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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Jocelyn, 1836

Quatrième époque

Alphonse de Lamartine· strophes variées, alexandrins surtout, 1166 vers

Grotte des Aigles, 15 avril 1794.

J'ai trouvé ce matin,‖ dans le creux du rocher,Le pain que chaque mois‖ le pâtre y vient cacher ;De cet homme de bien‖ pieuse providence !Deux mots l'accompagnaient :‖ « Redoublez de prudence« Dans nos cités sans Dieu‖ malheur à qui descend,« L'échafaud des martyrs‖ a toujours soif de sang. »Brisez, brisez, Seigneur,‖ ces glaives de colère ;Abrégez, en faveur‖ des justes de la terre,Ces jours de désespoir‖ et de convulsions ;Où votre nom s'éclipse‖ aux yeux des nations.Puisse l'ange de paix‖ bientôt y redescendre !Mais moi, je n'ai, Seigneur,‖ que grâces à vous rendre,Et si ce temps n'était‖ une ère de forfaits,Je dirais : Que ces jours‖ ne finissent jamais !

La Grotte, 6 mai 1794.

Il est des jours de luxe‖ et de saison choisieQui sont comme les fleurs‖ précoces de la vie,Tout bleus, tout nuancés‖ d'éclatantes couleurs,Tout trempés de rosée‖ et tout fragrans d'odeurs,Que d'une nuit d'orage‖ on voit parfois éclore,Qu'on savoure un instant,‖ qu'on respire une aurore,Et dont, comme des fleurs,‖ encor tout enivrés,On se demande après :‖ Les ai-je respirés ?Tant de parfum tient-il‖ dans ces étroits calices ?Et dans douze momens‖ si courts, tant de délices ?

Aujourd'hui fut pour nous‖ un de ces jours de choix :Éveillés aux rayons‖ du plus riant des mois,A l'hymne étourdissant‖ de la vive alouetteQui n'a que joie et cris‖ dans sa voix de poëte,Au murmure du lac‖ flottant à petit pli,Nous nous sommes levés‖ le cœur déjà rempli,Ne pouvant contenir‖ l'impatient délire,Qui nous appelle à voir‖ la nature sourire,Et nous sommes allés,‖ pas à pas, tout le jour,Du printemps sur ces monts‖ épier le retour.

La neige qui fondait‖ au tact du rayon rose,Avant d'aller blanchir‖ les pentes qu'elle arrose,Comme la stalactite,‖ au bord glacé des toits,Distillait des rochers‖ et des branches des bois ;Chaque goutte en pleuvant‖ remontait en poussièreSur l'herbe, et s'y roulait‖ en globes de lumière.Tous ces prismes, frappés‖ du feu du firmament,Remplissaient l'œil d'éclairs‖ et d'éblouissement ;On eût dit mille essaims‖ d'abeilles murmurantesDisséminant le jour‖ sur leurs ailes errantes,Sur leur corset de feu,‖ d'azur et de vermeil,Et bourdonnant autour‖ d'un rayon de soleil ;Puis en mille filets‖ ses gouttes rassembléesAllaient chercher leurs lits‖ dans le creux des vallées,Y couraient au hasard‖ des pentes sur leurs flancs,Y dépliaient leur nappe‖ ou leurs longs rubans blancs,Y gazouillaient en foule‖ en mille voix légères,Comme des vols d'oiseaux‖ cachés sous les fougères,Courbaient l'herbe et les fleurs,‖ comme un souffle en glissant,Y laissaient des flocons‖ d'écumes en passant ;Puis la brise venait‖ essuyer cette écume,Comme à l'oiseau qui mue‖ elle enlève une plume !

L'air tiède et parfumé‖ d'odeurs, d'exhalaisons,Semblait tomber avec‖ les célestes rayons,Encor tout imprégné‖ d'âme et de sèves neuves,Comme l'air virginal‖ qui vint fondre les fleuvesDu globe enseveli‖ dans son premier hiver,Quand la vie et l'amour‖ se respiraient dans Pair ;Il soufflait des soupirs,‖ il apportait des nuesDes tiédeurs, des odeurs,‖ des langueurs inconnues ;Il caressait la terre‖ avec de tels accords,Il étreignait les monts‖ avec de tels transports,Il secouait la neige‖ et les troncs et les cimesAvec des mouvemens‖ et des bruits si sublimes,Que l'on croyait entendre,‖ entre les élémens,Des paroles d'amour‖ et des embrassemens,Et dans les forts élans‖ qui semblaient les confondre,L'eau, la terre et le ciel,‖ et l'Éther, se répondre !Tout ce que l'air touchait‖ s'éveillait pour verdir,La feuille du matin,‖ sous l'œil semblait grandir ;Comme s'il n'avait eu‖ pour été qu'une aurore,Il hâtait tout du souffle,‖ il pressait tout d'éclore,Et les herbes, les fleurs,‖ les lianes des boisS'étendaient en tapis,‖ s'arrondissaient en toits,S'entrelaçaient aux troncs,‖ se suspendaient aux roches,Sortaient de terre en grappe,‖ en dentelles, en cloches,Entravaient nos sentiers‖ par des réseaux de fleurs,Et nos yeux éblouis‖ dans des flots de couleurs !La sève débordant‖ d'abondance et de forceCoulait en gommes d'or‖ des fentes de l'écorce,Suspendait aux rameaux‖ des pampres étrangers,Des filets de feuillage‖ et des tissus légers,Où les merles siffleurs,‖ les geais, les tourterelles,En fuyant sous la feuille,‖ embarrassaient leurs ailes ;Alors tous ces réseaux,‖ par leur vol secoués,Par leurs extrémités‖ d'arbre en arbre noués,Tremblaient, et sur les pieds‖ du tronc qui les appuie,De plumes et de fleurs‖ répandaient une pluie ;Tous ces dômes des bois,‖ qui frémissaient aux vents,Ondoyaient comme un lac‖ aux flots verts et mouvans ;Des nids d'oiseaux, bercés‖ au roulis des lianes,Y flottaient remplis d'œufs‖ tachetés, diaphanes,Des mères qui fuyaient,‖ fragile et doux trésor,Comme dans le filet‖ la perle humide encor !Chaque fois que nos yeux,‖ pénétrant dans ces ombres,De la nuit des rameaux‖ éclairaient les dais sombres,Nous trouvions sous ces lits‖ de feuille où dort l'été,Des mystères d'amour‖ et de fécondité.Chaque fois que nos pieds‖ tombaient dans la verdure,Les herbes nous montaient‖ jusques à la ceinture,Des flots d'air embaumé‖ se répandaient sur nous,Des nuages ailés‖ partaient de nos genoux,Insectes, papillons,‖ essaims nageans de mouches,Qui d'un Éther vivant‖ semblaient former les couches ;Ils montaient en colonne,‖ en tourbillon flottant,Comblaient l'air, nous cachaient‖ l'un à l'autre un instant,Comme, dans les chemins‖ la vague de poussièreSe lève sous les pas‖ et retombe en arrière ;Ils roulaient ; et sur l'eau,‖ sur les prés, sur le foin,Ces poussières de vie‖ allaient tomber plus loin ;Et chacune semblait‖ d'existence ravieÉpuiser le bonheur‖ dans sa goutte de vie,Et l'air qu'ils animaient‖ de leurs frémissemensN'était que mélodie‖ et que bourdonnemens.

Oh ! qui n'eût partagé‖ l'ivresse universelleQue l'air, le jour, l'insecte,‖ apportaient sur leur aile ?Oh ! qui n'eût aspiré‖ cette haleine des airsQui tiédissait la neige‖ et fondait les hivers ?La sève de nos sens‖ comme celle des arbresEût fécondé des troncs,‖ eût animé des marbres ;Et la vie, en battant‖ dans nos seins à grands coups,Semblait vouloir jaillir‖ et déborder de nous !Nous courions ; des grands rocs‖ nous franchissions les fentes,Nous nous laissions rouler‖ dans l'herbe sur les pentes ;Sur deux rameaux noués‖ le bouleau nous berçait ;Notre biche étonnée‖ à nos pieds bondissait ;Nous jetions de grands cris‖ pour ébranler les voûtesDes arbres d'où pleuvait‖ la sève à grosses gouttes ;Nous nous perdions exprès,‖ et pour nous retrouver,Nous restions des momens,‖ sans parole, à rêver ;Puis nous partions d'un trait,‖ comme si la pensée,Par le même ressort‖ en nous était pressée,Et vers un autre lieu‖ prompts à nous élancer,Nous courions pour courir‖ et pour nous devancer ;Mais toute la montagne‖ était la même fête ;Les nuages d'été‖ qui passaient sur sa têteN'étaient qu'un chaud duvet‖ que les rayons brûlansEnlevaient au glacier,‖ cardaient en flocons blancs.Les ombres qu'allongeaient‖ les troncs sur la verdure,Se découpant sur l'herbe‖ en humide bordure,Dans quelque étroit vallon,‖ berceau déjà dormant,Versaient plus de mystère‖ et de recueillement ;Et chaque heure du jour‖ en sa magnificence,Apportant sa couleur,‖ son bruit ou son silence,A la grande harmonie‖ ajoutait un accord,A nos yeux une scène,‖ à nos sens un transport !Enfin, comme épuisés‖ d'émotions intimes,L'un à côté de l'autre,‖ en paix nous nous assîmesSur un tertre aplani,‖ qui comme un cap de fleurs,S'avançait dans le lac‖ plus profond là qu'ailleurs,Et dont le flot bruni‖ par l'ombre haute et noire,Ceignait d'un gouffre bleu‖ ce petit promontoire ;On y touchait de l'œil‖ tout ce bel horizon,Une mousse jaunâtre‖ y servait de gazon,Et des verts coudriers‖ l'ombre errante et légère,Combattant les rayons,‖ y flottait sur la terre.Nos cœurs étaient muets‖ à force d'être pleins ;Nous effeuillions sur l'eau‖ des tiges dans nos mains ;Je ne sais quel attrait‖ des yeux pour l'eau limpideNous faisait regarder‖ et suivre chaque ride,Réfléchir, soupirer,‖ rêver sans dire un mot,Et perdre et retrouver‖ notre âme à chaque flot.Nul n'osait le premier‖ rompre un si doux silence,Quand, levant par hasard‖ un regard sur Laurence,Je vis son front rougir‖ et ses lèvres trembler,Et deux gouttes de pleurs‖ entre ses cils rouler,Comme ces pleurs des nuits‖ qui ne sont pas la pluie,Qu'un pur rayon colore,‖ et qu'un vent tiède essuie.— Que se passe-t-il donc,‖ Laurence, aussi dans toi ?Est-ce qu'un poids secret‖ t'oppresse ainsi que moi ?— Oh ! je sens, me dit-il,‖ mon cœur prêt à se fendre ;Mon âme cherche en vain‖ des mots pour se répandre :Elle voudrait créer‖ une langue de feuPour crier de bonheur‖ vers la nature et Dieu.— Dis-moi, repris-je, ami,‖ par quelles influences,Mon âme au même instant‖ pensait ce que tu penses.Je sentais dans mon cœur,‖ au rayon de ce jour,Des élans de désirs,‖ des étreintes d'amourCapables d'embrasser‖ Dieu, le temps et l'espace,Et pour les exprimer‖ ma langue était de glace.Cependant la nature‖ est un hymne incomplet,Et Dieu n'y reçoit pas‖ l'hommage qui lui plaîtQuand l'homme, qu'il créa‖ pour y voir son image,N'élève pas à lui‖ la voix de son ouvrage ;La nature est la scène,‖ et notre âme est la voix :Essayons donc, ami,‖ comme l'oiseau des bois,Comme le vent dans l'arbre‖ ou le flot sur le sable,De verser à ses pieds‖ le poids qui nous accable,De gazouiller notre hymne‖ à la nature, à Dieu ;Créons-nous par l'amour‖ prêtres de ce beau lieu !Sur ces sommets brûlans‖ son soleil le proclame,Proclamons-l'y nous-même‖ et chantons-lui notre âme !La solitude seule‖ entendra nos accens !Écoute ton cœur battre‖ et dis ce que tu sens !

LAURENCE

D'où venez-vous,‖ ô vous, brises nouvellesPleines de vie‖ et de parfums si doux,Qui de ces monts‖ palpitans comme nousFaites jaillir‖ au seul vent de vos ailesFeuilles et fleurs‖ comme des étincelles ?Ces ailes d'or‖ où les embaumez-vous ?

Est-il des monts,‖ des vallons et des plaines,Où vous baignez‖ dans ces parfums flottans ?Où tous les mois‖ sont de nouveaux printemps ?Où tous les vents‖ ont ces tièdes haleines ?Où de nectar‖ les fleurs sont toujours pleines ?Toujours les cœurs‖ d'extase palpitans ?

Ah ! s'il en est,‖ doux souffles de l'aurore,Emportez-nous‖ avec l'encens des fleurs,Emportez-nous‖ où les âmes sont sœurs !Nous priions mieux‖ le Dieu que l'astre adore,Car l'âme aussi‖ veut le ciel pour éclore,Et la prière‖ est le parfum des cœurs !

MOI

Vois-tu là-haut dans la valléeOù le jour glisse pas à pas,Où la neige, en tapis roulée,Se fane, fume et ne fond pas ;Vois-tu l'arc-en-ciel, dans sa couche,Frémir au rayon qui le touche,Comme un serpent dans son sommeil,Qui sur ses mille écailles peintesReflète à l'œil les triples teintesDe l'eau, de l'air et du soleil ?

C'est le nid où sur la montagneCe serpent du ciel vient muer ;A mesure que le jour gagne,Vois ses écailles remuer !Vois comme en changeante spiraleIl noue, il concentre, il étaleSes tronçons d'orange et de bleu !Regarde ! le voilà qui lève,Au brouillard, son cou comme un glaiveEt lui vibre son dard de feu.

Il monte aspiré par l'aurore ;Oh ! comme chaque anneau dormantDu glacier qui se décoloreSe détache insensiblement !Il se déroule ! il plane, il courbeDu mont au ciel sa vaste courbe,Et sa tête à ses pieds répond !Dieu ! quelle arche de monde à monde !Quel océan avec son ondeComblerait ce céleste pont ?…

Est-ce un pont pour passer tes anges ?O toi qui permets à nos yeuxDe voir ces merveilles étranges,Est-ce un pont qui mène à tes cieux ?Ah ! si je pouvais, ô Laurence,Monter où cette arche commence,Gravir ces degrés éclatans !Et pour qu'un ange m'y soutienneL'œil au ciel, ma main dans la tienne,Passer sur la mort et le temps !

LAURENCE

Vois dans son nid‖ la muette femelleDu rossignol‖ qui couve ses doux œufs,Comme l'amour‖ lui fait enfler son ailePour que le froid‖ ne tombe pas sur eux !

Son cou, que dresse‖ un peu d'inquiétude,Surmonte seul‖ la conque où dort son fruit,Et son bel œil,‖ éteint de lassitude,Clos du sommeil,‖ se rouvre au moindre bruit.

Pour ses petits‖ son souci la consume,Son blond duvet‖ à ma voix a frémi ;On voit son cœur‖ palpiter sous sa plume,Et le nid tremble‖ à son souffle endormi.

A ce doux soin‖ quelle force l'enchaîne ?Ah ! c'est le chant‖ du mâle dans les bois ;Qui, suspendu‖ sur la cime du chêne,Fait ruisseler‖ les ondes de sa voix !

Oh ! l'entends-tu‖ distiller goutte à goutteSes lents soupirs‖ après ses vifs transports,Puis de son arbre‖ étourdissant la voûteFaire écumer‖ ses cascades d'accords ?

Un cœur aussi‖ dans ses notes palpite !L'âme s'y mêle‖ à l'ivresse des sens,Il lance au ciel‖ l'hymne qui bat si vite,Ou d'une larme‖ il mouille ses accens !

A ce rameau‖ qui l'attache lui-même ?Et qui le fait‖ s'épuiser de langueur ?C'est que sa voix‖ vibre dans ce qu'il aimeEt que son chant‖ y tombe dans un cœur !

De ses accens‖ sa femelle ravieVeille attentive‖ en oubliant le jour :La saison fuit,‖ l'œuf éclôt, et sa vieN'est que printemps,‖ que musique et qu'amour !

Dieu de bonheur !‖ que cette vie est belle !Ah ! dans mon sein‖ je me sens aujourd'huiAssez d'amour‖ pour reposer comme elle,Et de transports‖ pour chanter comme lui !

MOI

Vois-tu glisser entre deux feuillesCe rayon sur la mousse‖ où l'ombre traîne encor,Qui vient obliquement‖ sur l'herbe que tu cueillesS'appuyer par le bout‖ comme un grand levier d'or ?L'étamine des fleurs‖ qu'agite la lumièreY monte en tournoyant‖ en sphère de poussière,L'air y devient visible,‖ et dans ce clair milieu,On voit tourbillonner‖ des milliers d'étincelles,D'insectes colorés,‖ d'atomes bleus, et d'ailesQui nagent en jetant‖ une lueur de Dieu !

Comme ils gravitent en cadence !Nouant et dénouant‖ leurs vols harmonieux !Des mondes de Platon‖ on croirait voir la danseS'accomplissant aux sons‖ des musiques des cieux.L'œil ébloui se perd‖ dans leur foule innombrable ;Il en faudrait un monde‖ à faire un grain de sable,Le regard infini‖ pourrait seul les compter.Chaque parcelle encor‖ s'y poudroie en parcelle,Ah ! c'est ici le pied‖ de l'éclatante échelleQue de l'atome à Dieu‖ l'infini voit monter.

Pourtant chaque atome est un être !Chaque globule d'air‖ est un monde habité !Chaque monde y régit‖ d'autres mondes peut-êtrePour qui l'éclair qui passe‖ est une éternité !Dans leur lueur de temps,‖ dans leur goutte d'espace,Us ont leurs jours, leurs nuits,‖ leurs destins et leur place,La pensée et la vie‖ y circulent à flot ;Et pendant que notre œil‖ se perd dans ces extases,Des milliers d'univers‖ ont accompli leurs phasesEntre la pensée et le mot !

O Dieu ! que la source est immenseD'où coule tant de vie,‖ où rentrent tant de morts !Que perçant l'œil qui porte‖ à de telle distance !Qu'infini le regard‖ qui veille à tant de sorts !Que d'amour dans ton sein‖ pour embrasser ces mondes,Pour couver de si loin‖ ces poussières fécondes,Descendre aussi puissant‖ des soleils au ciron !Et comment supporter‖ l'éclat dont tu te voiles ?Comment te contempler‖ au jour de tes étoiles,Dieu si grand dans un seul rayon ?

LAURENCE

Oh ! comme ce rayon,‖ que son regard nous touche,Lui qui descend d'en haut‖ jusqu'à ces profondeurs.

MOI

Ah ! puisse son oreille‖ entendre sur ma boucheL'humble bégaiement de nos cœurs,Lui qui du sein de ses splendeursEntend le battement‖ des ailes de la moucheNoyée au calice des fleurs !

LAURENCE

Qu'il nous garde en ce lieu‖ pour savourer ensembleLes trésors que sa main‖ dans le désert assemble.

MOI

Comme deux rossignols‖ au même nid éclosEnseignons-nous l'un l'autre‖ à moduler ces hymnes ;De la voix de la terre‖ expirant sur ces cimesSoyons-lui les derniers échos !

LAURENCE

Qu'un seul souffle pour lui‖ sorte de deux poitrines !Qu'il nous fasse un seul sort !‖ qu'il nous cueille en commun !

MOI

Et parfumons ses mains divines,Comme sur un seul jet‖ deux lis qui n'en font qu'un,Qui n'ont dans le rocher‖ que les mêmes racines,Et qu'on cueille à la fois‖ sur les mêmes collines,Tout remplis du même parfum !

Des pleurs mouillaient nos voix ;‖ je regardais Laurence,Et longtemps nos esprits‖ prièrent en silence !…

25 juillet 1794.

Enfant, j'ai quelquefois‖ passé dès jours entiersAu jardin, dans les prés,‖ dans quelques verts sentiersCreusés sur les coteaux‖ par les bœufs du village,Tout voilés d'aubépine‖ et de mûre sauvage ;Mon chien auprès de moi,‖ mon livre dans la main,M'arrêtant sans fatigue‖ et marchant sans chemin,Tantôt lisant, tantôt‖ écorçant quelque tige,Suivant d'un œil distrait‖ l'insecte qui voltige,L'eau qui coule au soleil‖ en petits diamans,Ou l'oreille clouée‖ à des bourdonnemens ;Puis choisissant un gîte‖ à l'abri d'une haie,Comme un lièvre tapi‖ qu'un aboiement effraie,Ou couché dans le pré‖ dont les gramens en fleursMe noyaient dans un lit‖ de mystère et d'odeursEt recourbaient sur moi‖ des rideaux d'ombre obscure,Je reprenais de l'œil‖ et du cœur ma lecture ;C'était quelque poète‖ au sympathique accentQui révèle à l'esprit‖ ce que le cœur pressent,Hommes prédestinés,‖ mystérieuses vies,Dont tous les sentimens‖ coulent en mélodies !Que l'on aime à porter‖ avec soi dans les bois,Comme on aime un écho‖ qui répond à nos voix !Ou bien c'était encor‖ quelque touchante histoireD'amour et de malheur,‖ triste et bien dure à croire ;Virginie arrachée‖ à son frère, et partant,Et la mer la jetant‖ morte au cœur qui l'attend !Je la mouillais de pleurs‖ et je marquais le livre,Et je fermais les yeux‖ et je m'écoutais vivre ;Je sentais dans mon sein‖ monter comme une merDe sentiment doux, fort,‖ triste, amoureux, amer,D'images de la vie‖ et de vagues penséesDans les flots de mon âme‖ indolemment bercées,Doux fantômes d'amour‖ dont j'étais créateur,Drames mystérieux‖ et dont j'étais l'acteur ;Puis comme des brouillards‖ après une tempête,Tous ces drames conçus‖ et joués dans ma têteSe brouillaient, se croisaient,‖ l'un l'autre s'effaçaient,Mes pensers soulevés‖ comme un flot s'affaissaient ;Les gouttes se séchaient‖ au bord de ma paupière,Mon âme transparente‖ absorbait la lumière,Et sereine et brillante‖ avec l'heure et le lieuD'un élan naturel‖ se soulevait à Dieu.Tout finissait en lui‖ comme tout y commence,Et mon cœur apaisé‖ s'y perdait en silence ;Et je passais ainsi,‖ sans m'en apercevoir,Tout un long jour d'été‖ de l'aube jusqu'au soir,Sans que la moindre chose‖ intime, extérieure,M'en indiquât la fuite ;‖ et sans connaître l'heure,Qu'au soleil qui changeait‖ de pente dans les cieux,Au soir plus pâlissant‖ sur mon livre ou mes yeux,Au serein qui de l'herbe‖ humectait les calices ;Car un long jour n'était‖ qu'une heure de délices !

Eh bien ! ce doux été,‖ dont j'achève le cours,N'a pas duré, pour moi,‖ plus qu'un de ces beaux joursSeulement je n'ai plus‖ de ces vagues imagesQue l'âme vide attire‖ et colore en nuages,De ces pleurs de l'instinct‖ que je sentais roulerDans mes yeux, sans savoir‖ qui les faisait couler ;Tout cela s'est enfui‖ comme un brouillard de l'âmeQu'un rayon plus puissant‖ absorbe dans sa flamme :Ah ! c'est assez pour moi‖ de lire dans un cœur,D'y voir ses sentimens‖ éclore dans leur fleur,Dans chaque impression‖ que chaque heure y fait naîtreD'étudier son âme‖ et de m'y reconnaître,Moi tout entier, mais moi‖ plus jeune de six ans,Sous des traits plus naïfs,‖ plus doux, plus séduisans,Dans cet étonnement‖ tendre que toute choseDonne, au premier contact,‖ à l'âme à peine éclose,Dans la limpidité‖ de l'eau dans ce bassinAvant qu'un rameau mort‖ soit tombé dans son sein ;Aussi je ne lis plus.‖ Moi, lire ? Eh ! quel poëmeÉgalerait jamais‖ la voix de ce qu'on aime ?Quelle histoire touchante‖ emporterait mon cœurDans une fiction‖ égale à mon bonheur ?Quels vers vaudraient pour moi‖ son âme ? Et quelle pageDisputerait nies yeux‖ à son charmant visage,Quand, sous ses blonds cheveux‖ se dérobant au jour,Il rougit d'amitié‖ comme on rougit d'amour,Et que, pour me cacher‖ cette honte enfantine,Il m'embrasse en collant‖ son front sur ma poitrine ?

Aussi, depuis qu'un cœur‖ bat enfin sur le mien,Tous mes instincts sont purs‖ et me portent au bien ;Mon âme, qui souvent‖ tarit dans la prière,Nage toujours en moi‖ dans les flots de lumière ;Une telle clarté‖ m'échauffe dans ses yeux,Le timbre de sa voix‖ m'est si mélodieux,Tant de divinité‖ sur ce doux front rayonne,Que la splendeur de Dieu‖ jour et nuit m'environne.Sous un éclair d'en haut‖ qui peut nier le jour ?Ah ! que de vérité‖ dans un rayon d'amour !Que l'accent de sa voix‖ en priant Dieu me touche,Il me semble que Dieu‖ m'entend mieux par sa bouche.

15 octobre 1794.

Les seuls événemens‖ de notre solitudeSont le ciel plus clément‖ ou la saison plus rude,La fleur tardive éclose‖ aux fentes du rocher,Un oiseau rouge et bleu‖ qui commence à percherDans le chêne, et prépare‖ un toit pour sa famille ;L'aigle qui de son œuf‖ a brisé la coquille ;Un combat sur le lac‖ du cygne et du faucon,La plume ensanglantée‖ y tombant à flocon,Des vols de corbeaux noirs‖ qui de la voix s'assemblent,Sous leurs ailes de jais‖ les rameaux morts qui tremblent,La biche qui reprend‖ son long duvet d'hiver,Une aurore de feu‖ le soir traversant l'air :Voilà nos seuls soucis‖ ici-bas ; mais notre âmeEst un monde complet‖ où se passe un grand drame ;Drame toujours le même‖ et renaissant toujours,Dont l'amitié suffit‖ à varier le cours.Les entretiens repris,‖ les plaintes fugitives,Sur l'avenir douteux‖ les vagues perspectives ;Les plans de destinée‖ et de vie en commun,Cette fraternité‖ de deux êtres en un ;Et comment nous n'aurons‖ à nous deux sur la terre,Qu'un toit, qu'une pensée,‖ et, couple solitaire,Nous la traverserons‖ sans y mêler nos cœurs,Comme un couple d'oiseaux‖ dont le gîte est ailleurs.Sur ces plans d'avenir‖ quand par hasard j'insiste,Laurence écoute moins,‖ l'avenir le rend triste ;On dirait qu'un présage‖ est là pour le frapper,Il craint toujours de voir‖ le présent s'échapper.Oh ! c'est qu'un cœur d'enfant‖ dans le présent se noie !Qu'une goutte à sa lèvre‖ est une mer de joie !La mouche aussi s'irrite‖ et s'enfuit quand le doigtEfface sur la fleur‖ la perle qu'elle boit !

1er novembre 1794.

Ce soir un doux retour‖ des vents chauds du midiBalayait de nos monts‖ le sommet attiédi ;Triste et tendre soupir‖ que ce vent nous apporte,Dernier baiser d'adieu‖ sur une saison morte ;Le ciel était profond‖ et pur comme une mer,Et dans ses profondeurs‖ on voyait s'allumerLes foyers de soleils‖ aux lueurs argentines,Comme un feu de berger‖ le soir sur les collines ;La lune sur un pic‖ brillait comme un glaçon,Et sur les eaux du lac‖ courait en blanc frisson ;Des chênes dépouillés‖ de leurs cimes touffuesLes squelettes dressaient‖ leurs longues branches nues :Les feuilles que roulaient‖ les secousses du ventOndoyaient sous nos pas‖ comme un marais mouvant,Et les bois morts tombés‖ bruïssaient sur la terreComme les ossemens‖ qu'un fossoyeur déterre.A ces craquemens sourds‖ des cimes, à ces coupsDes tempêtes, nos cœurs‖ se serraient malgré nous,Et nous nous rapprochions‖ pas à pas en silenceDu rocher où dormait‖ le père de Laurence.Quand nous fûmes auprès,‖ je ne sais quel penserMonta de cette tombe‖ et vint me traverser :— « Pauvre Laurence ! dis-je,‖ en t'enlevant ton père« Dieu te fit dans moi seul‖ retrouver père et mère,« Et, tant que je vivrai,‖ tout leur amour pour toi,« Multiplié du mien,‖ plane et t'entoure en moi ;« Mais si Dieu, rappelant‖ le seul être qui t'aime,« T'enlevait ton ami !‖ Si je mourais moi-même !« Toi, que deviendrais-tu ?‖ — Ce que je deviendrais ?« Peux-tu le demander,‖ toi ? Moi, si tu mourais !… »Puis, me fermant du doigt‖ la bouche avec colère,M'entraîna sans répondre‖ au tombeau de son père :« Il m'a mis dans tes bras‖ comme un sacré dépôt,« S'écria-t-il, tu dois‖ le lui rendre là-haut ;« Il veille dans le ciel‖ sur ta double existence,« Je crois à ton soutien‖ comme à sa Providence.« Mais en croyant au Dieu‖ que m'enseigne ta voix,« Ah ! ne t'y trompe pas,‖ c'est à toi que je crois ;« Et s'il brisait en toi‖ sa plus sensible image,« Si je ne voyais plus‖ son ciel dans ton visage,« S'il ne m'éclairait plus‖ le cœur par ton regard,« Va, je ne croirais plus‖ qu'au malheur, au hasard,« Et j'irais dans la mort‖ l'interroger lui-même« Pour savoir si l'on dort‖ là-bas, ou si l'on aime ? »Et comme revenant‖ de son égarement,— « Pardonne, reprit-il,‖ j'ai trop d'emportement ;« J'ai peut-être dit là‖ des mots dont Dieu s'offense.« Mais la mort n'est-ce pas‖ une éternelle absence ?« Tu n'en parlerais plus,‖ ami, si tu m'aimais ;« Ta mort ! la mienne, oh ! moi,‖ je n'y pense jamais ! »Puis, s'échappant soudain‖ d'une course insenséeComme pour secouer‖ du front une pensée,Il courut vers les bords‖ d'un abîme sans fondOù deux rochers, courbés‖ comme l'arche d'un pont,Laissant entre leurs pans‖ un intervalle immense,Du lac qui gronde au pied‖ recouvraient toute une anse,Et prenant son élan‖ comme pour s'y jeter,Il le franchit d'un bond‖ qui me fit palpiter.— « Ah ! tu frémis ? dit-il‖ avec un rire étrange,« Tant mieux ; tu m'as parlé‖ de mort, et je me venge ! »J'ai voulu le gronder,‖ mais il s'était enfui.Du cœur de cet enfant‖ quel sombre éclair a lui ?Que cette âme profonde‖ à l'œil qui la regardeFait aimer et frémir !‖ et qu'il faut prendre garde !

6 novembre 1794.

Ici l'hiver précoce‖ est déjà descendu,Le linceul de la terre‖ est partout étendu ;Les vents roulent sur nous‖ des collines de neige,Oh ! béni soit le roc‖ dont l'antre nous protège !Car nous ne pourrions plus‖ faire un pas sans périlHors de l'obscur abri‖ qui cache notre exil.On ne distingue plus‖ les vallons de leurs cimes,Les torrens de leurs bords,‖ les pics de leurs abîmes ;Le déluge a couvert‖ d'un océan geléLes gorges, les sommets,‖ et tout est nivelé,Et les vents des frimas,‖ labourant la surface,Font changer chaque nuit‖ les collines de place ;La biche même tremble‖ et ne nous quittant pasSur la plaine trompeuse‖ hésite à faire un pas ;L'arche par où ces monts‖ touchent à la valléeD'une énorme avalanche‖ aujourd'hui s'est comblée.Et comme dans une île‖ inaccessible aux yeuxNous tiendra renfermés‖ jusqu'aux mois pluvieux.Oh ! que j'aime ces mois‖ où, comme cette terre,En lui-même le cœur‖ se chauffe et se resserre,Et recueille sa sève‖ en cette demi-mortPour couler au printemps‖ plus abondant, plus fort !Comme avec volupté‖ l'âme qui s'y replieS'enveloppe de paix‖ et de mélancolie,Mêle même au bonheur‖ je ne sais quoi d'amerQui relève son goût‖ comme un sel de la mer ;Jouit de se sentir‖ aimer, penser, et vivrePendant que tout frissonne‖ et tout meurt sous le givre,Et s'entoure à plaisir,‖ dans ces jours sans soleil,De rêves de son choix‖ comme pour un sommeil !

7 décembre 1794.

La foudre a déchiré‖ le voile de mon âme !Cet enfant, cet ami !‖ Laurence, est une femme…Cette aveugle amitié‖ n'était qu'un fol amour !Ombres de ces rochers,‖ cachez ma honte au jour !

Même date, la nuit, à onze heures.

Elle dort, la poitrine‖ un peu moins oppressée ;La fièvre en mots sans suite‖ égare sa pensée ;« Mon père !… Jocelyn !‖… où sont-ils tous deux… ? Morts !Ses pieds veulent courir :‖ oh ! dors ! pauvre enfant, dors !Jocelyn vit encor‖ pour te rendre à la vie !Mais, oh ! qu'elle te soit‖ ou rendue ou ravie,Il vit l'âme en suspens‖ entre ces deux malheurs :Mort pour toi si tu vis !‖ et mourant si tu meurs !

Même date, 7 décembre, à minuit.

L'heure a versé sa paix‖ sur son front qui sommeille ;Ses pieds sont moins glacés‖ dans mes mains !… Quelle veille !Quel jour ! et quelle nuit,‖ et demain, et toujours !Quel repos ! quel réveil !‖ quelles nuits et quels jours !Est-ce un rêve d'un an‖ que j'ai fait dans ces ombres ?Mon cœur nage incertain‖ comme sur des mers sombres,Ne pouvant ni toucher‖ le fond, ni voir le bord,Entre le désespoir,‖ ou le crime, ou la mort !Ah ! recueillons un peu‖ mon esprit qui s'égare !D'hier à cette nuit‖ un siècle me sépare !Souvenons-nous : sachons‖ au moins nous retracerCe gouffre qu'un instant‖ nous a fait traverser,Repassons pas à pas‖ toutes lés circonstancesDu jour fatal qui rompt‖ d'un coup deux existences ;Marquons l'heure où du haut‖ de ma félicitéDans l'abîme sans fond‖ Dieu m'a précipité !

Les rayons du matin‖ colorés par la neigeBrillaient comme un appât‖ pour l'oiseau dans un piège ;L'air ambiant et pur‖ semblait s'être adouci,Quelques oiseaux posaient‖ sur le givre durci ;Ce jour de mort avait‖ l'éclat d'un jour de fête ;La biche impatiente‖ au vent tendait sa tête.Je me sentis tenté‖ de prendre aussi l'essor ;Laurence dans sa mousse,‖ hélas ! dormait encor.La biche, qui la nuit‖ au bord de ses pieds couche,De peur de l'éveiller‖ n'osa quitter sa couche,Et d'un œil inquiet‖ me regardant sortirComme un pressentiment‖ paraissait m'avertir.Je sortis. La montagne‖ éblouit ma paupière,Tout l'horizon glacé‖ rayonnait de lumière,De chaque atome d'air‖ une lueur sortait ;Je tentai quelques pas ;‖ la neige me portaitEt craquait sous mes pieds‖ comme un morceau de verreQu'on trouve sur ses pas‖ et qu'on écrase à terre ;Je frémis de plaisir,‖ et m'élançai plus loin,De mouvement et d'air‖ mes sens avaient besoin ;Je courus jusqu'au pont‖ formé par l'avalanche,Je franchis le ravin‖ sur cette croûte blancheDont la voûte tremblait‖ et grondait sous mes pas,Et me cachait les eaux‖ qui mugissaient plus bas.Je voulus profiter‖ de cette arche geléePour descendre en deux bonds‖ jusque dans la vallée,Et voir si le berger‖ ne serait pas venuApporter quelque chose‖ au dépôt convenu.Je n'y trouvai qu'un mot :‖ « Gardez-vous de descendre. »Mot que sa charité‖ d'en bas faisait entendre ;Je remontai bien vite,‖ et déjà du matinLe ciel s'était sali‖ comme un dôme d'étain,Il éteignait le jour‖ qui s'efforçait d'éclore,Et ramenait la nuit‖ une heure après l'aurore ;Le vent, que les brouillards‖ paraissaient renfermer,En remuait les flots‖ comme une lourde mer,Il éclatait parfois‖ dans le choc des oragesComme un coup de canon‖ tiré dans les nuages ;Mais quoique encor bien haut‖ il parût retentir,La montagne en travail‖ semblait le pressentir,Et ses vastes rameaux‖ de granit et de marbreCraquaient et se tordaient‖ comme les bras d'un arbre ;Semblable au brasier vert‖ que l'on vient d'allumerJe voyais la montagne‖ en mille endroits fumer ;Ces vapeurs de la neige‖ amollissaient la croûte,Mes pieds n'y trouvaient plus‖ une solide route,Mais lourds et sans appui‖ sur ce terrain mouvant,A chaque pas de plus‖ enfonçaient plus avant ;Je courais, je tremblais‖ que la neige fondueNe fit crouler le pont‖ de glace suspendueAvant que du ravin‖ j'eusse atteint l'autre bord ;Ah ! j'aurais préféré‖ des millions de mort !Que serait devenu‖ loin de moi le seul êtreQui m'attendait ?… Hélas !‖ mieux eût valu peut-être !Dieu ne le permit pas ;‖ au suprême momentOù le pont s'abîmait‖ sur le gouffre écumant,Où l'avalanche en poudre‖ affaissant sa collineFondait comme des pans‖ de montagne en ruine,Je franchissais le gouffre‖ et l'arche d'un élan ;Mais à peine mon pied‖ touchait à l'autre pan,Que l'ouragan s'échappe,‖ et de toutes les crêtesFait voler dans les fonds‖ l'écume des tempêtes,Les lance en poudre, en flots‖ immenses, tournoyans,Comme l'étroit ravin‖ de leurs blocs ondoyans,Jusqu'aux gueules du pont‖ les dresse, les entasse ;L'arc-boutant de granit‖ chancelle sous la masse,Se précipite et roule,‖ et sur ces noirs sommetsDu séjour des vivans‖ nous sépare à jamais.Je m'accrochai des mains‖ aux angles de ravineQui tremblaient comme un cap‖ que la mer déracine ;Le roc concave et creux‖ m'abritait, ses rebordsDu choc de l'avalanche‖ y préservaient mon corps ;J'embrasse cet appui‖ pendant que la tourmenteDe ses propres débris‖ s'accélère, s'augmente ;Et passe sur ma tête‖ avec ses vents, ses flots,Et sa mer de brouillard‖ flottant dans son chaos.Là, le sein sans haleine‖ et le front sans pensée,Comme une feuille morte‖ au rameau balancée,J'attendais que la neige‖ entassant pli sur pliM'eût du linceul glacé‖ vivant enseveli !Je voyais, de ma niche,‖ au souffle des rafales,Se dérouler au loin‖ les lames colossales,Creuser de hauts sillons‖ qui croulaient sur leurs flancs,Surmonter leurs sommets‖ par d'autres sommets blancs,Se heurter, se briser,‖ s'enfoncer en silence,Jusqu'au ciel obscurci‖ jaillir en gerbe immense,Tournoyer en nuage‖ et tomber ; chaque foisQue la vague en pleuvant‖ m'enfonçait sous son poids,Pour m'arracher du gouffre‖ et revoir la lumière,Sous mes pieds, sous mes mains‖ j'écrasais la poussière,Et retardant ainsi‖ l'instant, l'instant fatal,Dressais contre la roche‖ un nouveau piédestal ;Oh ! quand une lueur‖ me rendait l'espérance,Que je bénissais Dieu‖ d'être là sans Laurence ;De savoir cet enfant‖ sous la grotte endormi,A l'abri de la mort‖ où luttait son ami !Je ne me doutais pas‖ qu'à ce péril suprêmeSa tendresse pour moi‖ l'avait jeté lui-même !Pourtant dans ce chaos‖ de bruit, de mouvemens,A travers le roulis,‖ les coups, les sifflemens,Au milieu d'une pause‖ et d'un affreux silence,Deux fois je crus entendre,‖ éteints par la distance,Parmi les cris du vent‖ des cris aigus courir,Mon nom inachevé‖ dans des sanglots mourir :Mon cœur avait frémi…‖, mais c'était impossible !L'ange même de Dieu‖ dans la mêlée horribleDe la neige et du vent‖ luttant pour l'entasser,Sur les ailes de feu‖ n'eût pas osé passer !Je ne sais pas combien‖ dura cette agonie ;Quand la mort la mesure‖ une heure est infinie,Et pour mesurer l'heure‖ et compter les momensJe n'avais de mon cœur‖ que les lourds battemens.

Enfin le vent tomba ;‖ le jour teignit les nues ;Sa lueur m'éclaira‖ des plages inconnues ;Un souffle aigu du nord,‖ courant comme un frisson,Durcit la neige en poudre‖ et la pluie en glaçon ;Les abîmes mouvans,‖ gelés à cette haleine,Devinrent sous mes pas‖ une solide plaine ;J'orientai mon œil‖ au soleil éclatant,Je me précipitai‖ dans l'antre, haletant :Laurence !… l'écho seul‖ me renvoya : Laurence !Mon cœur pétrifié‖ plongea dans ce silence !…Un éclair de terreur‖ m'illumine à demi :Il a bravé la mort‖ pour sauver son ami !Je ressors à l'instant‖ de la caverne vide,Je cherche sur la neige‖ une empreinte, une ride ;J'appelle ; tout se tait ;‖ je m'élance au hasard,J'aurais voulu sonder‖ l'espace d'un regard,Mon oreille à mes cris‖ attendait la réponse,Comme un homme jugé‖ dont l'arrêt se prononce ;Entre l'affreux silence‖ et le cri de ma voixDans un seul battement‖ mon cœur mourut cent fois ;Je tombais, quand la biche,‖ à ma voix accourue,Bondit autour de moi ;‖ je frémis à sa vue ;Elle lécha mes mains,‖ et se mit à marcherEn se tournant vers moi‖ comme pour me chercher,Puis, franchissant d'un bond‖ une blanche colline,Disparut à mes yeux‖ au fond d'une ravine.Sur le rebord glissant‖ d'un trait je la suivis ;Le gouffre d'un regard‖ fut sondé ; je la vis,Sur la pente des rocs‖ dont les arêtes nuesHérissaient les frimas‖ de leurs pointes aiguës,Voler jusqu'au lit creux‖ de l'abîme profond,Écarter du museau‖ la neige épaisse au fond,Et découvrir au jour‖ dans sa fosse glacéeLe corps inanimé‖ de l'enfant ! La penséeNe franchit pas plus vite‖ un espace idéal :Je fus aussitôt qu'elle‖ au fond du creux fatal ;Sur la neige en monceaux‖ que son pur sang colore,Laurence évanoui,‖ blessé, mais tiède encore,Ses beaux cheveux souillés‖ de sang et de glaçons,Luttait avec la mort‖ et ses derniers frissons ;Je me jette sur lui,‖ je le prends, je l'enlève,Je l'emporte insensible‖ et léger comme un rêve,Comme une mère porte‖ un enfant dans ses bras,Sans en sentir le poids‖ et sans faire un faux pas :Comme si quelque force‖ intérieure, intime,M'eût aidé d'elle-même‖ à remonter l'abîme !Dans la grotte à l'abri‖ je fus en un moment ;J'y déposai le corps‖ toujours sans mouvement ;Je rallumai du feu,‖ je tournai vers la flammeLes pieds ; et soutenant‖ le front que la mort pâmeSur mes genoux, du cri,‖ du souffle, de la main,J'y rappelai la vie,‖ hélas ! longtemps en vain !Mes lèvres ne pouvaient‖ réchauffer sur sa boucheLe souffle évanoui ;‖ je le mis sur ma couche,J'étanchai sur son front‖ le sang qui s'y gelait.De sa poitrine encor‖ d'autre sang ruisselait,Et de son vêtement‖ souillé les déchiruresM'indiquaient sur son corps‖ aussi d'autres blessures.Pour lui donner de l'air‖ et pour les découvrir,Je déchire des dents‖ l'habit lent à s'ouvrir…Un sein de femme, ô ciel !‖ sous la sanglante toile !Ma main recule froide‖ et mon regard se voile !…Mon front tourne et bourdonne‖ et bat sans sentiment,Et je ne sais combien‖ dura l'affreux moment !Cependant le péril‖ me rend à la nature ;Le sang que le froid glace‖ aux bords de la blessureRentre dans la poitrine‖ et semble l'étouffer ;Rien là pour l'humecter,‖ rien pour la réchauffer !Sur ce sein déchiré‖ sans souffle je me penche,De mes lèvres en feu‖ je l'échauffe et l'étanche :Il coule…, elle revit…‖, voit son sein découvert,Rougit, ferme son œil et ne l’a plus rouvert !De ses sens affaiblis‖ le délire s'empare,La fièvre ou la douleur‖ dans ses rêves l'égare ;Elle accuse ou bénit,‖ mord ou baise ma main,Puis enfin elle dort !‖… Oh ! quel réveil demain !

8 décembre, le matin.

Toute ma longue nuit‖ déjà s'est écouléeA presser dans mes doigts‖ sa main toujours gelée,A rappeler vingt fois‖ le sang et la chaleurA la plante des pieds‖ réchauffés sur mon cœur :A retenir la biche‖ à côté sur sa moussePour que de son duvet‖ la tiédeur saine et douce,En se communiquant‖ de plus près corps à corps,Ranimât par degré‖ ses membres demi-morts ;A mouiller d'un peu d'eau‖ par la flamme attiédieSa tête ensanglantée‖ ou sa tempe engourdie ;A voir vers le matin‖ son souffle sommeiller,A retenir le mien‖ de peur de l'éveiller ;Puis quand l'accablement,‖ qui succède au délire,A son haleine égale‖ à la fin s'est fait lire,J'ai saisi par instinct‖ ce moment de reposPour essuyer le sang‖ qui durcit ses caillots ;J'ai déchiré la toile,‖ et de ses découpuresArraché fil à fil‖ le duvet des blessures ;Séparant les anneaux‖ de cheveux, j'ai lavéSon front entre mes bras‖ mollement soulevé,De son flanc déchiré,‖ j'ai d'une large bandeFermé, sous un lin pur,‖ la blessure plus grande,Et déposé le corps‖ doucement recouché !Tout tremblant, comme si‖ ma main avait touchéUn enfant endormi‖ retourné dans ses langes,Ou comme un vil mortel‖ qui toucherait des anges.

8 décembre, le soir.

Elle a jeté sur tout‖ un regard interdit ;Puis, d'une voix éteinte‖ et tendre, elle m'a dit :« Il est donc vrai ! tu sais !‖… si je n'ai plus qu'une heure« A vivre, oh ! Jocelyn,‖ pardonne et que je meure !« Je t'ai trompé ; mon père‖ ainsi l'avait voulu ;« Je devais respecter‖ mon serment absolu !« Il m'avait interdit‖ à son moment suprême« De révéler mon sexe‖ à personne, à toi-même.« Soit que sous cet habit‖ qui dut me protéger,« Il crût de son enfant‖ les jours moins en danger,« Soit qu'il eût je ne sais‖ quelle autre prévoyance,« Je devais à son ordre‖ aveugle obéissance.« Ah ! qu'il m'en a coûté‖ de me cacher de toi !« Ah ! j'aurais dû penser‖ que j'outrageais ta foi,« Que nous n'étions pas deux,‖ que mon âme et la tienne« N'ont rien qui ne se mêle‖ et qui ne s'appartienne.« Faut-il te l'avouer ?‖ Souvent je le pensai,« Souvent je résolus,‖ souvent je commençai ;« Mais toujours, au moment‖ de trahir mon mystère,« Je ne sais quelle main‖ me forçait à me taire.« J'avais trop attendu‖ déjà, je n'osais plus ;« Mon front couvert de honte‖ était rouge et confus ;« Puis je savais ta vie‖ et ta pieuse enfance,« Je redoutais l'effet‖ de cette confidence,« J'avais peur du regard‖ que tu me jetterais,« Du son de voix, du mot‖ froid que tu me dirais.« Ce mot, pour moi, c'était‖ ou la mort ou la vie !« Je mourais à tes pieds‖ si tu m'avais bannie !« Oh ! pouvais-je risquer,‖ contre un précoce aveu,« Cent fois plus que ma vie‖ à ce terrible jeu ?« J'aimais mieux me fier‖ à cette destinée« Qui m'avait de si loin‖ dans ton ombre amenée,« Jouir du jour au jour,‖ et remettre à plus tard ;« Tout attendre de Dieu,‖ du moment, du hasard.« Ah ! ce hasard fatal‖ n'est venu que trop vite !« Mais si ta main se ferme‖ et si ton cœur hésite,« Oh ! du moins, Jocelyn,‖ je ne le saurai pas !…« J'ai cherché la tempête‖ et la mort sous tes pas !« Avec joie à la mort‖ j'ai couru pour te suivre ;« L'abîme me prend seule,‖ et toi te laisse vivre.« Tu sais tout, mais je meurs !‖ dis, me pardonnes-tu ? »

Oh ! les anges du ciel‖ ont-ils cette vertu ?Peuvent-ils de leurs mains,‖ sans pitié pour eux-même,Se déchirer en deux‖ dans le cœur qui les aime ?Pour moi, faible mortel,‖ fait de sang et de chair,Je ne pus me frapper‖ sur un être si cher,Et, repoussant l'amour‖ dans le sein qui se donne,Briser notre âme en deux :‖ « Oh ! oui, je te pardonne,« Lui dis-je, enfant ou sœur,‖ pauvre être abandonné,« L'amour que je te donne‖ et que tu m'as donné ;« De tous les noms sacrés‖ dont sur terre on s'adore« Je te nomme… et je t'aime,‖ et j'en invente encore !« Ah ! vis pour les entendre‖ et les répéter tous !« Que Dieu nous illumine‖ et dispose de nous ;« Dans ce ciel où ses mains‖ nous ont portés d'avance,« Comme deux esprits purs‖ vivons en sa présence ;« Et laissons-lui le soin,‖ à lui seul, de nommer« L'amour ou l'amitié‖ dont il faut nous aimer ! »

9 décembre 1794. le soir.

On eût dit que sa vie‖ eût coulé par ma bouche,Et son cœur soulevait‖ le manteau sur sa couche :— « Que tu m'as fait de bien !‖ dit-elle. Oh ! quel bonheur !« Quoi, nous n'étions qu'amis,‖ nous serons frère et sœur !« Frère ! sœur ! oh ! s'il est‖ un nom encor plus tendre,« Laisse-moi le chercher‖ pour te le faire entendre ;« Tu m'aimes donc de même‖ après l'aveu fatal ?— « C'est toujours toi !… Pourtant,‖ Laurence, tu fis mal« De me tromper ; on doit‖ tout dire à ce qu'on aime ;« Tu m'exposais, enfant,‖ à me tromper moi-même,« A prendre auprès de toi,‖ sans soupçon, jour à jour,« Pour la sainte amitié‖ quelque coupable amour,« A puiser dans tes yeux‖ et dans la solitude« D'un bonheur surhumain‖ l'enivrante habitude,« Et quand il eût fallu‖ fuir et ne plus te voir,« A mourir de ma honte‖ ou de mon désespoir ;« Car vois-tu, bien qu'encore‖ aucun vœu ne me lie,« Aux autels, tu le sais,‖ j'ai destiné ma vie ;« Ma promesse au Seigneur‖ me dévouait à lui ;« Qui sait si je puis même‖ y manquer aujourd'hui ?« Qui sait, lorsque le sang‖ du martyre l'arrose,« Si je puis en honneur‖ abandonner sa cause ?« De l'église où j'entrai‖ sur mes pas revenir ?« Et, sans m'être rendu‖ par Dieu, m'appartenir ?« Pour savoir quel arrêt‖ d'en haut il faut attendre« Par la voix des pasteurs‖ j'ai besoin de l'entendre.« Mais ne songe à présent‖ qu'à vivre ; le rocher« S'est écroulé ; d'ici‖ nul ne peut approcher !« Avant qu'un autre été,‖ vidant l'eau de l'abîme,« Ait rejoint de nouveau‖ la vallée à la cime ;« L'aigle seul peut franchir‖ le gouffre, et le Seigneur« Pendant des mois entiers‖ nous condamne au bonheur. »— « Je vivrai, je le sens,‖ Jocelyn, me dit-elle ;« Oh ! du fond de la mort‖ cette voix me rappelle !« Heureuse je vivrai‖ toujours, toujours, toujours !« Que m'importe quels vœux‖ enchaîneront tes jours,« Ton travail en ce monde,‖ et le pain dont tu vive,« Et ton chemin ? si Dieu‖ permet que je t'y suive,« Si partout, comme ici,‖ je t'entends, je te vois,« Si je marche à ton ombre‖ et m'éveille à ta voix,« Si je suis en tout lieu‖ ta sœur ou ta servante,« Toute chose me plaît,‖ ou m'est indifférente !« Tu m'aimes, c'est assez ;‖ tu l'as dit ! que de toi« Tout soit à l'univers,‖ si le cœur est à moi ! »

Même date, plus tard.

— « Mais lui disais-je encor,‖ tu ne sais pas peut-être« Qu'au veuvage du cœur‖ Dieu condamne le prêtre,« Lui défend les doux noms‖ et d'amant et d'époux,« Et qu'il n'est à personne‖ afin qu'il soit à tous ;« Que si Dieu me voulait‖ tout à son saint service,« Il faudrait boire, hélas !‖ mon sang dans ce calice ;» A vivre l'un sans l'autre‖ un jour s'habituer ! »— « Alors, dit-elle, écoute !‖ il vaut mieux me tuer !« Mais à quoi penses-tu ?‖ ce Dieu qui nous rassemble« Ne nous a-t-il pas mis‖ par la main, seuls ensemble,« Perdus, nous unissant‖ dans un exil commun,« Plus qu'il n'unit jamais‖ deux cœurs, deux sorts en un« Ne m'a-t-il pas jeté‖ sous tes pas comme on trouve« L'enfant abandonné‖ qu'on réchauffe et qu'on couve ?« Me rejetteras-tu‖ froide et morte à mon sort ?« Lui diras-tu, Seigneur,‖ mon frère unique est mort ?« Lui consacreras-tu‖ comme un encens ta vie« Et la mienne ? oui, la mienne,‖ après l'avoir ravie ?« N'en maudirait-il pas‖ l'abominable don ?« N'appellerait-il pas‖ ton remords par mon nom ?« Oh ! non, sa volonté‖ n'est plus un vain problème,« Je me fie à l'arrêt‖ qu'il a porté lui-même,« A cet isolement‖ complet dans ce désert,« Au seul cœur, ici-bas,‖ que sa main m'ait ouvert,« A ce renversement‖ des choses de la terre,« Qui rend notre bonheur‖ lui-même involontaire.« Ah ! oui, grâce à ce Dieu,‖ mon bonheur est ta loi…« Ni bonheur, ni vertu,‖ dans ce monde, sans moi. »

J'hésitais ; elle mit‖ ses deux doigts sur ma bouche,Et de son autre main‖ m'attirant vers sa couche,« Jure-moi, jure-moi,‖ dit-elle, ô Jocelyn,« A moi ta pauvre sœur,‖ à moi ton orphelin,« Jure-moi mon bonheur‖ devant Dieu qui l'ordonne ;« Je jure de mourir,‖ moi, si tu m'abandonne !« Et je sens que ma vie‖ ou ma mort en suspens« Vont sortir de ton cœur‖ dans le mot que j'attends ! »Et ses yeux sur les miens,‖ et sa bouche entr'ouverteImploraient, aspiraient‖ son triomphe ou sa perte.Ah ! mon cœur tout entier‖ criait pour elle en moi,Un regard lui donna‖ le gage de ma foi,Et sur sa pâle main‖ ma lèvre qui se colleLa retint à la vie‖ avec une parole !

12 décembre 1794.

D'heure en heure depuis‖ elle se rétablit ;Pour la première fois‖ elle a quitté son lit,Et d'un pas chancelant‖ sur mon bras appuyée,Elle a voulu marcher‖ sur la neige essuyée :O soleil de décembre,‖ éclairas-tu jamaisUne plus pâle fleur‖ d'hiver sur ces sommets ?

Que j'aimais à sentir‖ ce poids de sa faiblesse,A porter sur mon sein‖ ce beau corps qui s'affaisse,A penser que sans moi,‖ ses pas, ses faibles pasN'auraient pu soutenir‖ ce qu'appuyait mon bras,A rendre devant nous‖ sa route plus unie,A pétrir ou la glace‖ ou la neige aplanie,De peur que son beau pied‖ qu'elles venaient blanchir,N'eût à se soulever‖ trop haut pour les franchir !Et comme son regard‖ et comme son sourireEt comme le bonheur‖ qui dans ses traits respire,Et comme de son cœur‖ le tendre battement,Sensible sur mon bras‖ malgré son vêtement,Pour me récompenser‖ des soins de ma tendresse,M'enivraient de sa vue‖ et n'étaient que caresse !

6 janvier 1794.

Un sang pur, le bonheur,‖ le repos, la nature,Ont bien vite fermé‖ sa dernière blessure ;Le souffle de la vie‖ a bu d'un trait ses pleurs ;Son visage un peu pâle‖ a repris ses couleurs,Et comme sur la rose,‖ où flotte encor la pluie,Un rayon fait briller‖ la goutte qu'il essuie.Ah ! si ce n'était pas‖ que cet ange souffrait,Même dans ce bonheur‖ mon cœur regretteraitCes longues nuits de veille‖ autour de cette coucheA compter en tremblant‖ les souffles de sa bouche,Les battemens du pouls‖ soulevés par le cœur ;A promener ma main‖ sur son front en sueur,A retourner son corps‖ allangui par là fièvre,A verser larme à larme‖ une eau fraîche à sa lèvre,A voler au chevet‖ si j'entendais gémir,A voir son œil se clore,‖ à l'écouter dormir ;Ou quand le lourd sommeil,‖ rebelle à mes prières,Par un rêve agité‖ fuyait de ses paupières,A venir à la voix‖ de l'enfant effrayé,Mon coude au bord du lit‖ tout près d'elle appuyé,Pour l'assoupir un peu‖ chercher dans ma mémoire,Ou dans mon cœur, d'amans‖ quelque touchante histoire,Oubliés comme nous‖ du monde, et se faisantD'eux-même et de leurs cœurs‖ un monde suffisant,Perdus sous l'œil de Dieu‖ dans sa vaste nature,Dans quelque île sans nom‖ portés par aventure,Tels qu'en voit au matin‖ le songe d'un amant,Ou qu'en chante une mère‖ en berçant son enfant ;Et de voir sur son front‖ sa terreur ou sa joiePasser en humectant‖ de pleurs ses cils de soie ;Tandis que je roulais‖ comme sur des fuseauxSes cheveux sous mes doigts‖ en moelleux écheveaux.

Février 1794.

Quelquefois, je ne sais‖ quelle timidité,Comme le sentiment‖ de notre nudité,Devant elle me trouble‖ et vient saisir mon âme,Et je n'ose parler,‖ en pensant qu'elle est femme !Mais elle ne sent pas,‖ dans sa chaste candeur,Cette honte des sens‖ qui me remonte au cœur ;Son sentiment naïf‖ dans cette âme si pureA bien changé de nom,‖ mais non pas de nature ;C'est toujours de l'enfant‖ l'ardente affectionN'ayant qu'une pensée‖ et qu'une passion,Et ne soupçonnant pas,‖ dans sa douce ignorance,Que l'amour devant Dieu‖ ne soit pas l'innocence !Au contraire, depuis‖ nos doux aveux, souventElle est plus caressante‖ et plus libre qu'avant ;Avec moins d'abandon‖ la vierge se confieAu frère qui puisa‖ du même sein la vie ;Elle ne comprend pas‖ pourquoi, depuis ce jour,Je suis plus réservé‖ pour avoir plus d'amour,Et pourquoi, tout tremblant,‖ de sa main je repousseDe sa lèvre à mon front‖ l'impression trop douce.Moi pourtant je ne puis,‖ comme avant, prolongerCes regards où le cœur‖ au cœur va se plongerNi ses bras à mon cou,‖ ni sa tête charmanteSur mes genoux pliés,‖ comme autrefois dormante,Ni ses cheveux jetés‖ par le vent sur ma peau,La faisant frissonner‖ comme le vent fait l'eau,Ni ces mots caressans‖ où son amour se joue,Ni sa main dans ma main,‖ ni son front sur ma joue ;Et quand, tel qu'un enfant‖ qui joue avec le feu,Je retire ma tête‖ et je la gronde un peu,Quand je sors, tout ému,‖ comme d'une fournaise,Pour respirer dehors‖ l'air glacé qui m'apaise ;Elle pleure, elle dit‖ que je ne l'aime pas,Ou me boude, ou s'attache‖ obstinée à mes pas ;Un sourire la calme‖ et nous réconcilie,Et je la laisse aimer‖ et dire, et tout s'oublie !

Mars 1794,

Pour nous conserver purs‖ la nuit, sous l'œil de Dieu,Après avoir prié‖ nous nous disons adieu,Et chacun va chercher‖ sa couche solitaire,Elle sous le rocher,‖ moi dehors sur la terre,Dans un abri, de mousse‖ et de feuillage, obscur,Que je me suis creusé‖ sous le rebord du mur.Là, comme un chien fidèle‖ au seuil de son asile,Je lui garde sa vie‖ et son sommeil tranquille ;Rien ne pourrait venir‖ la troubler du dehorsSans m'éveiller moi-même‖ et passer sur mon corps ;Oh ! que j'aime à sentir‖ sous la pluie ou la neige,Que des rigueurs de l'air‖ cet abri la protège ;Que je garde à ce prix‖ cet ange du Seigneur,Sacrée et tout à lui‖ jusqu'au jour du bonheur,Jusqu'à l'heure où sa main,‖ qui bénit ce qui s'aime,Dans mon sein altéré,‖ la jettera lui-même !Quelle douce pensée !‖ ah ! oui, mais quel effort,De savoir qu'elle est là,‖ là, si près, qu'elle y dort,Qu'elle y veille peut-être,‖ et, par l'amour bercée,S'y retourne cent fois‖ sous la même pensée ?Que l'ange de Dieu seul‖ voit ses chastes appas !Qu'entre le ciel et moi‖ je n'aurais qu'un seul pas !Oh ! que de fois chassé‖ de ma brûlante couche,Le cri de mes désirs‖ étouffé sur ma bouche,Ainsi qu'un insensé‖ qui se lève la nuit,Fuyant dans les frimas‖ l'image qui me suit,Comme un faon égaré‖ qui cherche sa compagne,Pour fatiguer mes pas‖ j'erre sur la montagne,Dans ma poitrine en feu‖ j'aspire les vents froids,Je pétris du glacier‖ les cristaux dans mes doigts,Jusqu'à ce qu'énervé‖ de fatigue et de veilleSur ma couche transie‖ un moment je sommeille !Et que vite éveillé‖ par des songes d'amourAvec impatience‖ encor j'attends le jour,Le moment où Laurence‖ à son tour éveillée,Et dans l'obscurité‖ de la grotte habillée,Vient, ses beaux yeux encor‖ tout chargés de sommeil,Comme une jeune sœur‖ m'embrasser au réveil,Dans notre tiède abri‖ par mon nom me rappelle,Et vers le doux foyer‖ m'entraînant auprès d'elle,Sur un feu que la nuit‖ couve sans l'étouffer,Me prend entre ses mains‖ mes mains pour les chauffer !

16 mars 1794.

Je ne sais quel respect‖ à tant d'amour se mêle,Et s'accroît tous les jours‖ dans mon âme pour elle ;Comme un dieu je craindrais‖ du doigt de la toucher ;A ses pieds quelquefois‖ je voudrais me coucher,Pour que cet être, roi‖ de toute la nature,Me foulât sous son pas‖ comme sa créature ;Plus son sourire est tendre‖ et son regard m'est doux,Plus je sens le besoin‖ de tomber à genoux,De consacrer mon cœur‖ en lui rendant hommage,Et d'adorer mon Dieu‖ dans ce divin ouvrage.Pour ne pas offenser‖ ses sentimens chrétiens,Devant elle tremblant,‖ pourtant je me retiens ;Mais quand elle se baisse‖ ou détourne la tête,Qu'elle marche un moment‖ devant moi, je m'arrête,Je contemple sa forme‖ avec recueillement,Comme un être éthéré‖ tombé du firmamentDont l'émanation‖ éclaire la lumièreEt dont le pied céleste‖ honore la poussière ;Je suis avec les miens‖ les traces de ses piés,Comme si ce contact‖ les eût sanctifiés ;Dans l'air qu'elle occupait‖ j'aime à prendre sa place,Comme si son passage‖ eût consacré l'espace,A marcher dans son ombre,‖ à ramasser les fleursDe l'herbe dont son corps‖ a foulé les couleurs,A respirer le vent‖ qui dans ses cheveux joue,Quand son front renversé‖ comme un flot les secoue,Et l'air que sa poitrine‖ a déjà respiré,Comme un parfum du cœur‖ par mon âme aspiré !Il semble qu'un contact‖ avec ce que j'adore,A cet être divin,‖ moi mortel, m'incorpore,Et que de mon néant‖ un regard de ses yeuxPourrait, s'il le voulait,‖ me soulever aux deux !Amour, dont les amans‖ savent seuls le mystère,Tu fais plus, ton regard‖ met leur ciel sur la terre !

Avril 1794.

Oh ! quels plans nous faisions‖ sous l'arbre ce matin !Que ce présent pour elle‖ encore a de lointain !Que j'aimais à la voir‖ avec l'air du délire,Avec ses yeux rêveurs‖ qui si loin semblaient lire,Bâtir et renverser,‖ et rebâtir encor,Mille ombres de bonheur‖ avec ses songes d'or,Pour le temps où, sortis‖ du désert où nous sommes,Nous serons descendus‖ du ciel parmi les hommes ;Soit que nous retrouvions‖ dans ses manoirs chéris,De ses biens paternels‖ quelques nobles débris,Et qu'au sein d'une large‖ et somptueuse aisanceNotre amour de nos cœurs‖ s'épanche en bienfaisance ;Soit que, déshérités‖ de tout bien ici-bas,Nous fécondions un coin‖ de terre avec nos bras,Et nous nous bâtissions‖ dans notre étroit royaume,Pour couver nos amours,‖ un pauvre toit de chaume :Ou que dans les cités‖ pour gagner notre pain,Nous vivions d'un salaire‖ et d'un travail de main,Pauvre couple caché‖ dans quelque chambre nue,Abritant sous les toits‖ une joie inconnue,Achetant par le jour‖ le doux repos du soir,Puis au soleil couché‖ revenant s'y rasseoir,Y rendre grâce à Dieu,‖ dans leur reconnaissance,De ce bonheur obscur‖ caché sous l'indigence,De cette chaste couche‖ où l'amour les bénit,De ces oiseaux en cage‖ et chantant sur leur nid,Et de ces beaux enfans‖ qui se roulent à terre,Nus entre leur berceau‖ et les pieds de leur mère…

Mai 1794.

Un enfant ! ah ! ce nom‖ couvre l'œil d'un nuage,Un être qui serait‖ elle et moi, notre image,Notre céleste amour‖ de terre se levant,Notre union visible‖ en un amour vivant,Nos figures, nos voix,‖ nos âmes, nos penséesDans un élan de vie‖ en un corps condensées,Nous disant à toute heure‖ en jouant devant nousVous vous mêlez en moi,‖ regardez, je suis vous !Je suis le doux foyer‖ où votre double flammeSous ses rayons de vie‖ a pu créer une âme !Ah ! ce rêve que Dieu‖ pouvait seul inventer,Sur la terre l'amour‖ pouvait seul l'apporter !

Mai 1794.

Le jour succède au jour,‖ le mois au mois ; l'annéeSur sa pente de fleurs‖ déjà roule entraînée.A tous momens, mon Dieu,‖ je tombe à vos genoux,Est-ce que votre ciel‖ a des soleils plus doux ?

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
515[aa] 3[abbaab] 17[abab] 9[abba] 1[ababcac] 1[ababccb]
Mètre
Alexandrins surtout (1060 de 12, 54 de 10, 52 de 8)· profil 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a rocher / cacher masculine, classiqueb providence / prudence féminine, classiquec descend / sang masculine, non classiqued colère / terre féminine, classiquee convulsions / nations masculine, classiquef redescendre / rendre féminine, classiqueg forfaits / jamais masculine, classiquea choisie / vie féminine, classiqueb couleurs / d'odeurs masculine, classiquec éclore / aurore féminine, classiqued enivrés / respirés masculine, classiquee calices / délices féminine, classiquea choix / mois masculine, classiqueb alouette / poëte féminine, classiquec pli / rempli masculine, classiqued délire / sourire féminine, classiquee jour / retour masculine, classiquea rose / arrose féminine, classiqueb toits / bois masculine, classiquec poussière / lumière féminine, classiqued firmament / d'éblouissement masculine, classiquee murmurantes / errantes féminine, classiquef vermeil / soleil masculine, classiqueg rassemblées / vallées féminine, classiqueh flancs / blancs masculine, classiquei légères / fougères féminine, classiquej glissant / passant masculine, classiquek écume / plume féminine, classiquea d'exhalaisons / rayons masculine, classiqueb neuves / fleuves féminine, classiquec hiver / Pair masculine, classiqued nues / inconnues féminine, classiquee accords / transports masculine, classiquef cimes / sublimes féminine, classiqueg élémens / embrassemens masculine, classiqueh confondre / répondre féminine, classiquei verdir / grandir masculine, classiquej aurore / d'éclore féminine, classiquek bois / toits masculine, classiquel roches / cloches féminine, classiquem fleurs / couleurs masculine, classiquen force / l'écorce féminine, classiqueo étrangers / légers masculine, classiquep tourterelles / ailes féminine, classiqueq secoués / noués masculine, classiquer appuie / pluie féminine, classiques vents / mouvans masculine, classiquet lianes / diaphanes féminine, classiqueu trésor / encor masculine, classiquev ombres / sombres féminine, classiquew l'été / fécondité masculine, classiquex verdure / ceinture féminine, classiquey nous / genoux masculine, classiquez mouches / couches féminine, classiquea flottant / instant masculine, classiqueb poussière / arrière féminine, classiquec foin / loin masculine, classiqued ravie / vie féminine, classiquee frémissemens / bourdonnemens masculine, classiquea universelle / aile féminine, classiqueb airs / hivers masculine, classiquec arbres / marbres féminine, classiqued coups / nous masculine, classiquee fentes / pentes féminine, classiquef berçait / bondissait masculine, classiqueg voûtes / gouttes féminine, classiqueh retrouver / rêver masculine, classiquei pensée / pressée féminine, classiquej élancer / devancer masculine, classiquek fête / tête féminine, classiquel brûlans / blancs masculine, classiquem verdure / bordure féminine, classiquen dormant / recueillement masculine, classiqueo magnificence / silence féminine, classiquep accord / transport masculine, classiqueq intimes / assîmes féminine, classiquer fleurs / qu'ailleurs masculine, classiques noire / promontoire féminine, classiquet horizon / gazon masculine, classiqueu légère / terre féminine, classiquev pleins / mains masculine, classiquew limpide / ride féminine, classiquex mot / flot masculine, classiquey silence / Laurence féminine, classiquez trembler / rouler masculine, classiquea pluie / essuie féminine, classiqueb toi / moi masculine, classiquec fendre / répandre féminine, classiqued feu / Dieu masculine, classiquee influences / penses féminine, classiquef jour / d'amour masculine, classiqueg l'espace / glace féminine, classiqueh incomplet / plaît masculine, classiquei image / ouvrage féminine, classiquej voix / bois masculine, classiquek sable / accable féminine, classiquel Dieu / lieu masculine, classiquem proclame / âme féminine, classiquen accens / sens masculine, classiquea nouvelles / ailes / étincelles féminine, classiqueb doux / nous / embaumez-vous masculine, classiquea plaines / haleines / pleines féminine, classiqueb flottans / printemps / palpitans masculine, classiquea l'aurore / adore / éclore féminine, classiqueb fleurs / sœurs / cœurs masculine, classiquea vallée / roulée féminine, classiqueb pas masculine, classiquec couche / touche féminine, classiqued sommeil / soleil masculine, classiquee peintes / teintes féminine, classiquea montagne / gagne féminine, classiqueb muer / remuer masculine, classiquec spirale / étale féminine, classiqued bleu / feu masculine, classiquee lève / glaive féminine, classiquea l'aurore / décolore féminine, classiqueb dormant / insensiblement masculine, classiquec courbe féminine, classiqued répond / pont masculine, classiquee monde / onde féminine, classiquea anges / étranges féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classiquec Laurence / commence féminine, classiqued éclatans / temps masculine, classiquee soutienne / tienne féminine, classiquea femelle / aile féminine, classiqueb œufs / eux masculine, classiquea d'inquiétude / lassitude féminine, classiqueb fruit / bruit masculine, classiquea consume / plume féminine, classiqueb frémi / endormi masculine, classiquea l'enchaîne / chêne féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea goutte / voûte féminine, classiqueb transports / d'accords masculine, classiquea palpite / vite féminine, classiqueb sens / accens masculine, classiquea lui-même / aime féminine, classiqueb langueur / cœur masculine, classiqueb jour / qu'amour masculine, classiquea belle / elle féminine, classiqueb aujourd'hui / lui masculine, classiquea feuilles / cueilles féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquec lumière / poussière féminine, classiqued milieu / Dieu masculine, classiquee d'étincelles / d'ailes féminine, classiquea cadence / danse féminine, classiqueb harmonieux / cieux masculine, classiquec innombrable / sable féminine, classiqued compter / monter masculine, classiquee parcelle / échelle féminine, classiquea être / peut-être féminine, classiqueb habité / éternité masculine, classiquec d'espace / place féminine, classiqued flot / mot masculine, classiquee extases / phases féminine, classiquea immense / distance féminine, classiqueb morts / sorts masculine, classiquec mondes / fécondes féminine, classiqued ciron / rayon masculine, classiquee voiles / étoiles féminine, classiquea touche / bouche / mouche féminine, classiqueb profondeurs / cœurs masculine, classiquec splendeurs / fleurs masculine, classiquea ensemble / assemble féminine, classiquea éclos / échos masculine, classiqueb hymnes / cimes féminine, classiquea poitrines / divines féminine, classiqueb commun / qu'un / parfum masculine, classiquec racines / collines féminine, classiquea Laurence / silence féminine, classiquea entiers / sentiers masculine, classiqueb village / sauvage féminine, classiquec main / chemin masculine, classiqued tige / voltige féminine, classiquee diamans / bourdonnemens masculine, classiquef haie / effraie féminine, classiqueg fleurs / d'odeurs masculine, classiqueh obscure / lecture féminine, classiquei accent / pressent masculine, classiquej vies / mélodies féminine, classiquel histoire / croire féminine, classiquem partant / l'attend masculine, classiquen livre / vivre féminine, classiqueo mer / amer masculine, classiquep pensées / bercées féminine, classiqueq créateur / l'acteur masculine, classiquer tempête / tête féminine, classiques s'effaçaient / s'affaissaient masculine, classiquet paupière / lumière féminine, classiqueu lieu / Dieu masculine, classiquev commence / silence féminine, classiquew apercevoir / soir masculine, classiquex extérieure / l'heure féminine, classiquey cieux / yeux masculine, classiquea cours / jours masculine, classiqueb images / nuages féminine, classiquec rouler / couler masculine, classiqued l'âme / flamme féminine, classiquee cœur / fleur masculine, classiquef naître / reconnaître féminine, classiqueg ans / séduisans masculine, classiqueh chose / éclose féminine, classiquei bassin / sein masculine, classiquej poëme / aime féminine, classiquek cœur / bonheur masculine, classiquel page / visage féminine, classiquen enfantine / poitrine féminine, classiquea mien / bien masculine, classiqueb prière / lumière féminine, classiquec yeux / mélodieux masculine, classiqued rayonne / m'environne féminine, classiquef touche / bouche féminine, classiquea solitude / rude féminine, classiqueb rocher / percher masculine, classiquec famille / coquille féminine, classiqued faucon / flocon masculine, classiquee s'assemblent / tremblent féminine, classiquef d'hiver / l'air masculine, classiqueg âme / drame féminine, classiqueh toujours / cours masculine, classiquei fugitives / perspectives féminine, classiquej commun / un masculine, classiquek terre / solitaire féminine, classiquel cœurs / ailleurs masculine, classiquem j'insiste / triste féminine, classiquen frapper / s'échapper masculine, classiqueo noie / joie féminine, classiquep doigt / boit masculine, classiquea midi / attiédi masculine, classiqueb apporte / morte féminine, classiquec mer / s'allumer masculine, classiqued argentines / collines féminine, classiquee glaçon / frisson masculine, classiquef touffues / nues féminine, classiqueg vent / mouvant masculine, classiqueh terre / déterre féminine, classiquek penser / traverser masculine, classiquel père / mère féminine, équivalenten t'aime / moi-même féminine, classiqueo deviendrais / mourais masculine, classiquep colère / père féminine, classiqueq dépôt / là-haut masculine, classiquer existence / Providence féminine, classiques voix / crois masculine, classiquet image / visage féminine, classiqueu regard / hasard masculine, classiquew égarement / d'emportement masculine, classiquex s'offense / absence féminine, classiquey m'aimais / jamais masculine, classiquez insensée / pensée féminine, classiquea fond / pont masculine, classiqueb immense / anse féminine, classiquec jeter / palpiter masculine, classiqued étrange / venge féminine, classiquee enfui / lui masculine, classiquef regarde / garde féminine, classiquea descendu / étendu masculine, classiqueb neige / protège féminine, classiquec péril / exil masculine, classiqued cimes / abîmes féminine, classiquee gelé / nivelé masculine, classiquef surface / place féminine, classiqueh vallée / comblée féminine, classiquei yeux / pluvieux masculine, classiquej terre / resserre féminine, classiquek demi-mort / fort masculine, classiquel replie / mélancolie féminine, classiquem d'amer / mer masculine, classiquen vivre / givre féminine, classiqueo soleil / sommeil masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquea oppressée / pensée féminine, classiqueb Morts / dors masculine, classiquec vie / ravie féminine, classiqued malheurs / meurs masculine, classiquea sommeille / veille féminine, classiqueb toujours / jours masculine, classiqued bord / mort masculine, classiquee s'égare / sépare féminine, classiquef retracer / traverser masculine, classiqueg circonstances / existences féminine, classiqueh félicité / précipité masculine, classiquea neige / piège féminine, classiqueb adouci / durci masculine, classiqued l'essor / encor masculine, classiquee couche féminine, classiquef sortir / m'avertir masculine, classiqueh sortait / portait masculine, classiquei verre / terre féminine, classiquej loin / besoin masculine, classiquek l'avalanche / blanche féminine, classiquel pas / bas masculine, classiquem gelée / vallée féminine, classiquen venu / convenu masculine, classiqueo descendre / entendre féminine, classiquep matin / d'étain masculine, classiqueq d'éclore / l'aurore féminine, classiquer renfermer / mer masculine, classiques orages / nuages féminine, classiquet retentir / pressentir masculine, classiqueu marbre / arbre féminine, classiquev d'allumer / fumer masculine, classiquew croûte / route féminine, classiquex mouvant / avant masculine, classiquey fondue / suspendue féminine, classiqueb moment / écumant masculine, équivalentec colline / ruine féminine, classiqued élan / pan masculine, classiquee crêtes / tempêtes féminine, classiquef tournoyans / ondoyans masculine, classiqueg entasse / masse féminine, classiqueh sommets / jamais masculine, classiquei ravine / déracine féminine, classiquej rebords / corps masculine, classiquek tourmente / s'augmente féminine, classiquel flots / chaos masculine, classiquem pensée / balancée féminine, classiquen pli / enseveli masculine, classiqueo rafales / colossales féminine, classiqueq silence / immense féminine, classiquer fois / poids masculine, classiquet fatal / piédestal masculine, classiqueu l'espérance / Laurence féminine, classiquev endormi / ami masculine, classiquew suprême / lui-même féminine, classiquex mouvemens / sifflemens masculine, classiquey silence / distance féminine, classiquez courir / mourir masculine, classiquea impossible / horrible féminine, classiqueb l'entasser / passer masculine, classiquec agonie / infinie féminine, classiqued momens / battemens masculine, classiqueb frisson / glaçon masculine, classiquec haleine / plaine féminine, classiqued éclatant / haletant masculine, classiquef demi / ami masculine, classiqueg vide / ride féminine, classiqueh hasard / regard masculine, classiquei réponse / prononce féminine, classiquej voix / fois masculine, classiquek accourue / vue féminine, classiquel marcher / chercher masculine, classiquem colline / ravine féminine, classiquen suivis / vis masculine, classiqueo nues / aiguës féminine, classiquep profond / fond masculine, classiqueq glacée / pensée féminine, classiquer idéal / fatal masculine, classiques colore / encore féminine, classiquet glaçons / frissons masculine, classiqueu l'enlève / rêve féminine, classiquev bras / pas masculine, classiquew intime / l'abîme féminine, classiquex moment / mouvement masculine, classiquey flamme / pâme féminine, classiquez main / vain masculine, classiquea bouche / couche féminine, classiqueb gelait / ruisselait masculine, classiquec déchirures / blessures féminine, classiqued découvrir / s'ouvrir masculine, classiquee toile / voile féminine, classiquef sentiment / moment masculine, classiqueg nature / blessure féminine, classiqueh l'étouffer / réchauffer masculine, classiquei penche / l'étanche féminine, classiquej découvert / rouvert masculine, classiquek s'empare / l'égare féminine, classiquel main / demain masculine, classiquea écoulée / gelée féminine, classiqueb chaleur / cœur masculine, classiquec mousse / douce féminine, classiqued corps / demi-morts masculine, classiquee attiédie / engourdie féminine, classiquef sommeiller / l'éveiller masculine, classiqueg délire / lire féminine, classiqueh repos / caillots masculine, classiquei découpures / blessures féminine, classiquej lavé / soulevé masculine, classiquek bande / grande féminine, classiquel recouché / touché masculine, classiquem langes / anges féminine, classiquea interdit / dit masculine, classiqueb heure / meure féminine, classiquec voulu / absolu masculine, classiqued suprême / toi-même féminine, classiquee protéger / danger masculine, classiquef prévoyance / obéissance féminine, classiqueg toi / foi masculine, classiqueh tienne / s'appartienne féminine, classiquei pensai / commençai masculine, classiquej mystère / taire féminine, classiquek plus / confus masculine, classiquel enfance / confidence féminine, classiquem jetterais / dirais masculine, classiquen vie / bannie féminine, classiqueo aveu / jeu masculine, classiquep destinée / amenée féminine, classiqueq tard / hasard masculine, classiquer vite / hésite féminine, classiquet suivre / vivre féminine, classiqueu pardonnes-tu / vertu masculine, classiqueb eux-même / aime féminine, classiquec chair / cher masculine, classiqued donne / pardonne féminine, classiquee abandonné / donné masculine, classiquef s'adore / encore féminine, classiqueg tous / nous masculine, classiqueh d'avance / présence féminine, classiquei nommer / aimer masculine, classiqueb bonheur / sœur masculine, classiquec tendre / entendre féminine, classiqued fatal / mal masculine, classiquee aime / moi-même féminine, classiquef jour / amour masculine, classiqueg solitude / habitude féminine, classiqueh voir / désespoir masculine, classiquei lie / vie féminine, classiquej lui / aujourd'hui masculine, classiquek l'arrose / cause féminine, classiquel revenir / m'appartenir masculine, classiquem attendre / l'entendre féminine, classiquen rocher / approcher masculine, classiqueo l'abîme / cime féminine, classiquep Seigneur / bonheur masculine, classiqueq dit-elle / rappelle féminine, classiques vive / suive féminine, classiquet vois / voix masculine, classiqueu servante / indifférente féminine, classiquea peut-être / prêtre féminine, classiqueb d'époux / tous masculine, classiquec service / calice féminine, classiqued s'habituer / tuer masculine, classiquee rassemble / ensemble féminine, classiqueg trouve / couve féminine, classiqueh sort / mort masculine, classiquej don / nom masculine, classiquek problème / lui-même féminine, classiquel désert / ouvert masculine, classiquem terre / involontaire féminine, classiquen loi / moi masculine, classiqueb Jocelyn / orphelin masculine, classiquec l'ordonne / m'abandonne féminine, classiqued suspens / j'attends masculine, classiquee entr'ouverte / perte féminine, classiquef moi / foi masculine, classiqueg colle / parole féminine, classiquea rétablit / lit masculine, classiqueb appuyée / essuyée féminine, classiquec jamais / sommets masculine, classiquea faiblesse / s'affaisse féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquec unie / aplanie féminine, classiqued blanchir / franchir masculine, classiquee sourire / respire féminine, classiquef battement / vêtement masculine, classiqueg tendresse / caresse féminine, classiqueb pleurs / couleurs masculine, classiqued souffrait / regretterait masculine, classiquee couche / bouche féminine, classiquef cœur / sueur masculine, classiqueg fièvre / lèvre féminine, classiqueh gémir / dormir masculine, classiquei prières / paupières féminine, classiquej effrayé / appuyé masculine, classiquek mémoire / histoire féminine, classiquel faisant / suffisant masculine, classiquem nature / aventure féminine, classiquen amant / enfant masculine, classiqueo joie / soie féminine, classiquep fuseaux / écheveaux masculine, classiquea timidité / nudité masculine, classiquec candeur / cœur masculine, classiqued pure / nature féminine, classiquee affection / passion masculine, classiquef ignorance / l'innocence féminine, classiqueg souvent / qu'avant masculine, classiqueh confie / vie féminine, classiquej repousse / douce féminine, classiquek prolonger / plonger masculine, classiquel charmante / dormante féminine, classiquem peau / l'eau masculine, classiquen joue féminine, classiqueo feu / peu masculine, classiquep fournaise / m'apaise féminine, classiquer réconcilie / s'oublie féminine, classiquea Dieu / adieu masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquec obscur / mur masculine, classiqued asile / tranquille féminine, classiquee dehors / corps masculine, classiqueh s'aime / lui-même féminine, classiquei effort / dort masculine, classiquej bercée / pensée féminine, classiquek appas / pas masculine, classiquem nuit / suit masculine, classiquen compagne / montagne féminine, classiqueo froids / doigts masculine, classiquep veille / sommeille féminine, classiqueq d'amour / jour masculine, classiquer éveillée / habillée féminine, classiques sommeil / réveil masculine, classiquet rappelle / d'elle féminine, classiqueu l'étouffer / chauffer masculine, classiquea mêle / elle féminine, classiqueb toucher / coucher masculine, classiquec nature / créature féminine, classiqued doux / genoux masculine, classiquee hommage / ouvrage féminine, classiquef chrétiens / retiens masculine, classiqueg tête / m'arrête féminine, classiqueh recueillement / firmament masculine, classiquej piés / sanctifiés masculine, classiquek place / l'espace féminine, classiquem joue / secoue féminine, classiquen respiré / aspiré masculine, classiqueo j'adore / m'incorpore féminine, classiquep yeux / deux masculine, classiqueq mystère / terre féminine, classiquea matin / lointain masculine, classiqued sommes / hommes féminine, classiquee chéris / débris masculine, classiquef aisance / bienfaisance féminine, classiqueg ici-bas / bras masculine, classiqueh royaume / chaume féminine, classiquei pain / main masculine, classiquej nue / inconnue féminine, classiquek soir / rasseoir masculine, classiquel reconnaissance / l'indigence féminine, classiquem bénit / nid masculine, classiquen terre / mère féminine, classiquea nuage / image féminine, classiqueb levant / vivant masculine, classiquec pensées / condensées féminine, classiqued nous / vous masculine, classiquee flamme / âme féminine, classiquef inventer / l'apporter masculine, classiquea l'année / entraînée féminine, classiqueb genoux / doux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1166 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes de M. A. de Lamartine, PARIS, 21, quai Malaquais, CHARLES GOSSELIN, FURNE ET Cie, PAGNERRE, DUFOUR ET MULAT, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources