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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Jocelyn, 1836

Deuxième époque

Alphonse de Lamartine· distiques, alexandrins, 765 vers

séminaire de ***, 1er janvier 1793.

Six ans sont retranchés‖ des jours de mon jeune âge,Sans qu'une seule trace‖ ait marqué leur passage.Nuits, jours, matin et soir,‖ veilles et lendemain,Furent des pas égaux‖ dans un même chemin ;Je n'ai senti ces jours‖ qu'en calculant leur nombre.Le cloître aux noirs piliers‖ m'a caché dans son ombre ;De ma haute cellule‖ au chœur mélodieuxLes dalles ont compté‖ mes pas silencieux ;La méditation,‖ la prière et l'étude,Ont engourdi mes sens‖ dans leur froide habitude ;Ces corridors obscurs,‖ ces nefs, ces murs épaisOnt versé sur mon front‖ leur silence et leur paix ;Les souvenirs cuisans,‖ les regrets, les imagesDe liberté, d'amour,‖ de rians paysages,A peine ont jusqu'ici‖ dans mes nuits pénétré ;De la paix du Seigneur‖ tout s'y peint par degré,Comme, par les vitraux‖ que le pinceau colore,Se teignent dans la nef‖ les clartés de l'aurore.Qu'il est doux dans son Dieu‖ de renfermer son cœur,Comme un parfum dans l'or‖ pour en garder l'odeur,D'avoir son but si haut,‖ et sa route tracée,Et de vivre six ans‖ d'une même pensée !Aussi, blanche est la page‖ où je notai mes jours.Qu'aurais-je écrit ? ce Dieu‖ que je servis toujours,Le soin de ses autels,‖ le goût de ses demeures,Ont du même aliment‖ nourri toutes mes heures,Et sa main, à ma main‖ ouverte constamment,M'a dirigé sans chute‖ et sans événement.Ah ! grâce aux passions‖ que mon cœur se retranche,Puisse toute ma vie‖ être une page blanche !

Février 1793.

Souvent lorsque des nuits‖ l'ombre que l'on voit croîtreDe piliers en piliers‖ s'étend le long du cloître,Quand, après l'angélus‖ et le repas du soir,Les lévites épars‖ sur les bancs vont s'asseoir,Et que chacun cherchant‖ son ami dans le nombre,On épanche son cœur‖ à voix basse et dans l'ombre ;Moi qui n'ai point encore‖ entre eux trouvé d'ami,Parce qu'un cœur trop plein‖ n'aime rien à demi,Je m'échappe, et cherchant‖ ce confident suprêmeDont l'amour est toujours‖ égal à ce qu'il aime,Par la porte secrète‖ en son temple introduit,Je répands à ses pieds‖ mon âme dans la nuit.

Ossian ! Ossian !‖ lorsque plus jeune encoreJe rêvais des brouillards‖ et des monts d'Inistore ;Quand, tes vers dans le cœur‖ et ta harpe à la main,Je m'enfonçais l'hiver‖ dans des bois sans chemin,Que j'écoutais siffler‖ dans la bruyère grise,Comme l'âme des morts,‖ le souffle de la bise,Que mes cheveux fouettaient‖ mon front, que les torrens,Hurlant d'horreur aux bords‖ des gouffres dévorans,Précipités du ciel‖ sur le rocher qui fume,Jetaient jusqu'à mon front‖ leurs cris et leur écume ;Quand les troncs des sapins‖ tremblaient comme un roseauEt secouaient leur neige‖ où planait le corbeau,Et qu'un brouillard glacé,‖ rasant ses pics sauvages,Comme un fils de Morven‖ me vêtissait d'orages,Si, quelque éclair soudain‖ déchirant le brouillard,Le soleil ravivé‖ me lançait un regard,Et d'un rayon mouillé,‖ qui lutte et qui s'efface,Éclairait sous mes pieds‖ l'abîme de l'espace,Tous mes sens exaltés‖ par l'air pur des hauts lieux,Par cette solitude‖ et cette nuit des cieux,Par ces sourds roulemens‖ des pins sous la tempête,Par ces frimas glacés‖ qui blanchissaient ma tête,Montaient mon âme au ton‖ d'un sonore instrumentQui ne rendait qu'extase‖ et que ravissement,Et mon cœur à l'étroit‖ battait dans ma poitrine,Et mes larmes tombaient‖ d'une source divine,Et je prêtais l'oreille‖ et je tendais les bras,Et comme un insensé‖ je marchais à grands pas,Et je croyais saisir‖ dans l'ombre du nuage,L'ombre de Jéhova‖ qui passait dans l'orage,Et je croyais dans l'air‖ entendre en longs échosSa voix que la tempête‖ emportait au chaos,Et de joie et d'amour‖ noyé par chaque pore,Pour mieux voir la nature‖ et mieux m'y fondre encore,J'aurais voulu trouver‖ une âme et des accens,Et pour d'autres transports‖ me créer d'autres sens !

Ce sont de ces momens‖ d'ineffables délicesDont Dieu ne laisse pas‖ épuiser les calices,Des éclairs de lumière‖ et de félicitéQui confondent la vie‖ avec l'éternité.Notre âme s'en souvient‖ comme d'une penséeRapide, dont en songe‖ elle fut traversée.Ah ! quand je les goûtais,‖ je ne me doutais pasQu'une source éternelle‖ en coulait ici-bas !

Eh bien ! quand j'ai franchi‖ le seuil du temple sombreDont la seconde nuit‖ m'ensevelit dans l'ombre ;Quand je vois s'élever‖ entre la foule et moiCes larges murs pétris‖ de siècles et de foi,Quand j'erre à pas muets‖ dans ce profond asile,Solitude de pierre,‖ immuable, immobile,Image du séjour‖ par Dieu même habité,Où tout est profondeur,‖ mystère, éternité ;Quand les rayons du soir‖ que l'occident rappelleÉteignent aux vitraux‖ leur dernière étincelle,Qu'au fond du sanctuaire‖ un feu flottant qui luitScintille comme un œil‖ ouvert sur cette nuit,Que la voix du clocher‖ en son doux s'évapore,Que le front appuyé‖ contre un pilier sonore,Je le sens, tout ému‖ du retentissement,Vibrer comme une clé‖ d'un céleste instrument,Et que du faîte au sol‖ l'immense cathédrale,Avec ses murs, ses tours,‖ sa cave sépulcrale,Tel qu'un être animé,‖ semble à la voix qui sort,Tressaillir et répondre‖ en un commun transport ;Et quand, portant mes yeux‖ des pavés à la voûte,Je sens que dans ce vide‖ une oreille m'écoute,Qu'un invisible ami,‖ dans la nef répandu,M'attire à lui, me parle‖ un langage entendu,Se communique à moi‖ dans un silence intime,Et dans son vaste sein‖ m'enveloppe et m'abîme ;Alors mes deux genoux‖ pliés sur le carreau,Ramenant sur mes yeux‖ un pan de mon manteau,Comme un homme surpris‖ par l'orage de l'âme,Les yeux tout éblouis‖ de mille éclairs de flamme,Je m'abrite muet‖ dans le sein du Seigneur,Et l'écoute et l'entends‖ voix à voix, cœur à cœur :Ce qui se passe alors‖ dans ce pieux délire,Les langues d'ici-bas‖ n'ont plus rien pour le dire ;L'âme éprouve un instant‖ ce qu'éprouve notre œilQuand, plongeant sur les bords‖ des mers près d'un écueil,Il s'essaie à compter‖ les lames dont l'écumeÉtincelle au soleil,‖ croule, jaillit et fume,Et qu'aveugle d'éclairs‖ et de bouillonnement,Il ne voit plus que flots,‖ lumière et mouvement ;Ou bien ce que l'oreille‖ éprouve auprès d'une ondeQui des pics du mont Blanc‖ s'épanche, roule et grondeQuand s'efforçant en vain,‖ dans cet immense bruit,De distinguer un son‖ d'avec le son qui suit,Dans les chocs successifs‖ qui font trembler la terre,Elle n'entend vibrer‖ qu'un éternel tonnerre.

Et puis ce bruit s'apaise,‖ et l'âme qui s'endortNage dans l'infini‖ sans aile, sans effort,Sans soutenir son vol‖ sur aucune pensée,Mais immobile et morte‖ et vaguement bercée,Avec ce sentiment‖ qu'on éprouve en rêvantQu'un tourbillon d'été‖ vous porte, et que le ventVous prêtant un moment‖ ses impalpables ailes,Vous planez dans l'Éther‖ tout semé d'étincelles,Et vous vous réchauffez,‖ sous des rayons plus doux,Au foyer des soleils‖ qui s'approchent de vous.Ainsi la nuit en vain‖ sonne l'heure après l'heure,Et quand on vient fermer‖ la divine demeure,Quand sur les gonds sacrés‖ les lourds battans d'airainTournent en ébranlant‖ le caveau souterrain,Je m'éloigne à pas lents,‖ et ma main froide essuieLa goutte tiède encor‖ de la céleste pluie !…

Séminaire de ***, 15 février 1793.

Tandis que nous vivons‖ au fond d'un monde à part,En Dieu seul, pour Dieu seul,‖ et sous son seul regard,L'autre monde animé‖ d'un autre esprit de vie,Ou d'un souffle de mort,‖ de colère et d'envie,Mugit autour de nous,‖ et jusqu'en ce saint lieuPoursuit de ses fureurs‖ les serviteurs de Dieu ;Un grand peuple agité‖ par l'esprit de ruine,Fait écrouler sur lui‖ tout ce qui le domine ;Il veut renouveler‖ trône, autels, mœurs et lois ;Dans la poudre et le sang‖ tout s'abîme à la fois.Oh ! pourquoi suis-je né‖ dans ces jours de tempêteOù l'homme ne sait pas‖ où reposer sa tête,Où la route finit,‖ où l'esprit des humainsCherche, tâtonne, hésite‖ entre mille chemins,Ne pouvant ni rester‖ sous un passé qui croule,Ni jeter d'un seul jet‖ l'avenir dans son moule ?Métal extravasé‖ qui bouillonne et qui fuit,Court, ravage et renverse,‖ et dévore et détruit,Et consumant la main‖ qui touche à son cratère,Déracine le siècle‖ et l'homme de la terre !Heureux, du moins, heureux‖ que la lueur de foiVive encor dans mon œil‖ et marche devant moi,Et, séparant mes pas‖ de la foule élancée,Trace une route à part‖ à ma pauvre pensée,Route qui mène ailleurs‖ que celle d'ici-bas,Et que Dieu même éclaire‖ et qui ne finit pas.

On dit que le pouvoir‖ aux mains du roi se brise,Et qu'en mille lambeaux‖ le peuple le divise ;Le peuple, enfant cruel‖ qui rit en détruisant,Qui n'éprouve jamais‖ sa force qu'en brisant,Et qui, suivant l'instinct‖ de son brutal génie,Ne comprend le pouvoir‖ que par la tyrannie !Force aveugle que Dieu‖ lâche de temps en temps,Ainsi que l'avalanche,‖ ainsi que les autans,Pour donner à l'Éther‖ un courant plus rapide,Pour frapper un grand coup‖ et pour faire un grand vide !

23 février 1793.

O jours ! jours de douleur,‖ de silence et d'effroi !La terre du royaume‖ a bu le sang du roi,Et le sang des sujets‖ massacrés par centaines,Coule dans les ruisseaux‖ comme l'eau des fontaines !Tout ce qui porte un nom,‖ ou génie ou vertu,Sous le niveau du crime‖ est soudain abattu ;Le doigt du délateur‖ au bourreau fait un signe,La seule loi du peuple‖ est la mort au plus digne !Sa hache aime le juste‖ et choisit l'innocent !L'innocence est son crime !‖ O peuple ivre de sang,Tu détruis de tes mains‖ l'erreur qui nous abuse,Et de tous tes tyrans‖ ton exemple est l'excuse !

28 février 1793.

Je creuse huit et jour‖ dans mes réflexionsCet abîme sanglant‖ des révolutions,Du grand corps social‖ remède ou maladieQui brise ou rajeunit‖ la machine engourdie ;De la nature humaine‖ incalculable effort,Qui fait lutter en elle‖ et la vie et la mort.

Pour tenir les bassins‖ égaux de la balanceOù l'on veut les peser,‖ il faut un grand silenceDes passions du siècle‖ et de ses intérêts ;La main tremble à qui veut‖ les juger de trop près ;Comme au juge placé‖ trop bas dans la carrière,Le but est trop souvent‖ caché par la poussière.Mais jeune, enseveli‖ dans l'ombre du saint lieu,Hors du siècle, et voyant‖ tout au seul jour de Dieu,Peut-être juge-t-on‖ de plus haut ce problème,Ce procès éternel‖ du temps contre lui-même,Cette lutte fatale‖ où le passé vaincuDit pour toute raison‖ de vivre : J'ai vécu.Qui peut sonder de Dieu‖ l'insondable pensée ?Qui peut dire où finit‖ son œuvre commencée ?Des mondes à venir‖ lui dérober le soin ?Lui dire comme aux flots :‖ Tu n'iras pas plus loin !Devant cet océan‖ placer son grain de sable ?Et tarir d'un seul mot‖ l'abîme intarissable ?Moins insensé celui‖ qui dirait au soleil :Prends mon heure ! attends-moi‖ pour luire à mon réveil,Borne à mon horizon‖ ta lumière féconde,Et quand mon œil se ferme,‖ éteins-toi pour le monde !Non : Dieu n'a dit son mot‖ à personne ici-bas ;La nature et le temps‖ ne le comprennent pas,Et si de son mystère‖ il perce quelque chose,Ne le cherchons qu'en lui,‖ c'est là que tout repose !C'est là qu'à nos esprits,‖ dans le doute noyés,Lui seul soulève un coin‖ du voile et dit : Voyez !Qu'annonce la nature‖ en sa marche éternelle ?Où s'arrête sa course ?‖ où se repose-t-elle ?De ces mille soleils‖ tournant sous l'œil de Dieu,Rayons étincelans‖ de son céleste essieu,Lequel dort au milieu‖ de sa courbe enflammée ?Quelle route du ciel‖ devant eux s'est fermée ?Quelle vague des airs‖ croupit dans son repos ?Quelle goutte des mers‖ dort dans le lit des flots ?Quel océan couché‖ dans d'éternels rivagesCesse de dévorer‖ ou d'enfanter des plages ?Quels monts ont étouffé‖ leur creuset souterrain ?Quoi donc était hier‖ ce qu'il sera demain ?Et du sable au rocher,‖ de l'âme à la matière,De l'abîme des cieux‖ jusqu'au grain de poussière,Quel autre que Dieu seul‖ peut dans ce mouvementReconnaître une forme,‖ un être, un élément ?On sent à ce travail‖ qui change, brise, enfante,Qu'un éternel levain‖ dans l'univers fermente,Que la main créatrice‖ à son œuvre est toujours,Que de l'Être éternel,‖ éternel est le cours,Que le temps naît du temps,‖ la chose de la chose,Qu'une forme périt‖ afin qu'une autre éclose ;Qu'à tout être la fin‖ n'est que commencement ;La souffrance, travail ;‖ la mort, enfantement !

En vain l'homme orgueilleux‖ de ce néant qu'il fonde,Croit échapper lui seul‖ à cette loi du monde,Clôt son symbole, et dit,‖ pour la millième foisCe Dieu sera ton Dieu,‖ ces lois seront tes lois !A chaque éternité‖ que sa bouche prononce,Le bruit de quelque chute‖ est soudain la réponse,Et le temps, qu'il ne peut‖ fixer ni ralentir,Est là pour le confondre‖ et pour le démentir ;Chaque siècle, chaque heure,‖ en poussière il entraîneCes fragiles abris‖ de la sagesse humaine,Empires, lois, autels,‖ dieux, législations,Tentes que pour un jour‖ dressent les nations,Et que les nations‖ qui viennent après ellesFoulent pour faire place‖ à des tentes nouvelles,Bagage qu'en fuyant‖ nous laissons sur nos pas,Que l'avenir méprise‖ et né ramasse pas.

Depuis ces jours obscurs‖ dont là tardive histoireA jusqu'à nos momens‖ traîné quelque mémoire,Avec combien de cieux‖ le temps s'est-il joué ?Combien de fois la terre‖ a-t-elle secoué,Comme l'arbre au printemps‖ ses arides feuillages,Les croyances, les lois,‖ les dieux des autres âges ?C'est demander combien‖ de feuillages flétrisOnt engraissé le sol‖ formé de leurs débris,Ou combien de ruisseaux‖ ou de gouttes d'oragesOnt fait enfler les mers‖ sans fond et sans rivages ?

Oui, l'esprit du Seigneur‖ travaille incessammentPar l'esprit des mortels,‖ son aveugle instrument ;Il a donné pour vie‖ à la pensée humaineCe flux et ce reflux‖ qui l'apporte et l'entraîne ;S'il cessait de tourner‖ dans ce cercle divin,S'il s'arrêtait un jour,‖ ce jour serait sa fin.Mais pour lui, sur la route‖ à ses pas accordée,Une idée est toujours‖ en avant d'une idée ;Il s'élance, il l'atteint‖ au terme d'un sentier ;Il crée à son image‖ un monde tout entier ;Puis à peine entre-t-il‖ dans l'œuvre commencée,Qu'il demande à courir‖ vers une autre pensée,La réalise et passe,‖ et, d'essor en essor,Gagne un autre horizon‖ pour le franchir encor.Ainsi de siècle en siècle‖ il lègue ses chimères ;De vérités pour lui‖ les vérités sont mères,Et Dieu les lui montrant‖ jour à jour, pas à pas,Le mène jusqu'où Dieu‖ veut qu'il aille ici-bas,Terme qu'il a lui seul‖ posé dans sa sagesse,Et qu'on n'atteint jamais‖ en approchant sans cesse.

Mais si l'esprit de Dieu,‖ travaillant par nos mains,À ces renversemens‖ condamne les humains,Comment donc marque-t-il‖ du sang pur des victimesLes révolutions,‖ ce solstice des crimes ?Comment l'esprit d'amour,‖ de justice, de paix,Sert-il l'iniquité,‖ la haine et les forfaits ?Ah ! c'est que dans son œuvre‖ il agit avec l'homme ;La vertu les conçoit,‖ le crime les consomme ;L'ouvrier est divin,‖ l'instrument est mortel ;L'un veut changer le Dieu,‖ l'autre brise l'autel ;L'un sur la liberté‖ veut fonder la justice,L'autre sur tous les droits‖ fait crouler l'édifice ;Puis vient la nuit fatale‖ où l'esprit combattuNe sait plus où trouver‖ le crime et la vertu ;Chaque parti s'en fait‖ d'horribles représailles ;Les révolutions‖ sont des champs de bataillesOù deux droits violés‖ se heurtent dans le temps ;Quel que soit le vainqueur,‖ malheur aux combattans !L'un possesseur jaloux‖ d'un héritage inique,Se fait un titre saint‖ d'une injustice antique,Veut que l'oppression‖ consacre l'oppresseur,Et croit venger le ciel‖ en défendant l'erreur ;L'autre, le cœur aigri‖ par une vieille offense,Dans la raison qui luit‖ ne voit qu'une vengeance,Et, s'armant à sa voix‖ d'un droit ensanglanté,Brûle, pille et massacre‖ à coups de vérité ;Ainsi l'abîme appelle‖ un plus profond abîme ;Qu'y faire ? la raison‖ n'a que le choix du crime ;Faut-il que le bien cède‖ et recule à jamais ?Faut-il vaincre le mal‖ à force de forfaits ?Devant ces changemens‖ le cœur du juste hésiteMalheur à qui les fait,‖ heureux qui les hérite.

Séminaire de ***, 2 mars 1793.

Ma pauvre mère, hélas !‖ ma pauvre sœur, mon Dieu !Quoi ! la tempête aussi‖ descend en si bas lieu ?Quoi ! la maison de paix,‖ de prière et d'aumône,Où la charité seule‖ avait son humble trône,N'a pas pu trouver grâce‖ aux yeux des factions ?Ce toit qu'avaient couvert‖ leurs bénédictions,Ce seuil où leur misère‖ était sans cesse assise,Où la veuve et l'enfant‖ entraient comme à l'église,Cette chambre où ma mère,‖ avec sa douce main,Pansait leurs pieds meurtris‖ et leur rompait le pain ;Ils l'ont brûlée. Ils ont‖ chassé leur providence,Autour des murs fumans‖ mené l'horrible danse,Tandis qu'à la lueur‖ qui montait de ces toits,Ma mère et ses enfans‖ s'enfuyaient dans les bois !Ainsi tout ce que j'aime‖ est arraché de terre ;Ainsi, si je cherchais‖ la maison de mon père,Mes yeux ne verraient plus‖ qu'un pan de mur noirci,Et le mendiant seul‖ dirait : C'était ici !Ah ! je sens en moi-même,‖ à cette horrible imageDe ma mère fuyant‖ les torches du village,Qu'un Dieu seul peut donner‖ le pardon aux humains ;Et si je ne brisais‖ mon cœur entre ses mains,A ma soif de vengeance‖ ou plutôt de justiceJe ferais de mes jours‖ cent fois le sacrifice,Je me consacrerais‖ pour punir ces bourreaux,Deux poignards dans les mains,‖ à des dieux infernaux ;Et j'irais, de ce toit‖ vengeant chaque parcelle,D'une goutte de sang‖ payer chaque étincelle !

Séminaire de ***, 6 mars 1793.

Pardonnez-moi, mon Dieu,‖ la vengeance est à vous !Ah ! pour la désarmer‖ je tombe à vos genoux.Que la faute et l'horreur‖ de ces jours de tempêtesRetombent sur le temps‖ et non pas sur leurs têtes !

Séminaire de ***, 8 mars 1793.

Ce soir un inconnu‖ m'a glissé dans la mainUn rouleau recouvert‖ d'un pli de parchemin ;Mes yeux en ont soudain‖ reconnu l'écriture,Bien qu'une larme seule‖ en fût la signature,Et tout en la lisant‖ je baisais mille fois,O ma mère, ces mots‖ où j'ajoutais ta voix,Et ces douze louis,‖ ta dernière ressource,Que ta main pour adieu‖ jette encor dans ma bourse.Oh ! que cet or sacré‖ ne la quitte jamais,Ou donné par l'amour‖ n'en sorte qu'en bienfaits !

Séminaire de ***, 9 mars 1793.

Ainsi me voilà seul,‖ orphelin dans ce monde !Ma mère avec ma sœur‖ est errante sur l'onde,Elles vont, au hasard‖ des vents et de la mer,D'un parent inconnu‖ chercher le pain amer,Et sur un continent‖ peuplé de solitudes,Changer de ciel, d'amis,‖ de cœur et d'habitudes !« Fuis, pars, viens, mon enfant,‖ dit ma mère, que Dieu« Te porte tout l'amour‖ qui brûle en cet adieu ;« Je n'aurai pas un jour‖ de paix en ton absence ;« Quitte un sol dévorant‖ qui proscrit l'innocence,« Où la prière même‖ est un crime mortel.« Qu'est-il besoin de prêtre‖ à qui n'a plus d'autel ?… »Ah ! ma mère, pour moi‖ ta tendresse t'égare ;L'esprit souffle-t-il moins‖ quand l'étincelle est rare ?N'en eussions-nous plus qu'une‖ à rallumer ici,Qu'une larme à sécher‖ dans un œil obscurci,Ah ! c'en serait assez‖ pour garder à la terre,Pour couver dans nos seins‖ le feu du sanctuaire,Pour rester dans le temple,‖ et pour y revêtirLa robe du lévite‖ ou celle du martyr.Je resterai…

De la Grolle des Aigles, au sommet des Alpes du Dauphiné, 15 avril 1793.

Gravons au moins pour ma mémoire,De ces deux mois, si pleins,‖ l'épouvantable histoire.

Le peuple, soulevé‖ sur la foi d'un faux bruit,Force le seuil sacré,‖ nous frappe et nous poursuit ;Il s'enivre de vin‖ dans l'or des saints calices,Hurle en dérision‖ les chants des sacrifices,Et comme s'il n'osait‖ vierge encor le frapper,Il viole l'autel‖ avant de le saper.Les prêtres, n'élevant‖ contre eux que la prière,Sont par leurs cheveux blancs‖ traînés dans la poussière,Les uns de leur vieux sang‖ teignent ces chers pavés,Au couteau solennel‖ d'autres sont réservés ;Quelques-uns comme moi,‖ sauvés par leur jeunesse,Par un front de vingt ans‖ dont la grâce intéresse,S'échappent dispersés‖ sous les coups de fusil,Et vont chercher plus loin‖ le supplice ou l'exil ;Une femme me prend‖ par la main dans le nombre,Me guide hors des murs‖ à la faveur de l'ombre,Me montre ces sommets‖ brillant dans le lointain,Et me dit : Mon enfant,‖ fuyez, voici du pain.Je fuis pendant sept nuits‖ à travers les campagnes,En dirigeant toujours‖ mes pas sur les montagnes ;Le jour pour sommeiller‖ me couchant sous les blés,La nuit loin des sentiers‖ hâtant mes pas troublés,J'arrive au pied des monts,‖ je traverse à la nageDes torrens dont le flot‖ me jette à l'autre plage.Un chasseur me découvre‖ à la voix de ses chiens,Il change par pitié‖ ses habits pour les miens.Je commence à gravir‖ ces gradins de collinesOù les Alpes du nord‖ enfoncent leurs racines,Immense piédestal‖ par sa base abaissé,Qui sous le poids des monts‖ semble s'être affaissé,Et dans l'encaissement‖ des roches ébouléesCache les lacs profonds‖ et les noires vallées.Je remonte le cours‖ de leurs mille ruisseauxQui passent en lançant‖ leur fumée au lieu d'eaux ;J'avance en frissonnant‖ sous l'arche des cascades ;Les pins m'ouvrent plus loin‖ leurs hautes colonnades,Je les franchis ; j'arrive‖ à ces prés suspendusSur la croupe des monts,‖ verts tapis étendus,Où les chalets, des bois‖ bordent les précipices.Un vieux pâtre y gardait‖ un troupeau de génisses ;Les yeux vers le soleil‖ couchant, entre ses doigtsIl roulait sans me voir‖ un rosaire de bois.Cet aspect rend l'audace‖ à mon âme attendrie,Je suis sûr d'un ami‖ dans tout homme qui prie.Je l'aborde soudain,‖ sans crainte, au nom de Dieu ;Il se trouble en voyant‖ un vivant en ce lieu :Il croit voir un coupable‖ en moi, je le rassure,Il écoute en pleurant‖ ma touchante aventure,Étend la feuille morte‖ en lit sous le chalet,Et partage avec moi‖ son pain noir et son lait.Le lendemain matin‖ il dit : — « Soyez en joie :« Je ne renverrai pas‖ celui que Dieu m'envoie.« Voyageant suivant l'herbe‖ et suivant la saison,« Mes vaches ont fini‖ de paître ce gazon ;« Demain je vais chercher‖ d'autres vertes montagnes,« Mais lorsqu'après l'hiver‖ nous montons des campagnes,« On nous donne en partant‖ du pain pour tout l'été ;« Tout ce pain est à vous,‖ car vous l'avez goûté.« Les bergers dont souvent‖ j'ai nourri la détresse« Remplaceront pour moi‖ celui que je vous laisse ;« Mais vous ne pouvez pas‖ me suivre au milieu d'eux,« Ils se demanderaient‖ pourquoi nous sommes deux ?« Vos blonds cheveux n'ont pas‖ durci dans les tempêtes ;« La blancheur de vos mains‖ leur dirait qui vous êtes ;« Vous ne pouvez non plus‖ rester sous ce chalet,« On le voit de trop loin‖ fumer sur la forêt ;« Des soldats du bourreau‖ ces routes sont connues,« Ils montent quelquefois‖ jusque parmi ces nues« Pour aller de plus haut,‖ sous leurs serres surpris,« Comme l'oiseau de proie,‖ épier les proscrits.« Mais venez, je connais‖ une grotte profonde« Qu'aucun autre que moi‖ ne connaît dans le monde.« Rien n'y peut parvenir‖ que l'éclair et le vent,« Et l'aigle que j'allais‖ y dénicher souvent,« Quand, dans mon jeune temps,‖ le suivant sur ces cimes,« Mon pied comme mon œil‖ se jouait des abîmes.« J'y puis monter encor‖ avec l'aide de Dieu ;« C'est pour vous que sa main‖ m'a découvert ce lieu ;« Vous y vivrez de peu,‖ mais sans inquiétude,« Si votre ange suffit‖ à votre solitude.« On y peut puiser l'eau‖ dans le creux de sa main,« Et quand je penserai‖ que vous manquez de pain,« Tous les deux ou trois mois,‖ sans qu'on puisse me suivre,« J'apporterai de loin‖ ce qu'il vous faut pour vivre.« Remarquez bien la gueule‖ ouverte à ce rocher,« Venez de temps en temps‖ sous la brume y chercher ;« Car lorsque je viendrai‖ vous porter votre vie,« Je n'irai pas plus loin,‖ de peur qu'on ne m'épie. »

Nous partons, nous posons‖ nos pieds audacieuxOù le chasseur des monts‖ n'ose poser ses yeux ;Nous enlaçons nos doigts‖ crispés aux fils du lierre,Aux cheveux de la plante,‖ aux angles de la pierre ;Du rocher chancelant‖ qui s'enfuit sous nos pas,Le bruit sourd et profond‖ monte à peine d'en bas,Et des eaux du glacier‖ dont la poudre s'élève,Le vent nous frappe au front‖ comme le froid d'un glaive ;Devant l'abîme ouvert‖ que ces eaux ont fendu.Mon pied cloué d'horreur‖ s'arrête suspendu ;Du noir pilier des monts‖ la colonne d'écumeTombe en rejaillissant‖ dans le gouffre qui fume,Hurle dans sa ruine‖ avec tous ses ruisseaux,Remonte en blancs flocons,‖ retombe en verts lambeaux,Et remplit tout le vide,‖ où flotte en bas sa foudre,De vent, de bruit, de flots,‖ de vertige et de poudre ;Un seul débris de roc‖ que le fleuve a broyé,Tremblant aux coups de l'onde,‖ et d'écume noyé,Comme un vaste arc-en-ciel‖ appuyé sur deux cimes,Se dresse en voûte immense‖ et franchit ses abîmes ;Mon guide fait sur lui‖ le signe de la croix,Tâte d'un pied douteux‖ les fragiles parois,S'élance ; je le suis ;‖ sous cette arche profonde,Nous voyons à cent pieds‖ cet ouragan de l'ondePasser comme le trait‖ qu'un regard ne suit pas ;Le pont miné, tremblant,‖ résonne sous nos pas ;Notre œil tourne, nos mains‖ cherchent, notre pied glisse ;Mais notre ange à nos yeux‖ voile le précipice,Et déjà nous foulons‖ sur le bord opposéUn vallon d'herbe en fleur‖ par l'écume arrosé.

La nature en ce lieu‖ plus amie et plus douceFestonne les rochers‖ d'arbustes et de mousse ;D'un pas moins essoufflé‖ nous montons ses remparts ;Un horizon nouveau‖ s'ouvre sous nos regards,Et nous redescendons‖ des pentes qu'elle incline,De coteaux en coteaux,‖ de colline en colline,Jusqu'à ce creux vallon‖ qu'elle arrondit exprèsPour n'étaler qu'à Dieu‖ ses plus divins attraits.Là, mon guide s'arrête,‖ et me montre l'asileQu'offre la Providence‖ à ceux que l'homme exile ;Me découvre à son bruit‖ la source sous le bois,M'enseigne à façonner‖ le hêtre où je la bois,A sécher au soleil‖ les mousses pour ma couche,A juger la saveur‖ des fruits sains pour ma bouche,A dérober tout chaud,‖ dans le creux du rocher,L'œuf pondu du matin‖ que l'aigle y va cacher,A nourrir un feu lent‖ qui couve dans l'écorce,A voiler aux oiseaux‖ le piège sous l'amorce,A lancer dans le lac‖ le fil de l'hameçonQui fait frissonner l'onde‖ au contact du poisson ;A surprendre à son nid‖ le faon qui vient d'éclore ;A ravir le chevreau‖ pendant qu'il tette encore,Pour que sa mère aussi‖ vienne, au cri de sa faim,Tendre pour le nourrir‖ sa mamelle à la main ;Puis me recommandant‖ à cette ProvidenceQui nourrit sans travail‖ et garde sans prudence :« Priez-la, mon enfant !‖ tout est plein d'elle ici !… »Nous prions ; je l'embrasse ;‖ il part ; et me voici.

Grotte des Aigles, 17 avril 1793, pendant la nuit.

O nuit majestueuse !‖ arche immense et profondeOù l'on entrevoit Dieu‖ comme le fond sous l'onde !Où tant d'astres en feux‖ portant écrit son nom,Vont de ce nom splendide‖ éclairer l'horizon !Et jusqu'aux infinis,‖ où leur courbe est lancée,Porter ses yeux, sa main,‖ son ombre, sa pensée !Et toi, lune limpide‖ et claire, où je crois voirCes monts se répéter‖ comme dans un miroir,Pour que deux univers,‖ l'un brillant, l'autre sombre,Du Dieu qui les créa‖ s'entretinssent dans l'ombre,Et vous, vents palpitant‖ la nuit sur ces hauts lieux,Qui caressez la terre‖ et parfumez les cieux ;Et vous, bruit des torrens ;‖ et vous, pâles nuagesQui passez sans ternir‖ ces rayonnantes plages,Comme à travers la vie,‖ où brille un chaste azur,L'ombre des passions‖ passe sur un cœur pur.Mystères de la nuit‖ que l'ange seul contemple,Cette heure aussi pour moi‖ lève un rideau du temple,Ces pics aériens‖ m'ont rapproché de vous ;Je vous vois seul à seul,‖ et je tombe à genoux,Et j'assiste à la nuit‖ comme au divin spectacleQue Dieu donne aux esprits‖ dans son saint tabernacle !

Comme l'œil plongé loin‖ dans ce pur firmament !Quel bleu tendre, et pourtant‖ quel éblouissement !On dirait l'eau des mers‖ quand une faible briseFait miroiter les flots‖ où le rayon se brise.— Voilà sur l'horizon‖ l'étoile qui descend !— L'ombre des noirs sapins‖ me voile le croissant ;Sa mobile blancheur‖ semble sous ce nuageUne neige qui tombe‖ et fond sur le feuillage !— Au doux vent que ma joue‖ à peine a ressenti,Quel immense soupir‖ de leur cime est sorti !Il naît, il gronde, il baisse,‖… il meurt, c'est la tempêteQui passe avec ses voix‖ et ses coups sur ma tête ;C'est la voile où le vent‖ siffle et tonne la nuit,Quand sur les sombres mers‖ la vague la poursuit ;— Non, c'est un souffle mort‖ dont la nuit les effleure.— Oh ! qu'à présent la brise‖ avec tendresse y pleure !N'est-ce pas le soupir‖ de quelque esprit amiQui dans ces sons si doux‖ se dévoile à demi,Vient prêter à ces vents‖ leur douce voix de femme,Et par pitié pour nous‖ pleurer avec notre âme ?Arbres harmonieux,‖ sapins ! harpe des bois,Où tous les vents du ciel‖ modulent une voix,Vous êtes l'instrument‖ où tout pleure, où tout chante,Où de ses mille échos‖ la nature s'enchante,Où, dans les doux accens‖ d'un souffle aérien,Tout homme a le soupir‖ d'accord avec le sien !Arbres saints qui savez‖ ce que Dieu nous envoie,Chantez, pleurez, portez‖ ma tristesse ou ma joie ;Seul il sait dans les sons‖ dont vous nous enchantez,Si vous pleurez sur nous‖ ou bien si vous chantez !

Grotte des Aigles, 18 avril 1793.

Le sommeil m'a surpris‖ sous le nocturne dôme ;L'alouette a chanté‖ mon réveil ; mon royaumeSous un jour de printemps‖ en fleurs m'est apparu,Et du matin au soir‖ mes pas l'ont parcouru.Qu'il est vert ! Et pour qui,‖ sur ces hauts précipicesDieu créa-t-il un jour‖ ce vallon de délices ?Et d'un triple rempart‖ élevé de ses mains,En ferma-t-il l'accès‖ et la vue aux humains ?

Là le gouffre tonnant‖ où le glacier se verse,Et qu'à travers la mort‖ le pont de roc traverse ;Ici, ces pics glacés,‖ qui ne fondent jamais,L'entourent à demi‖ de leurs neigeux sommets ;Et plus bas, à l'endroit‖ où son lit qui serpenteSemble au penchant des monts‖ vouloir unir sa pente,Le rocher tout à coup‖ l'arrête et le retient,Et d'un escarpement‖ dans les airs le soutient ;Sur ses parois polies‖ par l'égout des ravines,Nulle herbe, nulle fleur‖ ne pend par ses racines ;Et la voix des bergers,‖ qu'on voit à peine en bas,Se perd dans la distance‖ et ne m'y parvient pas.A l'abri de ces flots,‖ de ces rocs, de ces neiges,Ne craignant des mortels‖ ni surprise ni pièges,Je trouve comme l'aigle,‖ en mon aire élevé,Tout ce que le désir‖ d'un poëte eût rêvé ;Arbres fils de leur gland‖ courbés sous les tempêtes,Mais dont la foudre seule ;‖ ose ébrancher les têtes ;Lianes, de leurs pieds‖ à leur front serpentant,Qui bercent fleurs et nids‖ sur leur filet flottant ;Rayon doré du jour‖ qui sous leur nuit se joue,Tremblant sur l'herbe, au gré‖ du vent qui les secoue,Hauts gazons où sur l'or‖ nagent les papillons,Où les vents creusent seuls‖ leur trace en verts sillons ;Herbe que chaque brise‖ en molles vagues roule,Répandant mille odeurs‖ sous mon pied qui les foule ;Eau qui dort dans la feuille‖ où l'ombre la brunit,Ou remplit jusqu'au bord‖ ses coupes de granit ;Écume des ruisseaux‖ sur leurs pentes fleuries,Se perdant comme un lait‖ dans le vert des prairies ;Lac limpide et dormant‖ comme un morceau tombéDe cet azur nocturne‖ à ce ciel dérobé,Dont le creux transparent‖ jusqu'au fond se dévoile,Où, quand le jour s'éteint,‖ la sombre nuit s'étoile,Où l'on ne voit flotter‖ que les fleurs du lotusQue leur poids de rosée‖ a sur l'onde abattus,Et le duvet d'argent‖ que le cygne sauvage,En se baignant dans l'onde,‖ a laissé sur la plage ;Golfes étroits, cachés‖ dans les plis des vallons,Aspects sans borne ouverts‖ sur les grands horizons,Abîmes où l'oreille‖ écoute l'avalanche,Cimes dans l'Éther bleu‖ noyant leur flèche blanche,Grandes ombres des monts‖ qui brunissent leurs flancs,Rayon répercuté‖ des pics étincelans ;Air élastique et tiède,‖ où le sein qui s'abreuve,Croit boire en respirant‖ une âme toujours neuve ;Bruit qu'on entend si loin‖ descendre ou s'élever :Silence où l'âme dort‖ et s'écoute rêver ;Partout avec la paix,‖ mouvement qui l'anime :Des troupeaux de chamois‖ qui volent sur l'abîme,Chevreuils rongeant l'écorce,‖ écureuils dans les bois,Chants de milliers d'oiseaux‖ qui confondent leurs voix,Vols d'insectes dorés‖ et bourdonnemens d'ailes,De leurs prismes flottans‖ semant les étincelles,Fleurs partout sous mes pas‖ et parfums dans les airs :Voilà ce que le ciel‖ a fait pour ces déserts.

Même date, le soir.

Mais de ces lieux charmans‖ le chef-d'œuvre est la voûteDans le rocher, dont l'aigle‖ a seul trouvé la route ;A l'orient du lac‖ et le long de ses eauxLa montagne en croulant‖ s'est brisée en morceaux,Et semant ses rochers‖ en confuses ruines,A de leurs blocs épars‖ entassé les collines.Ces rocs accumulés,‖ par leur chute fendus,L'un sur l'autre au hasard‖ sont restés suspendus ;Les ans ont cimenté‖ leur bizarre structure,Et recouvert leurs flancs‖ et le sol de verdure.On y marche partout‖ sur un tertre aplaniQue la feuille tombée‖ et la mousse ont jauni ;Seulement quand on frappe,‖ on peut entendre encoreRésonner sous le pas‖ le terrain plus sonore.Cinq vieux chênes, germant‖ dans ses concavités,Y penchent en tous sens‖ leurs troncs creux et voûtés,De leurs pieds chancelans‖ les bases colossalesDu granit au granit‖ joignent les intervalles,S'enlacent sur le sol‖ comme de noirs serpens,Et retiennent les blocs‖ entre leurs nœuds rampans ;Le plus vieux, suspendu‖ sur l'une des ravines,La couvre comme un pont‖ de ses larges racines,Puis aux rayons du jour‖ pour mieux la dérober,Étend un vaste bras‖ qu'il laisse retomber,Et sous ce double abri‖ de rameaux de verdure,Il voile à tous les yeux‖ son étroite ouverture ;Il faut, pour découvrir‖ cet antre souterrain,Ramper en écartant‖ les feuilles de la main.A peine a-t-on glissé‖ sous l'arche verte et sombre,Un corridor étroit‖ vous reçoit dans son ombre ;On marche un peu courbé‖ sous d'humides arceaux,De circuits en circuits,‖ au bruit profond des eaux,Qui, creusant à vos pieds‖ un canal dans la pierre,Murmurent jusqu'au lac‖ dans leur solide ornière ;Un jour pâle et lointain,‖ lueur qui part du fond,Guide déjà les yeux‖ dans ce sentier profond ;La voûte s'agrandit,‖ le rocher se retire,Le sein plus librement‖ se soulève et respire,Le sol monte, trois blocs‖ vous servent de degrés,Et dans la roche vide‖ enfin vous pénétrez.

Vingt quartiers, suspendus‖ sur leur arête vive,En soutiennent le dôme‖ en gigantesque ogive ;Leurs angles de granit‖ en mille angles brisés,Leurs flancs pris dans leurs flancs,‖ l'un sur l'autre écrasés,Ont rejailli du poids‖ comme une molle argile ;L'eau que la pierre encor‖ goutte à goutte distille,A poli les contours‖ de ces grands blocs pendans,De stalactite humide‖ a revêtu leurs dents,Et, les amincissant‖ en immenses spirales,Les sculpte comme un lustre‖ au ciel des cathédrales.Ces gouttes qu'en tombant‖ leur pente réunit,Ont creusé dans un angle‖ un bassin de granit,Où l'on entend pleuvoir‖ de minute en minuteL'eau sonore qui chante‖ et pleure dans sa chute ;Toujours quelque hirondelle‖ au vol bas et rasantY plane, ou sur le bord‖ s'abreuve en se posant ;Puis remontant au cintre‖ où l'oiseau frileux niche,Se pend à l'un des nids‖ qui bordent la corniche.

Le rocher vif et nud‖ enclôt de toutes partsLa grotte enveloppée‖ en ces sombres remparts ;Mais du côté du lac,‖ une secrète issue,Fente entre deux grands blocs,‖ étroite, inaperçue,En renouvelant l'air‖ sous la terre attiédi,Laisse entrer le rayon‖ et le jour du midi ;On ne peut du dehors‖ découvrir l'interstice ;Le rocher pend ici‖ sur l'onde en précipice,Son flanc rapide et creux‖ par le lac est miné ;Au-dessus de la grotte‖ un lierre enraciné,Laissant flotter en bas‖ ses festons et ses nappes,Étend comme un rideau‖ ses feuilles et ses grappes,Et, se tressant en grille‖ et croisant ses barreaux,Sur la fenêtre oblongue‖ épaissit ses réseaux.Je puis en écartant‖ ce vert rideau de lierre,Mesurer à mes yeux‖ la nuit ou la lumière,Adoucir la chaleur‖ ou l'éclat du rayon,Ou m'ouvrant de la main‖ un immense horizon,Du fond de ma retraite‖ à ces monts suspendue,Laisser fuir mon regard‖ jusqu'à perte de vue.Auprès de l'ouverture‖ est un banc de rocherOù je puis à mon gré‖ m'asseoir ou me coucher,Lire aux rayons flottans‖ qui tremblent sur ma bible,Ou, contemplant de Dieu‖ l'ombre ici plus visible,Les yeux sur la nature,‖ élever au Seigneur,Dans des transports muets,‖ l'hymne ardent de mon cœur.

Un air égal et doux,‖ tiède haleine de l'onde,Règne ici quand la bise‖ ailleurs transit ou gronde ;Aucun vent n'y pénètre,‖ et le jour et la nuit,Dans ce nid de mon âme‖ on n'entend d'autre bruitQue les gazouillemens‖ des becs des hirondelles,Le vol de quelque mouche‖ aux invisibles ailes,Le doux bruissement‖ du lierre sur le mur,Ou les coups sourds du lac,‖ dont les lames d'azur,Montant presque au niveau‖ de ma verte fenêtre,Renaissent pour tomber,‖ et tombent pour renaître,Et suspendent du bord‖ qu'elles viennent lécher,Leurs guirlandes d'écume‖ aux parois du rocher.

20 mai 1793.

Voilà donc, quand ma tente‖ ailleurs est renversée,La tente que je trouve‖ ici toute dressée ;J'ai déjà sur la roche‖ étendu pour mon litLa feuille des forêts‖ que la mousse amollit.J'ai déjà suspendu‖ dans ma chaude demeureMon bâton, et ma montre‖ où j'entends marcher l'heure,Rassemblé du bois mort‖ en tas pour mon foyer,Vu la lueur du feu‖ sous la grotte ondoyer,Et passé dans la joie‖ et dans la solitudeUn jour, dont tant de jours‖ me feront l'habitude.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
382((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
31 distiquess, 1 distique
Mots à la rime
a âge / passage féminine, classiqueb lendemain / chemin masculine, classiquec nombre / ombre féminine, classiqued mélodieux / silencieux masculine, classiquee l'étude / habitude féminine, classiquef épais / paix masculine, classiqueg images / paysages féminine, classiqueh pénétré / degré masculine, classiquei colore / l'aurore féminine, classiquej cœur / l'odeur masculine, classiquek tracée / pensée féminine, classiquel jours / toujours masculine, classiquem demeures / heures féminine, classiquen constamment / événement masculine, classiqueo retranche / blanche féminine, classiquea croître / cloître féminine, classiqueb soir / s'asseoir masculine, classiquec nombre / l'ombre féminine, classiqued d'ami / demi masculine, classiquee suprême / aime féminine, classiquef introduit / nuit masculine, classiquea encore / d'Inistore féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquec grise / bise féminine, classiqued torrens / dévorans masculine, classiquee fume / écume féminine, classiquef roseau / corbeau masculine, classiqueg sauvages / d'orages féminine, classiqueh brouillard / regard masculine, classiquei s'efface / l'espace féminine, classiquej lieux / cieux masculine, classiquek tempête / tête féminine, classiquel instrument / ravissement masculine, classiquem poitrine / divine féminine, classiquen bras / pas masculine, classiqueo nuage / l'orage féminine, classiquep échos / chaos masculine, classiqueq pore / encore féminine, classiquer accens / sens masculine, classiquea délices / calices féminine, classiqueb félicité / l'éternité masculine, classiquec pensée / traversée féminine, classiqued pas / ici-bas masculine, classiquea sombre / l'ombre féminine, classiqueb moi / foi masculine, classiquec asile / immobile féminine, classiqued habité / éternité masculine, classiquee rappelle / étincelle féminine, classiquef luit / nuit masculine, classiqueg s'évapore / sonore féminine, classiqueh retentissement / instrument masculine, classiquei cathédrale / sépulcrale féminine, classiquej sort / transport masculine, classiquek voûte / m'écoute féminine, classiquel répandu / entendu masculine, classiquem intime / m'abîme féminine, classiquen carreau / manteau masculine, classiqueo l'âme / flamme féminine, classiquep Seigneur / cœur masculine, classiqueq délire / dire féminine, classiquer œil / écueil masculine, classiques l'écume / fume féminine, classiquet bouillonnement / mouvement masculine, classiqueu onde / gronde féminine, classiquev bruit / suit masculine, classiquew terre / tonnerre féminine, classiquea s'endort / effort masculine, classiqueb pensée / bercée féminine, classiquec rêvant / vent masculine, classiqued ailes / d'étincelles féminine, classiquee doux / vous masculine, classiquef l'heure / demeure féminine, classiqueg d'airain / souterrain masculine, classiqueh essuie / pluie féminine, classiquea part / regard masculine, classiqueb vie / d'envie féminine, classiquec lieu / Dieu masculine, classiqued ruine / domine féminine, classiquee lois / fois masculine, classiqueg humains / chemins masculine, classiqueh croule / moule féminine, classiquei fuit / détruit masculine, classiquej cratère / terre féminine, classiquek foi / moi masculine, classiquel élancée / pensée féminine, classiquem d'ici-bas / pas masculine, classiquea brise / divise féminine, classiqueb détruisant / brisant masculine, classiquec génie / tyrannie féminine, classiqued temps / autans masculine, classiquee rapide / vide féminine, classiquea d'effroi / roi masculine, classiqueb centaines / fontaines féminine, classiquec vertu / abattu masculine, classiqued signe / digne féminine, classiquee l'innocent / sang masculine, non classiquef abuse / l'excuse féminine, classiquea réflexions / révolutions masculine, classiqueb maladie / engourdie féminine, classiquec effort / mort masculine, classiquea balance / silence féminine, classiqueb intérêts / près masculine, classiquec carrière / poussière féminine, classiquee problème / lui-même féminine, classiquef vaincu / vécu masculine, classiqueg pensée / commencée féminine, classiqueh soin / loin masculine, classiquei sable / intarissable féminine, classiquej soleil / réveil masculine, classiquek féconde / monde féminine, classiquel ici-bas / pas masculine, classiquem chose / repose féminine, classiquen noyés / Voyez masculine, classiqueo éternelle / repose-t-elle féminine, classiquep Dieu / essieu masculine, classiqueq enflammée / fermée féminine, classiquer repos / flots masculine, classiques rivages / plages féminine, classiquet souterrain / demain masculine, classiqueu matière / poussière féminine, classiquev mouvement / élément masculine, classiquew enfante / fermente féminine, classiquex toujours / cours masculine, classiquey chose / éclose féminine, classiquez commencement / enfantement masculine, classiquea fonde / monde féminine, classiqueb fois / lois masculine, classiquec prononce / réponse féminine, classiqued ralentir / démentir masculine, classiquee entraîne / humaine féminine, classiquef législations / nations masculine, classiqueg elles / nouvelles féminine, classiqueh pas masculine, classiquea histoire / mémoire féminine, classiqueb joué / secoué masculine, classiquec feuillages / âges féminine, classiqued flétris / débris masculine, classiquee d'orages / rivages féminine, classiquea incessamment / instrument masculine, classiqueb humaine / l'entraîne féminine, classiquec divin / fin masculine, classiqued accordée / idée féminine, classiquee sentier / entier masculine, classiquef commencée / pensée féminine, classiqueg essor / encor masculine, classiqueh chimères / mères féminine, classiquej sagesse / cesse féminine, classiquea mains / humains masculine, classiqueb victimes / crimes féminine, classiquec paix / forfaits masculine, classiqued l'homme / consomme féminine, classiquee mortel / l'autel masculine, classiquef justice / l'édifice féminine, classiqueg combattu / vertu masculine, classiqueh représailles / batailles féminine, classiquei temps / combattans masculine, classiquej inique / antique féminine, classiquek l'oppresseur / l'erreur masculine, classiquel offense / vengeance féminine, classiquem ensanglanté / vérité masculine, classiquen abîme / crime féminine, classiqueo jamais / forfaits masculine, classiquep hésite / hérite féminine, classiquea Dieu / lieu masculine, classiqueb d'aumône / trône féminine, classiquec factions / bénédictions masculine, classiqued assise / l'église féminine, classiquee main / pain masculine, classiquef providence / danse féminine, classiqueg toits / bois masculine, classiqueh terre / père féminine, classiquei noirci / ici masculine, classiquej image / village féminine, classiquek humains / mains masculine, classiquel justice / sacrifice féminine, classiquem bourreaux / infernaux masculine, classiquen parcelle / étincelle féminine, classiquea vous / genoux masculine, classiqueb tempêtes / têtes féminine, classiquea main / parchemin masculine, classiqueb l'écriture / signature féminine, classiquec fois / voix masculine, classiqued ressource / bourse féminine, classiquee jamais / bienfaits masculine, classiquea monde / l'onde féminine, classiqueb mer / amer masculine, classiquec solitudes / d'habitudes féminine, classiqued Dieu / adieu masculine, classiquee absence / l'innocence féminine, classiquef mortel / d'autel masculine, classiqueg t'égare / rare féminine, classiqueh ici / obscurci masculine, classiquei terre / sanctuaire féminine, classiquej revêtir / martyr masculine, classiquea resterai / mémoire / histoire féminine, classiquea bruit / poursuit masculine, classiqueb calices / sacrifices féminine, classiquec frapper / saper masculine, classiqued prière / poussière féminine, classiquee pavés / réservés masculine, classiquef jeunesse / intéresse féminine, classiqueg fusil / l'exil masculine, classiquei lointain / pain masculine, classiquej campagnes / montagnes féminine, classiquek blés / troublés masculine, classiquel nage / plage féminine, classiquem chiens / miens masculine, classiquen collines / racines féminine, classiqueo abaissé / affaissé masculine, classiquep éboulées / vallées féminine, classiqueq ruisseaux / d'eaux masculine, classiquer cascades / colonnades féminine, classiques suspendus / étendus masculine, classiquet précipices / génisses féminine, classiqueu doigts / bois masculine, classiquev attendrie / prie féminine, classiquex rassure / aventure féminine, classiquey chalet / lait masculine, classiquez joie / m'envoie féminine, classiquea saison / gazon masculine, classiqueb montagnes / campagnes féminine, classiquec l'été / goûté masculine, classiqued détresse / laisse féminine, classiquee d'eux / deux masculine, classiquef tempêtes / êtes féminine, classiqueg chalet / forêt masculine, classiqueh connues / nues féminine, classiquei surpris / proscrits masculine, classiquej profonde / monde féminine, classiquek vent / souvent masculine, classiquel cimes / abîmes féminine, classiquen inquiétude / solitude féminine, classiquep suivre / vivre féminine, classiqueq rocher / chercher masculine, classiquer vie / m'épie féminine, classiquea audacieux / yeux masculine, classiqueb lierre / pierre féminine, classiquec pas / bas masculine, classiqued s'élève / glaive féminine, classiquee fendu / suspendu masculine, classiquef d'écume / fume féminine, classiqueg ruisseaux / lambeaux masculine, classiqueh foudre / poudre féminine, classiquei broyé / noyé masculine, classiquek croix / parois masculine, classiquel profonde / l'onde féminine, classiquen glisse / précipice féminine, classiqueo opposé / arrosé masculine, classiquea douce / mousse féminine, classiqueb remparts / regards masculine, classiquec incline / colline féminine, classiqued exprès / attraits masculine, classiquee l'asile / exile féminine, classiquef bois masculine, classiqueg couche / bouche féminine, classiqueh rocher / cacher masculine, classiquei l'écorce / l'amorce féminine, classiquej l'hameçon / poisson masculine, classiquek d'éclore / encore féminine, classiquel faim / main masculine, classiquem Providence / prudence féminine, classiquen ici / voici masculine, classiqueb nom / l'horizon masculine, classiquec lancée / pensée féminine, classiqued voir / miroir masculine, classiqueg nuages / plages féminine, classiqueh azur / pur masculine, classiquei contemple / temple féminine, classiquek spectacle / tabernacle féminine, classiquea firmament / éblouissement masculine, classiqueb brise féminine, classiquec descend / croissant masculine, classiqued nuage / feuillage féminine, classiquee ressenti / sorti masculine, classiqueg nuit / poursuit masculine, classiqueh effleure / pleure féminine, classiquei ami / demi masculine, classiquej femme / âme féminine, classiquek bois / voix masculine, classiquel chante / s'enchante féminine, classiquem aérien / sien masculine, classiquen envoie / joie féminine, classiqueo enchantez / chantez masculine, classiquea dôme / royaume féminine, classiqueb apparu / parcouru masculine, classiquec précipices / délices féminine, classiquea verse / traverse féminine, classiqueb jamais / sommets masculine, classiquec serpente / pente féminine, classiqued retient / soutient masculine, classiquee ravines / racines féminine, classiquef bas / pas masculine, classiqueg neiges / pièges féminine, classiqueh élevé / rêvé masculine, classiquej serpentant / flottant masculine, classiquek joue / secoue féminine, classiquel papillons / sillons masculine, classiquem roule / foule féminine, classiquen brunit / granit masculine, classiqueo fleuries / prairies féminine, classiquep tombé / dérobé masculine, classiqueq dévoile / s'étoile féminine, classiquer lotus / abattus masculine, classiques sauvage / plage féminine, classiquet vallons / horizons masculine, classiqueu l'avalanche / blanche féminine, classiquev flancs / étincelans masculine, classiquew s'abreuve / neuve féminine, classiquex s'élever / rêver masculine, classiquey l'anime / l'abîme féminine, classiquea d'ailes / étincelles féminine, classiqueb airs / déserts masculine, classiquea voûte / route féminine, classiqueb eaux / morceaux masculine, classiquec ruines / collines féminine, classiqued fendus / suspendus masculine, classiquee structure / verdure féminine, classiquef aplani / jauni masculine, classiqueg encore / sonore féminine, classiqueh concavités / voûtés masculine, classiquei colossales / intervalles féminine, classiquej serpens / rampans masculine, classiquel dérober / retomber masculine, classiquem verdure / ouverture féminine, classiquen souterrain / main masculine, classiqueo sombre / ombre féminine, classiquep arceaux / eaux masculine, classiqueq pierre / ornière féminine, classiquer fond / profond masculine, classiques retire / respire féminine, classiquet degrés / pénétrez masculine, classiquea vive / ogive féminine, classiqueb brisés / écrasés masculine, classiquec argile / distille féminine, classiqued pendans / dents masculine, classiquee spirales / cathédrales féminine, classiquef réunit / granit masculine, classiqueg minute / chute féminine, classiqueh rasant / posant masculine, classiquei niche / corniche féminine, classiquea parts / remparts masculine, classiqueb issue / inaperçue féminine, classiquec attiédi / midi masculine, classiqued l'interstice / précipice féminine, classiquee miné / enraciné masculine, classiquef nappes / grappes féminine, classiqueg barreaux / réseaux masculine, classiqueh lierre / lumière féminine, classiquei rayon / horizon masculine, classiquej suspendue / vue féminine, classiquek rocher / coucher masculine, classiquel bible / visible féminine, classiquea l'onde / gronde féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquec hirondelles / ailes féminine, classiqued mur / d'azur masculine, classiquee fenêtre / renaître féminine, classiquef lécher / rocher masculine, classiquea renversée / dressée féminine, classiqueb lit / amollit masculine, classiquec demeure / l'heure féminine, classiqued foyer / ondoyer masculine, classiquee solitude / l'habitude féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

765 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes de M. A. de Lamartine, PARIS, 21, quai Malaquais, CHARLES GOSSELIN, FURNE ET Cie, PAGNERRE, DUFOUR ET MULAT, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources