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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Jocelyn, 1836

Troisième époque

Alphonse de Lamartine· 40 distiquess, alexandrins, 934 vers

Grotte des Aigles, 3 juillet 1793.

Quand ce soleil d'été,‖ foyer flottant de vie,Me force à rabaisser‖ ma paupière éblouie,Et sous ce voile ardent‖ m'éblouissant encorPasse à travers mes cils‖ en tièdes reflets d'or ;Quand ces rayons, frappant‖ ces neiges éternelles,Rejaillissent de terre‖ en gerbes d'étincelles,Font ressembler ces pics‖ et ce bleu firmamentA la mer qui blanchit‖ sur un roc écumant ;Que dans ce ciel semblable‖ à des lacs sans rivageJe ne vois que l'Éther‖ limpide où rien ne nageExcepté l'aigle noir,‖ qui comme un point obscurSemble dormir cloué‖ dans l'immobile azur,Ou qui, bercé là haut‖ sur ses serres obliques,S'abaisse en décrivant‖ des cercles concentriques,Lance d'un revers d'aile‖ au soleil en plongeant,De sa plume bronzée‖ un vif reflet d'argent,Et jette, en me voyant‖ couché près de son aire,Un cri d'étonnement‖ où vibre sa colère ;Quand l'arbre ou le rocher‖ répand sous le rayonQuelque île fraîche d'ombre‖ au milieu du gazon ;Qu'étendu mollement‖ sur cette couche verte,Du pavillon des cieux‖ seulement recouverte,L'herbe haute, qu'un poids‖ de fleurs fait replier,Dans ces gouffres touffus‖ m'engloutit tout entier ;Que du foin desséché‖ le parfum m'environne,Et que je n'entends rien‖ que l'air chaud qui bourdonne,Mon souffle qui se mêle‖ à l'air vierge des cieux,Ou ma tempe qui bat‖ mon front silencieux ;Alors je sens en moi‖ des voluptés si vives,Un si complet oubli‖ des heures fugitives,Que mon âme, âmes sens‖ échappant quelquefois,De son corps détaché‖ ne sent pas plus le poidsQue le cygne, essayant‖ son aile déjà forte,Ne sent le poids léger‖ de l'aile qui le porte !J'aime dans ce silence‖ à me laisser bercer,A ne me sentir plus‖ ni vivre ni penser ;A croire que l'esprit‖ qu'en vain le corps rappelle,A quitté sans retour‖ l'enveloppe mortelleEt nage pour jamais‖ dans les rayons du ciel,Comme dans ces rayons‖ d'été la mouche à miel !Dans cet état, où l'homme‖ en Dieu se transfigure,Le temps fuit et renaît‖ sans que rien le mesure ;On a le sentiment‖ de l'immortalité ;Puis quand un souffle, un vol‖ d'un insecte d'étéMe rappelle à la fin‖ à mes sens que j'oublie,Dans un plaisir amer‖ sur moi je me replie ;Je sens que dans ce ciel‖ d'où je descends si las,Dieu m'écoute, il est vrai,‖ mais ne me répond pas ;Je cherche autour de moi,‖ là, plus bas, dans ce monde,Quelque chose qui sente‖ avec moi, qui réponde ;Mon cœur est trop rempli‖ pour ne pas déborder,Et si mon sort voulait‖ seulement m'accorderUn second cœur, un cœur‖ vide et muet encore,Où la vie et l'amour‖ ne fissent que d'éclore ;Cette ardeur que le mien‖ ne peut plus renfermer,Suffirait pour l'étreindre‖ et pour le consumer ;Je verserais en lui‖ le trop-plein de mon âme ;Sa flamme servirait‖ d'aliment à ma flamme,Cette double existence,‖ en multipliant moi,Me rendrait, ô mon Dieu !‖ comme une ombre de toi ;Je sens que je pourrais‖ dans cet autre moi-même,Jeter ce qui m'oppresse‖ et doubler ce que j'aime,Au miroir de mon cœur‖ m'embrasser à mon tour,Créer l'âme de l'âme,‖ et l'amour de l'amour,Et comme ton regard‖ se voit dans ton ouvrage,Consumé de mes feux,‖ m'aimer dans mon image !

Alors ce dôme bleu‖ me semble un beau linceul,J'entr'ouvre en vain mes bras‖ au vent, mon cœur est seul ;Je cherche en vain des yeux‖ dans cette vie aride,Je jette en vain un nom‖ au hasard à ce vide ;Le désert seul, hélas !‖ m'entoure et me répond,Je vais du lac au pic‖ et de la grotte au pont,Je reviens sur mes pas,‖ je m'assieds, je me lève,Mon propre sein me pèse‖ et rien ne le soulève,Il semble qu'à mon être‖ il manque une moitié,Objet de chaste amour‖ ou de sainte amitié,Que je marche à tâtons,‖ que je suis dans ce mondeUne voix qui n'a pas‖ d'écho qui lui réponde,Un œil qui dans un œil‖ ne se réfléchit pas,Un corps qui ne répand‖ point d'ombre sur ses pas,Et que malgré ce ciel,‖ ce beau lieu qui m'enivre,Vivre seul c'est languir !‖ c'est attendre de vivre !Tout mon bonheur ainsi‖ se change en vague ennui ;Solitude ! un Dieu seul‖ peut te remplir de lui !

Grolle des Aigles, 6 juillet 1793.

Poussé par cet instinct‖ qui vers l'homme m'attire,J'ai franchi ce matin‖ le seuil de mon empire,J'ai mesuré de l'œil‖ la chute du torrent,J'ai touché de la main‖ l'arc-en-ciel transparent,Et d'un pied plus hardi,‖ que l'audace accoutume,Passé le roc tremblant‖ sous la voûte d'écume.

Dans l'herbe au moindre bruit‖ soigneux de me cacher,Et les pieds nus, de peur‖ qu'on m'entendît marcher,Suivant dans ses contours‖ le ravin qui serpente,De ces monts, pas à pas,‖ j'ai descendu la penteJusqu'au bord d'une gorge‖ où j'entendais parfoisMugir les bœufs du pâtre‖ et chanter une voix ;Là, tapi sous la feuille,‖ et dérobé derrièreLes troncs des châtaigniers‖ qui bordent la clairière,Sans être découvert,‖ pouvant tout entrevoir,J'ai vu ce que mon cœur‖ aimait à concevoir,Une scène de paix,‖ d'amour et d'innocence,Que l'on rêve la nuit,‖ et qu'éveillé l'on pense ;Image innée ! hélas !‖ d'un temps qui nous a fui,Que comme un souvenir‖ tout homme porte en lui !

Des chèvres, des brebis,‖ et de grasses génisses,Celles-là, se pendant‖ aux fleurs des précipices,Celles-ci, dans le pré‖ plongeant jusqu'aux genoux,Ruminaient en paissant‖ sous des buissons de houx,Tandis que des taureaux,‖ jouant sur des pelouses,Penchant leur tête oblique‖ et leurs cornes jalouses,Sur leurs jarrets dressés,‖ choquaient comme deux blocsLeur front sonore et lourd,‖ retentissant des chocs.

A l'angle d'un buisson,‖ sous un tronc de charmille,Un jeune montagnard,‖ près d'une jeune fille,Sur la même racine‖ étaient assis tous deux ;Seuls, n'ayant que le ciel‖ et les bois autour d'eux ;Ils gardaient sans soucis‖ ces troupeaux dont la cloche,Comme un appel lointain,‖ tintait de roche en roche,Laissaient veiller le dogue,‖ ou chantaient quelquefoisPour qu'un chevreau perdu‖ se guidât sur la voix.Les coudes appuyés‖ sur ses genoux, le pâtrePenchait son front chargé‖ de cheveux noirs sur l'âtreOù fumait parmi l'herbe‖ un reste de tison ;Et regardant le sol,‖ du bout de son bâtonIl semblait au hasard‖ écrire sur la cendre ;Sa rêverie avait‖ quelque chose de tendre,Et quand il relevait‖ son front de ses genoux,Qu'il ouvrait au grand jour‖ son œil limpide et doux,Dans le pli gracieux‖ de sa lèvre ridéeOn voyait en passant‖ sourire son idée ;Et quand de son amour‖ ce regard s'inondait,Un soupir contenu‖ de son sein débordait ;Mais ce soupir n'était‖ qu'un élan sans tristesse,Un poids levé du cœur‖ que le bonheur oppresse.

La jeune fille avait‖ cette fleur de beautéQue n'a mûrie encore‖ aucun rayon d'été,Ce duvet de la joue‖ où la rougeur coloreLa moindre impression‖ qu'un regard fait éclore ;Son œil humide et bleu‖ laissait lire au plein jourLa calme volupté‖ d'un mutuel amour ;Pour cacher une honte,‖ une ombre, une pensée,Sa paupière aux longs cils‖ n'était jamais baissée ;Mais son regard posait‖ confiant, affermi,Comme pose une main‖ dans la main d'un ami.Un réseau noir serrait‖ ses cheveux dans sa maille ;Deux tresses seulement‖ descendant sur sa taille,Où quelques blanches fleurs‖ des prés s'entremêlaient,Sur l'herbe derrière elle‖ en blonds anneaux roulaient ;Un étroit corset rouge‖ embrassait sa ceinture ;Une robe aux plis lourds‖ et de couleur obscureLui venait à mi-jambe,‖ et laissait voir ses piedsNus et blancs, sur la mousse‖ au soleil appuyés,Comme dans les débris‖ dont la terre est couverte,Deux pieds de marbre blanc‖ brillent sur l'herbe verte ;Ses doigts tressaient l'osier,‖ tandis que son regardDans le vague du pré‖ s'égarait au hasard.L'heure ainsi s'en allait‖ l'une à l'autre semblable,L'ombre tournait autour‖ des troncs noueux d'érable,Le bœuf rassasié,‖ sur l'herbe se couchait,Des dormantes brebis‖ l'agneau se rapprochait,Sans que les deux amans,‖ ivres de solitude,Changeassent de bonheur,‖ de regard, d'attitude.On voyait à la paix‖ de leur lent entretien,Que leur cœur n'était pas‖ vide comme le mien ;A peine quelques mots,‖ de distance en distance,S'écoulaient de leur lèvre‖ et troublaient le silence,Comme une eau qui s'enfuit‖ d'un bassin transparentS'échappe goutte à goutte‖ et coule en murmurant.Quand le soleil, qui monte‖ en raccourcissant l'ombre,Fut à moitié du ciel,‖ sur l'herbe molle et sombreLe jeune homme étendit‖ son corps pour sommeiller,Et, comme abandonnant‖ son front à l'oreiller,Sur les genoux pliés‖ de sa paisible amie,Laissa tomber son coude‖ et sa tête endormie.Elle ne dormait pas‖ pendant qu'il sommeillait,Mais essuyant son front‖ que la sueur mouillait,Jouant dans ses cheveux‖ avec ses doigts d'ivoire,Roulait et déroulait‖ leur boucle épaisse et noire.

L'heure du repas vint ;‖ ils mangèrent ; leur mainPuisa le même lait,‖ rompit le même pain.Leurs genoux rapprochés‖ leur servirent de table ;Ils choisirent la fraise‖ au même plat d'érable,Partagèrent la grappe‖ et le rayon de miel,Et dans la même coupe‖ ils burent l'eau du ciel.

Mais le rayon du soir,‖ qui pompe les orages,Sur le vallon plus sombre‖ abaissait les nuages ;La feuille qu'à midi‖ le vent laissait dormir,Dans les bois murmurans‖ commença de frémir,Et, comme aux flancs des monts‖ un brouillard qui s'essuie,La brume descendit‖ sur l'herbe en fine pluie ;Ils vinrent s'abriter‖ contre le tronc noirciDu hêtre, où le troupeau‖ se rassemblait aussi ;Et, comme au bruit du vent‖ qui secouait sa voûte,La feuille sur leurs cous‖ distillait goutte à goutte,Sous les flancs ténébreux‖ d'une arche de rocherOù les oiseaux mouillés‖ à l'abri vont percher,Dérobés à mes yeux‖ par un rideau d'ombrage,Ils laissèrent en paix‖ égoutter le nuage.

En écoutant de loin‖ leur naïf entretien,Jaloux, je comparais‖ leur sort avec le mien ;Et le vent m'apportait‖ quelque rire folâtre,Où se mêlait la voix‖ de la vierge et du pâtre.

Je quittai cette scène,‖ emportant dans mes yeuxCe tableau du bonheur‖ comme un rêve des cieux,Plus dévoré du feu‖ de mon inquiétude,Plus seul dans ma pensée‖ et dans ma solitude,Et me promettant bien‖ de ne plus m'approcherDe ces eaux où ma soif‖ s'accroît sans s'étancher.

Grolle des Aigles, 24 août 1793.

Il repose ; écrivons.‖ Quel jour ! quelle semaine !De deuil et de bonheur‖ pour moi comme elle est pleine !Et par quel coup de foudre,‖ hélas ! ai-je achetéCet enfant, compagnon‖ de mon adversité ?

Le jour baissait ; j'avais‖ passé l'heure après l'heure ;Errant de site en site‖ autour de ma demeure,Je venais de m'asseoir‖ sur le roc inclinéQu'en tombant des hauteurs‖ la cascade a miné ;Mes jambes et mon front‖ pendaient sur cet abîme,Et je suivais des yeux‖ ce tourbillon sublimeQui, m'enivrant de bruit‖ et d'étourdissement,De mes propres pensers‖ m'ôtait le sentiment ;Je dominais de là‖ l'ouverture profondeOù la neige d'été‖ roule en poudre avec Ponde,Et le pont naturel‖ qui sur son double bordSe dresse, et de mon lac‖ défend l'affreux abord.Mon âme se laissait,‖ indolemment bercée,Emporter flots à flots‖ et pensée à pensée,Et se perdant au sein‖ de ces œuvres de Dieu,Était déjà bien loin‖ et du jour et du lieu ;Quand un coup de fusil,‖ que l'écho répercute,Tonne et roule au-dessus‖ du bruit sourd de la chute.Je m'éveille en sursaut,‖ je me lève, je voisDeux soldats poursuivant‖ deux proscrits aux abois :A peine séparés‖ par une courte avance,Les fuyards n'avaient plus‖ qu'une faible espérance ;Les soldats rechargeaient‖ leurs armes en courant ;Les deux proscrits touchaient‖ aux parois du torrent,Il fallait ou périr,‖ ou trouver un passage.Ils s'arrêtent glacés‖ d'horreur sur le rivage ;Le gouffre est sous leurs yeux‖ et la mort sur leurs pas.Je les vois s'embrasser ;‖ je ne réfléchis pasQu'un cri de mon séjour‖ va trahir le mystère ;Je jette un cri soudain,‖ perçant, involontaire ;Ils m'entendent, j'accours ;‖ je montre de ma mainSur le gouffre fumant,‖ le hasardeux chemin.Aussitôt des proscrits‖ le plus âgé s'élance,Donnant la main à l'autre‖ encore dans l'enfance ;Pour soutenir leurs pas‖ j'accours de mon côté ;Au droit sommet du pont‖ ils ont déjà monté ;Déjà le plus âgé‖ me tend du haut de l'archeL'enfant pâle et tremblant‖ dont je soutiens la marche ;« Sauvez, sauvez, dit-il,‖ généreux étranger,« Cet enfant que je vais‖ ou défendre ou venger ;« J'entraînerai du moins‖ ses bourreaux dans ma chute ;« Fuyez, et que ma mort‖ vous donne une minute ! »Déjà les deux soldats,‖ poussés par leur ardeur,Sans sonder du ravin‖ l'immense profondeur,Sur ces blocs suspendus,‖ plus polis que la glaceLeurs crosses à l'épaule‖ avançaient sur sa trace.Quand le proscrit les voit‖ au plus horrible pas,Il arme son fusil‖ pour un douille trépas ;Quatre éclairs à la fois‖ jaillissent de la pierre,Les quatre coups partis‖ ne font qu'un seul tonnerre ;Les deux soldats, frappés‖ par cette double mort,Tombent comme un seul bloc,‖ glissent, roulent du bord ;En vain leurs doigts crispés‖ et leurs dents convulsivesDu pont sans parapet‖ pressent, mordent les rives,La cascade les jette‖ à l'abîme ondoyant,Leurs jambes et leurs bras‖ plongent en tournoyant,Tout leur corps sur le roc,‖ pilé par l'avalanche,N'est plus qu'un point obscur‖ dans sa poussière blanche ;Le proscrit, qui les voit‖ tomber, encor debout,Sent sa poitrine enfin‖ saignant d'un double coup :Son sang, dont ce regard‖ suspendait seul la perte,S'échappe en deux ruisseaux‖ de sa chemise ouverte ;Il tente un pas, son pied‖ ne peut le soutenir,Il va rouler ; mon bras‖ a su le retenir ;Je le traîne expirant‖ sur l'herbe du rivage.Le bonheur et la mort‖ luttent sur son visage ;Il baise avec amour‖ son fusil triomphant,Sa voix rend la parole‖ et l'âme à son enfant.Nous étanchons son sang,‖ nous lavons sa blessure,Puis, formant à la hâte‖ un brancard de verdure,L'enfant portant les pieds,‖ moi le front, nous marchons,Et dans ma grotte enfin‖ mourant nous le couchons.

Grolle des Aigles, 25 août 1793.

Étendu sur un lit‖ de mousse ensanglantée,Sur les bras de son fils‖ sa tête était jetée ;Son regard seul sur lui‖ pouvait se soulever,Quelquefois il semblait‖ s'endormir et rêver,Et sur son lit, sa main‖ échappée à la mienneCherchait, en tâtonnant‖ un fil qui la retienne.Le pauvre enfant voulait‖ me dérober en vainDes sanglots qui sortaient‖ malgré lui de son sein ;Chaque fois qu'il levait‖ son front pâli d'alarmes,Je voyais dans ses yeux‖ rouler de grosses larmes,Qui pleuvaient sur le front‖ que son cœur appuyait,Et qu'un baiser craintif‖ de sa bouche essuyait ;Puis il interrogeait‖ mes yeux comme pour lireL'affreuse vérité‖ que je n'osais lui dire,Et, quand malgré mes yeux‖ mon trouble lui parlait,De ses bras convulsifs‖ l'étreinte redoublait ;Il me jetait dans l'ombre‖ un regard de colère,Et, de son corps entier‖ enveloppant son père,Il semblait défier‖ le ciel et le trépasDe pouvoir arracher‖ ce mourant de ses bras ;Alors ses blonds cheveux‖ tombant sur son visage,Mêlés aux cheveux blancs‖ de ce front d'un autre âge,Me cachaient leur figure,‖ et je n'entendais plusDe baisers, de sanglots,‖ qu'un murmure confus,Deux souffles confondus‖ dans une seule haleine,Tantôt forte, tantôt‖ se distinguant à peine,Où les derniers élans‖ de deux cœurs, de deux voixSemblaient se ranimer‖ et s'éteindre à la fois.Ma torche cependant‖ dans ces mornes ténèbresJetait son jour rougeâtre‖ et ses vapeurs funèbres ;Moi, debout dans un coin‖ de la grotte, à l'écart,De peur de profaner‖ la douleur d'un regard,Tantôt je ranimais‖ la torche évanouie,Tantôt, pour réveiller‖ quelque signe de vie,Je jetais au blessé‖ l'eau froide du courant,Ou soufflais la chaleur‖ sur les pieds du mourant ;Et, tantôt à genoux‖ dans l'ombre la plus noire,Cherchant les chants sacrés‖ épars dans ma mémoire,Le Christ entre mes mains,‖ je murmurais tout basLes hymnes dont la foi‖ berce encor le trépas,Afin qu'une prière‖ au moins, de cette terre,Précédât dans le ciel‖ cette âme solitaire !

La moitié de la nuit‖ ainsi se consuma ;Vers l'aurore, la vie‖ un peu se ranima.Il contempla son fils,‖ il jeta sur la voûteUn regard où semblait‖ hésiter quelque doute,Puis, reportant sur moi‖ l'œil fixe de la mort,Et recueillant ses sens‖ en un dernier effort :« Je meurs, murmura-t-il,‖ et le ciel vous confie« Ce fils mon seul regret,‖ ce fils mon autre vie ;« Veillez sur ce destin‖ que j'abandonne à Dieu !« Soyez pour lui, soyez‖ un père, un frère ! Adieu ! »La parole à sa lèvre,‖ hélas ! montait encore,Mais dans les sons éteints‖ ne pouvait plus éclore ;De momens en momens‖ sa tête s'égarait ;Aucun fil ne liait‖ les mots qu'il murmurait ;Il parlait aux absens,‖ aux morts, à sa famille ;Et regardant son fils,‖ il appelait sa fille.Enfin, quand le regard‖ s'éteignit dans ses yeux,Il posa sur sa bouche‖ un doigt mystérieux,Et d'un reste de voix‖ nommant encor Laurence,Il mourut en faisant‖ le geste du silence !…

Grolle des Aigles, 26 août 1793.

J'ai passé tout ce jour‖ comme dans un tombeau,Le mort enveloppé‖ dans son sanglant manteau,Le pauvre enfant auprès,‖ étendu sur la terre,Le front enseveli‖ dans le linceul du père,Tantôt comme endormi‖ sur le même oreiller,Tantôt comme écoutant‖ son père sommeiller,Soulevant le manteau‖ qui couvre sa figure,Prenant pour son haleine‖ un souffle qui murmure,Collant longtemps l'oreille‖ à sa bouche, et longtempsRetenant dans son sein‖ ses sanglots haletans ;Puis enfin détrompé,‖ sur le front mort qu'il pleure,Attachant un regard‖ triste et long comme l'heure,Un de ces forts regards‖ qui semble en un momentConcentrer toute une âme‖ en un seul sentiment,Et qui rendrait, hélas !‖ la vie à la mort mêmeSi l'amour seul pouvait‖ ranimer ce qu'il aime !

Grolle des Aigles, 27 août 1793.

Pendant qu'un lourd sommeil‖ plus fort que nos douleursFermait enfin les yeux‖ de l'enfant dans ses pleurs,J'ai dénoué ses bras‖ du corps froid de son père,Et j'ai rendu ce soir‖ la dépouille à la terre.

Au bord du lac, il est‖ une plage dont l'eauNe peut même en hiver‖ atteindre le niveau ;Mais où le flot, qui bat‖ jour et nuit sur sa grève,Déroule un sable fin‖ qu'en dunes il élève.Là, le mur du rocher,‖ sous sa concavité,Couvre un tertre plus vert‖ de son ombre abrité ;La roche en cet endroit‖ par sa forme rappelleLe chœur obscur et bas‖ d'une antique chapelle,Quand la nature en a‖ revêtu les débrisDe liane rampante‖ et d'arbustes fleuris.Là, du pauvre étranger,‖ la nuit, mes mains creusèrentLa couche dans la terre‖ et mes pleurs l'arrosèrent ;Et les mots consacrés‖ à ce suprême adieuRemirent son sommeil‖ et son réveil à Dieu.Puis pour sanctifier‖ la place par un signe,Et de son saint dépôt‖ la rendre à jamais digne,Je fis tomber d'en haut‖ cinq grands blocs suspendus,Gigantesque débris‖ de ces rochers fendus ;Et les groupant en croix‖ sur la couche de sable,J'imprimai sur le sol‖ ce signe impérissable ;Bientôt la giroflée‖ et les câpriers vertsDe réseaux et de fleurs‖ les auront recouverts,Et le cygne y viendra,‖ saint et charmant présage,En sortant de la vague,‖ y changer de plumage.

Grolle des Aigles, 28 août 1793.

Nos cœurs se sont ouverts ;‖ mon jeune compagnonM'a confié ce soir‖ son histoire et son nom ;Il est fils d'un proscrit,‖ il se nomme Laurence ;Sa jeune mère est morte‖ en lui donnant naissance ;Il n'a ni sœur ni frère ;‖ à seize ans parvenu,Dans toute son enfance,‖ il n'a jamais connuD'autres soins, d'autre amour,‖ d'autre front sur la terre,Que les soins, que l'amour,‖ que le front de son père.Heureux avec lui seul,‖ et près de lui toujours,Jusqu'à ces temps de meurtre‖ il a passé ses joursDans un manoir désert‖ d'une aride campagne,Sur les bords orageux‖ de la mer de Bretagne ;Quand l'orage civil‖ en ces lieux retentit,Pour ses lois et son Dieu‖ son père combattit ;Vaincu, forcé de fuir‖ ses champs héréditaires,Cachant sous un faux nom‖ son nom et ses misères,Il avait traversé‖ la France avec son fils ;Du haut de ces sommets‖ qu'il visita jadis,D'espoir et de bonheur‖ l'âme déjà remplie,Ses yeux voyaient de près‖ les champs de l'Italie,Quand, aux bords de l'Isère‖ aperçu, des soldatsPar de vils délateurs‖ sont lancés sur ses pas ;Ils allaient échapper‖ dans la nuit ; nuit funeste !Ses larmes l'étouffaient,‖ et je savais le reste.

De la Grotte, 16 septembre 1793.

Mon cœur me l'avait dit :‖ toute âme est sœur d'une âme ;Dieu les créa par couple‖ et les fit homme ou femme ;Le monde peut en vain‖ un temps les séparer,Leur destin tôt ou tard‖ est de se rencontrer ;Et quand ces sœurs du ciel‖ ici-bas se rencontrent,D'invincibles instincts‖ l'une à l'autre les montrent ;Chaque âme de sa force‖ attire sa moitié.Cette rencontre, c'est‖ l'amour ou l'amitié,Seule et même union‖ qu'un mot différent nomme,Selon l'être et le sexe‖ en qui Dieu la consomme,Mais qui n'est que l'éclair‖ qui révèle à chacunL'être qui le complète,‖ et de deux n'en fait qu'un.Quand il a lui, le feu‖ du ciel est moins rapide.L'œil ne cherche plus rien,‖ l'âme n'a plus de vide,Par l'infaillible instinct‖ le cœur soudain frappé,Ne craint pas de retour,‖ ni de s'être trompé ;On est plein d'un attrait‖ qu'on n'a pas senti naître,Avant de se parler‖ on croit se reconnaître,Pour tous les jours passés‖ on n'a plus un regard,On regrette, on gémit‖ de s'être vu trop tard,On est d'accord sur tout‖ avant de se répondre,L'âme de plus en plus‖ aspire à se confondre ;C'est le rayon du ciel,‖ par l'eau répercuté,Qui remonte au rayon‖ pour doubler sa clarté ;C'est le son qui revient‖ de l'écho qui répète,Seconde et même voix,‖ à la voix qui le jette ;C'est l'ombre qu'avec nous‖ le soleil voit marcher,Sœur du corps, qu'à nos pas‖ on ne peut arracher.

17 septembre 1793.

Vous me l'avez donné‖ ce complément de vie,Mon Dieu ! ma soif d'aimer‖ est enfin assouvie.Du jour où cet enfant‖ sous ma grotte est venu,Tout ce que je rêvais‖ jadis, je l'ai connu.Pour la première fois,‖ moi, dont l'âme isoléeA d'autres jusqu'ici‖ ne s'était pas mêlée,Moi qui trouvais toujours‖ dans ce qui m'approchaitQuelque chose de moins‖ que mon cœur ne cherchait ;Au visage, au regard,‖ au son de voix, au geste,A l'émanation‖ de ce rayon céleste,Aux premières douceurs‖ du premier entretien,Au cœur de cet enfant‖ j'ai reconnu le mien.Mon âme, que rongeait‖ sa vague solitude,A répandu sur lui‖ toute sa plénitude.Et mon cœur abusé,‖ ne comptant plus les jours,Croit en l'aimant d'hier‖ l'avoir aimé toujours.

De la Grotte, 20 septembre 1793.

Je ne sens plus le poids‖ du temps ; le vol de l'heureD'une aile égale et douce‖ en s'écoulant m'effleure ;Je voudrais chaque soir‖ que le jour avancéFût encore au matin‖ à peine commencé ;Ou plutôt que le jour‖ naisse ou meure dans l'ombre,Que le ciel du vallon‖ soit rayonnant ou sombre,Que l'alouette chante‖ ou non à mon réveil,Mon cœur ne dépend plus‖ d'un rayon de soleil,De la saison qui fuit,‖ du nuage qui passe ;Son bonheur est en lui ;‖ toute heure, toute place,Toute saison, tout ciel,‖ sont bons quand on est deux ;Qu'importe aux cœurs unis‖ ce qui change autour d'eux ?L'un à l'autre ils se font‖ leur temps, leur ciel, leur monde ;L'heure qui fuit revient‖ plus pleine et plus féconde,Leur cœur intarissable,‖ et l'un à l'autre ouvert,Leur est un firmament‖ qui n'est jamais couvert.Ils y plongent sans ombre,‖ ils y lisent sans voile,Un horizon nouveau‖ sans cesse s'y dévoile ;Du mot de chaque ami‖ le retentissementÉveille au sein de l'autre‖ un même sentiment ;La parole dont l'un‖ révèle sa penséeSur les lèvres de l'autre‖ est déjà commencée ;Le geste aide le mot,‖ l'œil explique le cœur,L'âme coule toujours‖ et n'a plus de langueur ;D'un univers nouveau‖ l'impression communeVibre à la fois, s'y fond,‖ et ne fait bientôt qu'une ;Dans cet autre soi-même,‖ où tout va retentir,On se regarde vivre,‖ on s'écoute sentir ;En laissant échapper‖ sa pensée ingénue,On s'explique, on se crée‖ une langue inconnue ;En entendant le mot‖ que l'on cherchait en soi,On se comprend soi-même,‖ on rêve, on dit : C'est moi !Dans sa vivante image,‖ on trouve son emblème,On admire le monde‖ à travers ce qu'on aime ;Et la vie appuyée,‖ appuyant tour à tour,Est un fardeau sacré‖ qu'on porte avec amour !

De la Grotte, 25 septembre 1793.

Quand je reviens le soir‖ de mes lointaines chasses,Les pieds meurtris, les doigts‖ déchirés par les glaces,Rapportant sur mon dos‖ l'élan ou le chamois,Et que du haut d'un pic‖ du plus loin j'aperçoisMon lac bleu resserré‖ comme un peu d'eau qui trembleDans le creux de la main‖ où l'enfant la rassemble,Le feston vert bordant‖ sa coupe de granit,De mes chênes penchés‖ la tête qui jaunit,Et vacillante au fond‖ de la grotte qui fume,La lueur du foyer‖ que Laurence rallume ;Quand je rêve un moment,‖ quand je me dis : Là-bas,Dans ce point lumineux‖ qu'un lynx ne verrait pas,J'ai la meilleure part,‖ l'autre part de moi-même,Un regard qui me cherche,‖ un souvenir qui m'aime,Un ami dont mon pas‖ fera battre le cœur,Un être dont le ciel‖ m'a fait le protecteur,Pour moi tout, et pour qui‖ je suis tout sur la terre,Patrie, amis, parais,‖ mère, sœur, frère et père,Qui compte tous mes pas‖ dans son cœur palpitant,Et pour qui loin de moi‖ le jour n'a qu'un instant,L'instant où, de ces monts‖ me voyant redescendre,Il vient de ses deux bras‖ à mon cou se suspendre,Et, bondissant après‖ comme un jeune chevreuil,En courant devant moi‖ m'entraîne à notre seuil.Alors, pressant le pas‖ sur mon chemin de neige,Je me trace de l'œil‖ le sentier qui l'abrège ;Le glacier suspendu‖ m'oppose en vain son mur,Je me laisse glisser‖ sur ses pentes d'azur ;Je retrouve Laurence‖ au pied de la montagne,Car je ne permets pas‖ encor qu'il m'accompagne ;Il passe alors son bras‖ plus faible sous le mien ;Je lui conte mon jour,‖ il me conte le sien ;Nous rentrons, il me dit‖ combien nos tourterellesOnt couvé le matin‖ d'œufs éclos sous leurs ailes,Combien la chèvre noire‖ a donné de son lait,Ou de petits poissons‖ ont rempli son filet ;Il me montre les tas‖ de mousses et de feuilleQue pour tapisser l'antre‖ avant l'hiver il cueille,Les fruits qu'il a goûtés‖ et rapportés du bois,Et dont l'épine aiguë‖ ensanglante ses doigts,Les bras de vigne vierge,‖ ou de lierre qui flotte,Qu'il a fait serpenter‖ dans les flancs de la grotte,Les oiseaux qu'il a pris‖ en leur jetant du grain,Et les chevreuils privés‖ qui mangent dans sa main ;Car soit par préférence,‖ ou soit par habitude,Tous ces doux compagnons‖ de notre solitude,Biche de la montagne,‖ élans, oiseaux des bois,Accourent à sa vue‖ et volent à sa voix.

Nous mangeons sur la main‖ ce que le jour nous donne,Le lait, les simples mets‖ que la joie assaisonne ;Nous mordons tour à tour‖ à des fruits inconnus,Ou pour nous abreuver‖ nous en pressons le jus ;Pour les mortes saisons,‖ nous mettons en réserveCeux que le soleil sèche‖ et que le temps conserve ;A chaque invention‖ de l'un, l'autre applaudit ;On prévoit, on combine,‖ on se trompe et l'on rit ;Dans ces mille entretiens‖ le long soir se consume ;Sur le foyer dormant‖ le dernier tison fume,Et souvent dans le lac,‖ miroir de notre huit,Nous voyons se lever‖ l'étoile de minuit ;Alors nous nous mettons‖ à genoux sur la pierre,Vers la fenêtre où flotte‖ un reste de lumière,D'où Laurence inclinant‖ son front grave et pieux,Sur la croix du tombeau‖ jette souvent les yeux ;Et quand après avoir‖ béni cette journée,Que nous rendons à Dieu‖ comme il nous l'a donnée,Après avoir prié‖ pour que d'autres soleilsNous ramènent demain,‖ toujours, des jours pareils ;Après avoir offert‖ nos vœux pour ceux qui vivent,Au souvenir des morts‖ nos prières arrivent ;Laurence, en répondant‖ aux versets, bien des foisA, malgré ses efforts,‖ des larmes dans sa voix,Et de ses pleurs de fils,‖ non encore épuisées,Ses mains jointes après‖ sont souvent arrosées.

Ainsi finit le jour,‖ et puis chacun en paixVa s'endormir couché‖ sur son feuillage épais,Jusqu'à ce que la voix‖ du premier qui s'éveilleVienne avec l'alouette‖ enchanter son oreille.

De la Grolle, 23 octobre 1793.

Depuis que sa douleur‖ par le temps s'engourdit,Comme Laurence est fier‖ et beau ! comme il grandit !Par moment, quand sur moi‖ son visage rayonne,La splendeur de son front‖ m'éblouit et m'étonne ;Je ne puis soutenir‖ l'éclat de sa beauté,Et quand dans son regard‖ le mien tombe arrêté,Je crois sentir en moi‖ parfois ce qu'éprouvèrent,Près du sacré tombeau,‖ les femmes qui trouvèrentL'homme assis, qui leur dit :‖ Allez, il n'est plus là ;Quand leur cœur à ces mots‖ en elles se troubla,Et que, croyant parler‖ à l'homme, chose étrange,Leurs regards dessillés‖ s'aperçurent de l'ange !…

De la Grolle, 24 octobre 1793

Ce soir je regardais‖ Laurence à la clartéDu foyer flamboyant‖ sur son front reflété,Pendant qu'assis à terre,‖ il regardait lui-mêmeJouer entre ses pieds‖ le jeune faon qu'il aime ;Jamais rien de si doux‖ et de si gracieuxQue la biche et l'enfant‖ ne s'offrit à mes yeux.Repliant ses pieds blancs‖ sous son ventre, la biche,Comme dans l'herbe molle‖ où le jour elle niche,S'arrangeait confiante‖ entre ses deux genoux,Levait sur lui son œil‖ intelligent et doux,Broutait entre ses doigts‖ de tendres jets de saule,Allongeait et posait‖ le col sur son épaule,Et me jetant de là‖ son regard triomphant,Léchait et mordillait‖ les cheveux de l'enfant.

28 octobre 1793.

L'enfant ! je ne puis plus‖ nommer ainsi Laurence,Ses seize ans l'ont conduit‖ à son adolescence,Son front s'élève presque‖ à la hauteur du mien,A la course, mon pied,‖ gagne à peine le sien ;Seulement sa voix tendre,‖ angélique, argentine,Conserve encor l'accent‖ de sa voix enfantine,Et ses inflexions,‖ vibrantes de douceur,Me font rêver souvent‖ à la voix de ma sœur ;Alors, pour un instant,‖ mon cœur que ce son frappe,Pour remonter un peu‖ le cours du temps m'échappe,Et me reporte aux jours‖ où ces tendres accensDe femmes, mère ou sœur,‖ résonnaient à mes sens,Et donnant tant de charme‖ au foyer domestique,De mon enfance étaient‖ la suave musique ;Je les cherche, mon cœur‖ des absens s'entretient ;Des larmes dans mes yeux‖ montent ; Laurence vient,S'assied à mes genoux,‖ me regarde en silence,Me demande pourquoi‖ je pleure, à qui je pense ?Je lui dis mon enfance,‖ il pleure en m'écoutant :« Comme ils t'aimaient, dit-il !‖ mais moi je t'aime autant ;« Ne suis-je pas pour toi‖ comme un fils de ta mère ?« N'as-tu pas remplacé‖ dans mon cœur même un père ?Puis sur la même pierre‖ appuyant nos deux fronts,L'un vis-à-vis de l'autre‖ ensemble nous pleurons.

Mais quand à cette voix‖ revenu de mon rêve,Pour m'essuyer les yeux‖ ma tète se relève,Que l'ombre de mon front‖ s'éclaire, et que je voiCe visage charmant,‖ tout en eau devant moi,Se relever aussi,‖ s'éclairer à mesureComme un miroir vivant‖ de ma propre figure,Comme une ombre animée‖ où tout ce que je sensBat dans un autre cœur,‖ se peint dans d'autres sens ;Quand je pense que Dieu‖ me rend, dans ce seul être,Tous ceux parmi lesquels‖ sa bonté me fit naître,Que ce pauvre orphelin‖ n'a que moi pour appui,Qu'il existe en moi seul‖ comme moi tout en lui,Que mon bras est son bras,‖ que ma vie est sa vie,Et que Dieu même a fait‖ l'amitié qui nous lie,Ah ! mes larmes bientôt‖ tarissent, et mon cœurDans un seul sentiment‖ trouve assez de bonheur !

De la Grolle, 29 octobre 1793.

Beauté ! secret d'en haut,‖ rayon, divin emblème,Qui sait d'où tu descends ?‖ qui sait pourquoi l'on t'aime ?Pourquoi l'œil te poursuit,‖ pourquoi le cœur aimantSe précipite à toi‖ comme un fer à l'aimant,D'une invincible étreinte‖ à ton ombre s'attache,S'embrase à ton approche‖ et meurt quand on l'arrache ?Soit que, comme un premier‖ ou cinquième élément,Répandue ici-bas‖ et dans le firmament,Sous des aspects divers‖ ta force se dévoile,Attire nos regards‖ aux rayons de l'étoile,Aux mouvemens des mers,‖ à la courbe des cieux,Aux flexibles ruisseaux,‖ aux arbres gracieux ;Soit qu'en traits plus parlans‖ sous nos yeux impriméeEt frappant de ton sceau‖ la nature animée,Tu donnes au lion‖ l'effroi de ses regards,Au cheval l'ondoiement‖ de ses longs crins épars,A l'aigle l'envergure‖ et l'ombre de ses ailes,Ou leurs enlacemens‖ au cou des tourterelles ;Soit enfin qu'éclatant‖ sur le visage humain,Miroir de ta puissance,‖ abrégé de ta main,Dans les traits, les couleurs‖ dont ta main le décore,Au front d'homme ou de femme,‖ où l'on te voit éclore,Tu jettes ce rayon‖ de grade et de fiertéQue l'œil ne peut fixer‖ sans en être humecté ;Nul ne sait ton secret,‖ tout subit ton empire ;Toute âme à ton aspect‖ ou s'écrie ou soupire,Et cet élan, qui suit‖ ta fascination,Semble de notre instinct‖ la révélation.

Qui sait si tu n'es pas‖ en effet quelque imageDe Dieu même qui perce‖ à travers ce nuage ?Ou si cette âme, à qui‖ ce beau corps fut donné,Sur son type divin‖ ne l'a pas façonné ?Sur la beauté suprême,‖ ineffable, infinie,N'en a pas modelé‖ la charmante harmonie ?Ne s'est pas en naissant,‖ par des rapports secrets,Approprié sa forme‖ et composé ses traits ?Et dans cette splendeur‖ que la forme révèle,Ne nous dit pas aussi :‖ L'habitante est plus belle ?

Nous le saurons un jour,‖ plus tard, plus haut ; pour moi,Dieu seul m'en est témoin‖ et lui seul sait pourquoi ;Mais soit que la beauté‖ brille dans la nature,Dans les cieux, dans une herbe,‖ ou sur une figure,Mon cœur né pour l'amour‖ et l'admiration,Y vole de lui seul‖ comme l'œil au rayon,La couve d'un regard,‖ s'y délecte et s'y pose,Et toujours de soi-même‖ y laisse quelque chose,Et mon âme allumée‖ y jette tour à tourUne étincelle ou deux‖ de son foyer d'amour.

Je me suis reproché‖ souvent ces sympathies,Trop soudaines en moi,‖ trop vivement senties,Ces instincts du coup d'œil,‖ ces premiers mouvemens,Qui d'une impression‖ me font des sentimens.Je me suis dit souvent :‖ Dieu peut-être condamneCes penchans où du cœur‖ la flamme se profane ;Mais, hélas ! malgré nous‖ l'œil se tourne au flambeau ;Est-ce un crime, ô mon Dieu,‖ de trop aimer le beau ?

De la Grolle, 1er novembre 1793.

Ces pensers, car toujours‖ c'est à lui que je pense,Me vinrent l'autre jour‖ en regardant Laurence.Jamais la main de Dieu‖ sur un front de quinze ansN'imprima l'âme humaine‖ en traits plus séduisans,Et de plus de beautés‖ combinant le mélange,Ne laissa l'œil douter‖ entre l'enfant et l'ange ;Tout ce qu'à son matin‖ l'âme a de pureté,Tout ce qu'un œil sans tache‖ a de limpidité,Tout ce qu'à son aurore‖ une vie a d'ivresse,Tout ce qu'un cœur plus mûr‖ a de grave tendresse,Réuni dans ses traits‖ rians ou sérieux,Y forme dans l'accord‖ un tout harmonieux,Et selon le rayon‖ que la pensée y verse,L'ombre qui les parcourt,‖ l'éclair qui les traverse,Y brille dans ses yeux‖ en rayon de splendeur,Y rougit sur sa joue‖ en rose de candeur,Y flotte à sa paupière‖ en larme transparente,Y nage en ses regards‖ en rêverie errante,S'y creuse en plis pensifs‖ entre ses deux sourcils,S'y recueille caché‖ sous le bord de ses cils,Sur sa lèvre entr'ouverte‖ en désir vague aspire,Ou s'épand sur sa bouche‖ en langoureux sourire ;Partout où l'enfant passe,‖ on dirait qu'il a lui ;Un jour intérieur‖ semble sortir de lui ;Bien souvent, sur la fin‖ d'un jour mourant et sombre,Lorsque la grotte et moi,‖ tout est déjà dans l'ombre,Autour de sa figure‖ il fait encor grand jour ;Son éclat se reflète‖ aux objets d'alentour ;Il éclaire la nuit‖ d'un reste de lumière,Et son regard me force‖ à baisser la paupière ;On dirait ces rayons‖ du jour dont RaphaëlA couronné le front‖ de ses vierges du ciel.Peut-être que ce jour‖ n'était pas un symbole,Et que dès ici-bas‖ l'âme a son auréole ?J'ai beau chercher bien loin‖ dans ma mémoire ; rienDes visages connus‖ ne rappelle le sien ;Aucun des compagnons‖ de ma première enfance,Des lévites amis‖ de mon adolescence,N'avait ces traits si purs,‖ ce front, cette langueur,Ce son de voix ému‖ qui vibre au fond du cœur,Cette peau qu'un sang bleu‖ sous les veines colore,Ce regard qu'on évite‖ et qui vous perce encore,Cet œil noir qui ressemble‖ au firmament obscur,Lorsque l'aube naissante‖ y lutte avec l'azur,Où l'humide rayon‖ de l'âme qu'il dévoileSur un fond ténébreux‖ jaillit comme une étoile ;Ces cheveux dont la soie‖ imite en blonds anneauxLes ondulations‖ et les courbes des eaux ;Il semble, à cette forme‖ où tout est luxe et grâce,Que cet être céleste‖ est né d'une autre raceEt n'a rien de commun‖ avec ceux d'ici-basQue ce regard d'ami‖ qui l'attache à mes pas.Et quand sur ses hauteurs,‖ ses beaux pieds sans chaussure,Sa cravate nouée‖ autour de sa ceinture,Dans sa veste sans pli‖ jusqu'au cou boutonné,A peine resserrant‖ son sein emprisonné,Son col nu, et portant‖ sa tête avec souplesseComme un front de coursier‖ qu'on flatte et qu'on caresse,Ses cheveux, que d'un an‖ le fer n'a retranchés,Des deux côtés du col‖ en boucles épanchés,Et son front tout baigné‖ de sueur ou de pluie,Renversé vers le ciel‖ pour qu'un rayon l'essuie,Je le vois accourir‖ de loin, et tout à coupSur un pic du glacier‖ m'apparaître debout ;Je crois voir, tout troublé,‖ la céleste figure,Comme un être idéal‖ au-dessus de nature,Se détacher de terre‖ et se transfigurer,Et je suis quelquefois‖ tenté de l'adorer ;Mais de sa douce voix‖ la tendre résonnanceMe rappelle à moi-même‖ et me montre Laurence !

De la Grolle, 1er novembre 1793.

Des aiguilles de glace‖ où s'éclairent ces montsL'année a pour six mois‖ retiré ses rayons ;Le soleil est noyé‖ dans la mer de nuagesQui brise jour et nuit‖ contre ces hautes plages,Et jette au lieu d'écume,‖ à leur cime, à leurs flancs,La neige que la bise‖ y fouette en flocons blancs.Le jour n'a qu'un rayon‖ brisé par les tempêtes,Qui s'étend un moment‖ tout trempé sur ces faîtes,Et que l'ombre qui court‖ vient soudain balayer,Comme le vent la feuille‖ au pied du peuplier.Il semble que de Dieu‖ la dernière colèreAbandonne au chaos‖ ces cimes de la terre ;L'éternel ouragan‖ torture ces sommets,Les vagues de brouillards‖ n'y reposent jamais ;Un sourd mugissement,‖ qu'une plainte accompagne,Roule dans l'air et sort‖ des os de la montagne ;C'est la lutte des vents‖ dans le ciel ; c'est le chocDes nuages jetés‖ contre l'écueil du roc ;C'est l'âpre craquement‖ de la branche flétrieQui sous les lourds glaçons‖ se tord, éclate et crie ;Du corbeau qui s'abat‖ l'aigre croassement ;Des autans engouffrés‖ le triste sifflement ;Les bonds irréguliers‖ de la lourde avalancheQui tombe, et que le vent‖ roule en poussière blanche ;L'éternel contre-coup‖ des chutes des torrensQui sillonnent les rocs‖ sous leurs bonds déchirans,Et font ronfler le gouffre‖ où la cascade tonneD'un souffle souterrain‖ continu, monotone,Tout semblable de loin‖ aux frémissemens sourdsDe la corde d'un arc‖ qui vibrerait toujours.

Plus de fêtes du ciel‖ sur ces cimes voilées,D'aurore étincelante‖ ou de nuits étoilées ;Plus de festons de fleurs‖ pendans à mon rocher ;Plus d'oiseaux accourus‖ pour chanter ou nicher ;La corneille égarée‖ y suit ses noires bandes ;Les frimas congelés‖ sont les seules guirlandesQui garnissent la roche‖ où nous nous enfonçons ;Le jour ne nous y vient‖ qu'à travers les glaçons ;Mais dans l'air tiède assis,‖ les deux mains sur la braise,Aux lueurs du foyer‖ qu'entretient le mélèze,Nous passons sans ennui‖ le temps des mauvais jours ;Ils sont si bien remplis‖ que nous les trouvons courts ;Des entretiens coupés‖ de quelque heure d'étudeNous font de notre grotte‖ une douce habitude ;Nous nous y recueillons‖ avec la voluptéDe l'oiseau dans son nid‖ près de l'antre abrité,Que sous un ciel de pluie‖ ou sur la plaine blancheLe vain courroux des vents‖ berce au chaud sur sa branche ;Plus les vents déchaînés‖ hurlent d'horribles cris,Plus l'avalanche gronde‖ et roule de débris,Plus la nuit s'épaissit‖ sous un ciel bas et terne,Plus la neige s'entasse‖ autour de la caverne,Plus dans ces sifflemens,‖ ces terreurs du dehors,Nous trouvons d'âpre joie‖ et d'intimes transports ;Plus nous nous concentrons‖ dans la roche qui tremble,Et nous sentons la main‖ de Dieu qui nous rassemble ;Et si d'un ciel d'hiver‖ quelque rare soleilEffleure par hasard‖ la fenêtre au réveil,Échappés du rocher‖ comme un chevreuil du gite,Pour jouir du rayon‖ nous nous élançons vite ;Nous crions de plaisir‖ en voyant les cristauxFormant des murs, des tours,‖ de transparais châteaux,Des arches de saphir,‖ des grottes où l'auroreDes verts reflets de l'onde‖ en passant se colore,Des troncs éblouissans‖ où le givre entasséColle autour des rameaux‖ un feuillage glacé,Et la neige sans borne‖ et dont chaque parcelle,En criant sous nos pieds,‖ luit comme une étincelle.Dans ces déserts mouvans,‖ nous creusons au hasardDes sentiers dont la poudre‖ éblouit le regard,Comme dans l'herbe en fleurs‖ où le chevreau se noie,Dans ces lits de frissons‖ nous nous roulons de joie ;Nous rions en voyant‖ tous deux nos cheveux blancs,Poudrés par les frimas,‖ de givre ruisselans ;Nous nous lançons la neige‖ où nos doigts s'engourdissent ;De plaisir, en rentrant,‖ nos pieds transis bondissent ;Car Dieu, qui nous confine‖ en ce rude séjour,Donne même en hiver‖ sa joie à chaque jour.

De la Grolle, 16 décembre 1793.

La nuit, quand par hasard‖ je m'éveille, et je penseQue dehors et dedans‖ tout est calme et silence,Et qu'oubliant Laurence‖ auprès de moi dormant,Mon cœur mal éveillé‖ se croit seul un moment ;Si j'entends tout à coup‖ son souffle qui s'exhale,Régulier, de son sein‖ sortir à brise égale,Ce souffle harmonieux‖ d'un enfant endormi !Sur un coude appuyé‖ je me lève à demi,Comme au chevet d'un fils‖ une mère qui veille ;Cette haleine de paix‖ rassure mon oreille ;Je bénis Dieu tout bas‖ de m'avoir accordéCet ange que je garde‖ et dont je suis gardé ;Je sens aux voluptés‖ dont ces heures sont pleines,Que mon âme respire‖ et vit dans deux haleines ;Quelle musique aurait‖ pour moi de tels accords ?Je l'écoute longtemps‖ dormir, et me rendors !

6 janvier 1794.

Que rendrai-je au Seigneur‖ pour les biens qu'il me donne ?Tandis que sous nos pieds‖ la tempête résonne,Que le jour verse au jour‖ des larmes et du sang,L'inaltérable paix‖ sur ces hauts lieux descend,Et la tendre amitié,‖ qui hait la multitude,Nous fait un univers‖ de notre solitude.

Que cet enfant s'attache‖ à mon ombre, et combienSon cœur à son insu‖ se mêle avec le mien !Oh ! qui pourra jamais‖ démêler ces deux âmesQue la terre et le ciel‖ joignent par tant de trames ?L'un de l'autre il serait‖ plus aisé d'arracherCes deux hêtres jumeaux‖ qu'un nœud semble attacher,Et qui de jour en jour‖ s'enlaçant avec force,Croissent du même tronc‖ et sous la même écorce !Mais les comparaisons‖ manquent ; je me souvienD'avoir eu pour ami,‖ dans mon enfance, un chien,Une levrette blanche,‖ au museau de gazelle,Au poil ondé de soie,‖ au cou de tourterelle,A l'œil profond et doux‖ comme un regard humain ;Elle n'avait jamais‖ mangé que dans ma main,Répondu qu'à ma voix,‖ couru que sur ma trace,Dormi que sur mes pieds,‖ ni flairé que ma place ;Quand je sortais tout seul‖ et qu'elle demeurait,Tout le temps que j'étais‖ dehors, elle pleurait ;Pour me voir de plus loin‖ aller ou reparaître,Elle sautait d'un bond‖ au bord de ma fenêtre,Et les deux pieds collés‖ contre les froids carreauxRegardait tout le jour‖ à travers les vitraux,Ou parcourant ma chambre,‖ elle y cherchait encoreLa trace, l'ombre au moins‖ du maître qu'elle adore,Le dernier vêtement‖ dont je m'étais couvert,Ma plume, mon manteau,‖ mon livre encore ouvert,Et l'oreille dressée‖ au vent pour mieux m'entendre,Se couchant à côté,‖ passait l'heure à m'attendre ;Dès que sur l'escalier‖ mon pas retentissaitLe fidèle animal‖ à mon bruit s'élançait,Se jetait sur mes pieds‖ comme sur une proie,M'enfermait en courant‖ dans des cercles de joie,Me suivait dans la chambre‖ au pied de mon fauteuil,Paraissant endormi‖ me surveillait de l'œil ;Là, le son de ma voix,‖ la plainte inachevée,Ma respiration‖ plus ou moins élevée,Le moindre mouvement‖ du pied sur le tapis,Le clignement des yeux‖ sur le livre assoupis,Le froissement léger‖ du doigt entre la page,Une ombre, un vague éclair‖ passant sur mon visage,Semblaient dans son sommeil‖ passer et rejaillir,D'un contre-coup soudain‖ la faisaient tressaillir :Ma joie ou ma tristesse‖ en son œil retracéeN'était qu'un seul rayon‖ d'une double pensée ;Elle mourut, encor‖ son bel œil sur le mien.Que de pleurs je versai !‖ Je l'aimais tant ! Eh bien,Quoique ma plume tremble,‖ en glissant sur la page,De ternir dans mon cœur‖ l'amitié par l'image,Que de l'âme à l'instinct‖ toute comparaisonProfane la nature,‖ et mente à la raison,Ce charmant souvenir‖ de mon heureuse enfanceMe revient dans le cœur‖ quand je songe à Laurence.Cet ami de ma race‖ à présent m'aime autant ;Il ne peut plus de moi‖ se passer un instant,Il s'attriste, il languit‖ pour une heure d'absence,Il marche quand je marche,‖ il pense quand je pense ;Son regard suit le mien,‖ comme si de nos cœursLe rayon ne pouvait‖ se diriger ailleurs ;Comme mon pauvre chien‖ ou comme l'hirondelleQui ne s'alarme plus‖ de nous voir autour d'elle,Il s'est apprivoisé‖ pas à pas, jour à jour,Il boude à mon départ,‖ il saute à mon retour ;Mais pour toute autre voix,‖ pour tout autre visage,Cet enfant du désert‖ redeviendrait sauvage.

Oh ! qui n'aimerait pas‖ ce qui nous aime ainsi ?Qui pourrait égaler‖ ce que je trouve ici ?Que manque-t-il au cœur‖ nourri de ces tendresses ?Mon Dieu ! vos dons toujours‖ dépassent vos promesses !Et dans mon plus beau rêve‖ autrefois d'amitié,Mon cœur n'en avait pas‖ deviné la moitié !

Le manuscrit était déchiré à cette place, et il manquait un certain nombre de feuilles. On peut présumer par ce qui suit que Jocelyn avait continué à noter les mêmes sentimens et les mêmes circonstances de sa vie heureuse pendant ces mois de solitude.

Versification

Forme
40 distiquess (distiques)
Rimes
467((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
40 distiquess
Mots à la rime
a vie / éblouie féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquec éternelles / d'étincelles féminine, classiqued firmament / écumant masculine, classiquee rivage / nage féminine, classiquef obscur / azur masculine, classiqueg obliques / concentriques féminine, classiqueh plongeant / d'argent masculine, classiquei aire / colère féminine, classiquej rayon / gazon masculine, classiquek verte / recouverte féminine, classiquel replier / entier masculine, classiquem m'environne / bourdonne féminine, classiquen cieux / silencieux masculine, classiqueo vives / fugitives féminine, classiquep quelquefois / poids masculine, classiqueq forte / porte féminine, classiquer bercer / penser masculine, classiques rappelle / mortelle féminine, classiquet ciel / miel masculine, classiqueu transfigure / mesure féminine, classiquev l'immortalité / d'été masculine, classiquew j'oublie / replie féminine, classiquex las / pas masculine, classiquey monde / réponde féminine, classiquez déborder / m'accorder masculine, classiquea encore / d'éclore féminine, classiqueb renfermer / consumer masculine, classiquec âme / flamme féminine, classiqued moi / toi masculine, classiquee moi-même / j'aime féminine, classiquef tour / l'amour masculine, classiqueg ouvrage / image féminine, classiquea linceul / seul masculine, classiqueb aride / vide féminine, classiquec répond / pont masculine, classiqued lève / soulève féminine, classiquee moitié / amitié masculine, classiqueg pas masculine, classiqueh m'enivre / vivre féminine, classiquei ennui / lui masculine, classiquea m'attire / empire féminine, classiqueb torrent / transparent masculine, classiquec accoutume / d'écume féminine, classiquea cacher / marcher masculine, classiqueb serpente / pente féminine, classiquec parfois / voix masculine, classiqued derrière / clairière féminine, classiquee entrevoir / concevoir masculine, classiquef d'innocence / pense féminine, classiqueg fui / lui masculine, classiquea génisses / précipices féminine, classiqueb genoux / houx masculine, classiquec pelouses / jalouses féminine, classiqued blocs / chocs masculine, classiquea charmille / fille féminine, classiqueb deux / d'eux masculine, classiquec cloche / roche féminine, classiqued quelquefois / voix masculine, classiquee pâtre / l'âtre féminine, classiquef tison / bâton masculine, classiqueg cendre / tendre féminine, classiqueh genoux / doux masculine, classiquei ridée / idée féminine, classiquej s'inondait / débordait masculine, classiquek tristesse / oppresse féminine, classiquea beauté / d'été masculine, classiqueb colore / éclore féminine, classiquec jour / amour masculine, classiqued pensée / baissée féminine, classiquee affermi / ami masculine, classiquef maille / taille féminine, classiqueg s'entremêlaient / roulaient masculine, classiqueh ceinture / obscure féminine, classiquei pieds / appuyés masculine, classiquej couverte / verte féminine, classiquek regard / hasard masculine, classiquel semblable / d'érable féminine, classiquem couchait / rapprochait masculine, classiquen solitude / d'attitude féminine, classiqueo entretien / mien masculine, classiquep distance / silence féminine, classiqueq transparent / murmurant masculine, classiquer l'ombre / sombre féminine, classiques sommeiller / l'oreiller masculine, classiquet amie / endormie féminine, classiqueu sommeillait / mouillait masculine, classiquev d'ivoire / noire féminine, classiquea main / pain masculine, classiqueb table / d'érable féminine, classiquec miel / ciel masculine, classiquea orages / nuages féminine, classiqueb dormir / frémir masculine, classiquec s'essuie / pluie féminine, classiqued noirci / aussi masculine, classiquee voûte / goutte féminine, classiquef rocher / percher masculine, classiqueg d'ombrage / nuage féminine, classiqueb folâtre / pâtre féminine, classiquea yeux / cieux masculine, classiqueb inquiétude / solitude féminine, classiquec m'approcher / s'étancher masculine, classiquea semaine / pleine féminine, classiqueb acheté / adversité masculine, classiquea l'heure / demeure féminine, classiqueb incliné / miné masculine, classiquec abîme / sublime féminine, classiqued d'étourdissement / sentiment masculine, classiquee profonde / Ponde féminine, classiquef bord / abord masculine, classiqueg bercée / pensée féminine, classiqueh Dieu / lieu masculine, classiquei répercute / chute féminine, classiquej vois / abois masculine, classiquek avance / espérance féminine, classiquel courant / torrent masculine, classiquem passage / rivage féminine, classiqueo mystère / involontaire féminine, classiquep main / chemin masculine, classiqueq s'élance / l'enfance féminine, classiquer côté / monté masculine, classiques l'arche / marche féminine, classiquet étranger / venger masculine, classiqueu chute / minute féminine, classiquev ardeur / profondeur masculine, classiquew glace / trace féminine, classiquex pas / trépas masculine, classiquey pierre / tonnerre féminine, classiquez mort / bord masculine, classiquea convulsives / rives féminine, classiqueb ondoyant / tournoyant masculine, classiquec l'avalanche / blanche féminine, classiqued debout / coup masculine, non classiquee perte / ouverte féminine, classiquef soutenir / retenir masculine, classiqueg rivage / visage féminine, classiqueh triomphant / enfant masculine, classiquei blessure / verdure féminine, classiquej marchons / couchons masculine, classiquea ensanglantée / jetée féminine, classiqueb soulever / rêver masculine, classiquec mienne / retienne féminine, classiqued vain / sein masculine, classiquee d'alarmes / larmes féminine, classiquef appuyait / essuyait masculine, classiqueg lire / dire féminine, classiqueh parlait / redoublait masculine, classiquei colère / père féminine, classiquej trépas / bras masculine, classiquek visage / âge féminine, classiquel plus / confus masculine, classiquem haleine / peine féminine, classiquen voix / fois masculine, classiqueo ténèbres / funèbres féminine, classiquep l'écart / regard masculine, classiqueq évanouie / vie féminine, classiquer courant / mourant masculine, classiques noire / mémoire féminine, classiquet bas / trépas masculine, classiqueu terre / solitaire féminine, classiquea consuma / ranima masculine, classiqueb voûte / doute féminine, classiquec mort / effort masculine, classiqued confie / vie féminine, classiquee Dieu / Adieu masculine, classiquef encore / éclore féminine, classiqueg s'égarait / murmurait masculine, classiqueh famille / fille féminine, classiquei yeux / mystérieux masculine, classiquej Laurence / silence féminine, classiquea tombeau / manteau masculine, classiqueb terre / père féminine, classiquec oreiller / sommeiller masculine, classiqued figure / murmure féminine, classiquee longtemps / haletans masculine, classiquef pleure / l'heure féminine, classiqueg moment / sentiment masculine, classiqueh même / aime féminine, classiquea douleurs / pleurs masculine, classiqueb père / terre féminine, classiquea l'eau / niveau masculine, classiqueb grève / élève féminine, classiquec concavité / abrité masculine, classiqued rappelle / chapelle féminine, classiquee débris / fleuris masculine, classiquef creusèrent / l'arrosèrent féminine, classiqueg adieu / Dieu masculine, classiqueh signe / digne féminine, classiquei suspendus / fendus masculine, classiquej sable / impérissable féminine, classiquek verts / recouverts masculine, classiquel présage / plumage féminine, classiquea compagnon / nom masculine, classiqueb Laurence / naissance féminine, classiquec parvenu / connu masculine, classiquee toujours / jours masculine, classiquef campagne / Bretagne féminine, classiqueg retentit / combattit masculine, classiqueh héréditaires / misères féminine, classiquei fils / jadis masculine, classiquej remplie / l'Italie féminine, classiquek soldats / pas masculine, classiquel funeste / reste féminine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb séparer / rencontrer masculine, classiquec rencontrent / montrent féminine, classiqued moitié / l'amitié masculine, classiquee nomme / consomme féminine, classiquef chacun / qu'un masculine, classiqueg rapide / vide féminine, classiqueh frappé / trompé masculine, classiquei naître / reconnaître féminine, classiquej regard / tard masculine, classiquek répondre / confondre féminine, classiquel répercuté / clarté masculine, classiquem répète / jette féminine, classiquen marcher / arracher masculine, classiquea vie / assouvie féminine, classiqueb venu / connu masculine, classiquec isolée / mêlée féminine, classiqued m'approchait / cherchait masculine, classiquee geste / céleste féminine, classiqueg solitude / plénitude féminine, classiqueh jours / toujours masculine, classiquea l'heure / m'effleure féminine, classiqueb avancé / commencé masculine, classiqued réveil / soleil masculine, classiquee passe / place féminine, classiqueg monde / féconde féminine, classiqueh ouvert / couvert masculine, classiquei voile / dévoile féminine, classiquej retentissement / sentiment masculine, classiquek pensée / commencée féminine, classiquel cœur / langueur masculine, classiquem commune / qu'une féminine, classiquen retentir / sentir masculine, classiqueo ingénue / inconnue féminine, classiquep soi / moi masculine, classiqueq emblème / aime féminine, classiquer tour / amour masculine, classiquea chasses / glaces féminine, classiqueb chamois / j'aperçois masculine, classiquec tremble / rassemble féminine, classiqued granit / jaunit masculine, classiquee fume / rallume féminine, classiquef Là-bas / pas masculine, classiqueg moi-même / m'aime féminine, classiqueh cœur / protecteur masculine, classiquej palpitant / instant masculine, classiquek redescendre / suspendre féminine, classiquel chevreuil / seuil masculine, classiquem neige / l'abrège féminine, classiquen mur / d'azur masculine, classiqueo montagne / m'accompagne féminine, classiquep mien / sien masculine, classiqueq tourterelles / ailes féminine, classiquer lait / filet masculine, classiques feuille / cueille féminine, classiquet bois / doigts masculine, classiqueu flotte / grotte féminine, classiquev grain / main masculine, classiquew habitude / solitude féminine, classiquex bois / voix masculine, classiquea donne / assaisonne féminine, classiqueb inconnus / jus masculine, classiquec réserve / conserve féminine, classiqued applaudit / rit masculine, classiquee consume / fume féminine, classiquef huit / minuit masculine, classiqueg pierre / lumière féminine, classiqueh pieux / yeux masculine, classiquei journée / donnée féminine, classiquej soleils / pareils masculine, classiquek vivent / arrivent féminine, classiquel fois / voix masculine, classiquem épuisées / arrosées féminine, classiquea paix / épais masculine, classiqueb s'éveille / oreille féminine, classiquea s'engourdit / grandit masculine, classiqueb rayonne / m'étonne féminine, classiquec beauté / arrêté masculine, classiqued qu'éprouvèrent / trouvèrent féminine, classiquee là / troubla masculine, classiquef étrange / l'ange féminine, classiquea clarté / reflété masculine, classiqueb lui-même / aime féminine, classiquec gracieux / yeux masculine, classiqued biche / niche féminine, classiquef saule / épaule féminine, classiqueg triomphant / l'enfant masculine, classiquea Laurence / adolescence féminine, classiquec argentine / enfantine féminine, classiqued douceur / sœur masculine, classiquee frappe / m'échappe féminine, classiquef accens / sens masculine, classiqueg domestique / musique féminine, classiqueh s'entretient / vient masculine, classiquei silence / pense féminine, classiquej m'écoutant / autant masculine, classiquek mère / père féminine, classiquel fronts / pleurons masculine, classiquea rêve / relève féminine, classiqueb voi / moi masculine, classiquec mesure / figure féminine, classiqued sens masculine, classiquee être / naître féminine, classiquef appui / lui masculine, classiqueg vie / lie féminine, classiqueh cœur / bonheur masculine, classiquea emblème / t'aime féminine, classiqueb aimant / l'aimant masculine, classiquec s'attache / l'arrache féminine, classiqued élément / firmament masculine, classiquee dévoile / l'étoile féminine, classiquef cieux / gracieux masculine, classiqueg imprimée / animée féminine, classiqueh regards / épars masculine, classiquei ailes / tourterelles féminine, classiquej humain / main masculine, classiquek décore / éclore féminine, classiquel fierté / humecté masculine, classiquem empire / soupire féminine, classiquen fascination / révélation masculine, classiquea image / nuage féminine, classiqueb donné / façonné masculine, classiquec infinie / harmonie féminine, classiqued secrets / traits masculine, classiquee révèle / belle féminine, classiquea moi / pourquoi masculine, classiqueb nature / figure féminine, classiquec l'admiration / rayon masculine, classiqued pose / chose féminine, classiquee tour / d'amour masculine, classiquea sympathies / senties féminine, classiqueb mouvemens / sentimens masculine, classiquec condamne / profane féminine, classiqued flambeau / beau masculine, classiquea pense / Laurence féminine, classiqueb ans / séduisans masculine, classiquec mélange / l'ange féminine, classiqued pureté / limpidité masculine, classiquee d'ivresse / tendresse féminine, classiquef sérieux / harmonieux masculine, classiqueg verse / traverse féminine, classiqueh splendeur / candeur masculine, classiquei transparente / errante féminine, classiquej sourcils / cils masculine, classiquek aspire / sourire féminine, classiquel lui masculine, classiquem sombre / l'ombre féminine, classiquen jour / d'alentour masculine, classiqueo lumière / paupière féminine, classiquep Raphaël / ciel masculine, classiqueq symbole / auréole féminine, classiquer rien / sien masculine, classiques enfance / adolescence féminine, classiquet langueur / cœur masculine, classiqueu colore / encore féminine, classiquev obscur / l'azur masculine, classiquew dévoile / étoile féminine, classiquex anneaux / eaux masculine, classiquey grâce / race féminine, classiquez d'ici-bas / pas masculine, classiquea chaussure / ceinture féminine, classiqueb boutonné / emprisonné masculine, classiquec souplesse / caresse féminine, classiqued retranchés / épanchés masculine, classiquee pluie / l'essuie féminine, classiquef coup / debout masculine, non classiqueg figure / nature féminine, classiqueh transfigurer / l'adorer masculine, classiquei résonnance / Laurence féminine, classiquea monts / rayons masculine, classiqueb nuages / plages féminine, classiquec flancs / blancs masculine, classiqued tempêtes / faîtes féminine, classiquee balayer / peuplier masculine, classiquef colère / terre féminine, classiqueg sommets / jamais masculine, classiqueh accompagne / montagne féminine, classiquei choc / roc masculine, classiquej flétrie / crie féminine, classiquek croassement / sifflement masculine, classiquel avalanche / blanche féminine, classiquem torrens / déchirans masculine, classiquen tonne / monotone féminine, classiqueo sourds / toujours masculine, classiquea voilées / étoilées féminine, classiqueb rocher / nicher masculine, classiquec bandes / guirlandes féminine, classiqued enfonçons / glaçons masculine, classiquee braise / mélèze féminine, classiquef jours / courts masculine, classiqueg d'étude / habitude féminine, classiqueh volupté / abrité masculine, classiquei blanche / branche féminine, classiquej cris / débris masculine, classiquek terne / caverne féminine, classiquel dehors / transports masculine, classiquen soleil / réveil masculine, classiqueo gite / vite féminine, classiquep cristaux / châteaux masculine, classiqueq l'aurore / colore féminine, classiquer entassé / glacé masculine, classiques parcelle / étincelle féminine, classiquet hasard / regard masculine, classiqueu noie / joie féminine, classiquev blancs / ruisselans masculine, classiquew s'engourdissent / bondissent féminine, classiquex séjour / jour masculine, classiquea pense / silence féminine, classiqueb dormant / moment masculine, classiquec s'exhale / égale féminine, classiqued endormi / demi masculine, classiquee veille / oreille féminine, classiquef accordé / gardé masculine, classiqueg pleines / haleines féminine, classiqueh accords / rendors masculine, classiquea donne / résonne féminine, classiqueb sang / descend masculine, non classiquec multitude / solitude féminine, classiquea combien / mien masculine, classiqueb âmes / trames féminine, classiquec d'arracher / attacher masculine, classiqued force / écorce féminine, classiquee souvien / chien masculine, classiquef gazelle / tourterelle féminine, classiqueh trace / place féminine, classiquei demeurait / pleurait masculine, classiquej reparaître / fenêtre féminine, classiquek carreaux / vitraux masculine, classiquel encore / adore féminine, classiquem couvert / ouvert masculine, classiquen m'entendre / m'attendre féminine, classiqueo retentissait / s'élançait masculine, classiquep proie / joie féminine, classiqueq fauteuil / l'œil masculine, classiquer inachevée / élevée féminine, classiques tapis / assoupis masculine, classiquet page / visage féminine, classiqueu rejaillir / tressaillir masculine, classiquev retracée / pensée féminine, classiquew mien / bien masculine, classiquex page / l'image féminine, classiquey comparaison / raison masculine, classiquez enfance / Laurence féminine, classiquea autant / instant masculine, classiqueb d'absence / pense féminine, classiquec cœurs / ailleurs masculine, classiqued l'hirondelle / d'elle féminine, classiquee jour / retour masculine, classiquef visage / sauvage féminine, classiquea ainsi / ici masculine, classiqueb tendresses / promesses féminine, classiquec d'amitié / moitié masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

934 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes de M. A. de Lamartine, PARIS, 21, quai Malaquais, CHARLES GOSSELIN, FURNE ET Cie, PAGNERRE, DUFOUR ET MULAT, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources