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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chute d’un ange, 1838

Dixième vision

Alphonse de Lamartine· distiques, alexandrins, 874 vers

Quand le maître des dieux‖ sur l’homme et sur la femmeDans un premier regard‖ eut assouvi son âme,Les bourreaux prosternés‖ racontèrent commentLa mort, éclair vengeur‖ tombé du firmament,Avait exécuté‖ leurs volontés suprêmes,Pulvérisé l’impie‖ et puni ses blasphèmes ;Comment ce nid obscur‖ de malédiction,D’où sortait le murmure‖ et la sédition,Avait vu dévorer‖ en cendre par les flammesCe livre empoisonneur‖ qui fascinait les âmes ;Comment, de cette grotte‖ hôtes mystérieux,Ces deux beaux étrangers‖ avaient ravi leurs yeux,Et comment, transportés‖ dans la barque céleste,Ils attendaient, soumis,‖ leur destin d’un seul geste.

Au récit de la mort‖ du traître Adonaï,Voyant du souverain‖ le front épanouiS’éclairer comme un mont‖ qui surgit d’un nuage,Les bourreaux, d’un tel crime‖ imaginant le gage,Savouraient dans leurs cœurs‖ leur sublime forfait,Et d’avance au service‖ égalaient le bienfait.« Ministres courageux‖ des divines colères,Dit Nemphed, recevez‖ vos trop justes salaires.En leur jetant ces mots,‖ de son pied soulevé,De cinq coups convulsifs‖ il frappe le pavé.Au terrible signal‖ qu’un sourd écho répète,Sortent en se courbant,‖ d’une trappe secrète,Cinq colosses humains,‖ exécuteurs cachés,Monstres dressés au sang,‖ par le sang alléchés,Dont la langue arrachée‖ assure le silence.Un fer nud à la main,‖ chacun des cinq s’élanceSur un des cinq géants‖ de l’esquif descendusLe fer plonge cinq fois‖ dans leurs cœurs confondus ;Le blasphème à la bouche,‖ ils roulent sur les dallesAux pieds du roi des dieux,‖ qui sourit de leurs râles ;Leur âme sous ses yeux‖ s’échappe en lacs de sang ;Il joue avec l’orteil‖ dans ce flot rougissant,Comme au bard du ruisseau,‖ sur la grève qui fume,Un pied d’enfant distrait‖ badine avec l’écume.Et, quand toute leur veine‖ a coulé de leur sein,Les froids exécuteurs‖ de son secret dessein,Dans la mare de pourpre‖ où leurs larges pieds glissent,Prenant les corps sanglants,‖ sans que leurs fronts pâlissent,L’un par les longs cheveux‖ et l’autre par les piés,Comme on lance une roche‖ aux gouffres effrayés,Du gigantesque effort‖ que l’élan leur imprimePar-dessus les créneaux‖ les jettent dans l’abîme…Du faîte de la tour,‖ qui leur brise le front,On voit s’entre-choquer‖ les membres et le tronc.

« Maintenant, dit Nemphed,‖ qu’ils parlent à la terre !…La mort seule et la nuit‖ connaîtront ce mystère.Célestes confidents‖ de mon sacré pouvoir,Qui pouvez seuls ici‖ tout entendre et tout voir,Que ces secrets divins‖ meurent dans vos penséesPar l’empire des cieux‖ déjà récompensées !Nos fourbes ont conquis‖ ce pouvoir incertain,Que la nuit rarement‖ transmet jusqu’au matinPar nos complicités‖ habilement tramées,Sur les âmes des dieux‖ soumises ou charmées— Prolongeons à jamais‖ ce suprême ascendant !De leurs séditions‖ calmons le flot grondant !Le trône veut sans fin‖ qu’on trompe ou qu’on opprime :Malheur à qui s’arrête‖ un seul jour dans le crime !Un plus hardi l’atteint‖ aux périlleux sommets.Que nos forfaits unis‖ ne sommeillent jamais,Et que la tyrannie‖ d’en haut jamais ne s’use :Le prestige des forts,‖ c’est le crime et la ruse !Si d’un crime plus grand‖ un autre est l’inventeur,L’empire nous échappe‖ et passe à son auteur !…

« Adonaï n’est plus ;‖ le peuple qui sommeilleN’entendra plus d’en bas‖ la voix qui le réveille.Voyez, j’ai fait le crime,‖ et j’ai coupé la main !De l’enfer et du ciel‖ chef-d’œuvre surhumain,Le hasard m’a livré‖ ces belles créaturesDont la perfection‖ fait honte à nos natures ;Instruments de plaisir‖ et de séduction,J’ai des moyens nouveaux‖ de domination ;J’ai des projets sur eux‖ qui ne font que d’éclore…Ils m’ont frappé l’esprit‖ ainsi qu’un météore.Allez, laissez-moi seul‖ de mon vague desseinCouver sous le secret‖ les ombres dans mon sein ;Et vous, allez jouir‖ des célestes délicesQue ma main vous assure‖ au prix de leurs supplices ! »

Puis, montrant aux muets‖ par son doigt gouvernésLes deux jeunes amants‖ sur le marbre enchaînés :« Emportez, leur dit-il,‖ au palais des esclavesCe jeune enfant des bois‖ rivé dans ses entraves ;Qu’on prépare son corps‖ avec précautionA subir des muets‖ la mutilation. »Puis touchant les jumeaux‖ du pied : Qu’on les éloigne !Dit-il, et de son lait‖ qu’une esclave les soigne.Qu’ils boivent quelques jours‖ la vie avant la mort !Ma sagesse, plus tard,‖ pariera sur leur sort.Quant à cette beauté‖ qui les baigne de larmes,Portez-la comme un dieu‖ sans regarder ses charmes ;Mes regards l’ont choisie‖ au milieu du troupeau :Qu’on rompe les liens‖ qui froisseraient sa peau !Que l’huile de la menthe‖ et les larmes de l’ambreEn rosée odorante‖ inondent chaque membre ;Qu’on égoutte les fleurs‖ pour composer son bain ;Que le lait soit son eau,‖ que le miel soit son pain,Et que sur ses tapis‖ elle n’ait pour entravesQue les bras complaisants‖ de vingt belles esclaves ! »

Il dit. Obéissant‖ à ces accents sacrés,Et de la tour sonore‖ inondant les degrés,Les esclaves courbés‖ accomplissent son ordre.En vain de Daïdha‖ l’on voit les bras se tordre ;En vain sa voix brisée‖ invoque son amant :Le rire répond seul‖ à son gémissement.Aux angoisses du cœur‖ de la charmante proie,Aux soubresauts du sein‖ sous les ondes de soie,Aux palpitations‖ de ses muscles souffrants,Nul signe de pitié‖ n’attendrit ses tyrans.Des grâces du supplice‖ ils repaissent leur vue,Comme si cette femme‖ était une statue.

Nemphed, par ce spectacle‖ et ces cris fasciné,La suit jusqu’au palais‖ aux reines destiné.Il détache à regret‖ ses yeux de ce visage ;Puis, le front tout rêveur‖ et chargé d’un nuage,Faisant pâlir de loin‖ ses ministres tremblants,Sous ses portiques d’or‖ il s’enfonce à pas lents ;Et le front dans les mains,‖ terrible et sombre geste,Il s’assied au banquet‖ sur le trône céleste.

Or, au bruit de ces voix,‖ aux vapeurs de l’encens,Quelle distraction‖ assombrissait ses sens ?Aux éclats de plaisir‖ des immortels convives,Que roulaient dans son front‖ ses deux tempes pensives ?De ce nuage obscur‖ quel éclair sortirait ?…Nemphed de sa pensée‖ avait seul le secret.Adopté par les dieux‖ dès sa première enfance,Sans mère, sans amour‖ et sans reconnaissance,Dans l’intrigue des cours‖ dès ce jour renfermé,Nul sentiment humain‖ en lui n’avait germé.Son âme sans attraits‖ n’était qu’intelligence ;Ses passions, orgueil,‖ ambition, vengeance :Monter était pour lui‖ l’univers tout entier,Quel que fût sous ses pas‖ l’abîme ou le sentier ;Et comme il avait vu,‖ dans les célestes luttes,Que les grands pas étaient‖ suivis de grandes chutes,Pour gravir du pouvoir‖ le sommet escarpé,Sa sourde ambition‖ dans l’ombre avait rampé ;Pour briser tout obstacle‖ à sa fourbe sublime,Sa main au lieu du glaive‖ avait saisi la lime ;Soumettant à tout prix‖ son orgueil débouté,De bassesse en bassesse‖ il avait tant monté,Il avait tant flatté‖ les vanités pressées,Avait tant infiltré‖ sous terre ses pensées,Tant servi, tant trahi‖ de maîtres couronnés,Pour des maîtres futurs‖ d’avance abandonnés ;Il avait tant flairé‖ sur des ondes limpidesDu vent encor dormant‖ les invisibles rides,De tant de dieux rivaux‖ soufflé les passions,Et tant vu remuer‖ de flux de factions,Qu’à chaque mouvement‖ de la vivante houleUn flot l’avait d’en bas‖ soulevé dans la foule,Laissé tomber, repris,‖ laissé, repris cent fois,Jeté comme une écume‖ au piédestal des rois !

Nul sentiment humain,‖ battant dans sa poitrine,N’avait fait dans sa marche‖ hésiter sa doctrine,Dans son chemin couvert‖ pitié ni repentirN’avait pu seulement‖ d’un pas le ralentir.Pour l’ami renversé,‖ sans regard et sans honte,L’homme n’était pour lui‖ qu’un échelon qu’on monte,Dont on repousse, après,‖ le corps avec mépris.Les hauteurs du pouvoir‖ sont faites de débris.Il riait dans son cœur‖ de l’imbécile fouleQui s’arrête à compter‖ les corps morts qu’elle foule :« Quand au faîte escarpé‖ l’on dirige ses pas,Malheur, se disait-il,‖ à qui regarde en bas ! »C’est ainsi que, planant‖ sur sa caste insenséeDe toute la hauteur‖ de sa froide pensée,Jusqu’au trône céleste‖ il s’était élevé.Tel un miasme impur‖ des marais soulevé,Traînant sur les bas lieux‖ sa masse infecte et sombre,De la fange exhalé‖ croupit longtemps dans l’ombre,Puis de ce vil niveau‖ par degrés s’élevant,Salit de ses lambeaux‖ les ailes de tout vent,Et, dans le ciel enfin,‖ éclatant météore,Y fait briller sa boue‖ à l’égal d’une aurore !

Maintenant sur le faîte,‖ et l’abîme à ses piés,Il n’osait le sonder‖ de ses yeux effrayés,Et, pour y résister‖ au vent qui le secoue,Il rampait sur le trône‖ ainsi que dans la boue.Son empire n’était‖ qu’une ondulationEntre les chefs déçus‖ de chaque faction ;Et, sur ce lac bouillant‖ de sa ruine avide,Il vivait de terreur‖ suspendu sur le vide !Mais, bien qu’il renfermât‖ sa pensée en dedans,Sa domination‖ voulait des confidents :Ministres corrupteurs‖ d’infernales intrigues,Pour épier les cœurs‖ et déjouer les brigues,Pour lire sur les fronts‖ et sonder le terrain ;Pour serrer tour à tour‖ ou ramollir le frein,Pour garder de complot‖ la fortune du maître,Sa coupe de poison‖ et son sommeil de traître,Des dieux inférieurs‖ à sa grandeur vendus,De ses nuits, de ses jours,‖ compagnons assidus,Fils secrets et brisés‖ de sa sanglante trame,Entraient dans sa pensée‖ et surprenaient son âme.C’est par eux qu’il tenait‖ sous d’habiles niveauxLes partis endormis‖ l’un de l’autre rivaux.Son règne entre les dieux‖ ajournait seul la lutte ;Même en les grandissant,‖ il retardait sa chute.Sabher, Azem, Akil,‖ Serendyb, Asrafiel,Étaient les confidents‖ des hauts secrets du ciel ;Chacun, feignant l’amour‖ pour le tyran suprême,Dans ce chef méprisé‖ n’adorait que soi-même,Épiant le moment‖ de le précipiterDu faîte où leur dédain‖ l’avait laissé monter ;Et lui, lisant du cœur‖ la haine dans leurs âmes,Les tenait sous sa main‖ comme un glaive à deux lames.Qui défend la poitrine‖ et blesse en défendant.Son cœur dans un seul cœur‖ se fiait cependant ;C’était un cœur de femme‖ encore enfant, ravieÀ sa mère inconnue‖ en venant à la vie,Fruit vert que flétrissait‖ une injuste oppression.Mais, bien moins pour l’amour‖ que pour l’ambition,Nemphed, déjà glacé‖ par les neiges de l’âge,L’avait soustraite jeune‖ au banal esclavage,Pour sa débile main‖ préparée en appui,Et jusqu’au rang suprême‖ emportée avec lui.

Son nom était Lakmi.‖ Sous sa douzième annéeSa joue était déjà‖ légèrement fanée ;Car le miasme impur‖ de cet air infecté,Avant qu’elle eût fleuri,‖ pâlissait la beauté.Mais à la majesté‖ de sa taille élevée,À la splendeur des traits‖ sur cette âme gravée,Au marbre de sa peau‖ sous les parfums poli,À sa lèvre où l’orgueil‖ naissant traçait son pli,Au tissu transparent‖ de chevelure noireQui de l’épaule à nu‖ laissait briller la moire,À l’ovale élargi‖ de ses grands yeux de jais,D’où son âme en s’ouvrant‖ illuminait ses traits,On voyait qu’une grande‖ et puissante natureAvait marqué d’un sceau‖ la noble créature,Et qu’un germe d’amour‖ l’accomplirait plus tard,Si l’homme ne l’avait‖ brûlée à son regard !

Mais Nemphed sous son souffle‖ avait flétri la rose,Avant que du printemps‖ la feuille fût éclose :Dans la corruption‖ d’un soleil trop hâtéIl avait fait mûrir‖ son âme et sa beauté,Et, pressé d’en tirer‖ un infernal usage,Il avait perverti‖ lui-même son ouvrage ;Il avait détaché‖ ce cœur de tout lien,Pour l’arracher de terre‖ et l’enchaîner au sien,Et, de tous ses forfaits‖ instrument ou complice,Lui faire partager‖ sa gloire ou son supplice.Il l’avait enlacée,‖ elle aux membres de lait,À ses membres vieillis,‖ ainsi qu’un braceletQue rive à l’avant-bras‖ la vierge de l’Asie,Et qu’on n’arrache plus‖ du corps qu’avec la vie.Non que son cœur stérile‖ aimât la tendre enfantQue son souffle tuait‖ tout en la réchauffant ;Mais il avait besoin,‖ pour mieux filer sa trame,De se l’incorporer‖ en se vouant son âme :Elle était le lézard‖ espion du serpent,Qui devance au soleil‖ le reptile rampant ;Le chacal que le tigre‖ en avant-garde lance ;L’appât que le pêcheur‖ sur les ondes balance ;L’aspic au dard de feu,‖ sur soi-même endormi,Que sur les bords du Nil‖ un perfide ennemiGlisse dans la corbeille‖ et cache sous la rose,Pour distiller la mort‖ à la main qui s’y pose !

Dès ses jours innocents‖ pervertie à dessein,Lui-même avait versé‖ le poison dans son seinComme on élève une âme‖ à la chaste innocence,À la perversité‖ façonnant son enfance,Il avait renversé‖ par cet art infernalDans ce cœur tout à lui‖ le vrai, le bien, le mal,Donné d’une vertu‖ le nom à chaque vice,À la sincérité‖ préféré l’artifice,L’audace à la pudeur,‖ la haine à l’amitié,La cruauté railleuse‖ à la tendre pitié ;Et selon que l’enfant,‖ de poison allaitée,De malice et de crime‖ était plus infectée,L’instruisant par degrés‖ de forfait en forfait,Il la récompensait‖ du mal qu’elle avait fait ;Et pour horrible prix‖ de cette horrible escrime,Il lui donnait la joie‖ avec l’orgueil du crime !…Mais le dernier degré‖ de cette instructionÉtait l’œuvre accompli :‖ dissimulation.

Aussi l’âme enfantine‖ à cet air exposée,Humant l’odeur du sang‖ au lieu de la rosée,Par émulation‖ torturant ses penchants,Couvrait d’un front naïf‖ l’astuce des méchants :De génie et de grâce‖ également douée,Belle, tendre, pensive,‖ et pourtant enjouée,Savante en tous ces arts‖ dont la corruptionS’efforçait d’exalter‖ l’ardente passion,À trouver dans les mots‖ de si brillants symbolesQue la nature vit‖ et sent dans les paroles,À composer, des sucs‖ exprimés par ses mains,Des philtres qui versaient‖ des songes surhumains,À simuler du geste‖ ou l’amour ou la haineQu’écrit la passion‖ sur la figure humaine,À passer à son gré‖ du rire faux aux pleurs,À nouer ses cheveux‖ en y tressant des fleurs,À donner au contact‖ de ses lèvres errantesL’odeur et le frisson‖ des brises enivrantes,À fasciner tout œil‖ tombé dans son regard,À remuer le cœur,‖ même au sein du vieillard.

Nemphed, qui de ces dons‖ décorait son ouvrage,Les faisait servir tous‖ à son infâme usage.Bien qu’il fît son jouet‖ de cet être charmant,Ce jouet dans ses mains‖ était un instrument,Instrument de forfaits,‖ dont la grâce et l’enfanceÉcartaient de l’esprit‖ jusqu’à la défiance.C’est Lakmi qui semait,‖ par de rusés discours,La discorde et l’envie,‖ atmosphère des cours ;Qui fomentait la haine‖ et soufflait les cabalesPour nouer ou briser‖ des intrigues rivales.C’est elle qui, sous l’air‖ d’un enfant indiscret,Laissait comme échapper‖ de son cœur un secret ;Secret qui, du tyran‖ servant l’hypocrisie,Déroutait des rivaux‖ la sombre jalousie,Et, détournant leurs yeux‖ vers quelque faux dessein,Au véritable coup‖ leur découvrait le sein.C’est elle qui, des cœurs‖ épiant les ivresses,Leur surprenait un mot‖ fuyant sous des caresses,Et, comme une tisseuse‖ au doigt sûr et subtil,Du seul bout de la trame‖ ourdissait tout le fil ;Elle qui, préparant‖ le piége où l’on trébuche,Attirait en riant‖ la victime à l’embûche,Tandis que le poignard‖ dans l’ombre suspenduLa frappait, sans briller,‖ d’un coup inattendu ;Elle qui, consommant‖ des cruautés plus lentes,Savait broyer la mort‖ dans le venin des plantes,Cacher entre ses dents‖ l’imperceptible dardQui d’un trépas soudain‖ étonnait le regard :Car, dans ce noir palais‖ de ruse et de malice,Toute lèvre en buvant‖ soupçonnait le calice ;Et pour verser la mort‖ il fallait, ô stupeur !Qu’un enfant venimeux‖ la lançât dans le cœur.

Par l’orgueil, et par l’or,‖ et par mille délices,Nemphed récompensait‖ ces ténébreux services :Elle jouait en reine‖ avec le sceptre d’or,Puisait, à son désir,‖ dans le divin trésor,Attachait à son front‖ le sacré diadème,Ou passait à son doigt‖ l’anneau, signe suprême,Et dont le seul aspect,‖ du souverain des dieuxFaisait exécuter‖ l’ordre silencieux.Dans un palais touchant‖ aux célestes demeures,Cent esclaves choisis‖ lui variaient les heures :Les uns sous ses regards‖ faisaient germer les fleurs,Pour revêtir le sol‖ de suaves couleurs ;Les autres, de l’air même‖ humectant les haleines,Vidaient et transvasaient‖ les urnes toujours pleines,Ou, des arbres trempés‖ agitant les rameaux,Donnaient au vent le froid‖ et la senteur des eaux ;Ceux-là faisaient pleuvoir,‖ d’arcades en arcades,Sur les gazons perlés‖ l’écume des cascades ;Ceux-ci lui mariaient,‖ au caprice des sens,Les saveurs du festin‖ tout embaumé d’encens ;D’autres, pour la porter‖ dans ses célestes chambres,En corbeille animée‖ assouplissaient leurs membres,De peur que sous le poids‖ de son corps étenduLe muscle de leurs bras‖ n’eût un pli défendu.

Lakmi multipliait,‖ fidèle à la coutume,L’éclat de sa beauté‖ par l’éclat du costume,Et dans des yeux ravis‖ longuement s’admiraitEn face du cristal‖ où flottait son portrait ;Non que l’enivrement‖ qu’elle avait d’elle-mêmeFût ce besoin secret‖ de charmer ce qu’on aime,Mais ce besoin jaloux‖ d’écraser d’un coup d’œilDes rivales beautés‖ la malice et l’orgueil.Elle sortait de là‖ séduisante et rieuse ;Éblouissant d’attraits‖ la foule curieuse.Abeille matinale‖ à butiner son thym,Couvrant son cœur profond‖ d’un visage enfantin,Elle errait à son gré‖ dans ce palais des vices,Pour prendre tous les cœurs‖ à ses vils artifices.Tantôt elle tendait‖ l’astucieux filetDe ses ruses de femme‖ aux sens qu’elle troublait ;Dans les cœurs alléchés‖ semait les espérances,Affectait des penchants,‖ montrait des préférences,Jetait ces demi-mots‖ dont le sens fait rêver,Par ses adorateurs‖ les laissait achever.Tantôt, dans les accès‖ d’un abandon folâtre,Se donnant en spectacle‖ à la foule idolâtre,Par la danse ou le son‖ du luth mélodieuxElle enchantait l’oreille‖ et captivait les yeux ;Âme parmi ces corps,‖ sa vive intelligenceDominait les instincts‖ de cette vile engeance.Le sourire hébété‖ l’applaudissait toujours.Tantôt s’interrompant‖ par quelques fous discours,Comme un enfant distrait‖ qu’un vol de mouche entraîne,Déposant, pour jouer,‖ la majesté de reine,Aux regards étonnés‖ des femmes, des géants.Elle allait se mêler‖ aux plaisirs des enfants,Se laissait défier‖ aux luttes et aux courses,Jouait avec le sable‖ ou l’écume des sources,Trempait comme eux ses pieds,‖ et de ses vêtementsSemait sur les gazons‖ l’or et les diamants ;Comme si de ses jeux‖ la présence et l’imageL’arrachaient à son rang‖ et lui rendaient son âge !Aussi toutes les voix‖ partout la demandaient ;Tous les fronts à ses yeux,‖ sombres, se déridaient.Sous la fausse couleur‖ dont il gardait, l’empreinte,Le sien à force d’art‖ écartait toute crainte.On oubliait, auprès‖ de cet être charmant,Que l’ombre de Nemphed‖ la couvrait constamment ;On se laissait séduire‖ à sa première vue :Ainsi lorsque la foudre‖ éclate dans la nue,Incendiant la mer‖ de la flamme des cieux,D’enfants assis au bord‖ un groupe insoucieuxPour voir ce feu du ciel‖ se penche du rivage,Et joue avec l’éclair‖ qui n’en est que l’image.

À ces banquets des dieux,‖ aux pieds du maître assiseComme un oiseau privé,‖ seule elle était admise,Et Nemphed, du pouvoir‖ pour oublier le poids,Roulait de ses cheveux‖ les ondes dans ses doigts.Des autres confidents‖ l’astucieuse troupeS’écartait par respect‖ du redoutable groupe ;Ces dieux inférieurs‖ sur les degrés du cielS’asseyaient à des rangs‖ séparés. Asrafiel,Le plus grand, le plus beau‖ de ces Titans célestes,Les dominait du front,‖ du regard et des gestes ;On voyait que la terre‖ avait, en le formant,De la matière en lui‖ prodigué l’élément,Et, du feu des volcans‖ que le tonnerre allume,En secouant la torche‖ animé cette écume.La voûte de granit‖ sentait sa pesanteur,Sa taille des piliers‖ égalait la hauteur ;Comme les nœuds du bois‖ qui font renfler l’écorce,Ses muscles au repos‖ articulaient sa force,Et sur sa nuque, égale‖ aux nuques de taureau,Au moindre mouvement‖ palpitaient sous la peau.Ses bras nerveux, noués‖ à l’épaule robuste,Sur ses flancs onduleux‖ pendaient le long du buste ;Ses larges pieds posaient‖ au sol comme du plomb ;Et ses membres, gardant‖ l’équilibre et l’aplombMême quand sous un poids‖ penchait son tronc de marbre,Rassuraient le regard‖ et ressemblaient à l’arbreQui, dans le roc profond‖ sous terre enraciné,Balance aux vents ses bras‖ sur sa base incliné.

La foule des géants‖ frissonnait à sa vue ;Sa main était l’étau,‖ son poignet la massue ;Le peuple, à qui la force‖ imprime le respect,Le craignait, l’admirait,‖ s’ouvrait à son aspect,Et ne comprenait pas‖ comment ce corps superbe,Sous les pieds de Nemphed‖ se courbant comme une herbe,Servait sa perfidie‖ et son ambition,Ni comment le serpent‖ enchaînait le lion.Mais cette force était‖ son âme tout entière ;Ses passions étaient‖ celles de la matière ;Un seul doigt remuait‖ ces immenses ressorts :La flamme du plaisir‖ qui couvait dans ce corps.

Le front sans profondeur‖ et fuyant en arrièreN’ombrageait qu’à demi‖ la saillante paupière ;Le globe de ses yeux,‖ d’un azur pâle et clair,Dont la lourde paupière‖ amortissait l’éclair,Bien que vaste et sortant‖ comme à fleur du visage,Semblait toujours trempé‖ d’un humide nuage,Et, regardant à vide‖ à travers ce brouillard,En lui-même jamais‖ ne rentrait son regard.Dans ses canaux renflés‖ la sonore narineAspirait à grands flots‖ le vent dans sa poitrine :Sa joue, où de la flamme‖ ondoyait la couleur,Trahissait de son sang‖ la brutale chaleur ;Dans ses regards perdus,‖ sur ses lèvres épaisses,Circulaient les vapeurs‖ de ses lourdes ivresses ;Et sur son sein le poil‖ épais et cheveluFlottait comme la soie‖ aux flancs du bouc velu.L’amour seul d’Asrafiel‖ enflammait l’énergie,Et l’empire pour lui‖ n’eût été que l’orgie.Il regardait Lakmi‖ jouant sur les genouxDu souverain des dieux‖ avec un œil jaloux,Et son âme, en secret‖ savourant ses caresses,Se noyait dans ses yeux,‖ s’enchaînait dans ses tresses.

À côté d’Asrafiel,‖ mais moins fort et moins grand,Le féroce Sabher‖ s’asseyait à son rang ;Sabher, le plus cruel‖ et le plus sanguinaire,De, ces dieux inhumains‖ sous qui tremblait la terre.Bourreau, sa main tuait,‖ mais ne combattait pas ;Ses pères les géants‖ l’appelaient le Trépas.Cœur de lièvre au combat,‖ cœur de tigre au carnage ;Sa cruauté sans borne‖ était son seul courage.Nemphed en avait fait‖ son glaive et sa terreur,Et l’on avait pour lui‖ le respect de l’horreur.Des voluptés du meurtre‖ il faisait ses délices,Toute sa joie était‖ d’inventer des supplices.Pour savourer le coup‖ prolongeant le tourment,Il ne donnait la mort‖ qu’avec raffinement.

Cette panthère humaine‖ en présentait les formes :Ses gigantesques bras‖ étaient longs et difformes ;Ses membres disloqués,‖ mal attachés au corps,S’emmanchaient pesamment‖ à son buste distors ;Son cou grêle rentrait‖ dans ses épaules hautes ;Ses flancs, vides de cœur,‖ s’enfonçaient sous ses côtes ;Son front, petit et bas,‖ dégarni de cheveux,Remuait agité‖ d’un tremblement nerveux.Sur son œil faux et gris‖ sa paupière ridée,Comme par la clarté‖ du jour intimidée,Se fermant, se rouvrant,‖ sans repos palpitait.Un sourire indécis‖ sur sa bouche flottait,Et laissait éclater‖ entre ses lèvres pâlesDes dents que séparaient‖ de larges intervalles,Et qui, faisant le bruit‖ d’une bouche qui mord,Semblaient broyer des os‖ comme un tigre qui dort.Le cou tendu, l’œil fixe,‖ et l’oreille dressée,Dans les yeux de Nemphed‖ il plongeait sa pensée,Cherchant à pressentir,‖ comme un chien de boucher,Quel sang lui jetterait‖ son vil maître à lécher.

Serendyb, après lui,‖ géant pensif et sombre,Qu’une large colonne‖ effaçait sous son ombre,Abaissant sur la foule‖ un dédaigneux coup d’œil,Semblait s’envelopper‖ d’un égoïste orgueil.Par le pli du dédain‖ sa lèvre rebrousséeDonnait l’air de l’insulte‖ à sa forte pensée.Son œil profond rêvait‖ sous son épais sourcil ;Les soucis allongeaient‖ et creusaient son profil ;La morne indifférence‖ éclatait dans ses poses ;Son regard descendait‖ de haut sur toutes choses,Comme le pied superbe‖ et qui ne daigne pasChoisir dans la poussière‖ où s’impriment ses pas.Le mépris des humains‖ était son âme entière ;Il ne voyait en eux‖ qu’une vile matièreQu’il fallait façonner‖ à son ambition,Plier, briser, pétrir‖ sous son oppression,Sans prêter plus l’oreille‖ au cri qu’on leur arracheQu’on ne la prête au bois‖ qui gémit sous la hache,Ou qu’en foulant l’argile‖ un stupide potierNe la prête au limon‖ pétri dans son mortier !

Sans avoir de ce peuple‖ amour, terreur ou haine,C’est sa main qui forgeait‖ et qui rivait sa chaîne.Il était l’inventeur‖ des profanationsDont ces Titans scellaient‖ leurs dominations ;C’était lui qui, montrant‖ un infernal génie,Rédigeait savamment‖ l’art de la tyrannie,Et, sous le joug affreux‖ qu’il appesantissait,Courbait le front du peuple‖ et l’assujettissait.

Segor, Azem, Jéhu,‖ géants aux fronts sinistres,De ce palais maudit‖ courtisans ou ministres,Et chefs inférieurs‖ de sourdes factions,Complétaient cette cour‖ d’abominations.D’un vice ou d’un forfait‖ leur horrible visageDans la laideur des traits‖ répercutait l’image ;Car dans la race impie,‖ où le crime était grand,Sur la scélératesse‖ on mesurait le rang !…

Du nocturne banquet‖ la gigantesque salleÉlevait sur leurs fronts‖ sa voûte colossale ;Les marbres, découpés‖ en rameaux gracieux,Semblaient y soutenir‖ les étoiles des cieux,Et la lune, y glissant‖ comme sur un feuillage,Dans des bassins tremblants‖ y doublait son image.À ce grand dôme à jour‖ sous le bleu firmament,À ces eaux qui jouaient‖ dans le marbre écumant,À ces murs entr’ouverts‖ aux brises comme aux ondes,Aux fûts aériens‖ de ces colonnes rondes,Où le vent, circulant‖ comme sous les forêts,Apportait des jardins‖ le parfum et le frais,On sentait que ces tours,‖ ces palais de mystère,D’un inutile poids‖ écrasaient cette terre ;Que ces arches de pierre‖ et ces cintres béantsN’étaient dans ces climats‖ qu’un luxe de géants ;Et que par cette vaine‖ et massive structureIls avaient par orgueil‖ défié la nature !Cent colonnes portaient‖ le long entablement ;Mais quand on contemplait‖ l’étrange ameublement,Quand on portait les yeux,‖ du cintre jusqu’aux dalles,Sur le luxe effréné‖ de ces murs de scandales,L’âme humaine fuyait‖ sous le dernier affront,Et les cheveux, d’horreur,‖ se dressaient sur le front !…Par des êtres vivants‖ l’impie architecture,Pour enivrer les yeux,‖ remplaçait la sculpture.Sur la frise de marbre‖ en foule circulaitUn long groupe que l’art‖ mêlait et démêlait :Femmes, enfants, guerriers,‖ combats, plaisirs célestes ;D’autres acteurs changeaient‖ d’attitude, de gestes,D’un long fleuve de vie‖ intarissable coursDisparaissant sans cesse‖ et renaissant toujours.Muets comme le marbre,‖ ils glissaient comme l’ombre :Leur ondulation‖ multipliait leur nombre ;Rapetissés à l’œil‖ par leur éloignement,À peine voyait-on‖ leur léger mouvement.On eût dit, à les voir‖ animer cette frise,Entre l’être et la mort‖ la matière indécise,Sous l’art surnaturel‖ d’un magique pouvoir,Avant de vivre encor‖ forcée à se mouvoir.

Pour supporter le poids‖ de cent mets délectables,Les dieux jamais n’usaient‖ de trépieds ni de tables,C’était pour leur orgueil‖ un avilissementQue d’étendre la main‖ vers le nectar fumant :D’esclaves à genoux‖ un admirable groupeSur leurs bras élevés‖ leur présentant la coupe,Avec leurs doigts de neige‖ en corbeilles tressésImitaient devant eux‖ des trépieds tout dressés,Essuyaient sur le marbre,‖ avec leur chevelure,Du banquet ruisselant‖ la lie ou la souillure,Et, suivant attentifs‖ les mouvements du corps,Au niveau de leur lèvre‖ élevaient ces supports.Car ces monstres d’orgueil,‖ enivrés d’esclavage,De leurs membres sacrés‖ ne faisaient nul usage,Craignaient en s’en servant‖ de les prostituer,Et ne levaient jamais‖ leurs bras que pour tuer !

Pour leurs goûts dépravés‖ profanant la nature,L’art changeait en forfaits‖ jusqu’à leur nourriture ;Demandant un tribut‖ à tous les éléments,Ils écumaient le sel‖ de tous les aliments.Pour charmer leur festin,‖ tuant par hécatombes,La moelle des agneaux,‖ la langue des colombes,Dans ce qui broute, ou nage,‖ ou vole sous le ciel,Ce qui plaît au palais‖ de plus substantielComposait l’aliment‖ de ces banquets célestes,Et le peuple affamé‖ se jetait sur les restes ;La séve qu’on ravit‖ aux rameaux mutilés,Et des baumes en fleurs‖ les parfums distillés,Et les feux du soleil,‖ dont les liquides flammesDes veines du pavot‖ coulent dans les dictames,Mêlés dans leur breuvage‖ aux larmes de l’encens,D’une ivresse éternelle‖ incendiaient leurs sens.

Disputant ce service‖ aux plus belles esclaves,Et goûtant avec lui‖ les mets les plus suaves,Lakmi servait Nemphed,‖ à ces festins sacrés,De secrets aliments‖ dans l’ombre préparés.Le vieillard soupçonneux‖ ne recevait que d’elleLe breuvage effleuré‖ par sa lèvre fidèle.

Sur la fin du banquet,‖ quand les sens alourdisD’ivresse et d’aliments‖ paraissaient engourdis,Que les regards distraits‖ et la lèvre rougieSemblaient préparer l’âme‖ au comble de l’orgie,Digne délassement‖ de leurs affreux loisirs,Un spectacle effréné‖ variait leurs plaisirs.Ce n’était pas ce jeu,‖ cette feinte tortureOù l’art sur le théâtre‖ imite la nature,Où le rire et les pleurs,‖ le sang et le poignard,Font frissonner la foule‖ en trompant le regard,Des scènes de la vie‖ ingénieux emblème :Leur spectacle, c’était‖ la nature elle-même,La nature surprise‖ en ses impressions,Avec ses cris réels,‖ son sang, ses passions,Ses plus intimes voix‖ sous le coup éclatantes,Et ses fibres à nu‖ devant eux palpitantes !Le peuple fournissait‖ le drame et les acteurs.Préparant la surprise‖ aux divins spectateurs,Un de ces vils tyrans,‖ ourdissant cette trame,Fatiguait sa pensée‖ à composer le drame,Et, choisissant pour scène‖ un meurtre intéressant,Il le faisait jouer‖ sous leurs yeux jusqu’au sang.Pour que l’illusion‖ fût le plaisir suprême,Il fallait que l’acteur‖ en fût dupe lui-même,Et, victime ignorant‖ l’artifice odieux,Jouât, sans le savoir,‖ son sang devant les dieux.Mais pour mêler aussi,‖ dans ces scènes infâmes,Aux supplices des corps‖ la torture des âmes,Des plaisirs du palais‖ l’ordonnateur brutalLes avait combinés‖ en un drame infernal.

Il avait découvert,‖ dans le peuple servileQue ces tyrans sacrés‖ opprimaient dans la ville,Deux amants qui dans l’ombre‖ abritaient leurs beaux jours.Un enfant de six mois,‖ doux fruit de leurs amours,Délices de tous deux,‖ extase de la mère,Complétait, en l’ornant,‖ ce bonheur éphémère.De l’asile où leurs sorts‖ se croyaient si cachés,Des bourreaux, le matin,‖ les avaient arrachés :Conduits séparément‖ dans l’enceinte céleste,Ils tremblaient l’un pour l’autre ;‖ ils ignoraient le reste ;La terreur et le doute‖ écrasaient leur raison.La scène était la cour‖ d’une sombre prison,Où les géants, du sein‖ de leurs doux lits de roses,Pouvaient sans être vus‖ contempler toutes choses.Là, du drame réel‖ les funèbres acteursAgissaient sans soupçon‖ de l’œil des spectateurs.

Ichmé, c’était le nom‖ de la jeune captive,Sur un banc, dans un angle,‖ était toute pensive ;Ses yeux, rouges de pleurs,‖ tour à tour regardaientSon enfant endormi,‖ les murs qui la gardaient,Et le pan bleu du ciel‖ où la touchante femmeAvec chaque soupir‖ semblait lancer son âme.Tâtonnant les murs froids‖ dans une demi-nuit,Inquiète, elle tendait‖ l’oreille au moindre bruit.Tout à coup des pas sourds‖ lui font lever la tête,Quelqu’un monte à la tour‖ et paraît sur le faîte ;Il incline son corps‖ sur l’abîme profond,Et son regard errant‖ semble chercher au fond.Un cri part à la fois‖ du sommet, de la base ;Ichmé lève les mains‖ dans une folle extase :C’est Isnel, son amant,‖ c’est son ombre ou c’est lui ;Un éclair de bonheur‖ dans ses larmes a lui !« Ichmé, murmurait-il,‖ oh ! quel dieu nous rassemble !Quoi ! c’est vous que je vois ?‖ Quoi ! tous les trois ensemble ?Oh ! quelle nuit pourrait‖ m’empêcher de vous voir ?Mais es-tu seule au fond‖ de cet abîme noir ?Nulle oreille des murs‖ ne peut-elle m’entendre,Nul œil nous découvrir,‖ nul piége nous surprendre ?— Oh ! parle ! répondait‖ la captive à l’époux,La distance et la nuit‖ sont seules entre nous.Mon cœur abandonné‖ s’élance à ta parole ;Je te tends sur mes bras‖ notre enfant, ton idole :Car sur mon sein tari,‖ qui bat à ton accent,Il a souri de joie‖ en te reconnaissant.De mon cachot obscur‖ par une porte ouverteJ’ai traîné mes pieds nus‖ dans cette cour déserte,Pour faire respirer‖ à notre pauvre enfantL’air qui tombe des nuits‖ ici moins étouffant.Nul pas n’y retentit‖ et nulle voix humaine ;Mon oreille n’entend‖ rien que la rude haleineDes lions enchaînés‖ dans ces antres obscurs,Dont les rugissements‖ font frissonner les murs !— Ô moelle de mes os,‖ quel tourment ! quelle joie !Sans pouvoir vous sauver,‖ faut-il que je vous voie ?Comme cette hirondelle‖ au nid de son amour,Que ne peux-tu monter‖ au sommet de ma tour ?J’en parcours librement‖ la haute plate-forme ;Au pied des murs déserts‖ il semble que tout dorme.La tour sert de rempart‖ à la cité des dieux ;Le fleuve coule en bas‖ et brille sous mes yeux ;Des lierres où le pied‖ glissant peut se suspendreJusqu’aux bords du courant‖ nous laisseraient descendre ;Et je vous porterais‖ au delà de ses eaux,Dans l’antre où le lion‖ cache ses lionceaux !

Mais que vois-je ? en ces lieux,‖ des gardiens oubliée,Une corde de jonc‖ en serpent repliéeSemble nouée exprès‖ aux créneaux de la tourPour tromper leur vengeance‖ et pour sauver l’amour.Ichmé ! ne tremble pas !‖ » Il dit et la déroule,Le long des murs polis‖ rapidement s’y coule,Et, des astres du ciel‖ seulement aperçu,Entre des bras tremblants‖ à terre il est reçu.Oh ! qui peindrait à l’œil‖ ces deux têtes pressées,Ces palpitantes mains‖ autour du cou tressées,Ces lèvres se quittant‖ pour se serrer plus fort,Ces membres fléchissant‖ sous le poids du transport,Ces silences coupés‖ de paroles rapides,Et ces mains dans les mains,‖ et ces regards avides,Assauts multipliés‖ des mille sentimentsQue peignaient aux regards‖ les gestes des amants ?Ils auraient fendu l’arbre‖ et fait pleurer la pierre.Mais les dieux ! rien d’humain‖ ne mouillait leur paupière !Arrachons-nous, dit l’homme,‖ à ces embrassements ;La lune court au ciel,‖ profitons des moments :Sur la tour, où bientôt‖ va poindre la lumière,Laisse-moi dans mes bras‖ t’emporter la première.— Sauve d’abord l’enfant,‖ dit la mère, et reviens,De ses bras détaché,‖ me prendre dans les tiens ! »

Le jeune homme, à ces mots,‖ dans une horrible transe,Prend son fils sous l’aisselle,‖ à la corde s’élance,La presse des deux mains‖ en renversant le front,Y colle ses pieds joints‖ comme un pasteur au tronc,Et, sous le double poids‖ dont cette échelle vibre,En ménage avec soin‖ l’ondoyant équilibre.Ichmé les suit de l’œil‖ et les soutient du cœur ;Sa voix du jeune époux‖ anime la vigueur.Il atteignait déjà‖ le tiers de la muraille ;Soudain de pas humains‖ le haut des tours tressaille :L’ombre de corps géants‖ s’y trace sur les cieux ;La corde qui soutient‖ le fardeau précieux,Et dont le bout flottait,‖ traînait jusques à terre,Échappe, en remontant,‖ à la main qui la serre,De à, tenant toujours‖ son fils, l’homme éperduSe balance à cent pieds‖ sur la mort suspendu.Le féroce bourreau‖ qui fait vibrer le câbleImprime aux corps flottants‖ un branle épouvantable ;Les oscillations‖ se doublent par le poids,On dirait que l’on veut‖ les briser aux parois.Comme une main terrible‖ au branle de la frondeFait siffler l’air froissé‖ sous le caillou qui gronde,L’élan du mur au mur‖ les porte en bondissant ;Isnel à chaque coup‖ les tache de son sang ;De peur que son enfant‖ ne se brise aux murailles,Son corps est un rempart,‖ ses doigts sont des tenailles :Tous ses membres crispés‖ se ramassent en bloc ;Il présente son front‖ pour lui parer le choc,Prolonge sans espoir‖ l’épouvantable lutte,Et se laisse broyer‖ pour retarder sa chute.

La mère cependant,‖ levant vers eux les bras,Les pieds cloués au sol,‖ les regarde d’en bas :Chaque fois que la corde‖ éprouve une secousse.Les murs tremblent d’horreur‖ sous le cri qu’elle pousse ;Elle suit, en courant,‖ et du geste et des yeux,La courbe que décrit‖ son amour dans les cieux,Croyant, à chaque bond,‖ que des doigts de son pèreL’enfant va s’échapper‖ et s’écraser à terre.Mais, comme un fil tendu‖ par la balle de plomb,Le câble lentement‖ a repris son aplomb,Et le groupe, affermi‖ sur le frêle pendule,Entre la double mort‖ le long des murs ondule.On n’entend que le vent‖ au sommet de la tour.Cependant des bourreaux‖ sont entrés dans la cour,Et pendant que l’époux,‖ par un effort sublime,Son enfant dans les bras,‖ le dispute à l’abîme,Martyrisant Ichmé‖ de rires odieux,Ces monstres effrénés‖ l’insultent sous ses yeux.Toutes les passions‖ de la figure humaine,Terreur, amour, pitié,‖ rage, torture, haine,Sur les traits contractés‖ du père et de l’amantSe peignent à la fois‖ dans ce triple tourment.Vingt fois ses doigts, crispés‖ par l’horreur du supplice,Sont près de s’entr’ouvrir‖ sur la corde qui glisse ;Vingt fois, pour écraser‖ des bourreaux le vil cœur,Il brandit son enfant‖ sur eux comme un lutteur ;Mais chaque fois sa main,‖ que la tendresse arrête,Se refuse à lancer‖ ce disque sur leur tête.Surmontant son horreur‖ par un effort nouveau,De la tour solitaire‖ il atteint le niveau,Et, pour soustraire au moins‖ son petit au carnage,Il traverse le fleuve‖ et repasse à la nage.

Ichmé, que la douleur‖ prive de sentiment,Semble à ses souvenirs‖ renaître lentement.Pour presser son enfant‖ sur sa mamelle aride,Son bras cherche à tâtons‖ et se referme à vide.L’affreuse vérité‖ la réveille en sursaut.Son corps de son séant‖ se redresse d’un saut,Sa poignante pensée‖ en éclairs s’accumule ;Autour des sombres murs,‖ penchée, elle circule,Les deux mains en avant‖ et n’osant les ouvrir,Comme quelqu’un qui cherche‖ et craint de découvrir !…Aux soupiraux des cours‖ elle colle l’oreille,Où le fer enlacé‖ se noue en forte treille :Repaires souterrains,‖ loges où les lionsFont vibrer en dormant‖ leurs respirations.L’œil ne peut pénétrer‖ dans leur nuit sépulcrale,Mais on sent leur haleine,‖ et l’on entend leur râle.Son cœur de mère, ô ciel !‖ croit avoir entenduDans ces cachots de mort‖ un pas sourd descendu :Ce n’est pas un vain rêve,‖ il approche, il redouble ;De lourds gonds ont gémi.‖ Son oreille se trouble ;Avec l’œil de son âme,‖ elle croit voir au fond ;Une confuse voix‖ sort du gouffre profond.Aux naseaux des lions,‖ qui rugissaient de joie,Ces pas de pourvoyeurs‖ font pressentir leur proie ;Leur souffle impétueux‖ frémit dans les barreaux ;Isnel, l’enfant ou toi !‖ répètent les bourreaux.Nos bêtes de ta chair‖ veulent leur nourritureJettes-y ton enfant,‖ ou deviens leur pâture !…O comble de l’horreur !‖ Isnel semble hésiter,Les bourreaux aux lions‖ vont le précipiter.Mais quelque chose tombe‖ au fond du noir repaire :Doute atroce ! est-ce, ô nuit,‖ ou le fils, ou le père ?Les lions couvrent tout‖ de leur rugissement ;Puis d’un enfant tombé‖ l’affreux vagissement,Et le bruit de ses os,‖ que leur mâchoire broie,A l’effroi de la mère‖ ont révélé leur proie…Le sein contre la pierre‖ elle tombe d’horreur,Ses membres convulsifs‖ palpitent de terreur ;Au cliquetis des os‖ que les lionceaux mordent,Ses bras désespérés‖ sous sa tête se tordent ;Elle brise ses dents‖ sur les barreaux de fer,Et le cri de son cœur‖ attendrirait l’enfer.

Cependant, descendu‖ de la flottante échelle,Isnel, pour l’emporter,‖ reparaît devant elle :Croyant voir de son fils‖ le barbare assassin,Son cœur, à cet aspect,‖ se soulève en son sein.Sa voix faiblit, son pied‖ recule ; elle s’écrie :Monstre, as-tu pu donner‖ ton enfant pour ta vie ?Un père aux lionceaux‖ jeter son propre fils !Et tu viens te montrer‖ à la mère ! et tu vis !Non ! tu ne vivras pas‖ du pur sang de mes veines. »Elle dit ; et levant‖ un lourd faisceau de chaînesSur la tête d’Isnel‖ à sa voix interdit,D’un seul geste mortel‖ le tue et le maudit !Puis tournant contre soi‖ cette main forcenée,D’un tranchant de ces fers‖ dont elle est enchaînée,Elle s’ouvre la veine,‖ et son corps pâlissantS’affaisse en répandant‖ le ruisseau de son sang ;Son beau front lentement‖ tombe et se décolore,Elle respire à peine,‖ elle s’indigne encore.

Tout à coup des flambeaux‖ apportés dans la courSur la scène de mort‖ jettent un affreux jour ;Des tortures du cœur‖ le féroce génieD’un dernier désespoir‖ veut railler l’agonie !De l’erreur de la mère‖ un bourreau triomphantPlein de vie à ses bras‖ rapporte son enfant,Son enfant altéré‖ qui l’embrasse et qui crie,Et presse vainement‖ sa mamelle tarie.Puis, du lâche bourreau‖ l’affreux ricanementVient à son désespoir‖ mêler l’étonnement.« C’était un jeu, vois-tu,‖ jeune femme insensée !D’immoler ton époux‖ pourquoi t’es-tu pressée ?Du repas des lions‖ il était innocent.Quel lait aura ton fils ?‖ tiens, nourris-le de sang ! »Les monstres, à ces mots,‖ poussent un affreux rire :D’une convulsion‖ du cœur la mère expire,Et les bourreaux, traînant‖ le vivant et les mortsVers l’antre des lions,‖ leur jettent les trois corps !…

Versification

Forme
Distiques
Rimes
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Mots à la rime
a femme / âme féminine, classiqueb comment / firmament masculine, classiquec suprêmes / blasphèmes féminine, classiqued malédiction / sédition masculine, classiquee flammes / âmes féminine, classiquef mystérieux / yeux masculine, classiqueg céleste / geste féminine, classiquea Adonaï / épanoui masculine, classiqueb nuage / gage féminine, classiquec forfait / bienfait masculine, classiqued colères / salaires féminine, classiquee soulevé / pavé masculine, classiquef répète / secrète féminine, classiqueg cachés / alléchés masculine, classiqueh silence / s’élance féminine, classiquei descendus / confondus masculine, classiquej dalles / râles féminine, classiquek sang / rougissant masculine, non classiquel fume / l’écume féminine, classiquem sein / dessein masculine, classiquen glissent / pâlissent féminine, classiqueo piés / effrayés masculine, classiquep imprime / l’abîme féminine, classiqueq front / tronc masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb pouvoir / voir masculine, classiquec pensées / récompensées féminine, classiqued incertain / matin masculine, classiquee tramées / charmées féminine, classiquef ascendant / grondant masculine, classiqueg opprime / crime féminine, classiqueh sommets / jamais masculine, classiquei s’use / ruse féminine, classiquej l’inventeur / auteur masculine, classiquea sommeille / réveille féminine, classiqueb main / surhumain masculine, classiquec créatures / natures féminine, classiqued séduction / domination masculine, classiquee d’éclore / météore féminine, classiquef dessein / sein masculine, classiqueg délices / supplices féminine, classiquea gouvernés / enchaînés masculine, classiqueb esclaves / entraves féminine, classiquec précaution / mutilation masculine, classiqued éloigne / soigne féminine, classiquee mort / sort masculine, classiquef larmes / charmes féminine, classiqueg troupeau / peau masculine, classiqueh l’ambre / membre féminine, classiquei bain / pain masculine, classiquej entraves / esclaves féminine, classiquea sacrés / degrés masculine, classiqueb ordre / tordre féminine, classiquec amant / gémissement masculine, classiqued proie / soie féminine, classiquee souffrants / tyrans masculine, classiquef vue / statue féminine, classiquea fasciné / destiné masculine, classiqueb visage / nuage féminine, classiquec tremblants / lents masculine, classiqued geste / céleste féminine, classiquea l’encens / sens masculine, classiqueb convives / pensives féminine, classiquec sortirait / secret masculine, classiqued enfance / reconnaissance féminine, classiquee renfermé / germé masculine, classiquef qu’intelligence / vengeance féminine, classiqueg entier / sentier masculine, classiqueh luttes / chutes féminine, classiquei escarpé / rampé masculine, classiquej sublime / lime féminine, classiquek débouté / monté masculine, classiquel pressées / pensées féminine, classiquem couronnés / abandonnés masculine, classiquen limpides / rides féminine, classiqueo passions / factions masculine, classiquep houle / foule féminine, classiqueq fois / rois masculine, classiquea poitrine / doctrine féminine, classiqueb repentir / ralentir masculine, classiquec honte / monte féminine, classiqued mépris / débris masculine, classiquee foule féminine, classiquef pas / bas masculine, classiqueg insensée / pensée féminine, classiqueh élevé / soulevé masculine, classiquei sombre / l’ombre féminine, classiquej s’élevant / vent masculine, classiquek météore / aurore féminine, classiqueb secoue / boue féminine, classiquec ondulation / faction masculine, classiqued avide / vide féminine, classiquee dedans / confidents masculine, classiquef intrigues / brigues féminine, classiqueg terrain / frein masculine, classiqueh maître / traître féminine, classiquei vendus / assidus masculine, classiquej trame / âme féminine, classiquek niveaux / rivaux masculine, classiquel lutte / chute féminine, classiquem Asrafiel / ciel masculine, classiquen suprême / soi-même féminine, classiqueo précipiter / monter masculine, classiquep âmes / lames féminine, classiqueq défendant / cependant masculine, classiquer ravie / vie féminine, classiques oppression / l’ambition masculine, classiquet l’âge / esclavage féminine, classiqueu appui / lui masculine, classiquea année / fanée féminine, classiqueb infecté / beauté masculine, classiquec élevée / gravée féminine, classiqued poli / pli masculine, classiquee noire / moire féminine, classiquef jais / traits masculine, classiqueg nature / créature féminine, classiqueh tard / regard masculine, classiquea rose / éclose féminine, classiqueb hâté / beauté masculine, classiquec usage / ouvrage féminine, classiqued lien / sien masculine, classiquee complice / supplice féminine, classiquef lait / bracelet masculine, classiqueg l’Asie / vie féminine, classiqueh enfant / réchauffant masculine, classiquej serpent / rampant masculine, classiquek lance / balance féminine, classiquel endormi / ennemi masculine, classiquem rose / pose féminine, classiqueb innocence / enfance féminine, classiquec infernal / mal masculine, classiqued vice / l’artifice féminine, classiquee l’amitié / pitié masculine, classiquef allaitée / infectée féminine, classiqueg forfait / fait masculine, classiqueh escrime / crime féminine, classiquei instruction / dissimulation masculine, classiquea exposée / rosée féminine, classiqueb penchants / méchants masculine, classiquec douée / enjouée féminine, classiqued corruption / passion masculine, classiquee symboles / paroles féminine, classiquef mains / surhumains masculine, classiqueg haine / humaine féminine, classiqueh pleurs / fleurs masculine, classiquei errantes / enivrantes féminine, classiquej regard / vieillard masculine, classiquea ouvrage / usage féminine, classiqueb charmant / instrument masculine, classiquec l’enfance / défiance féminine, classiqued discours / cours masculine, classiquee cabales / rivales féminine, classiquef indiscret / secret masculine, classiqueg l’hypocrisie / jalousie féminine, classiquei ivresses / caresses féminine, classiquej subtil / fil masculine, classiquek trébuche / l’embûche féminine, classiquel suspendu / inattendu masculine, classiquem lentes / plantes féminine, classiquen dard / regard masculine, classiqueo malice / calice féminine, classiquep stupeur / cœur masculine, classiquea délices / services féminine, classiqueb d’or / trésor masculine, classiquec diadème / suprême féminine, classiqued dieux / silencieux masculine, classiquee demeures / heures féminine, classiquef fleurs / couleurs masculine, classiqueg haleines / pleines féminine, classiqueh rameaux / eaux masculine, classiquei arcades / cascades féminine, classiquej sens / d’encens masculine, classiquek chambres / membres féminine, classiquel étendu / défendu masculine, classiquea coutume / costume féminine, classiqueb s’admirait / portrait masculine, classiquec d’elle-même / aime féminine, classiqued d’œil / l’orgueil masculine, classiquee rieuse / curieuse féminine, classiquef thym / enfantin masculine, classiqueg vices / artifices féminine, classiqueh filet / troublait masculine, classiquei espérances / préférences féminine, classiquej rêver / achever masculine, classiquek folâtre / idolâtre féminine, classiquel mélodieux / yeux masculine, classiquem intelligence / engeance féminine, classiquen toujours / discours masculine, classiqueo entraîne / reine féminine, classiquep géants / enfants masculine, classiqueq courses / sources féminine, classiquer vêtements / diamants masculine, classiques l’image / âge féminine, classiquet demandaient / déridaient masculine, classiqueu l’empreinte / crainte féminine, classiquev charmant / constamment masculine, classiquew vue / nue féminine, classiquex cieux / insoucieux masculine, classiquey rivage / l’image féminine, classiquea assise / admise féminine, classiqueb poids / doigts masculine, classiquec troupe / groupe féminine, classiqued ciel / Asrafiel masculine, classiquee célestes / gestes féminine, classiquef formant / l’élément masculine, classiqueg allume / écume féminine, classiqueh pesanteur / hauteur masculine, classiquei l’écorce / force féminine, classiquej taureau / peau masculine, classiquek robuste / buste féminine, classiquel plomb / l’aplomb masculine, classiquem marbre / l’arbre féminine, classiquen enraciné / incliné masculine, classiquea vue / massue féminine, classiqueb respect / aspect masculine, classiquec superbe / herbe féminine, classiqued ambition / lion masculine, classiquee entière / matière féminine, classiquef ressorts / corps masculine, classiquea arrière / paupière féminine, classiqueb clair / l’éclair masculine, classiqued brouillard / regard masculine, classiquee narine / poitrine féminine, classiquef couleur / chaleur masculine, classiqueg épaisses / ivresses féminine, classiqueh chevelu / velu masculine, classiquei l’énergie / l’orgie féminine, classiquej genoux / jaloux masculine, classiquek caresses / tresses féminine, classiquea grand / rang masculine, non classiqueb sanguinaire / terre féminine, classiquec pas / Trépas masculine, classiqued carnage / courage féminine, classiquee terreur / l’horreur masculine, classiqueg tourment / raffinement masculine, classiquea formes / difformes féminine, classiqueb corps / distors masculine, classiquec hautes / côtes féminine, classiqued cheveux / nerveux masculine, classiquee ridée / intimidée féminine, classiquef palpitait / flottait masculine, classiqueg pâles / intervalles féminine, classiqueh mord / dort masculine, classiquei dressée / pensée féminine, classiquej boucher / lécher masculine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb d’œil / orgueil masculine, classiquec rebroussée / pensée féminine, classiqued sourcil / profil masculine, classiquee poses / choses féminine, classiquef pas masculine, classiqueh ambition / oppression masculine, classiquei arrache / hache féminine, classiquej potier / mortier masculine, classiquea haine / chaîne féminine, classiqueb profanations / dominations masculine, classiquec génie / tyrannie féminine, classiqued appesantissait / l’assujettissait masculine, classiquea sinistres / ministres féminine, classiqueb factions / d’abominations masculine, classiquec visage / l’image féminine, classiquea salle / colossale féminine, classiqueb gracieux / cieux masculine, classiquec feuillage / image féminine, classiqued firmament / écumant masculine, classiquee ondes / rondes féminine, classiquef forêts / frais masculine, classiqueg mystère / terre féminine, classiqueh béants / géants masculine, classiquei structure / nature féminine, classiquej entablement / ameublement masculine, classiquek dalles / scandales féminine, classiquel affront / front masculine, classiquem architecture / sculpture féminine, classiquen circulait / démêlait masculine, classiquep cours / toujours masculine, classiqueq l’ombre / nombre féminine, classiquer éloignement / mouvement masculine, classiques frise / indécise féminine, classiquet pouvoir / mouvoir masculine, classiquea délectables / tables féminine, classiqueb avilissement / fumant masculine, classiquec groupe / coupe féminine, classiqued tressés / dressés masculine, classiquee chevelure / souillure féminine, classiquef corps / supports masculine, classiqueg d’esclavage / usage féminine, classiqueh prostituer / tuer masculine, classiquea nature / nourriture féminine, classiqueb éléments / aliments masculine, classiquec hécatombes / colombes féminine, classiqued ciel / substantiel masculine, classiquee célestes / restes féminine, classiquef mutilés / distillés masculine, classiqueg flammes / dictames féminine, classiquea esclaves / suaves féminine, classiqueb sacrés / préparés masculine, classiquec d’elle / fidèle féminine, classiquea alourdis / engourdis masculine, classiqueb rougie / l’orgie féminine, classiquec loisirs / plaisirs masculine, classiqued torture / nature féminine, classiquee poignard / regard masculine, classiquef emblème / elle-même féminine, classiqueg impressions / passions masculine, classiqueh éclatantes / palpitantes féminine, classiquei acteurs / spectateurs masculine, classiquej trame / drame féminine, classiquek intéressant / sang masculine, non classiquel suprême / lui-même féminine, classiquem odieux / dieux masculine, classiquen infâmes / âmes féminine, classiqueo brutal / infernal masculine, classiquea servile / ville féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquec mère / éphémère féminine, classiqued cachés / arrachés masculine, classiquee céleste / reste féminine, classiquef raison / prison masculine, classiqueg roses / choses féminine, classiquea captive / pensive féminine, classiqueb regardaient / gardaient masculine, classiqued demi-nuit / bruit masculine, classiquee tête / faîte féminine, classiquef profond / fond masculine, classiqueg base / extase féminine, classiqueh lui masculine, classiquei rassemble / ensemble féminine, classiquej voir / noir masculine, classiquek m’entendre / surprendre féminine, classiquel l’époux / nous masculine, classiquem parole / idole féminine, classiquen accent / reconnaissant masculine, classiqueo ouverte / déserte féminine, classiquep enfant / étouffant masculine, classiqueq humaine / haleine féminine, classiquer obscurs / murs masculine, classiques joie / voie féminine, classiquet amour / tour masculine, classiqueu plate-forme / dorme féminine, classiquev dieux / yeux masculine, classiquew suspendre / descendre féminine, classiquex eaux / lionceaux masculine, classiquea oubliée / repliée féminine, classiqueb tour / l’amour masculine, classiquec déroule / coule féminine, classiqued aperçu / reçu masculine, classiquee pressées / tressées féminine, classiquef fort / transport masculine, classiqueg rapides / avides féminine, classiqueh sentiments / amants masculine, classiquei pierre / paupière féminine, classiquej embrassements / moments masculine, classiquek lumière / première féminine, classiquel reviens / tiens masculine, classiquea transe / s’élance féminine, classiquec vibre / équilibre féminine, classiqued cœur / vigueur masculine, classiquee muraille / tressaille féminine, classiquef cieux / précieux masculine, classiqueg terre / serre féminine, classiqueh éperdu / suspendu masculine, classiquei câble / épouvantable féminine, classiquej poids / parois masculine, classiquek fronde / gronde féminine, classiquel bondissant / sang masculine, non classiquem murailles / tenailles féminine, classiquen bloc / choc masculine, classiquea bras / bas masculine, classiqueb secousse / pousse féminine, classiquec yeux / cieux masculine, classiqued père / terre féminine, classiquee plomb / aplomb masculine, classiquef pendule / ondule féminine, classiqueg tour / cour masculine, classiqueh sublime / l’abîme féminine, classiquei odieux / yeux masculine, classiquej humaine / haine féminine, classiquek l’amant / tourment masculine, classiquel supplice / glisse féminine, classiquem cœur / lutteur masculine, classiquen arrête / tête féminine, classiqueo nouveau / niveau masculine, classiquep carnage / nage féminine, classiquea sentiment / lentement masculine, classiqueb aride / vide féminine, classiquec sursaut / saut masculine, classiqued s’accumule / circule féminine, classiquee ouvrir / découvrir masculine, classiquef l’oreille / treille féminine, classiqueg lions / respirations masculine, classiqueh sépulcrale / râle féminine, classiquei entendu / descendu masculine, classiquej redouble / trouble féminine, classiquek fond / profond masculine, classiquel joie / proie féminine, classiquem barreaux / bourreaux masculine, classiquen nourriture / pâture féminine, classiqueo hésiter / précipiter masculine, classiquep repaire / père féminine, classiqueq rugissement / vagissement masculine, classiquer broie / proie féminine, classiques d’horreur / terreur masculine, classiquet mordent / tordent féminine, classiqueu fer / l’enfer masculine, classiquea échelle / elle féminine, classiqueb assassin / sein masculine, classiquec s’écrie / vie féminine, classiqued fils / vis masculine, classiquee veines / chaînes féminine, classiquef interdit / maudit masculine, classiqueg forcenée / enchaînée féminine, classiqueh pâlissant / sang masculine, non classiquei décolore / encore féminine, classiquea cour / jour masculine, classiqueb génie / l’agonie féminine, classiquec triomphant / enfant masculine, classiqued crie / tarie féminine, classiquee ricanement / l’étonnement masculine, classiquef insensée / pressée féminine, classiqueg innocent / sang masculine, non classiqueh rire / expire féminine, classiquei morts / corps masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

874 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources