ! tu le connais ;‖ c'est celui que ma mèreColla dans l'agonie‖ aux lèvres de mon père ;C'est celui que plus tard‖ moi-même en un grand jourAu pur sang d'un martyr‖ je teignis à mon tour ;D'autres lèvres encore‖ il conserve la trace,Et Dieu sait de combien‖ de pitié je l'embrasse !…

Suite des lettres a sa sœur

Valneige, 4 mai 1798.

Tu me demanderas‖ de quoi j'existe ici ?Je me le demandai,‖ moi, bien souvent aussi ;Mais pour l'homme et l'oiseau‖ la Providence est grandeDe l'autel relevé‖ la volontaire offrande,Ces âmes qui, cherchant‖ une voix pour prier,A défaut d'ange, hélas !‖ nous glissent leur denier ;Les époux qu'on bénit,‖ les enfans qu'on baptise,Ces dîmes du bonheur‖ que l'on jette à l'église,Quelques fonds que l'évêque‖ adresse à ses curés,Le jardin, le verger,‖ quelques arpens de prés,Les châtaignes, les noix,‖ de petits coins de terre,Que je bêche moi-même‖ autour du presbytère,Suffisent amplement‖ pour moi, Marthe et le chien.A la table frugale‖ il ne nous manque rien :Le lait de mon troupeau,‖ le vin blanc de mes treilles,Les fruits de mes pommiers,‖ le miel de mes abeilles,Tout abonde ; le pain‖ y cuit pour l'indigent,Et Marthe dans l'armoire‖ a même un peu d'argent.Qui m'eût dit qu'un peu d'or‖ me ferait tant de joie ?Je n'en ai pas besoin,‖ prenez, je vous l'envoie !…

Suite des lettres a sa sœur

5 mai 1798.

Voulez-vous maintenant,‖ ô mes anges, savoirComment je fais toucher‖ le matin et le soir,Et par quelle insensible‖ et monotone chaîneLe jour s'unit au jour‖ et forme la semaine ?Ah ! chaque heure le sait‖ quand elle s'accomplit :La cloche avant le jour‖ m'arrache de mon lit ;Je crois entendre au son‖ de sa voix balancéeL'ange qui du sommeil‖ appelle ma penséeEt lui donne à porter‖ son fardeau pour le jour ;Je convoque à l'autel‖ les maisons d'alentour ;Des vieillards, des enfans,‖ quelques pieuses femmes,Ceux qui sentent de Dieu‖ plus de soif dans leurs âmesD'un cercle rétréci‖ m'entourent à genoux,Le Dieu des humbles fois‖ descend du ciel sur nous ;Combien la sainte aurore‖ et ses voûtes divinesEntendent de soupirs‖ s'échapper des poitrinesEt d'aspirations‖ de terre s'élancer ;Et combien il est doux,‖ ô ma sœur, de penserQue tous ces poids du cœur‖ que cette heure soulèveSur ses propres soupirs‖ au ciel on les élève,Qu'à chacun à leur place‖ on rapporte un saint don,Grâce, miséricorde,‖ amour, paix ou pardon ;Que l'on est l'encensoir‖ où tout cet encens brûleEt la corbeille pleine‖ où le pain qui circule,Symbole familier‖ du céleste aliment,Va nourrir tout ce peuple‖ avec un pur froment !Du maître en peu de mots‖ j'explique la parole :Ce peuple du sillon‖ aime la parabole,Poème évangélique,‖ où chaque véritéSe fait image et chair‖ par sa simplicité.Lorsque j'ai célébré‖ le pieux sacrifice,J'enseigne les enfans,‖ je me fais leur nourrice,Je donne goutte à goutte‖ à leurs lèvres le laitD'une instruction simple‖ et tendre, et qui leur plaît.Je rentre, et du matin‖ la tâche terminée,A ma table de fruits‖ et de lait couronnéeJe m'assieds un moment,‖ comme le voyageurQui s'arrête à moitié‖ du jour et reprend cœur ;Le reste du soleil‖ dans mes champs je le passeA ces travaux du corps‖ dont l'esprit se délasse ;A fendre avec la bêche‖ un sol dur ; à semerL'orge qu'un court été‖ pressera de germer ;A faucher mon pré mûr‖ pour ma blonde génisse ;A délier la gerbe‖ afin qu'elle jaunisse ;A faire à chaque plante‖ à son heure pleuvoirEn insensible ondée‖ un pesant arrosoir ;Car de l'homme à la fois‖ cette terre réclameLa sueur de son front‖ et la sueur de l'âme !Le soir quand chaque couple‖ est rentré du travail,Quand le berger rassemble‖ et compte son bétail,Mon bréviaire à la main‖ je vais de porte en porte,Au hasard et sans but‖ comme le pied me porte,M'arrêtant plus ou moins‖ un peu sur chaque seuil,A la femme, aux enfans,‖ disant un mot d'accueil ;Partout, portant un peu‖ de baume à la souffrance,Aux corps quelque remède,‖ aux âmes l'espérance,Un secret au malade‖, aux partans un adieu,Un sourire à chacun,‖ à tous un mot de Dieu.

Ainsi passe le jour‖ sans trop peser sur l'heure ;Mais quand je rentre seul‖ dans ma pauvre demeure,Que ma porte est fermée,‖ et que la longue nuit,Excepté dans ma tempe,‖ a fait tomber tout bruit,Ah ! ma sœur ! c'est alors‖ que mon âme blesséeSent son mal, et retourne‖ en saignant sa pensée,Comme on retourne en vain‖ le fiévreux dans son lit ;C'est alors qu'une image‖ ou l'autre m'assaillit,Que vous m'apparaissez,‖ vous, ma sœur et ma mère,Avec tout ce qui rend‖ l'absence plus amère,Avec vos traits si doux,‖ avec vos douces voix,Vos tendresses, vos mots,‖ vos baisers d'autrefois,Et que de ce passé‖ la présence est si forteQue je vous tends les bras,‖ que mon âme m'emporteVers vous et dans le sein‖ d'autre fantôme cher,Que je crois les revoir,‖ leur parler, les toucher,Et qu'en ne retrouvant‖ qu'un chevet solitaireMon cœur comme en tombant‖ s'écrase contre terre ;Alors pour m'arracher‖ par force à ce transport,Pour desserrer les dents‖ du serpent qui me mord,Le front brûlant, collé‖ sur ma table de chêne,J'attache mon esprit,‖ comme avec une chaîne,A ces livres usés‖ du regard qui les lit,Où le jour de ma lampe‖ en m'éclairant pâlit ;Comme un esprit du doute‖ et de la solitudeJ'enivre ma raison‖ de science et d'étude ;Tantôt, dans ces débris‖ que l'histoire a laissésComme des siècles morts‖ les pas presque effacés,Je cherche à retrouver‖ les traces d'une route,Ce vain fil qui se brise‖ entre les mains du doute,Ce long dessein de Dieu‖ qui mène les humains,Fait de leurs monumens‖ la fange des chemins,Dissipe leur empire‖ et leur foi comme un rêve,Sur leur propre monceau‖ de débris les élève,Et du dogme et du temps‖ qui ne croit plus finirNe fait qu'un marchepied‖ pour l'obscur avenir.Mais ce fil dans mes mains‖ se brouille, à chaque haleine,Dans l'énigme de Dieu‖ dont chaque page est pleine ;Des choses, des esprits‖ l'éternel mouvementN'est pour nous que poussière‖ et qu'éblouissement :Le mystère du temps‖ dans l'ombre se consomme ;Le regard infini‖ n'est pas dans l'œil de l'homme,Et devant Dieu caché‖ dans sa fatalité,Notre seule science‖ est notre humilité !

Tantôt, las de sonder‖ ces obscures merveilles,Je livre aux bardes saints‖ mon âme et mes oreilles,J'écoute avec le cœur‖ ces cœurs mélodieuxQui, se brisant à terre‖ en retombant des cieux,En soupirs immortels‖ sur la harpe éclatèrent,Et pour diviniser‖ leurs plaintes les chantèrent,Oh ! de l'humanité‖ ces hommes sont la voix,Les mots harmonieux‖ s'ordonnent à leur choix,Comme au signe de Dieu‖ s'ordonnent ses ouvrages,Et vibrent en musique‖ ou brillent en images ;Leurs vers ont des échos‖ cachés dans notre cœur ;Ils versent aux soucis‖ cette molle langueur,Cet opium divin‖ que dans sa soif d'extaseLe rêveur Orient‖ puise en vain dans son vase ;Mais eux, l'ange des vers‖ leur apporte aux autelsPour s'enivrer de Dieu‖ des rêves immortels !Ils versent goutte à goutte‖ en mon âme attendrie,Comme un sommeil du ciel,‖ leur tendre rêverie ;Mon songe, enfant des leurs,‖ les suit, et quelquefoisComme une voix qui chante‖ entraîne une autre voix,Ma lèvre, s'abreuvant‖ aux flots de leurs ivresses,Se surprend à chanter‖ avec eux ses tristesses.

Plus souvent, desséché‖ par mon affliction,Je trempe un peu ma lèvre‖ à l'Imitation,Livre obscur et sans nom,‖ humble vase d'argile,Mais rempli jusqu'au bord‖ des sucs de l'évangile,Où la sagesse humaine‖ et divine à longs flotsDans le cœur altéré‖ coulent en peu de mots ;Où chaque âme, à sa soif,‖ vient, se penche, et s'abreuveDes gouttes de sueur‖ du Christ à son épreuve ;Trouve, selon le temps,‖ ou la peine, ou l'effort,Le lait de la mamelle‖ ou le pain fort du fort ;Et sous la croix où l'homme‖ ingrat le crucifie,Dans les larmes du Christ‖ boit sa philosophie !…Ainsi lisant, priant,‖ écrivant tour à tour,Tantôt le cœur trop plein‖ et débordant d'amour,Tantôt frappant mon sein‖ sans que l'onde en jaillisse,Ne trouvant qu'une lie‖ au fond de tout calice,Puis regardant fumer‖ ma lampe qui pâlit,Puis tombant à genoux‖ sur les bords de mon lit,Mouillant de pleurs mes draps‖ qu'entre mes dents je froisse,En sanglots étouffés‖ comprimant mon angoisse ;Puis quand du coup au cœur‖ tout le sang a coulé,Relevant vers la croix‖ un regard consolé,Ouvrant mes deux volets‖ pour respirer à l'aiseLes brises de la nuit‖ dont la fraîcheur m'apaise,Le front pâle et terni‖ d'une moite sueur,Dans mes veilles sans fin‖ je ressemble, ô ma sœur,A ce Faust enivré‖ des philtres de l'école,De la science humaine‖ éblouissant symbole,Quand dans sa sombre tour,‖ parmi ses instrumens,On l'entendait causer‖ avec les élémens,Et qu'au lever du jour‖ dans son laboratoireOn ne retrouvait plus‖ qu'un peu de cendre noire !Hélas ! si ce n'était‖ la, grâce du Seigneur,Que retrouverait-on‖ le matin dans mon cœur ?Oui, c'est Faust, ô ma sœur,‖ mais, dans ces nuits étranges,Au lieu d'esprits impurs,‖ consolé par les anges !Oui, c'est Faust, ô ma sœur,‖ mais Faust avec un Dieu.Que de choses encor !‖ La cloche sonne, adieu.

(Un grand nombre de pages manquaient ici au manuscrit.)

Versification

Forme
Distiques
Rimes
362((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a vie / ravie féminine, classiqueb sien / mien masculine, classiquec fermées / aimées féminine, classiqued conformité / félicité masculine, classiquee suprême / j'aime féminine, classiquef échos / sanglots masculine, classiqueg pensée / insensée féminine, classiqueh répandu / défendu masculine, classiquei meure / pleure féminine, classiquej seul / linceul masculine, classiquek vie / refroidie féminine, classiquel nourrissant / sang masculine, non classiquea justice / supplice féminine, classiqueb préparé / rencontré masculine, classiquec jeune / jeûne féminine, classiqued pur / mur masculine, équivalentee tête / tempête féminine, classiquef rocher / chercher masculine, classiqueg inconnue / nue féminine, classiqueh déguisement / sentiment masculine, classiquei flamme / âme féminine, classiquej pitié / moitié masculine, classiquea l'expie / l'impie féminine, classiqueb desseins / saints masculine, classiquec sublimes / victimes féminine, classiquea loi / moi masculine, classiqueb ministère / taire féminine, classiquec descendu / tendu masculine, classiqued confiée / sacrifiée féminine, classiquee porter / heurter masculine, classiquef veuvage / image féminine, classiqueg époux / dégoûts masculine, classiqueh dévore / adore féminine, classiquei accepter / racheter masculine, classiquej éternelle / elle féminine, classiquea pardonne-moi / toi masculine, classiqueb suprême / toi-même féminine, classiquec protéger / léger masculine, classiqued homme / consomme féminine, classiquee vertu / m'entends-tu masculine, classiqueg sœur / cœur masculine, classiqueh morte / remporte féminine, classiquei pas / bas masculine, classiquej nature / créature féminine, classiquek bonheur / l'honneur masculine, classiquel terre / mystère féminine, classiquem amours / jours masculine, classiquen délices / calices féminine, classiqueo l'insensé / versé masculine, classiquep assouvie / vie féminine, classiqueq l'encourir / mourir masculine, classiquer flammes / âmes féminine, classiques toi / moi masculine, classiquet monde / ciel / gronde féminine, classiqueb croix / voix masculine, classiquea balancées / pensées féminine, classiqueb désespoir / devoir masculine, classiquec pleures / demeures féminine, classiqued soulevé / rêvé masculine, classiquee sanctifiées / confiées féminine, classiquef lieu / Dieu masculine, classiqueg agonies / finies féminine, classiqueh jours / courts masculine, classiquei aile / éternelle féminine, classiquej fiel / ciel masculine, classiquea baissée / pensée féminine, classiqueb confier / prier masculine, classiquec rassemble / ensemble féminine, classiquea parvis / vis masculine, classiqueb béatitude / l'inquiétude féminine, classiquea eux / heureux masculine, classiqueb sèvre / lèvre féminine, classiquec soupir / t'assoupir masculine, classiqued lève / rêve féminine, classiquee cacher / marcher masculine, classiquef colonne / rayonne féminine, classiqueg adoré / entré masculine, classiquea lumière / bruyère féminine, classiqueb torrens / errans masculine, classiquec marbres / arbres féminine, classiqued écouter / palpiter masculine, classiquee nature / obscure féminine, classiquef horizon / prison masculine, classiqueg m'écrase / l'extase féminine, classiqueh ailleurs / pleurs masculine, classiquei aigles / règles féminine, classiquea lois / crois masculine, classiqueb tempêtes / têtes féminine, classiquec plein / sein masculine, classiqued sourire / déchire féminine, classiquee pli / l'oubli masculine, classiquea apparence / innocence féminine, classiqueb séjour / l'amour masculine, classiquec garde / regarde féminine, classiqued fronts / affronts masculine, classiquee affecte / suspecte féminine, classiquef eux / lépreux masculine, classiqueg solitude / l'étude féminine, classiqueh encor / corridor masculine, classiquei sombre / ombre féminine, classiquej glacé / passé masculine, classiquek m'aime / moi-même féminine, classiquel bien / mien masculine, classiquem amortie / sympathie féminine, classiquen d'aimer / s'allumer masculine, classiquea épreuve / veuve féminine, classiqueb l'infidélité / limité masculine, classiquec misères / presbytères féminine, classiqued deuil / cercueil masculine, classiquee l'Évangile / mille féminine, classiquef nous / jaloux masculine, classiqueg anges / étranges féminine, classiqueh fidélité / racheté masculine, classiquei d'Isaïe / vie féminine, classiquej ternir / souvenir masculine, classiquek l'homme / nomme féminine, classiquel perdu / descendu masculine, classiquem grâce / trace féminine, classiquea habité / été masculine, classiqueb amoncelée / vallée féminine, classiquec épars / montagnards masculine, classiqued l'aigle / seigle féminine, classiquee l'arrière-saison / moisson masculine, classiquef royaume / chaume féminine, classiqueg éblouissant / descend masculine, classiqueh lumière / chaumière féminine, classiquei prix / fils masculine, classiquea solitudes / rudes féminine, classiqueb consumé / aimé masculine, classiquec rallume / consume féminine, classiqued vous / tous masculine, classiquea rappelle / mamelle féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquec l'écrire / lire féminine, classiqued lendemain / main masculine, classiquee oreille / réveille féminine, classiquef cœur / intérieur masculine, classiqueg d'innocence / enfance féminine, classiqueh tard / regard masculine, classiquea mère / amère féminine, classiqueb flots / éclos masculine, classiquec âge / l'orage féminine, classiqued recueillit / nid masculine, classiquea elle / fidèle féminine, classiqueb souvenir / bénir masculine, classiquec créature / figure féminine, classiqued traits / regrets masculine, classiquee visage / passage féminine, classiquef rayon / impression masculine, classiqueg encore / d'éclore féminine, classiqueh rêveur / sœur masculine, classiquei recueillie / mélancolie féminine, classiquej désespoirs / noirs masculine, classiquek soie / noie féminine, classiquel d'argent / nageant masculine, classiquem tendre / l'entendre féminine, classiquen sein / plein masculine, classiqueo caresse / ivresse féminine, classiquep genoux / nous masculine, classiqueq inquiétude / l'habitude féminine, classiquer ajouté / douté masculine, classiques paroles / frivoles féminine, classiquet fils / prix masculine, classiqueu chère / mère féminine, classiquev langueur / cœur masculine, classiquew étudie / maladie féminine, classiquex altération / émotion masculine, classiquea décrive / vive féminine, classiqueb trouver / rêver masculine, classiquec réunies / vies féminine, classiqued yeux / lieux masculine, classiquea Savoie / voie féminine, classiqueb effrayés / pieds masculine, classiquec pentes / fentes féminine, classiqued germer / semer masculine, classiquee étendues / fendues féminine, classiquef obscurs / murs masculine, classiqueg branches / blanches féminine, classiqueh noir / miroir masculine, classiquei abritée / broutée féminine, classiquej courts / velours masculine, classiquek sourire / respire féminine, classiquel l'horizon / prison masculine, classiquen isolement / bêlement masculine, classiqueo descendues / suspendues féminine, classiquep angélus / nus masculine, classiqueq d'écume / s'accoutume féminine, classiquer désert / concert masculine, classiquea perchées / épanchées féminine, classiqueb dessein / sein masculine, classiquec l'espace / place féminine, classiqued champ / couchant masculine, classiquee s'aiguise / l'église féminine, non classiquef humains / chemins masculine, classiquea cimetière / lierre féminine, classiqueb feston / fronton masculine, classiquec sainte / d'enceinte féminine, classiqued cultivé / élevé masculine, classiquee orties / sorties féminine, classiquef toits / voix masculine, classiquea isolée / voilée féminine, classiqueb nord / l'abord masculine, classiquec taille / muraille féminine, classiqued hivers / couverts masculine, classiquee parasites / décrépites féminine, classiquef flottans / printemps masculine, classiqueg recouvertes / ouvertes féminine, classiqueh pareils / soleils masculine, classiquei toise / d'ardoise féminine, classiquej garnit / nid masculine, classiquek tempête / faîte féminine, classiquel bois / poids masculine, classiquea chaîne / plaine féminine, classiqueb mamelon / vallon masculine, classiquec verdure / nourriture féminine, classiqued rétrécissant / descend masculine, classiquee grise / l'église féminine, classiquef croix / vois masculine, classiquea poète / rachète féminine, classiqueb l'horizon / maison masculine, classiquec fine / l'incline féminine, classiqued changeant / d'argent masculine, classiquee brisée / rosée féminine, classiquef sourd / lourd masculine, classiqueg douce / mousse féminine, classiqueh parois / voix masculine, classiquei module / s'articule féminine, classiquej eaux / nouveaux masculine, classiquek étranges / anges féminine, classiquel l'œil / seuil masculine, classiquea haie / claie féminine, classiqueb chien / rien masculine, classiquec n'aboie / joie féminine, classiqued toit / boit masculine, classiquef gazon / rayon masculine, classiqueg muraille / paille féminine, classiqueh puis / puits masculine, classiquei margelle / dentelle féminine, classiquej d'escalier / palier masculine, classiquek neige / protège féminine, classiquel foyer / m'égayer masculine, classiquea nature / peinture féminine, classiqueb hélas / pas masculine, classiquec mystère / misère féminine, classiqued pauvreté / nudité masculine, classiquea l'asile / file féminine, classiqueb maison / prison masculine, classiquec enracinée / destinée féminine, classiqued Dieu / lieu masculine, classiquee maître / prêtre féminine, classiquef d'étain / main masculine, classiqueg blanche / tranche féminine, classiqueh sécher / plancher masculine, classiquei d'ambre / chambre féminine, classiquej couchant / penchant masculine, classiquek lumière / paupière féminine, classiquel yeux / cieux masculine, classiquem couche / souche féminine, classiquen peau / chapeau masculine, classiqueo planche / dimanche féminine, classiquep l'ameublement / ornement masculine, classiqueb cheminée / inclinée féminine, classiquec sers / déserts masculine, classiqued heure / demeure féminine, classiquee pieds / essuyés masculine, classiquef mère / père féminine, classiqueg jour / tour masculine, classiqueh trace / l'embrasse féminine, classiquea ici / aussi masculine, classiqueb grande / offrande féminine, classiquec prier / denier masculine, classiqued baptise / l'église féminine, classiquee curés / prés masculine, classiquef terre / presbytère féminine, classiqueh treilles / abeilles féminine, classiquei l'indigent / d'argent masculine, classiquej joie / l'envoie féminine, classiquea savoir / soir masculine, classiqueb chaîne / semaine féminine, classiquec s'accomplit / lit masculine, classiqued balancée / pensée féminine, classiquee jour / d'alentour masculine, classiquef femmes / âmes féminine, classiqueh divines / poitrines féminine, classiquei s'élancer / penser masculine, classiquej soulève / élève féminine, classiquek don / pardon masculine, classiquel brûle / circule féminine, classiquem aliment / froment masculine, classiquen parole / parabole féminine, classiqueo vérité / simplicité masculine, classiquep sacrifice / nourrice féminine, classiqueq lait / plaît masculine, classiquer terminée / couronnée féminine, classiques voyageur / cœur masculine, classiquet passe / délasse féminine, classiqueu semer / germer masculine, classiquev génisse / jaunisse féminine, classiquew pleuvoir / arrosoir masculine, classiquex réclame / l'âme féminine, classiquey travail / bétail masculine, classiquez porte féminine, classiquea seuil / d'accueil masculine, classiqueb souffrance / l'espérance féminine, classiquec adieu / Dieu masculine, classiquea l'heure / demeure féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquec blessée / pensée féminine, classiqued lit / m'assaillit masculine, classiquef voix / d'autrefois masculine, classiqueg forte / m'emporte féminine, classiqueh cher / toucher masculine, classiquei solitaire / terre féminine, classiquej transport / mord masculine, équivalentek chêne / chaîne féminine, classiquel lit / pâlit masculine, classiquem solitude / d'étude féminine, classiquen laissés / effacés masculine, classiqueo route / doute féminine, classiqueq rêve / élève féminine, classiquer finir / avenir masculine, classiques haleine / pleine féminine, classiquet mouvement / qu'éblouissement masculine, classiqueu consomme / l'homme féminine, classiquev fatalité / humilité masculine, classiquea merveilles / oreilles féminine, classiqueb mélodieux / cieux masculine, classiquec éclatèrent / chantèrent féminine, classiqued voix / choix masculine, classiquee ouvrages / images féminine, classiquef cœur / langueur masculine, classiqueg d'extase / vase féminine, classiqueh autels / immortels masculine, classiquei attendrie / rêverie féminine, classiquej quelquefois / voix masculine, classiquek ivresses / tristesses féminine, classiquea affliction / l'Imitation masculine, classiqueb d'argile / l'évangile féminine, classiquec flots / mots masculine, classiqued s'abreuve / épreuve féminine, classiquee l'effort / fort masculine, classiquef crucifie / philosophie féminine, classiqueg tour / d'amour masculine, classiqueh jaillisse / calice féminine, classiquei pâlit / lit masculine, classiquej froisse / angoisse féminine, classiquek coulé / consolé masculine, classiquel l'aise / m'apaise féminine, classiquem sueur / sœur masculine, classiquen l'école / symbole féminine, classiqueo instrumens / élémens masculine, classiquep laboratoire / noire féminine, classiqueq Seigneur / cœur masculine, classiques Dieu / adieu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

725 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes de M. A. de Lamartine, PARIS, 21, quai Malaquais, CHARLES GOSSELIN, FURNE ET Cie, PAGNERRE, DUFOUR ET MULAT, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources