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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chute d’un ange, 1838

Onzième vision

Alphonse de Lamartine· 16 distiquess, alexandrins, 358 vers

À chaque acte infernal‖ de ce lugubre drame,Le visage des dieux‖ montrait leur joie infâme.On lisait sur leurs fronts,‖ moites de cruauté,Que la douleur humaine‖ était leur volupté,Et plus ce jeu féroce‖ outrageait la nature,Plus l’applaudissement‖ égalait la torture.Des battements de mains‖ la salle s’ébranlait.Du féroce Nemphed‖ le front seul se voilait.Distrait, et sur les yeux‖ la paupière abaissée,Il roulait dans son front‖ quelque lourde pensée ;Son empire glissant‖ lui pesait dans la main,Et son règne d’un jour‖ penchait sans lendemain.

« Monté, se disait-il‖ pendant l’horrible fête,Monté de ruse en ruse‖ à ce sublime faîte,En équilibre ainsi‖ mon pied s’y tiendra-t-il ?À de telles hauteurs‖ tout vent est un péril.Sous l’adoration‖ tout œil cache l’envie ;Toute haine mesure‖ et dévore ma vie.J’ai calmé jusqu’ici‖ ce flot d’ambitionEn jetant une proie‖ à chaque passion :Dans les plaisirs nouveaux‖ où ma ruse les vautre,J’ai, pour les amortir,‖ opposé l’un à l’autre ;Et, comme d’une voûte‖ en butant les parois,L’architecte soutient‖ par le seul contre-poidsCes grands blocs menaçants‖ suspendus sur le vide,Je marche en frémissant‖ sous la voûte perfideDe haines, de complots‖ et de rivalité,Que soutient un moment‖ ma seule habileté,Mais dont un seul regard,‖ un seul mot, un seul geste,Détachant une pierre,‖ entraînerait le reste,Et sous mon édifice‖ écraserait mon front.D’obéir à mes lois‖ tous ils s’empresserontTant que, tenus par moi‖ dans une ardente lutte,Ils craindront, moi tombant,‖ de tomber de ma chute ;Qu’ils croiront de mon règne‖ avoir chacun leur part ;Que leurs ambitions‖ me feront un rempart ;Et que, pour m’assurer‖ leurs bras et leurs services,J’aurai plus d’aliments‖ qu’eux-mêmes n’ont de vices !» En endormant ainsi‖ leurs désirs assouvis,J’achète d’un forfait‖ chaque heure que je vis :Mais leur instinct de sang,‖ leur soif de tyrannie,À la fin, je l’avoue,‖ épuisent mon génie ;Ils ont plus de désirs‖ que leur cœur de forfait.S’ils s’éveillent un jour,‖ du repos c’en est fait !Si d’espoir en espoir‖ et d’orgie en orgieJe cessais d’enchaîner‖ leur brutale énergie,Mon trône sous leurs pieds‖ croulerait en débris.Déjà de ma grandeur‖ ils marchandent le prix ;Déjà, sous le respect‖ masquant leur insolence,De sourdes factions‖ trament dans leur silence.Des coups d’œil, des sourcils,‖ d’obscurs chuchotements,D’un pouvoir qui s’ébranle‖ intimes craquements,M’indiquent qu’il est temps,‖ sous cette onde dormante,De remuer du doigt‖ la vase qui fermente,Si je ne veux laisser‖ le miasme mortelS’échapper pour ma perte‖ et gronder sur l’autel !

» Asrafiel, lui surtout,‖ m’inquiète et m’ombrage !Je ne sais quel dégoût‖ obscurcit son visage…Les dieux inférieurs‖ tremblent tous devant luiIl serait mon vainqueur‖ s’il n’était mon appui.Contre ses attentats‖ son vice me protége ;Son imbécillité‖ se prend vite à tout piége,Pourvu que des soupirs‖ l’y fassent trébucher ;Par un nouvel appât‖ tâchons de l’allécher :Aux mains de la beauté‖ mettons sur lui les rênes,Jetons pour l’enflammer‖ ce charbon dans ses veines ;Il ne tentera rien‖ tant qu’il espérera,De ce poison subtil‖ tant qu’il s’enivrera.Vil marchepied du trône‖ où sa mollesse aspire,Que ce chien ronge un os,‖ il oublie un empire !… »

Ainsi de sa grandeur‖ Nemphed cuvait le fiel.Puis d’un regard oblique‖ effleurant Asrafiel,Et feignant l’abandon‖ d’une demi-penséeDans des âmes d’amis‖ négligemment versée :« Soutiens de mon pouvoir,‖ dit-il à haute voix,Esclaves d’un seul maître,‖ oui, mais esclaves rois !Le peuple, qu’agitait‖ la voix de son prophète,Va ramper quelque temps‖ comme un serpent sans têteQui fait frémir encor‖ la poudre du sillon,Mais qui remue en vain‖ et n’a plus d’aiguillon.Le cœur de tout ce peuple‖ était dans sa poitrine ;Son venin dans leur sang‖ meurt avec sa doctrine.Nous allons de leur sein,‖ du coup déconcerté,Extirper et jeter‖ au vent la liberté,Et d’une égalité‖ criminelle, insensée,Jusqu’en son germe impie‖ étouffer la pensée !Mais le germe infernal‖ implanté dans le cœurDu pied qui l’écrasa‖ renaît toujours vainqueur.Pour l’arracher de là‖ nos tortures sont vaines ;On dirait que le sang‖ le roule dans les veines ;Il n’est à ce venin‖ qu’un seul contre-poison :C’est l’abrutissement‖ de l’humaine raison ;C’est l’éblouissement‖ de ces races esclavesQui leur fait à genoux‖ adorer leurs entraves :Pour être plus grands qu’eux,‖ tenons-les à genoux !Ne les laissons jamais‖ se mesurer à nous ;Dépassons-les du front‖ ainsi que des idées ;Que nos membres divins,‖ mesurés par coudées,Leur impriment toujours‖ le respect par les yeux.Tous leurs sens leur diront‖ que nous sommes leurs dieux.Notre premier prestige‖ est la beauté divine ;Mais depuis quelque temps‖ cette force décline ;De la nature en nous‖ je ne sais quel affrontPresque au niveau des leurs‖ abaisse notre front ;La force des géants‖ décroît avec leur nombre,Des Titans d’autrefois‖ nous ne sommes qu’une ombre.La majesté du ciel‖ pâlit dans notre aspect,Et l’œil déçu commence‖ à douter du respect.Les empoisonnements,‖ les meurtres et la guerreOnt éclairci les rangs‖ des maîtres de la terre,Tandis que de sa fange‖ un peuple plus nombreuxOse pour les compter‖ lever les yeux sur eux,Et du temple énervé‖ que notre bras décimeAvec étonnement‖ voit décroître la cime.Tremblons qu’à cet aspect‖ de dégradation,Il n’en tente plus tard‖ la profanation,Que notre abaissement‖ ne lui soit une amorce,Et qu’à notre faiblesse‖ il ne sente sa force.Si ce jour se levait‖ jamais, malheur à nous !La poudre de nos pieds‖ nous engloutirait tous ;Et de la liberté‖ l’audacieux génieFerait sur les tyrans‖ crouler la tyrannie !…Mais la fatalité,‖ ce seul dieu du plus fort,Et surtout mon adresse‖ écarteront ce sort.Les secrets du pouvoir‖ sont audace et prestige ;Nous ferons à propos‖ éclater le prodige ;Nous les éblouirons‖ pour mieux les asservir.La nature a changé‖ ses lois pour nous servir ;Elle nous a livré,‖ dans sa magnificence ;Deux êtres où la terre‖ épuisa sa puissance,Ravissement des yeux,‖ chef-d’œuvre de ses mains ;Beauté qui fait pâlir‖ la beauté des humains,Et dont le fier aspect‖ et la grâce suprêmeFeraient fléchir d’amour‖ les genoux des dieux même !Sur l’autel où languit‖ la superstitionExposons-les au peuple‖ en adoration :Que de nos majestés‖ l’homme soit le symbole ;Que la femme par nous‖ transformée en idole,Et recevant ici‖ l’encens de nos autels,Soit la beauté des dieux‖ révélée aux mortels !Contre de tels attraits‖ le cœur même est sans armes ;La persuasion‖ coulera de ses charmes,Et ce peuple, sur lui‖ la voyant resplendir,De toute sa beauté‖ nous sentira grandir ! »Des applaudissements‖ partirent de la tourbe.« Mais ce n’est pas assez,‖ continua le fourbe ;Il faut dans mes desseins‖ que cet être charmantD’un prestige plus sûr‖ devienne l’instrument ;Que ma bonté, l’offrant‖ en espoir aux plus braves,La donne pour épouse‖ à mes heureux esclaves ;Qu’il sorte de ses flancs‖ un type colossalOù s’ennoblisse encor‖ la race de Baal !Nous préviendrons ainsi‖ que du rang où nous sommesLa race des géants‖ tombe au niveau des hommes.Pour mon amour jaloux‖ je pourrais la garder ;Mais aux vœux d’un de vous‖ je daigne l’accorder.Ma volonté sévère‖ est l’empire du monde ;C’est l’hymen d’un héros‖ qui la rendra féconde ;Des exploits glorieux‖ pour mon trône entrepris,Qu’elle soit pour lui seul‖ et le but et le prix ! »

Il se tut : enflammant‖ la débauche engourdie,L’huile brûlante ainsi‖ tombait sur l’incendie ;D’astucieux projets‖ perfides confidents,Les géants renfermaient‖ leur pensée en dedans,Approuvaient du regard,‖ mais cherchaient dans leur âmeSous le poli du fer‖ le tranchant de la lame.

Cependant, comme, à l’heure‖ où s’approchent les nuits,Les pâtres du désert‖ assis au bord des puits,Rappelant les chameaux‖ de la plaine stérile,Font passer devant eux‖ leur troupeau qui défile,Tandis qu’à côté d’eux‖ les nombreux serviteursDénombrent les petits‖ au maître des pasteurs :Ainsi du roi des dieux‖ pour réjouir la vue,De son peuple avili‖ l’innombrable revue,Courbant sous un seul doigt‖ mille fronts asservis,Défilait lentement‖ par les sacrés parvis.

Sur le marbre où la foule‖ avec respect s’appuie,Ses pas silencieux‖ ressemblaient à la pluieQui, découlant sans bruit‖ sur les feuilles des bois,À peine en fait frémir‖ les sonores parois.S’étendant, serpentant‖ comme une énorme queue,L’épaisse immensité‖ se déroulait par lieue.D’implacables pasteurs,‖ des sceptres dans leurs mains,Menaient, en les frappant,‖ ces longs troupeaux humains ;Serendyb de la voix‖ les dénombrait : leur fouleDescendait, remontait‖ en ondoyante houleQue fait enfler sans fin‖ le lit des océans ;Écume qui fumait‖ aux pieds de ces géants.Leur avilissement,‖ empreint dans leur posture,De leurs profanateurs‖ révélait l’imposture.Ils ne redressaient pas‖ leur front horizontalComme un homme qui voit‖ dans l’homme son égal ;Leurs pieds ne portaient pas‖ leur corps droit sur sa base.Comme la brute immonde,‖ et qu’un lourd bât écrase,Sous les verges de fer‖ dont les bouts les frappaient,Humiliant le front‖ en passant ils rampaient.On sentait qu’énervés‖ jusqu’à la pourritureIls avaient dans leur moelle‖ abdiqué leur nature,Et descendu le vice‖ à ce dernier degréOù ce qui nous dégrade‖ à nos yeux est sacré !

Ils passaient, séparés‖ en innombrables groupes.De vieillards décharnés‖ d’abord d’affreuses troupes,Vieux restes insultés,‖ vils rebuts de troupeau,Dont les os mutilés‖ perçaient souvent la peau.De noirs lambeaux troués,‖ et souillés de vermines,Par leurs mains retenus,‖ laissaient voir leurs ruines.Leurs côtes se comptaient‖ sur leurs flancs amaigris ;Et les contours des seins,‖ depuis longtemps taris,Faisaient seuls reconnaître,‖ à leurs ondes ridées,Les mères sans enfants‖ aux mamelles vidées.Comme le vent d’hiver‖ chasse à demi fondusDe blancs flocons de neige‖ aux fanges confondus,Où l’arbre a secoué‖ les débris de ses branches,Ainsi se déroulaient‖ ces mille toisons blanches,Qui laissaient entrevoir‖ des crânes dépouillés,Et les vieux dos sans chair‖ des corps agenouillés.Les dieux les bafouaient‖ de paroles amères,Sans penser que peut-être‖ ils insultaient leurs mères ;Un œil cruel et froid‖ les jugeait en passant.Dans leurs veines à sec‖ on calculait le sang ;Et quand, à la langueur‖ de sa morne attitude,Aux signes précurseurs‖ de la décrépitude,On jugeait qu’un vieillard,‖ par la peine vaincu,Pour servir et souffrir‖ avait assez vécu,Comme on traîne aux égouts‖ des carcasses immondes,Séparé des vivants,‖ on le jetait aux ondes ;Et de leur proie humaine‖ avertis par ses cris,Les chiens sur le rivage‖ attendaient les débris !

Par ceux qui s’avançaient‖ au milieu de la vieLa troupe décharnée‖ était bientôt suivie,De ces cruels pasteurs‖ fort et rude bétail,Dévoué par le fouet‖ aux sueurs du travail ;Hommes, femmes, groupés,‖ confondus pêle-mêle,Comme le bœuf ou l’âne,‖ ou la brute qui bêle,Sevrés de ces instincts,‖ de ces doux sentiments,Des cœurs liés par Dieu‖ délicieux aimants,Ne connaissant entre eux‖ ni fils, ni sœur, ni frère,Pouvant fouler leur mère‖ ou coudoyer leur père,Sans qu’au fond de leur cœur‖ la tendresse parlât,Ou que la parenté‖ du sang s’y révélât.

Nulle audace en leurs cœurs‖ ne naissait de leur nombre ;Ils semblaient de leurs corps‖ vouloir rétrécir l’ombre ;Ils étaient séparés,‖ au gré de leurs tyrans,Selon leur aptitude,‖ en métiers différents.Les uns, le dos courbé,‖ s’accouplant de lanières,Traînaient les chars pesants‖ dans les rudes ornières ;Ou, comme des taureaux‖ saignants de l’aiguillon,Fumaient sous le soleil‖ dans le feu du sillon.À leurs corps déchirés‖ par d’horribles supplices,Les yeux reconnaissaient‖ leurs ignobles services ;L’habitude pliait‖ leurs têtes et leurs cous,Et leurs nuques gardaient‖ les traces de leurs jougs.Les autres, pour tailler‖ ou pour scier les pierres,Du marbre ou du porphyre‖ excavaient les carrières ;Et, pour les soulever‖ sous leurs corps en piliers,Écrasés sous les blocs‖ périssaient par milliers.Bien des membres manquaient‖ a ces bêtes de somme ;Leur corps n’était souvent‖ que la moitié d’un homme.

Ceux-là, dressés par l’art‖ à fondre les métaux,À ciseler le bronze,‖ à tailler les cristaux,À forger en acier‖ le glaive sur l’enclume,À tisser en duvets‖ ou la soie ou la plume,À souffler dans l’airain‖ des vents mélodieuxPour enivrer de sons‖ les oreilles des dieux ;À nuancer du doigt,‖ sur les murailles peintes,Pour leurs yeux enchantés,‖ de merveilleuses teintes ;À donner, sous l’effort‖ de leurs habiles mains,Au marbre le visage‖ et les contours humains ;À lécher, en rampant,‖ sous leur langue avilie,Des pavés de leurs dieux‖ la surface polie ;À découvrir la perle,‖ à recueillir l’encens,Inventeurs d’autant d’arts‖ que le corps a de sens.

À ces travaux divers‖ plié par l’habitude,Chacun de son métier‖ conservait l’attitude ;On voyait qu’avec soin‖ ces êtres abrutisEn outils animés‖ étaient tous convertis,Et que sous leurs tyrans‖ l’imbécile esclavageDe l’image de Dieu‖ faisait un vil rouage !Il passaient, ils passaient,‖ squelettes de la faim,L’instrument de leur art‖ élevé dans la main.Les dieux les regardaient,‖ foule immonde et grossière,Comme le haut rocher‖ voit passer la poussière :Distraits, d’un coup d’œil même‖ ils ne recueillaient pasCette adoration‖ qui montait de si bas.

Subalternes tyrans‖ commis à cet usage,Des dieux inférieurs‖ les comptaient au passage.Par leur œuvre et leur nom‖ ils les connaissaient tous ;Mais, quand ils leur parlaient,‖ leur langue était des coups.Pour mieux dompter le corps,‖ ils persécutaient l’âme.S’ils voyaient se former‖ entre l’homme et la femmeUn de ces forts liens,‖ un de ces saints amoursQui, pénétrant les cœurs,‖ les joignent pour toujours,De peur que ce lien‖ que la nature serreNe fît naître les noms‖ de fils, d’époux, de père,Ils arrachaient la femme‖ aux bras de son épouxPour qu’aucun ne connût‖ le fruit commun à tous.

C’était le peuple. Après‖ cette innombrable armée,De tout rang, de tout art,‖ de tout sexe formée,Ainsi qu’une saison‖ suit l’autre dans son temps,Marchait l’immense essaim‖ des vierges ; doux printempsQu’attendait pour faner‖ ses roses matinalesLe souffle empoisonneur‖ des grandes bacchanales.De longs voiles flottants‖ qui traînaient sur leurs pasOrnaient sans les cacher‖ leurs pudiques appas.Des instruments plus doux,‖ qui vibraient en cadence,Imprimaient à leurs pieds‖ la grâce d’une danse ;La musique réglait‖ leurs génuflexions ;Leur file déroulait‖ ses mille inflexions.Telle on voit en automne‖ une immense avenueDe pâles peupliers‖ élancés vers la nue,Sous l’aquilon qui passe‖ ensemble s’abaisser,Et comme un seul roseau‖ soudain se redresser,Telles, en s’écoulant‖ dans la divine enceinte,Ces vierges s’inclinaient‖ sous la volonté sainte.Sur les tendres beautés‖ victimes de leurs choixLes dieux jetaient l’horreur‖ en étendant leurs doigts.

Par des mères d’emprunt,‖ devant les dieux conduite,La foule des enfants,‖ hélas ! venait ensuite ;Misérable troupeau‖ que chaque jour mêlait,Que l’on faisait changer‖ et de mère et de lait,De peur que, s’attachant‖ à ce fils éphémère,La nourrice pour lui‖ ne prît un cœur de mère.Depuis l’âge où leurs dents‖ tombent pour repousserJusqu’à l’âge où, cherchant‖ la mamelle à sucer,Suspendus à l’épaule‖ ou sur les bras qu’on tresse,Ils n’ont que le sourire‖ ou le cri de détresse,Cherchant encor l’aplomb‖ de leurs pieds chancelants,Groupes de molles chairs‖ et de beaux membres blancs,Muets devant les dieux,‖ ils passaient sans haleine.Tels que de blancs agneaux‖ à leur première laine,S’enchevêtrant sur l’herbe‖ aux appels du pipeau,Se traînent en bêlant‖ derrière le troupeau,Tels venaient les derniers,‖ dans l’humaine revue,Ces fruits piqués au cœur‖ de la race déchue.Et l’écho stupéfait‖ du morne monumentAprès eux répétait‖ un long vagissement !

Le peuple avait coulé‖ tout entier comme un fleuve.Voilà ce qui restait‖ de cette race neuveDont le bassin du monde‖ avait été rempli !Voilà ce que de Dieu‖ le criminel oubliEt l’adoration‖ des viles créaturesAvaient fait de la chair‖ tombée en pourritures !Voilà, quand Dieu sondait‖ cet abîme profondOù l’homme était tombé,‖ ce qu’il voyait au fond !Ainsi de l’Océan‖ quand le niveau s’abaisse,Dans le cloaque impur‖ que sa retraite laisseL’œil découvre effrayé,‖ sur le rivage à nu,Les mystères d’horreur‖ de son lit inconnu :De grands amas de fange‖ et des marais immondesDont le croupissement‖ a corrompu les ondes,Où le monstre marin‖ dans la vase échouéExpire, où le reptile‖ au reptile est noué,Où, foulant le limon‖ que son museau secoue,L’hippopotame seul‖ exulte dans la boueLorsque cette poussière‖ eut tombé sous leurs yeux,Nemphed d’un seul regard‖ congédia les dieux,Et rentra pour dormir‖ dans la tour inconnue,Comme la foudre rentre‖ et couve dans la nue.

Versification

Forme
16 distiquess (distiques)
Rimes
179((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
16 distiquess
Mots à la rime
a drame / infâme féminine, classiqueb cruauté / volupté masculine, classiquec nature / torture féminine, classiqued s’ébranlait / voilait masculine, classiquee abaissée / pensée féminine, classiquef main / lendemain masculine, classiquea fête / faîte féminine, classiqueb tiendra-t-il / péril masculine, classiquec l’envie / vie féminine, classiqued d’ambition / passion masculine, classiquee vautre / l’autre féminine, classiquef parois / contre-poids masculine, classiqueg vide / perfide féminine, classiqueh rivalité / habileté masculine, classiquei geste / reste féminine, classiquej front / s’empresseront masculine, classiquek lutte / chute féminine, classiquel part / rempart masculine, classiquem services / vices féminine, classiquen assouvis / vis masculine, classiqueo tyrannie / génie féminine, classiquep forfait / fait masculine, classiqueq orgie / énergie féminine, classiquer débris / prix masculine, classiques insolence / silence féminine, classiquet chuchotements / craquements masculine, classiqueu dormante / fermente féminine, classiquev mortel / l’autel masculine, classiquea m’ombrage / visage féminine, classiqueb lui / appui masculine, classiquec protége / piége féminine, classiqued trébucher / l’allécher masculine, classiquee rênes / veines féminine, classiquef espérera / s’enivrera masculine, classiqueg aspire / empire féminine, classiquea fiel / Asrafiel masculine, classiqueb demi-pensée / versée féminine, classiquec voix / rois masculine, classiqued prophète / tête féminine, classiquee sillon / d’aiguillon masculine, classiquef poitrine / doctrine féminine, classiqueg déconcerté / liberté masculine, classiqueh insensée / pensée féminine, classiquei cœur / vainqueur masculine, classiquej vaines / veines féminine, classiquek contre-poison / raison masculine, classiquel esclaves / entraves féminine, classiquem genoux / nous masculine, classiquen idées / coudées féminine, classiqueo yeux / dieux masculine, classiquep divine / décline féminine, classiqueq affront / front masculine, classiquer nombre / ombre féminine, classiques aspect / respect masculine, classiquet guerre / terre féminine, classiqueu nombreux / eux masculine, classiquev décime / cime féminine, classiquew dégradation / profanation masculine, classiquex amorce / force féminine, classiquey nous / tous masculine, classiquez génie / tyrannie féminine, classiquea fort / sort masculine, classiqueb prestige / prodige féminine, classiquec asservir / servir masculine, classiqued magnificence / puissance féminine, classiquee mains / humains masculine, classiquef suprême / même féminine, classiqueg superstition / adoration masculine, classiqueh symbole / idole féminine, classiquei autels / mortels masculine, classiquej armes / charmes féminine, classiquek resplendir / grandir masculine, classiquel tourbe / fourbe féminine, classiquem charmant / l’instrument masculine, classiquen braves / esclaves féminine, classiqueo colossal / Baal masculine, classiquep sommes / hommes féminine, classiqueq garder / l’accorder masculine, classiquer monde / féconde féminine, classiques entrepris / prix masculine, classiquea engourdie / l’incendie féminine, classiqueb confidents / dedans masculine, classiquec âme / lame féminine, classiquea nuits / puits masculine, classiqueb stérile / défile féminine, classiquec serviteurs / pasteurs masculine, classiqued vue / revue féminine, classiquee asservis / parvis masculine, classiquea s’appuie / pluie féminine, classiqueb bois / parois masculine, classiquec queue / lieue féminine, classiquee foule / houle féminine, classiquef océans / géants masculine, classiqueg posture / l’imposture féminine, classiqueh horizontal / égal masculine, classiquei base / écrase féminine, classiquej frappaient / rampaient masculine, classiquek pourriture / nature féminine, classiquel degré / sacré masculine, classiquea groupes / troupes féminine, classiqueb troupeau / peau masculine, classiquec vermines / ruines féminine, classiqued amaigris / taris masculine, classiquee ridées / vidées féminine, classiquef fondus / confondus masculine, classiqueg branches / blanches féminine, classiqueh dépouillés / agenouillés masculine, classiquei amères / mères féminine, classiquej passant / sang masculine, non classiquek attitude / décrépitude féminine, classiquel vaincu / vécu masculine, classiquem immondes / ondes féminine, classiquen cris / débris masculine, classiquea vie / suivie féminine, classiqueb bétail / travail masculine, classiquec pêle-mêle / bêle féminine, classiqued sentiments / aimants masculine, classiquee frère / père féminine, classiquef parlât / révélât masculine, classiquea nombre / l’ombre féminine, classiqueb tyrans / différents masculine, classiquec lanières / ornières féminine, classiqued l’aiguillon / sillon masculine, classiquee supplices / services féminine, classiquef cous / jougs masculine, classiqueg pierres / carrières féminine, classiqueh piliers / milliers masculine, classiquei somme / homme féminine, classiquea métaux / cristaux masculine, classiqueb l’enclume / plume féminine, classiquec mélodieux / dieux masculine, classiqued peintes / teintes féminine, classiquef avilie / polie féminine, classiqueg l’encens / sens masculine, classiquea l’habitude / l’attitude féminine, classiqueb abrutis / convertis masculine, classiquec esclavage / rouage féminine, classiqued faim / main masculine, classiquee grossière / poussière féminine, classiquef pas / bas masculine, classiquea usage / passage féminine, classiqueb tous / coups masculine, classiquec l’âme / femme féminine, classiqued amours / toujours masculine, classiquee serre / père féminine, classiquef époux / tous masculine, classiquea armée / formée féminine, classiqueb temps / printemps masculine, classiquec matinales / bacchanales féminine, classiqued pas / appas masculine, classiquee cadence / danse féminine, classiquef génuflexions / inflexions masculine, classiqueg avenue / nue féminine, classiqueh s’abaisser / redresser masculine, classiquei enceinte / sainte féminine, classiquej choix / doigts masculine, classiquea conduite / ensuite féminine, classiqueb mêlait / lait masculine, classiquec éphémère / mère féminine, classiqued repousser / sucer masculine, classiquee tresse / détresse féminine, classiquef chancelants / blancs masculine, classiqueg haleine / laine féminine, classiqueh pipeau / troupeau masculine, classiquei revue / déchue féminine, classiquej monument / vagissement masculine, classiquea fleuve / neuve féminine, classiqueb rempli / oubli masculine, classiquec créatures / pourritures féminine, classiqued profond / fond masculine, classiquee s’abaisse / laisse féminine, classiquef nu / inconnu masculine, classiqueh échoué / noué masculine, classiquei secoue / boue féminine, classiquek inconnue / nue féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

358 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources