Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chute d’un ange, 1838

Huitième vision

FRAGMENT DU LIVRE PRIMITIF

Alphonse de Lamartine· distiques, alexandrins, 1040 vers

Dieu dit à la raison :‖ « Je suis celui qui suis ;Par moi seul enfanté,‖ de moi-même je vis ;Tout nom qui m’est donné‖ me voile ou me profane,Mais pour me révéler‖ le monde est diaphane.Rien ne m’explique, et seul‖ j’explique l’univers ;On croit me voir dedans,‖ on me voit à travers ;Ce grand miroir brisé,‖ j’éclaterais encore !Eh ! qui peut séparer‖ le rayon de l’aurore ?Celui d’où sortit tout‖ contenait tout en soi ;Ce monde est mon regard‖ qui se contemple en moi.

» Si quelqu’un parmi vous,‖ adorant sa pensée,Dit : « Des cieux, devant moi,‖ la voûte s’est baissée,» L’invisible à mes yeux‖ visible est apparu ! »Agrandissez l’idée‖ à ceux qui l’auront cru ;Que ce soit en dormant,‖ dans un songe de l’âme,Au milieu de l’éclair,‖ dans l’onde ou dans la flamme,Dans le frisson sacré‖ qui fait transir la peau,Au fond du firmament‖ transparent comme l’eau,Dans les lettres de feu‖ qu’écrit au ciel l’étoile,De quelque nom divin‖ qu’un fétiche se voile,Quand pour me découvrir‖ le ciel se fût fendu,Depuis l’Éden fermé‖ Dieu n’est plus descendu.Celui qui conduit tout‖ dans sa nature immenseNe descend qu’en rayon‖ dans votre intelligence !Le regard de la chair‖ ne peut pas voir l’esprit !Le cercle sans limite‖ en qui tout est inscritNe se concentre pas‖ dans l’étroite prunelle ;Quelle heure contiendrait‖ la durée éternelle ?Nul œil de l’infini‖ n’a touché les deux bords.Élargissez les cieux,‖ je suis encor dehors !…

» Mais selon sa grandeur‖ chaque être me mesure,Les fourmis au ciron‖ et l’homme à la nature,Et les soleils, pour qui‖ le siècle est un moment,À ces mondes de feu,‖ poudre du firmament !Chacun, de mon ouvrage‖ impalpable parcelle,Réfléchit de moi-même‖ une pâle étincelle ;Je franchis chaque temps,‖ je dépasse tout lieu.Hommes ! l’infini seul‖ est la forme de Dieu !

» La pensée est la langue‖ entre le monde et moi !…Aucun être ne vit‖ sans la porter en soi.Mon être est le grand fruit‖ de l’arbre de science,Que mon regard mûrit‖ dans chaque conscience !Plus elle l’illumine,‖ et plus j’y resplendis.Dans l’esprit grandissant‖ moi-même je grandis ;Mais me connaître tout,‖ de l’orgueil est le rêve :Le voile s’élargit‖ d’autant qu’on le soulève.Dans mes œuvres sans fin‖ je me suis défini,Et nul ne peut y lire,‖ excepté l’Infini !

» Ce qu’on nomme le temps‖ n’est rien qu’une figure ;Ce qui n’a point de fin‖ n’a rien qui le mesure.L’être de Jéhovah‖ n’a ni siècles ni jours,Son jour est éternel‖ et s’appelle toujours !L’œuvre du Créateur,‖ qui n’est que sa pensée,N’est donc jamais finie‖ et jamais commencée ;Pour qui n’a pas d’hier‖ il n’est pas d’aujourd’hui,Tout ce qu’il porte en soi‖ ne date que de lui !Le temps, qui n’a de sens‖ qu’en la langue des hommes,Ne nomme qu’ici-bas‖ la minute où nous sommes ;Mais au delà des temps‖ et de l’humanitéLe nom de toute chose‖ est un : Éternité !

» Les formes seulement‖ où son dessein se joue,Mouvement éternel‖ de la céleste roue,Changent incessamment‖ selon la sainte loi ;Mais Dieu, qui produit tout,‖ rappelle tout à soi.C’est un flux et reflux‖ d’ineffable puissance,Où tout emprunte et rend‖ l’inépuisable essence,Où tout rayon remonte‖ à l’immense foyer,Où dans son grand miroir‖ on voit Dieu flamboyer,Où la force d’en haut,‖ vivante en toute chose,Crée, enfante, détruit,‖ compose et décompose ;S’admirant sans repos‖ dans tout ce qu’il a fait,Renouvelant toujours‖ son ouvrage parfait ;Où le tout est partie‖ et la partie entière,Où la vie et la mort,‖ le temps et la matière,Ne sont rien en effet,‖ que formes de l’esprit ;Cercles mystérieux‖ que tout en lui décrit,Où Jéhovah s’exprime‖ et se diversifieDans l’œuvre qu’il produit‖ et qu’il s’identifie.Dans nos nuits de cristal‖ ainsi le firmament,Qui nous semble taillé‖ d’un grand bloc seulement,Qu’une seule couleur‖ d’une arche à l’autre azure,N’est qu’un immense abîme,‖ un vide sans mesureOù se croisent sans fin‖ les mondes et les cieux ;Et ce bleu, qui paraît‖ sa couleur à nos yeux,N’est qu’un rayonnement‖ dans la source communeDes milliers de lueurs‖ qui se fondent en une.

» Le sage en sa pensée‖ a dit un jour : « Pourquoi,» Si je suis fils de Dieu,‖ le mal est-il en moi ?» Si l’homme dut tomber,‖ qui donc prévit sa chute ?» S’il dut être vaincu,‖ qui donc permit la lutte ?» Est-il donc, ô douleur !‖ deux axes dans les cieux,» Deux âmes dans mon sein,‖ dans Jéhovah deux dieux ? »Or l’esprit du Seigneur,‖ qui dans notre nuit plonge,Vit ce doute et sourit ;‖ et l’emportant en songeAu point de l’infini‖ d’où le regard divinVoit les commencements,‖ les milieux et la fin,Et, donnant l’être aux temps‖ qui ne sont pas encore,Du désordre apparent‖ voit l’harmonie éclore :« Regarde, » lui dit-il ;‖ et le sage éperduVit l’horizon divin‖ sous ses pieds étendu.Par l’admiration‖ son âme anéantieAdora ; par le tout‖ il comprit la partie ;La fin justifia‖ la voie et le moyen ;Ce qu’il appelait mal‖ fut le souverain bien ;La matière, où la mort‖ germe dans la souffrance,Ne fut plus à ses yeux‖ qu’une vaine apparence,Épreuve de l’esprit,‖ énigme de bonté,Où la nature lutte‖ avec la volonté,Et d’où la liberté,‖ qui pressent le mystère,Prend, pour monter plus haut,‖ son point d’appui sur terre.Et le sage comprit‖ que le mal n’était pas,Et dans l’œuvre de Dieu‖ ne se voit que d’en bas !

» Que l’œil ne cherche pas‖ derrière le nuage,Au fond du firmament,‖ cette mer sans rivage.Quel est le ciel des cieux‖ habité, plein de Dieu ?Il n’est pour Jéhovah‖ ni distance ni lieu :Ce qui n’a point de corps‖ ne connaît point d’espace ;De ce qui remplit tout‖ ne cherchez point la place,Contemplez-le par l’âme‖ et non pas par les yeux :L’ignorer ou le voir,‖ c’est l’enfer ou les cieux.

» Trouvez Dieu : son idée‖ est la raison de l’être,L’œuvre de l’univers‖ n’est que de le connaître.Vers Celui dont le monde‖ est l’émanation,Tout ce qu’il a créé‖ n’est qu’aspiration !L’éternel mouvement‖ qui régit la natureN’est rien que cet élan‖ de toute créaturePour conformer sa marche‖ à l’éternel dessein,Et s’abîmer toujours‖ plus avant dans son sein !Le murmure vivant‖ de la pensée entièreN’est que l’écho confus‖ d’une immense prière :De la mer qui mugit‖ aux sources du vallon,Tout exhale un soupir,‖ tout balbutie un nom ;Ce mot, qui dans le ciel‖ d’astre en astre circule,Tout l’épelle ici-bas,‖ l’homme seul l’articule.L’Océan a sa masse‖ et l’astre sa splendeur ;L’homme est l’être qui prie,‖ et c’est là sa grandeur !

» La parole, sublime‖ et divin phénomène,Mystère où dans un son‖ s’incarne une âme humaine,Ne fut ravie à l’ange‖ et prêtée à nos sensQue pour incarner Dieu‖ dans de mortels accents.Si la langue n’eût pas‖ proféré ce symbole,L’inutile matière‖ eût perdu la parole ;Mais du jour du grand mot‖ jusqu’au dernier des jours,Le nom qui remplit tout‖ la remplira toujours.C’est l’instrument qui sert‖ la pensée immortelle,Qui lit dans la nature‖ et qui bénit pour elle.Des entrailles du globe‖ à ces lettres de feu,L’œuvre du genre humain,‖ c’est de louer son Dieu !…

» À l’heure du matin,‖ quand le rayon d’or entre,Porté de feuille en feuille‖ aux bords sombres de l’antre,Quand les baumes des nuits‖ que l’étoile a pleurésS’exhalent des prés verts‖ par l’aurore effleurés,Dans la calme splendeur‖ de nos nuits d’yeux seméesQui semblent regarder‖ de loin des sœurs aimées ;Devant l’immensité‖ de l’Océan uni ;Qui n’a ni fond ni bords‖ comme un autre infini ;Sous la muette horreur‖ des forêts aux verts dômes,Où dans la nuit sonore‖ habitent les fantômes ;Quand l’infini descend‖ par quelque pore en nous,Nous touche, nous foudroie‖ et nous jette à genoux :Lorsque vous pleurerez‖ sur l’herbe du mystèreVos pères, endormis‖ dans leurs tombeaux sous terre,Ou que vous porterez‖ coucher sous le gazonCes fruits de votre amour‖ mûrs avant la saison ;De tristesse ou de joie‖ universel emblème,Ce nom sur votre bouche‖ éclora de lui-même.Il semble que le cœur‖ dans son immense seinPuise ce qui lui manque‖ ou verse son trop-plein.Comme un métal touché‖ qui résonne et qui vibre,L’âme humaine au contact‖ rend Dieu par chaque fibre.La joie, et la douleur,‖ et l’amour, n’ont qu’un son.De notre âme, ô Seigneur !‖ le timbre, c’est ton nom !

» Selon le jour d’en haut‖ que chaque âge ravive,Qu’en son cœur plus avant‖ chaque peuple l’écrive !Enseignez à l’enfant‖ le nom du Père au ciel,Comme on met sur leur lèvre‖ une goutté de miel,Pour qu’ils goûtent, sortant‖ du ventre de leur mère,Quelque chose de doux‖ avant leur vie amère !…La mère à ses petits‖ fera bégayer DieuEn leur montrant du doigt‖ l’Invisible en tout lieu :Et Dieu sera le mot,‖ quelque son qui le nomme,Par qui dans l’univers‖ l’homme saluera l’homme !Le nom qu’appellera‖ l’innocent en témoin,Qui dans l’œil du coupable‖ éclatera de loin,Que le juste outragé,‖ mais fort de confiance,Frappera sur son sein‖ comme une conscience,Qu’opposera le faible‖ à son persécuteur,Que la veuve et l’enfant‖ auront pour leur tuteur,Le lépreux pour ami,‖ le banni pour refuge,L’indigent pour foyer,‖ et l’esclave pour juge,Que les infortunés,‖ du fond de leurs douleurs,Verront comme un rayon‖ luire à travers leurs pleurs,Et, quand l’homme expirant‖ s’éteindra sur sa couche,L’ange recueillera‖ ce saint nom sur sa bouche !

» Entre chaque soleil‖ bénissez-le trois fois.Rassemblez-vous plusieurs,‖ et confondez vos voix ;Non pour que cette voix,‖ par le nombre grossie,Aille frapper plus fort‖ son oreille endurcie :Lui, dont l’oreille entend‖ l’hysope végéter,Et marcher les fourmis,‖ et le cœur palpiter,N’a pas besoin d’écho‖ qui remplisse son temple ;Mais, pour que vous soyez‖ l’un à l’autre en exemple,Que l’adoration‖ de tous brûle en chacun,Que vous fondiez en Dieu‖ vos âmes en commun,Et que celui dont l’œil‖ goûte mieux ses merveilles,Et dont plus de parfum‖ embaume les corbeilles,Prête à ceux dont la voix‖ cherche en vain des accentsLa paille de son feu‖ pour allumer l’encens !

» Choisissez entre vous‖ les plus douces des âmes,Les enfants, les vieillards,‖ les malades, les femmes,Ceux qui sentent le plus,‖ qui gémissent le mieux,Et vers le firmament‖ lèvent le plus les yeux :Qu’ils parlent pour le peuple‖ à l’invisible Père,Pour que sous le soleil‖ la famille prospère,Et que sa volonté,‖ dans la création,S’accomplisse avec joie‖ et bénédiction !Qu’ils prennent à l’envi,‖ pour former leurs cantiques,Tout ce que la nature‖ a d’accents magnifiques,À la mer son murmure,‖ au nuage l’éclair,Et ses plaintes à l’onde‖ et ses soupirs à l’air,Et sa lumière à l’aube‖ et son souffle à la rose ;Que leur enthousiasme‖ anime toute chose,Et présente liée,‖ ainsi qu’un moissonneur,Sa gerbe de parfums‖ aux genoux du Seigneur !

» Il est, parmi les fils‖ les plus doux de la femme,Des hommes dont les sens‖ obscurcissent moins l’âme,Dont le cœur est mobile‖ et profond comme l’eau,Dont le moindre contact‖ fait frissonner la peau,Dont la pensée, en proie‖ à un sacré délire,S’ébranle au doigt divin,‖ chante comme une lyre ;Mélodieux échos‖ semés dans l’univers,En comprenant la langue,‖ en notant les concerts :C’est dans leur transparente‖ et limpide penséeQue l’image infinie‖ est le mieux retracée,Et que la vaste idée‖ où l’Éternel se peintD’ineffables couleurs‖ s’illumine et se teint !Ceux-là, fuyant la foule‖ et cherchant les retraites,Ont avec le désert‖ des amitiés secrètes ;Sur les grèves des flots‖ en égarant leurs pas,Ils entendent des voix‖ que nous n’entendons pas :Ils savent ce que dit‖ la foudre dans sa course,La vague au sable d’or,‖ le rocher à la source,Le bulbul à l’aurore,‖ aux forêts le zéphyr,Et dans le cœur humain‖ le plus faible soupir.Les cornes des béliers‖ rayonnent sur leurs têtes ;Écoutez-les prier,‖ car ils sont vos prophètes :Sur l’écorce, ou la pierre,‖ ou l’airain, écrivezLeurs hymnes les plus saints‖ pour l’avenir gravés :Chargez-en des enfants‖ la mémoire docile,Comme d’un vase neuf‖ on parfume l’argile ;Et que le jour qui meurt‖ dise aux jours remontantsLe cri de tous les jours,‖ la voix de tous les temps !C’est ainsi que de Dieu‖ l’invisible statue,De force et de grandeur‖ et d’amour revêtue,Par tous ces ouvriers‖ dont l’esprit est la main,Grandira d’âge en âge‖ aux yeux du genre humain,Et que la terre, enfin,‖ dans un divin langage,De pensée en pensée‖ achèvera l’image !

» Or, le ciel et la terre,‖ et ce que Dieu renferme,Dans un jour éternel,‖ tout est né d’un seul germe :Et ce germe est de Dieu‖ la pensée ou la loi,Qui porte toute chose‖ avec sa forme en soi.De ce germe divin,‖ que le temps ramifie,Tout naît, tout se nourrit‖ et se diversifie,De sorte qu’a la fois‖ tout est vieux, tout est neuf,Qu’un monde décrépit‖ d’un autre monde est l’œuf,Qu’une chose accomplie‖ enfante une autre chose,Et que chaque existence‖ est une apothéoseOù l’être produit l’être‖ en se transfigurant,Où tout se perpétue‖ en un double courant !Et l’homme est ainsi né,‖ fruit vivant de la terre ;Non, comme Jéhovah,‖ complet et solitaire,Mais composé de deux,‖ mâle et femelle, afinQue sa dualité‖ lui révélât sa fin,Et que cette union‖ de l’homme et de la femme,Qui féconde le corps‖ et qui complète l’âme,Fût le symbole en lui‖ de la divine loiD’amour et d’unité‖ qui doit tout fondre en soi !Sainte et profonde loi !‖ l’amour qui déifiePeut seul, dès ici-bas,‖ perpétuer la vie !Et l’Éternel lui fit‖ la voix pour le nommer,La raison pour le voir,‖ et l’âme pour l’aimer.Pour être en harmonie‖ avec son corps fragile,Il lui donna des sens‖ de limon et d’argile ;Et pour toucher plus loin‖ que son œil limité,Il lui donna le sens‖ de l’immortalité !C’est ce sens qui, plus clair‖ à sa première aurore,Alors que l’homme enfant‖ ne faisait que d’éclore,Illuminait ses yeux‖ d’un flambeau si certain,Qu’il voyait par la foi‖ son éternel destinCar ce n’est point le temps‖ que l’Immuable habite.De deux mondes ainsi‖ rapprochant la limite,Aux deux extrémités‖ l’homme touche à la fois,Et de ces deux destins‖ subit les doubles lois ;Restituant au sol‖ l’enveloppe grossière,Il dépouille en mourant‖ ses vils sens de poussière,Et son sens immortel,‖ par la mort transforméQuand la terre a repris‖ le corps qu’elle a formé,Selon que son travail‖ le corrompt ou l’épure,Remonte ou redescend‖ du poids de sa nature !Deux natures ainsi‖ combattant dans son cœur,Lui-même est l’instrument‖ de sa propre grandeur ;Libre quand il descend,‖ et libre quand il monte,Sa noble liberté‖ fait sa gloire ou sa honte.Quand il a dépouillé‖ ce corps matériel,Descendre ou remonter,‖ c’est l’enfer ou le ciel !La liberté nous porte‖ entre ce double abîmeDe bien pour la vertu‖ et de mal pour le crime ;Mais la vertu s’élève‖ et ne redescend pas,Et le crime expié‖ peut remonter d’en bas.

» La justice divine‖ est féconde en mystère :Ne la mesurez pas‖ aux ombres de la terre ;L’éternelle clémence‖ à ses décrets s’unit,Et, même dans l’enfer,‖ c’est l’amour qui punit !

» Le code social,‖ à grandir destiné,A dans notre nature‖ un fondement inné :Cet ineffable instinct‖ de justice suprêmeQui proteste en secret‖ en nous contre nous-même,Invisible balance‖ où pèsent nos desseins,Dont la prière seule‖ incline les bassins,Depuis le corps sanglant‖ du juste qu’on immoleJusqu’au cheveu qui tombe‖ et que le vent nous vole !

» Mais ce code, que l’homme‖ a transcrit de sa main,Se transforme et s’étend‖ avec l’esprit humain.Notre raison, où Dieu‖ reflète son image,S’élargissant toujours‖ en contient davantage.La justice aujourd’hui‖ peut être crime un jour.Quand l’homme dans le ciel‖ puisera plus d’amour,Ce qu’il nomme à présent‖ la loi de la justicePréparera pour lui‖ la loi du sacrifice,Loi plus sainte, où l’instinct‖ de la fraternitéDévoûra librement‖ l’homme à l’humanité !

» Or, voici dans ces temps,‖ où la raison luira,La sainte loi du cœur‖ qu’un juste achèvera !

» Homme ! l’homme est ton frère,‖ et votre père est Dieu :Dieu te sera présent‖ en tout temps, en tout lieu ;Tu n’auras d’autre fin‖ que lui, ni d’autre guide :S’il ne la remplit pas ;‖ ta vertu même est vide.Tu feras triompher‖ sur ton sens révolté,Dans ton esprit soumis,‖ sa sainte volonté.Tu ne maudiras pas‖ sa main dans la souffrance ;Tu n’éteindras jamais‖ en toi ton espérance :Il relève demain‖ ce qu’il courbe aujourd’hui.Tu diras : « Tout est bon‖ de ce qui vient de lui. »Tu l’aimeras du cœur,‖ au-dessus de toi-même,Et toute chose en lui ;‖ car lui, ton père, il t’aime !Et, pour lui rendre gloire‖ et bénédiction,Tu mêleras son nom‖ à la création.

» Tu ne lèveras point‖ la main contre ton frère,Et tu ne verseras‖ aucun sang sur la terre,Ni celui des humains,‖ ni celui des troupeaux,Ni celui des poissons,‖ ni celui des oiseaux :Un cri sourd dans ton cœur‖ défend de le répandre,Car le sang est la vie,‖ et tu ne peux la rendre.Tu ne te nourriras‖ qu’avec les épis blondsOndoyant comme l’onde‖ aux flancs de tes vallons,Avec le riz croissant‖ en roseaux sur tes rives,Table que chaque été‖ renouvelle aux convives ;Les racines, les fruits‖ sur la branche mûris,Le trop-plein des rayons‖ par l’abeille pétris,Et tous ces dons du sol‖ où la séve de vieVient s’offrir de soi-même‖ a ta faim assouvie :La chair des animaux‖ crîrait comme un remordEt la mort dans ton sein‖ engendrerait la mort !

» Tu boiras l’eau du ciel‖ que la source distille,Et tu n’exprimeras‖ dans ta coupe d’argileNi les sucs du pavot‖ qui verse le sommeil,Ni le jus enivrant‖ du pampre au fruit vermeil.Entre l’âme et les sens,‖ la sagesse infinieA de son doigt divin‖ établi l’harmonie.Tu la respecteras,‖ l’ivresse la détruit ;Quand la raison s’éteint,‖ ton âme est dans la nuit :Dieu ne se réfléchit‖ que dans un œil limpide ;Qui ternit le miroir,‖ par l’âme est suicide !

» Quand ton père a parlé,‖ sans murmure obéis ;Car, devant Dieu, le père‖ est au-dessus du fils.C’est de lui que tu tiens‖ la vie et la parole ;De toute autorité‖ qu’il te soit le symbole ;Va, s’il te dit d’aller ;‖ et viens, s’il te dit : « Viens. »Mets ton cou sous sa main,‖ mets tes pieds sur les siens ;Comme celle de Dieu,‖ redoute sa colère ;Sers-le jusqu’au tombeau,‖ serviteur sans salaire ;D’une piété tendre‖ honore ses vieux ans,Ta bénédiction‖ est dans ses cheveux blancs ;Et quand il s’en ira‖ dans la sombre demeure,Prends sa place au soleil,‖ baisse la tête et pleure !

» Et vous n’aurez de fils‖ que d’une seule femme,Et vous n’aurez à deux‖ qu’une couche et qu’une âme ;Car Dieu vous a créé‖ par couple un sort commun :Homme, femme, à ses yeux‖ ne sont pas deux, mais un.Une loi symbolique,‖ un visible mystère,Vous font en nombre égal‖ multiplier sur terre ;Pour cette vie à deux‖ chaque couple comptéN’aura qu’une pensée‖ et qu’une volonté !

» Vous n’épouserez pas‖ les filles de vos mères,De peur de limiter‖ le nombre de vos frères ;Et, pour que la famille‖ au loin s’élargissantPropage parmi tous‖ les tendresses du sang,Vous ne ferez jamais‖ refluer dans sa courseCe sang qui, dans vos cœurs,‖ vient de la même source.

» Vous n’établirez pas‖ ces séparationsEn races, en tribus,‖ peuples ou nations ;Et quand on vous dira :‖ « Cette race est barbare, »» Ce fleuve vous limite,‖ » ou : « Ce mont vous sépare, »Dites : « Le même Dieu‖ nous voit et nous bénit,» Le firmament nous couvre‖ et le ciel nous unit. »

» Vous n’arracherez pas‖ la branche avec le fruit ;Gloire à la main qui sème,‖ honte à la main qui nuit !Vous ne laisserez pas‖ la terre aride et nue,Car vos pères par Dieu‖ la trouvèrent vêtue.Que ceux qui passeront‖ sur votre trace un jourPassent en bénissant‖ leurs pères à leur tour.

» Vous ne parcourrez pas‖ la terre nourricière,Secouant au départ‖ de vos pieds la poussière,Comme les animaux‖ qui ne travaillent pasEt broutent en commun‖ ce qui croît sous leurs pas :Vous l’aimerez d’amour‖ comme on aime sa mère ;Vous y posséderez‖ votre place éphémère,Comme, au soleil assis,‖ les hommes tour à tourPossèdent le rayon‖ tant que dure le jour.

» Vous la partagerez‖ entre vous, à mesureQue vous aurez besoin‖ d’ombre et de nourriture ;À ceux-à la colline,‖ à ceux-ci le vallon ;Vous la limiterez‖ d’une borne et d’un nom,Afin que sa vertu‖ ne dorme pas oisive,Mais qu’elle aime à son tour‖ la main qui la cultive,Et que l’arbre croissant‖ pour la postéritéDise aux petits enfants‖ l’amour qui l’a planté !

» Croissez et pullulez‖ comme des grains de sable,Sans crainte d’épuiser‖ la source intarissable,De voir jamais manquer‖ la terre sous vos piés,Tarir ses mamelons‖ par vous multipliés ;Car Celui dont le doigt‖ compte ses créaturesSait le nombre d’épis‖ dans vos gerbes futures ;Il sait combien de lait‖ la mamelle contient :Plus on presse le sein,‖ enfants, plus il en vient.Par un inconcevable‖ et maternel mystère,L’homme en la fatiguant‖ fertilise la terre ;Nulle bouche ne sent‖ sa tendresse tarir :Tout ce qu’elle a porté,‖ son flanc peut le nourrir !En êtres animés‖ transformer sa substanceSemble l’unique fin‖ de sa sainte existence :Et Dieu seul sait quel jour‖ elle s’arrêtera ;Et jusqu’alors toujours‖ elle se hâtera.La dernière parcelle‖ en son sein enfouieProduira tôt ou tard‖ les ressorts de la vie,Afin que chaque atome‖ et que chaque élémentÀ l’esprit à leur tour‖ servent de vêtement,Et, s’’élevant à Dieu‖ du néant jusqu’à l’ange,En adoration‖ transforment cette fange.

» Chaque fois qu’à la vie‖ un homme arrivera,Sur les coteaux sans maître‖ on lui mesureraUn pan du grand manteau‖ de la mère commune ;Sa femme aura sa part,‖ et deux ne feront qu’une :Et, quand de leurs amours‖ d’autres hommes naîtront,Pour leur nouvelle faim‖ ces champs s’élargiront,Et vous leur donnerez‖ à tous, un an d’avance,La moisson, le troupeau,‖ la bêche et la semence.

» Vous ne bâtirez point‖ de villes dans vos plaines,Ruches de nations,‖ fourmilières humaines,Où les hommes, du ciel‖ perdant l’impression,S’agitent dans le trouble‖ et la corruption ;Mais vous élèverez‖ vos maisons ou vos tentesAu milieu de vos champs,‖ et des autres distantes,Pour qu’au lit du vallon,‖ au revers du coteau,Chacun ait son soleil,‖ et son arbre, et son eau,Que vos corps trop voisins‖ ne se fassent pas ombre,Que vous multipliiez‖ sans haïr votre nombre,Et que, sur votre tête,‖ un grand morceau des cieuxDes merveilles du ciel‖ entretienne vos yeux !

» Ton sens contemplateur,‖ ô sainte créature,Doit se mêler sans cesse‖ à toute la nature ;Pour s’élever d’en bas‖ jusques au firmament,Que l’homme fraternise‖ avec chaque élément.

» Que l’homme en se cherchant‖ jamais ne se coudoie ;Que le visage humain‖ soit pour l’homme une joie ;La foule en se heurtant‖ pervertit ses penchants,Et les hommes trop près‖ des hommes sont méchants.

» Vous vous assisterez‖ dans toutes vos misères,Vous serez l’un à l’autre‖ enfants, pères et mères ;Le fardeau de chacun‖ sera celui de tous,La charité sera‖ la justice entre vous.Le pardon, seul vengeur,‖ remettra toute injure,La parole y sera‖ serment sans qu’on la jure ;Votre ombre abritera‖ le passant, votre painRestera sur le seuil‖ pour quiconque aura faim ;Vous laisserez toujours‖ quelques fruits sur la branche,Pour que le voyageur‖ vers ses lèvres la penche ;Et vous n’amasserez‖ jamais que pour un temps,Car la terre pour vous‖ germe chaque printemps,Et Dieu, qui verse l’onde‖ et fait fleurir ses rives,Sait au festin des champs‖ le nombre des convives.

» Vous ne déroberez‖ jamais le champ d’autrui,Car ce que l’homme a fait‖ de sa sueur, c’est lui !Vous ne porterez pas‖ un désir sur sa femme,Car la femme de l’homme‖ est son corps et son âme ;Dérober ce trésor‖ de son cœur à ses bras,C’est lui voler la part‖ de son ciel ici-bas !

» Vous ferez alliance‖ avec les brutes même :Car Dieu, qui les créa,‖ veut que l’homme les aime :D’instinct, d’intelligence‖ à différents degrésElles ont eu leur part,‖ vous la reconnaîtrez ;Vous lirez dans leurs yeux,‖ douteuse comme un rêve,L’aube de la raison‖ qui commence et se lève.Vous n’étoufferez pas‖ cette vague clarté,Présage de lumière‖ et d’immortalité ;Vous la respecterez,‖ car l’ange la respecte.La chaîne à mille anneaux‖ va de l’homme à l’insecte :Que ce soit le premier,‖ le dernier, le milieu,N’en insultez aucun,‖ car tous tiennent à Dieu !

» Ne les outragez pas‖ par des noms de colère ;Que la verge et le fouet‖ ne soient pas leur salaire.Pour assouvir par eux‖ vos brutaux appétits,Ne leur dérobez pas‖ le lait de leurs petits ;Ne les enchaînez pas‖ serviles et farouches,Avec des mors de fer‖ ne brisez pas leurs bouches ;Ne les écrasez pas‖ sous de trop lourds fardeaux.Qu’ils vous lèchent la main‖ et vous prêtent leur dos.Du mammouth au coursier,‖ de l’aigle à la vipère,Tous ont la juste part‖ du domaine du père.Comprenez leur nature,‖ adoucissez leur sort :Le pacte entre eux et vous,‖ hommes, n’est pas la mort.Entre leur race amie‖ et notre race humaine,Votre seule ignorance‖ a fait naître la haine :La justice entre vous‖ rétablirait la paix.Cherchez à deviner‖ pourquoi Dieu les a faits.À sa meilleure fin‖ façonnez chaque engeance,Prêtez-leur un rayon‖ de votre intelligence ;Adoucissez leurs mœurs‖ en leur étant plus doux,Soyez médiateurs‖ et juges entre eux tous.Que, du tigre qui rampe‖ au passereau qui vole,Chacun se réjouisse‖ à l’humaine parole !Et les loups dévorants‖ sortiront des forêts,Et la chèvre et l’agneau‖ se coucheront auprès,Et de tout ce qui vit‖ la sagesse infinieRétablira d’Éden‖ la première harmonie !

» Si devant le Seigneur‖ un homme fait le mal,Ayez pour le juger‖ des lois, un tribunal ;Sans venger par la mort‖ la mort de la victime,N’ordonnez point au juge‖ un meurtre légitime ;Ne sachez pas le nom‖ de cet homme de sangQui simule un forfait‖ tout en le punissant !Quand du bien et du mal‖ tout cœur a la science,Le juge et le bourreau‖ sont dans la conscience :Jusqu’à ce qu’au remords‖ le crime ait satisfait,La peine du coupable‖ égale le forfait ;Et par la loi d’en haut‖ la justice outragéeNe se tait dans son cœur‖ que quand elle est vengée !

» En retour du pardon‖ que le ciel nous accorde,Le plus beau don de l’homme‖ est la miséricorde :Il la doit à son frère,‖ à soi-même, à CeluiQui seul a droit de juge‖ et de vengeur sur lui ;La vengeance ou l’erreur‖ inventa le supplice :Ce monde vit de grâce‖ autant que de justice. »

Ainsi parlait ce livre‖ au doigt obéissantÀ qui le saint vieillard‖ donnait son saint accent,Et le juste, et le bon,‖ et l’honnête, et le sage,Sous ses yeux abaissés‖ montaient à chaque page.On eût dit un rayon‖ du soleil réfléchiQui de chaque feuillet‖ frappait son front blanchi,Et qui, l’illuminant‖ d’une chaude auréole,En persuasion‖ transformait sa parole.Et les époux, assis‖ aux pieds du beau vieillard,Suivaient, sans respirer,‖ ses lèvres du regard,Et, de ce monde neuf‖ admirant les merveilles,Croyaient entendre un rêve‖ enseigner leurs oreilles ;Et souvent le vieillard‖ pour eux recommençait,Et chaque fois en eux‖ leur âme grandissait.Ô délices sans fond‖ de ce ciel sur la terre,Qu’ils savouraient à deux‖ aux pieds du solitaire !Dans leurs cœurs confondus‖ recevoir à la foisL’ivresse de la vie‖ et les divines lois,Se reposer d’aimer‖ en tombant dans l’extase !Ah ! c’est plus de nectar‖ que n’en contient le vase ;C’est de quoi sur les pieds‖ le faire déborder :C’est ce qu’aux deux époux‖ Dieu semblait accorder !

Quand le divin lecteur‖ avait fermé les pages,Cédar et Daïdha‖ rentraient dans les bocages,L’un sur l’autre appuyés,‖ ralentissant le pas,Des célestes accents‖ s’entretenant tout bas,Éclairant tous les deux‖ avec reconnaissanceCe qui restait d’obscur‖ dans leur intelligence ;Émerveillés d’amour‖ pour un maître si doux ;Devant l’ombre de Dieu‖ se mettant à genoux,Ou, l’un debout devant‖ l’autre qui s’agenouille,S’essayant à prier‖ comme l’oiseau gazouille ;Puis, quand leurs yeux venaient‖ à rencontrer leurs yeux,Quand des saintes leçons‖ le reflet sérieuxPar degrés sur leurs fronts‖ commençait à s’éteindre,Redevenus enfants‖ et courant pour s’atteindre,De rires et de jeux,‖ de repos et d’amour,Ils enchantaient ces lieux‖ et remplissaient le jour.Ainsi coulait en miel‖ leur vie intérieure,Et, comme dans le ciel,‖ le temps n’avait plus d’heure.Oh ! pourquoi ces jours d’or‖ ne durèrent-ils pas ?L’ange aurait envié‖ leur exil d’ici-bas.

C’était l’heure où le soir‖ fait tout pâlir et taireEt semble dérouler‖ la nuit d’un sanctuaire,Où l’âme a, comme l’arbre,‖ une ombre qui s’étend,De ses impressions‖ crépuscule flottant,Où la pensée en soi‖ profonde et recueillieDans l’intime entretien‖ de l’esprit se replie,Et, semblable au parfum‖ qui cherche à s’élever,Veut aimer, ou chanter,‖ ou prier, ou rêver.

Les deux époux lassés‖ de joie et d’allégresse,Marchant dans l’herbe en fleurs‖ foulée avec ivresse,Et brisant, en passant,‖ les rameaux lourds de fruit,Se rapprochaient de l’antre‖ à petits pas, sans bruit,Comme deux saints enfants,‖ en baissant leurs paupières,S’avancent vers le seuil‖ des maisons de prières.Car c’était le moment‖ où le saint prosternéLeur faisait rendre grâce‖ à Dieu du jour donné,Et, bénissant leurs nuits‖ sous ses yeux commencées,Nourrissait leur sommeil‖ de ces saintes pensées.Jamais l’homme divin‖ n’avait autant tardéÀ venir au-devant‖ du couple intimidé ;Les jumeaux, assoupis‖ sur la mamelle pleine,Dormaient déjà ; le son‖ de leur paisible haleine,Qui faisait de la mère‖ ondoyer les cheveux,Était l’unique bruit‖ qui fît souvenir d’eux.Les époux, étonnés‖ de ce retard du sage,Sans attendre l’appel‖ s’approchaient davantage.Du rocher par le soir‖ jusqu’au fond éclairé,S’encourageant l’un l’autre,‖ ils montaient le degré,Et, l’épaule appuyée‖ aux noirs piliers de l’antre,Contemplaient le vieillard‖ assis à terre au centre.

Sur ses maigres genoux‖ le saint livre fermé,Par l’inspiration‖ son front pâle animé,Des roses de la vie‖ une légère teinteMontant d’un cœur ardent‖ à la pommette éteinte,Comme ces feux plus vifs‖ dont le soleil penchantD’un fugitif adieu‖ colore le couchant ;Au tremblement léger‖ de sa lèvre plus blêmeOn voyait le vieillard‖ se parler à lui-même.Mais lui, comme un regard‖ ébloui par le feu,Ne voyait nul objet‖ entre son âme et Dieu.« Et maintenant, Seigneur,‖ disait-il à voix basse,Ma journée est finie‖ et mon vieux corps se lasse.Mes jours, tu le sais bien,‖ ont été longs et lourds !Ô père ! oh ! reprends-moi‖ le fardeau de mes jours !Rappelle à toi, mon Dieu,‖ ton serviteur qui tombe ;Je ne descendrai plus‖ tout entier dans la tombe ;Je n’emporterai pas‖ ton saint nom avec moi.J’ai là deux cœurs d’enfants‖ pour hériter de toi :Ton nom, que j’ai sauvé‖ seul du vaste naufrage,D’un monde rajeuni‖ sera pour eux le gage.Comme ils sont nés de moi,‖ des enfants d’eux naîtront.Aux fils de leurs amours‖ leurs fils le transmettront :Ta grâce sur le monde‖ en étendra la trame,Et tes adorateurs‖ seront fils de mon âme !La terre a bu ta loi‖ pour vivre et refleurir !Gloire à ton nom divin !‖ tu vis ! je puis mourir !… »

Comme il disait ces mots,‖ et que ses mains dresséesRetombaient vers le sol‖ du poids de ses pensées,Dans l’immobilité‖ d’un grand recueillement,On entendit dans l’air‖ un sourd frémissement,Semblable au vol soudain‖ dés ailes de l’orage,Quand la foudre et l’éclair‖ luttent dans le nuage,Et que la mer bouillonne‖ et blanchit sur l’écueil.Le vieillard à l’instant‖ fut debout sur le seuil,Et, pressant contre lui‖ leur beau groupe qui tremble,Les époux vers le ciel‖ regardèrent ensemble.Mais à peine avaient-ils‖ cherché des yeux dans l’air,Que, d’un vol plus bruyant‖ et plus prompt que l’éclair,Un navire céleste‖ à l’étrange figure,Couvrant un pan des airs‖ de sa vaste envergure,Sur les marbres de l’antre‖ à leurs pieds s’abattit.Du choc du char ailé‖ tout le mont retentit,Et trois hommes sortant‖ de ses flancs, qui murmurent,Des glaives à la main‖ sur le vieillard coururent :« Rebelle, criaient-ils,‖ confesse enfin les dieux.Le roc même n’a pu‖ te cacher à leurs yeux ;En vain entre eux et toi‖ tu mis cette distance :Tant que tu respirais‖ pour nier leur puissance,Et que ta main gardait‖ au monde inquiétéLes semences du doute‖ et de l’impiété,Tant que tu lui jetais,‖ du sommet des nuages,De ton livre infernal‖ les exécrables pages,Leur ivresse était triste‖ et leur sommeil troublé ;Cette heure raffermit‖ leur saint temple ébranlé :Le livre ! donne-nous‖ ou ta vie ou le livre !Monstre, invoque les dieux,‖ ou tu cesses de vivre ! »

Par la gorge à l’instant‖ saisissant le vieillard,Un d’eux sur sa poitrine‖ élève le poignard,Tandis qu’à la lueur‖ du rayon pâle et terneLes autres, parcourant‖ l’ombre de la caverne,Aperçoivent le livre‖ à leurs pieds entr’ouvert,Et le groupe tremblant‖ dans le fond découvert.

Cédar, qui les prenait‖ pour un pouvoir céleste,D’un homme foudroyé‖ avait gardé le geste,Et, le front sur le roc‖ à leurs pieds prosterné,Attendait sans parler‖ qu’ils l’eussent enchaîné.Daïdha, s’enfonçant‖ sous l’ombre qui l’abrite,Et se collant au roc‖ comme une stalactite,Pressait si fortement‖ ses jumeaux sur son sein,Comme pour les couvrir‖ du poignard assassin,Qu’ils sentirent, dormant,‖ l’étreinte maternelle,Et que leur faible cri‖ porta le jour sur elle.Le premier qui la vit‖ et qui la regardaResta comme ébloui‖ des traits de Daïdha ;La torche entre ses mains‖ trembla comme son âmeDevant cette beauté‖ qui surpassait la femme,Et qui, dans le limon‖ d’un monde impie et vieux,N’avait jamais brillé‖ si céleste à ses yeux !Il appela de l’œil‖ les autres sur sa trace :Ils tremblaient d’approcher,‖ éblouis de sa grâce.

Voyant sous ses cheveux‖ ses membres qui tremblaient,Eux-mêmes rassurés‖ s’avançaient, se parlaient :« Ces êtres, disaient-ils,‖ d’une race plus pure,Sont-ils de notre fange‖ et de notre nature ?Est-ce une fille, un fils‖ des hommes d’autrefois,Dont quelques-uns, dit-on,‖ errent au fond des bois,Et que d’Adonaï‖ les magiques entraves.Auraient pris dans le piége‖ et retiendraient esclaves ?Est-ce de sa magie‖ une apparition ?De son art infernal‖ une création ?Pour charmer son exil,‖ ombres qu’il a fait naître,Et qui vont sous nos mains‖ se fondre et disparaître ?Oh ! si nos bras osaient‖ les ravir à ces lieux,Quels prix nous donneraient‖ les reines et les dieux ! »

Tout en parlant ainsi,‖ leur audace enhardieEntraînait Daïdha‖ par la peur engourdie ;Et lui liant ensemble‖ et les pieds et les bras,Mais sans serrer trop fort‖ ses membres délicats,Comme fait l’oiseleur‖ les pieds des tourterelles,En tremblant de froisser‖ le duvet de leurs ailes,Ils remirent ses fils‖ endormis sur son sein,Et vinrent accomplir‖ leur sinistre dessein.

Sous le poignard levé‖ par la main meurtrière,Paisible et l’œil au ciel‖ tendu par la prière,Adonaï semblait‖ soupirer de langueurPour ce coup si longtemps‖ suspendu sur son cœur,Heureux de voir son sang‖ par ce supplice mêmeContre ces dieux menteurs‖ être un dernier blasphème,Et tomber, tout brûlant‖ de martyre et de foi ;Dans la main de Celui‖ dont il scellait la loi !Irrités de son calme‖ et de son assurance,Essayant de tenter‖ sa foi par l’espérance,Les bourreaux de son sein‖ écartaient cette mort.« Non, lui seul, disent-ils,‖ qu’il décide son sort !À lui-même qu’il soit‖ son juge et son supplice. »Le traînant à ces mots‖ au bord du précipice,À l’endroit où le roc,‖ plus droit et plus profond,Laissait l’œil mesurer‖ l’abîme jusqu’au fond,L’abîme où par la mer‖ les roches inondéesSe blanchissaient d’écume‖ à plus de cent coudées,Et dont le seul aspect‖ au regard fascinéFaisait tourner l’esprit‖ dans le front incliné,Ils passent une corde‖ autour de sa ceinture ;À la crête d’un roc‖ de bizarre structure,Comme le câble au mât,‖ l’attachent par le bout ;Et sur le bord glissant‖ se tenant tous debout,Ils repoussent du pied‖ le corps, qui se balanceSur le vide sans rive‖ où la corde le lance.Le câble, que le corps‖ fait vibrer sous son poids,Vient heurter le vieillard‖ aux angles des parois,Et du cap mugissant‖ l’éternelle tempêteFroisse contre le roc‖ ses membres et sa tête.Ils laissent mesurer‖ longtemps au saint vieillardLa mer, la profondeur,‖ mille morts d’un regard.Ils contemplent ses mains,‖ par l’horreur écartées,Saisir des rocs aigus‖ les dents ensanglantées,L’instinct vital crisper‖ ses vieux membres tremblants,Et de son pâle front‖ pendre ses cheveux blancs ;Puis, quand leur cruauté‖ pense que la tortureA surmonté l’esprit‖ et vaincu la nature,Son glaive dans la main‖ un d’entre eux, se penchant,De la corde qui vibre‖ approche le tranchant,Y plonge lentement‖ la moitié de la lame :« Adonaï, dit-il,‖ à ce fer tient ton âme !Sur le gouffre et la mort‖ d’un fil je te suspends !Ta vie est dans un mot :‖ dis que tu te repens,Dis que nos dieux sont dieux,‖ que le tien est un rêve,Ou j’enfonce à l’instant‖ l’autre moitié du glaive ! »De son bras, à ces mots,‖ une contraction,Imprimant à la corde‖ une vibration,Fait rebondir trois fois,‖ comme un poids qu’on secoue,Le vivant sur le vide‖ où son destin se joue,Puis contre le rocher‖ le ramène meurtri !« Eh bien, pour achever,‖ j’attends ton dernier cri.Parleras-tu, vieillard ?‖ Vois, la corde se broie,Et le gouffre vengeur‖ mugit après sa proie ! »Mais le vieillard, levant‖ un œil serein et doux :« Qu’attendez-vous ? dit-il ;‖ mon Dieu ! je crois en vous !J’y croyais au séjour‖ du mensonge et du crime,J’y croyais dans la vie,‖ et j’y crois sur l’abîme.Que ce seul cri s’élève‖ et revive après moi ;Dans la mort que je sens,‖ je tombe avec ma foi ! »

Dans la corde, à ce cri,‖ la lame qui s’enfonceAu généreux martyr‖ est la seule réponse.Les bourreaux, avançant‖ la tête sur les bords,Regardent s’abîmer‖ et tournoyer son corps :Les membres déchirés,‖ les cheveux, les entrailles,Sèment de leurs lambeaux‖ ces sanglantes murailles ;Ils attendent longtemps‖ que de son dernier chocLe bruit terrible et sourd‖ ait remonté le roc ;Il remonte à la fin‖ du fond noir de l’abîme,Tardif, mais obsesseur,‖ comme l’écho du crime ;Leur oreille l’entend‖ comme tout autre son,Sans plus de repentir‖ et sans plus de frissonQue le berger assis‖ au penchant des collines,Qui fait rouler la pierre‖ au fond de leurs ravines,N’entend monter d’en bas‖ sur le gouffre profondLe bruit d’un corps qui tombe‖ et qui se brise au fond.Déjà des noirs écueils‖ une pointe avancéeDu sage avait brisé‖ la tête et la pensée ;L’écume de la mer,‖ en jouant sur ces bords,Menait et ramenait‖ les restes de ce corps ;Et les aigles, broyant‖ ce crâne séculaire,Emportaient par lambeaux‖ ses cheveux dans leur aire.

Les bourreaux, retournant‖ à la grotte un moment,Rallument le bois sec‖ dans le foyer dormant,Jettent le livre saint‖ page à page à la flamme,Le regardent brûler‖ comme un poison de l’âme,Qui, versant dans les cœurs‖ justice et liberté,Pouvait de son sommeil‖ tirer la vérité.Pour que toute lueur‖ avec lui disperséeN’en laisse pas revivre‖ une seule pensée,Ils en jettent la cendre‖ aux quatre vents des cieux ;Mais le vent que Dieu souffle,‖ et qui trompe leurs yeux,De cette cendre ardente‖ où se brûlent ses ailesEmporte au monde entier‖ les saintes étincelles,Comme un semeur divin‖ qui sème où Dieu prescritPour les peuples futurs‖ les moissons de l’esprit,Et chaque nation‖ que la terre renfermeDans ses sillons, plus tard,‖ en trouvera le germe…

Le couple cependant,‖ du martyre témoin,Du fond de sa terreur‖ avait tout vu de loin :La voix de la victime‖ et le bruit du suppliceLeur étaient remontés‖ du fond du précipice ;Ils attendaient pour eux‖ les tourments du vieillard,Et leurs yeux se parlaient‖ dans un dernier regard.Mais les hommes de sang,‖ adoucissant leur rage,Comme on prend deux oiseaux‖ sans froisser le plumage,Ouvrant leurs rudes mains‖ pour saisir ces beaux corps,Les soulèvent de terre‖ et les portent dehors,Les couchent à leurs pieds‖ au fond de la nacelle,Et font bondir du sol‖ leur esquif qui chancelle.Cédar et son amante,‖ en sentant fuir le sol,Croyaient qu’un grand oiseau‖ les emportait au vol,Et, ne comprenant rien‖ à l’étrange mystère,D’un éternel adieu‖ se détachaient de terre.

Or ces chars, des mortels‖ sublime invention,Dans les âges voisins‖ de la création,Quand, sur les éléments‖ conservant son empire,L’homme imposait ses lois‖ à tout ce qui respire,N’étaient qu’un art humain,‖ sacré, mystérieux,Comme un secret divin‖ conservé chez les dieux,Et dont, pour frapper l’œil‖ de l’aspect d’un prodige,Les seuls initiés‖ connaissaient le prestige.Dans la profonde nuit‖ de leur plus haute tour,Des esclaves sacrés‖ les dérobaient au jour :Dans les solennités‖ de leur culte terrible.Le char, pendant la nuit,‖ s’élevait invisible,Puis dans l’air tout à coup‖ de feux illuminé,Planant comme un soleil‖ sur le peuple étonné,On le voyait s’abattre‖ au-dessous des nuagesComme apportant aux dieux‖ de célestes messages ;La superstition‖ et la servilitéAssuraient le respect‖ par la crédulité.C’est cet art disparu‖ que Babel vit éclore,Et qu’après dix mille ans‖ le monde cherche encore !Pour défier les airs‖ et pour s’y hasarder,Les hommes n’avaient eu‖ dès lors qu’à regarder,Et des ailes d’oiseau‖ le simple phénomèneAvait servi d’exemple‖ à la science humaine.

Du vaisseau de l’éther‖ en élevant le poids,Comme sur l’Océan‖ se soulève le bois,Les hommes, mesurant‖ le moteur à la masse,S’élevaient, s’abaissaient‖ à leur gré dans l’espace,Dépassant la nuée‖ ou rasant les hauteurs,Et, pour frayer le ciel‖ à ses navigateurs,Pour garder de l’écueil‖ la barque qui chavire,Un pilote imprimait‖ sa pensée au navire.D’un second appareil‖ l’habile impulsionDonnait au char volant‖ but et direction.Au milieu de la quille‖ un mât tendait la voile,Dont la soie et le lin‖ tissaient la fine toile ;Sur le bec de la proue‖ un grand soufflet mouvant,Comme un poumon qui s’enfle‖ en aspirant le vent,Engouffrait dans ses flancs‖ un courant d’air avide,Et, gonflant sur la poupe‖ un autre soufflet vide,Lui fournissait sans cesse,‖ afin de l’exhaler,L’air dont, par contre-coup,‖ la voile allait s’enfler.Ainsi, par la vertu‖ d’un mystère suprême,Un élément servait‖ à se vaincre lui-même !Et le pilote assis,‖ la main sur le timon,Voguait au souffle égal‖ de son double poumon.

Mais les époux, assis‖ sous le mât qui chancelle,Et dépassant du front‖ les bords de la nacelle,Flottaient sans rien comprendre‖ au double mouvementQui les engloutissait‖ dans le noir firmament,Et les sourds sifflements‖ de la brise nocturneNe faisaient qu’augmenter‖ leur effroi taciturne.Tantôt la nue en eau‖ semblait les enfermer,Comme un vaisseau qui sombre‖ aux gouffres de la mer ;Tantôt, sortant soudain‖ de la mer des nuages,Les étoiles semblaient‖ pleurer sur leurs visages ;Puis, au branle orageux‖ des ondulations,De constellations‖ en constellations,Les étoiles, fuyant‖ au-dessus de leurs têtes,Couraient comme le sable‖ au souffle des tempêtes :On eût dit que le ciel,‖ dans un horrible jeu,S’écroulait sur leur voile‖ en parcelles de feu.Mais la barque bientôt,‖ retrouvant l’équilibre,Sut planer, sans rouler,‖ dans l’azur clair et libre.

À mesure qu’au but‖ la voile s’avançait,Des teintes du matin‖ le ciel se nuançait.Déjà, comme un lait pur‖ qu’un vase sombre épanche,La nuit teignait ses bords‖ d’une auréole blanche ;Les étoiles mouraient‖ là-haut, comme des yeuxQui se ferment, lassés‖ de veiller dans les cieux ;Le soleil, encor loin‖ d’effleurer notre terre,Comme un rocher de feu‖ lancé par un cratère,Au lieu de s’élever‖ au nocturne plafond,Montait, pâle et petit,‖ de l’abîme sans fond,Et ses rayons lointains,‖ que rien ne répercute,Du jour et de la nuit‖ amollissaient la lutte.

Bientôt sous le navire,‖ atteint de sa clarté,Ils virent à leurs pieds,‖ perçant l’obscurité,Un globe pâlissant‖ surgir des ombres vagues,Comme une île au matin‖ qu’on voit monter des vagues.C’était la terre, avec‖ les tâches de ses flancs,Ses veines de flots bleus,‖ ses monts aux cheveux blancs,Et sa mer qui, du jour‖ se teignant la première,Éclatait sur la nuit‖ comme un lac de lumière.« Terre ! » dit une voix.‖ Et par un art secret,S’abattant comme un aigle‖ où sa proie apparaît,Le navire, égaré‖ sur ces flots sans rivage,Sur les monts et les mers‖ redressa son sillage,Et, dirigeant sa proue‖ aux pointes du Sina,Sur la mer Asphaltite‖ en glissant s’inclina.Il entendit d’en haut‖ battre contre ses rivesLes coups intermittents‖ de ses vagues massives,Sentit monter le vent‖ dans sa voile fraîchi,Dans le miroir des flots‖ vit son vol réfléchi,Et, suivant le Jourdain‖ au rebours de sa course,Par Gad et par Saphad‖ s’éleva vers sa source.Le saint fleuve déjà‖ d’avenir bondissait,Et de Génésareth‖ le lac éblouissait !On eût dit que leurs eaux‖ pressentaient sous les âgesLes grands pas qui devaient‖ sacrer leurs saintes plages.

Les cimes du Liban,‖ qu’ils avaient à franchir,Devant les nautoniers‖ commençaient à blanchir ;Ils entendaient grossir‖ cet immense murmureQui sifflait nuit et jour‖ parmi sa chevelure,Comme un souffle lointain‖ de l’inspirationQue donnerait le cèdre‖ aux harpes de Sion.Ils voyaient ondoyer‖ en bas, à grandes ombres,La bruissante mer‖ de leurs feuillages sombres ;Leurs flèches frémissaient‖ sous le sillon grondant ;L’astre du jour déjà‖ baissait vers l’occident.Au-dessus d’une sombre‖ et profonde vallée,La barque suspendit‖ soudain sa course ailée,Et, comme dans une anse‖ à l’abri du rocherLe corsaire d’Ydra‖ plonge pour se cacherJusqu’à l’heure où la nuit‖ obscurcira sa voile,Le long du mât couché‖ faisant plier sa toile,Le pilote laissa‖ son esquif ondulerJusqu’au soir, sous la lune,‖ au doux roulis de l’air.Comme un oiseau qui part‖ de la branche ébranlée,La barque s’éleva‖ vers la voûte étoilée,Doubla comme un grand cap‖ dans le ciel menaçantDu Sannin nuageux‖ le sommet mugissant,Du Liban qui décroît‖ redescendit la penteVers la plaine profonde‖ où l’Euphrate serpente,Et dans les libres flots‖ d’un transparent étherSur le ciel des géants‖ commença de flotter.

Déjà, comme un fanal‖ qui sur l’écueil vacille,Une vaste lueur‖ ondoyait sur sa quille !C’étaient les mille feux‖ de l’immense Babel,Comme un rouge volcan‖ reflété dans le ciel.L’esquif aérien,‖ guidé par cette flamme,De l’air sous son sillon‖ faisait gronder la lame ;Le timon frémissait‖ dans la robuste main,Il plongea lentement‖ dans ce cratère humain ;Comme de grandes mers‖ qui battent leurs rivages,Un bruit sourd et croissant‖ montait jusqu’aux nuages.Cédar et Daïdha‖ regardaient autour d’eux,Ne sachant d’où venait‖ ce bruit tumultueux ;Involontairement‖ ils détournaient la tête :Ils croyaient approcher‖ d’une grande tempête,Et s’étonnaient de voir‖ dans un ciel de cristalLe navire flottant‖ bercé d’un souffle égal.Par degrés cependant‖ leur oreille assourdie,Se penchant du côté‖ de l’immense incendie,Dans l’orageux roulis‖ de ce bruit souterrain,Crut reconnaître l'âme‖ avec l'accent humain ;Et plus le bruit montait‖ et croissait dans les nues,Plus leur âme sondait‖ ces clameurs inconnues.

De ces grands murs remplis‖ par une nation,C’était au soir d’un jour‖ la respiration,Le bruit intermittent‖ d’un million d’haleinesDont les vagues de l’air‖ sont sonores et pleines,Lorsqu’une ruche humaine,‖ avant de s’endormir,Des passions du jour‖ semble encore frémir.Tel s’élevait du sein‖ de la ville lointaineLe bruit qu’interrogeait‖ leur oreille incertaine :Pas d’un peuple nombreux‖ sous qui le sol gémit,Coups sonores du fer‖ sur l’airain qui frémit,Roulement éternel‖ des chars dans la carrière,Cours du fleuve encaissé‖ dans ses marges de pierre,Grands orchestres jetant‖ dans l’air mélodieuxEn métalliques voix‖ les ivresses des dieux,Monotone soupir‖ de la faim qui mendie,Appels retentissants‖ au meurtre, à l’incendie,S’élevant confondus‖ dans le calme des airs,Ne formaient qu’un seul son‖ de tous ces sons divers.Déchirements de voix,‖ vastes éclats de rire ;Puis, du sein d’un silence‖ où toute voix expire,Comme au bord de la mer‖ quand le vent calme et sourdPousse à l’écueil grondant‖ un flot égal et lourd,Une neuvième vague,‖ amoncelée en poudre,Éclate sur l’écueil‖ avec un bruit de foudre,Une immense clameur‖ s’élançant de la nuitMontait du peuple entier‖ en tempête de bruit,Et, faisant trembler l’air‖ dans l’atmosphère émue,Asphyxiait l’oiseau‖ qui volait dans la nue.À cette grande voix‖ de ce monde nouveau,L’esprit des deux amants‖ tournait dans leur cerveau,Et leur cœur tout tremblant,‖ que la terreur resserre,Sentait le contre-coup‖ des clameurs de la terre ;Leurs tempes oubliaient‖ de battre, et le frissonSur leurs membres glacés‖ courait avec le son.

Envolés de leur lac,‖ ainsi lorsque deux cygnes,Des précoces frimas‖ voyant les premiers signesPour dérober leurs fruits‖ aux durs frissons du Nord,En traversant le ciel‖ passent du bord au bord,Si leur vol les conduit‖ sur un champ de bataillesOù deux peuples armés‖ déchirent leurs entrailles,Sur la plaine de sang‖ où le couple s’abatIls entendent mugir‖ les vagues du combat ;Les cris des combattants,‖ les éclairs de la poudre,Du cratère vivant‖ font remonter la foudre :Dans le lac où leurs flancs‖ aimaient à se baignerLeur œil avec horreur‖ voit les vagues saigner ;À ces globes de fer‖ que le salpêtre allumeJusque dans le nuage,‖ ils roussissent leur plume,Et, sur ces champs d’horreur‖ qu’ils ne peuvent quitter,Leurs ailes sans ressorts‖ n’osent plus palpiter.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
520((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a suis / vis masculine, classiqueb profane / diaphane féminine, classiquec l’univers / travers masculine, classiqued encore / l’aurore féminine, classiquee soi / moi masculine, classiquea pensée / baissée féminine, classiqueb apparu / cru masculine, classiquec l’âme / flamme féminine, classiqued peau / l’eau masculine, classiquee l’étoile / voile féminine, classiquef fendu / descendu masculine, classiqueg immense / intelligence féminine, classiqueh l’esprit / inscrit masculine, classiquei prunelle / éternelle féminine, classiquej bords / dehors masculine, classiquea mesure / nature féminine, classiqueb moment / firmament masculine, classiquec parcelle / étincelle féminine, classiqued lieu / Dieu masculine, classiquea moi / soi masculine, classiqueb science / conscience féminine, classiquec resplendis / grandis masculine, classiqued rêve / soulève féminine, classiquee défini / l’Infini masculine, classiquea figure / mesure féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquec pensée / commencée féminine, classiqued d’aujourd’hui / lui masculine, classiquee hommes / sommes féminine, classiquef l’humanité / Éternité masculine, classiquea joue / roue féminine, classiqueb loi / soi masculine, classiquec puissance / essence féminine, classiqued foyer / flamboyer masculine, classiquee chose / décompose féminine, classiquef fait / parfait masculine, classiqueg entière / matière féminine, classiqueh l’esprit / décrit masculine, classiquei diversifie / s’identifie féminine, classiquej firmament / seulement masculine, classiquek azure / mesure féminine, classiquel cieux / yeux masculine, classiquem commune / une féminine, classiquea Pourquoi / moi masculine, classiqueb chute / lutte féminine, classiquec cieux / dieux masculine, classiqued plonge / songe féminine, classiquee divin / fin masculine, classiquef encore / éclore féminine, classiqueg éperdu / étendu masculine, classiqueh anéantie / partie féminine, classiquei moyen / bien masculine, classiquej souffrance / apparence féminine, classiquek bonté / volonté masculine, classiquel mystère / terre féminine, classiquem pas / bas masculine, classiquea nuage / rivage féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquec d’espace / place féminine, classiqued yeux / cieux masculine, classiquea l’être / connaître féminine, classiqueb l’émanation / qu’aspiration masculine, classiquec nature / créature féminine, classiqued dessein / sein masculine, classiquee entière / prière féminine, classiquef vallon / nom masculine, classiqueg circule / l’articule féminine, classiqueh splendeur / grandeur masculine, classiquea phénomène / humaine féminine, classiqueb sens / accents masculine, classiquec symbole / parole féminine, classiquee immortelle / elle féminine, classiquef feu / Dieu masculine, classiquea entre / l’antre féminine, classiqueb pleurés / effleurés masculine, classiquec semées / aimées féminine, classiqued uni / infini masculine, classiquee dômes / fantômes féminine, classiquef nous / genoux masculine, classiqueh gazon / saison masculine, classiquei emblème / lui-même féminine, classiquej sein / trop-plein masculine, classiquek vibre / fibre féminine, classiquel son / nom masculine, classiquea ravive / l’écrive féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquec mère / amère féminine, classiquee nomme / l’homme féminine, classiquef témoin / loin masculine, classiqueg confiance / conscience féminine, classiqueh persécuteur / tuteur masculine, classiquei refuge / juge féminine, classiquej douleurs / pleurs masculine, classiquek couche / bouche féminine, classiquea fois / voix masculine, classiqueb grossie / endurcie féminine, classiquec végéter / palpiter masculine, classiqued temple / exemple féminine, classiquee chacun / commun masculine, classiquef merveilles / corbeilles féminine, classiqueg accents / l’encens masculine, classiquea âmes / femmes féminine, classiqueb mieux / yeux masculine, classiquec Père / prospère féminine, classiqued création / bénédiction masculine, classiquee cantiques / magnifiques féminine, classiquef l’éclair / l’air masculine, classiqueg rose / chose féminine, classiqueh moissonneur / Seigneur masculine, classiquea femme / l’âme féminine, classiqueb l’eau / peau masculine, classiquec délire / lyre féminine, classiqued l’univers / concerts masculine, classiquee pensée / retracée féminine, classiquef peint / teint masculine, classiqueg retraites / secrètes féminine, classiqueh pas masculine, classiquei course / source féminine, classiquej zéphyr / soupir masculine, classiquek têtes / prophètes féminine, classiquel écrivez / gravés masculine, classiquem docile / l’argile féminine, classiquen remontants / temps masculine, classiqueo statue / revêtue féminine, classiquep main / humain masculine, classiqueq langage / l’image féminine, classiquea renferme / germe féminine, classiquec ramifie / diversifie féminine, classiqued neuf / l’œuf masculine, classiquee chose / apothéose féminine, classiquef transfigurant / courant masculine, classiqueg terre / solitaire féminine, classiqueh afin / fin masculine, classiquek déifie / vie féminine, classiquel nommer / l’aimer masculine, classiquem fragile / d’argile féminine, classiquen limité / l’immortalité masculine, classiqueo aurore / d’éclore féminine, classiquep certain / destin masculine, classiqueq habite / limite féminine, classiquer fois / lois masculine, classiques grossière / poussière féminine, classiquet transformé / formé masculine, classiqueu l’épure / nature féminine, classiquev cœur / grandeur masculine, classiquew monte / honte féminine, classiquex matériel / ciel masculine, classiquey abîme / crime féminine, classiqueb s’unit / punit masculine, classiquea destiné / inné masculine, classiqueb suprême / nous-même féminine, classiquec desseins / bassins masculine, classiqued immole / vole féminine, classiqueb image / davantage féminine, classiquec jour / d’amour masculine, classiqued justice / sacrifice féminine, classiquee fraternité / l’humanité masculine, classiquea luira / achèvera masculine, classiqueb guide / vide féminine, classiquec révolté / volonté masculine, classiqued souffrance / espérance féminine, classiquee aujourd’hui / lui masculine, classiquef toi-même / t’aime féminine, classiqueg bénédiction / création masculine, classiquea frère / terre féminine, classiqueb troupeaux / oiseaux masculine, classiquec répandre / rendre féminine, classiqued blonds / vallons masculine, classiquee rives / convives féminine, classiquef mûris / pétris masculine, classiqueg vie / assouvie féminine, classiqueh remord / mort masculine, classiquea distille / d’argile féminine, classiqueb sommeil / vermeil masculine, classiquec infinie / l’harmonie féminine, classiqued détruit / nuit masculine, classiquee limpide / suicide féminine, classiquea obéis / fils masculine, classiqueb parole / symbole féminine, classiquec Viens / siens masculine, classiqued colère / salaire féminine, classiquee ans / blancs masculine, classiquef demeure / pleure féminine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb commun / un masculine, classiqued compté / volonté masculine, classiquea mères / frères féminine, classiqueb s’élargissant / sang masculine, non classiquea séparations / nations masculine, classiqueb barbare / sépare féminine, classiquec bénit / unit masculine, classiquea fruit / nuit masculine, classiqueb nue / vêtue féminine, classiquec jour / tour masculine, classiquea nourricière / poussière féminine, classiquec mère / éphémère féminine, classiqued tour / jour masculine, classiquea mesure / nourriture féminine, classiquec oisive / cultive féminine, classiqued postérité / planté masculine, classiquea sable / intarissable féminine, classiqueb piés / multipliés masculine, classiquec créatures / futures féminine, classiqued contient / vient masculine, classiquef tarir / nourrir masculine, classiqueg substance / existence féminine, classiqueh s’arrêtera / hâtera masculine, classiquei enfouie / vie féminine, classiquej élément / vêtement masculine, classiquek l’ange / fange féminine, classiquea arrivera / mesurera masculine, classiqueb commune / qu’une féminine, classiquec naîtront / s’élargiront masculine, classiqued d’avance / semence féminine, classiquea plaines / humaines féminine, classiqueb l’impression / corruption masculine, classiquec tentes / distantes féminine, classiqued coteau / eau masculine, classiquee ombre / nombre féminine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb firmament / élément masculine, classiquea coudoie / joie féminine, classiqueb penchants / méchants masculine, classiquea misères / mères féminine, classiqueb tous / vous masculine, classiquec injure / jure féminine, classiqued pain / faim masculine, classiquee branche / penche féminine, classiquef temps / printemps masculine, classiquea d’autrui / lui masculine, classiquec bras / ici-bas masculine, classiquea même / aime féminine, classiqueb degrés / reconnaîtrez masculine, classiquec rêve / lève féminine, classiqued clarté / d’immortalité masculine, classiquee respecte / l’insecte féminine, classiquef milieu / Dieu masculine, classiqueb appétits / petits masculine, classiquec farouches / bouches féminine, classiqued fardeaux / dos masculine, classiquee vipère / père féminine, classiquef sort / mort masculine, classiqueg humaine / haine féminine, classiqueh paix / faits masculine, classiquei engeance / intelligence féminine, classiquej doux / tous masculine, classiquek vole / parole féminine, classiquel forêts / auprès masculine, classiquem infinie / harmonie féminine, classiquea mal / tribunal masculine, classiqueb victime / légitime féminine, classiquec sang / punissant masculine, non classiquee satisfait / forfait masculine, classiquef outragée / vengée féminine, classiquea accorde / miséricorde féminine, classiqueb Celui / lui masculine, classiquec supplice / justice féminine, classiquea obéissant / accent masculine, classiqueb sage / page féminine, classiquec réfléchi / blanchi masculine, classiqued auréole / parole féminine, classiquee vieillard / regard masculine, classiquef merveilles / oreilles féminine, classiqueg recommençait / grandissait masculine, classiquej l’extase / vase féminine, classiquek déborder / accorder masculine, classiquea pages / bocages féminine, classiquec reconnaissance / intelligence féminine, classiqued doux / genoux masculine, classiquee s’agenouille / gazouille féminine, classiquef yeux / sérieux masculine, classiqueg s’éteindre / s’atteindre féminine, classiqueh d’amour / jour masculine, classiquei intérieure / d’heure féminine, classiquej pas / d’ici-bas masculine, classiquea taire / sanctuaire féminine, classiqueb s’étend / flottant masculine, classiquec recueillie / replie féminine, classiqued s’élever / rêver masculine, classiquea d’allégresse / ivresse féminine, classiqueb fruit / bruit masculine, classiquec paupières / prières féminine, classiqued prosterné / donné masculine, classiquee commencées / pensées féminine, classiquef tardé / intimidé masculine, classiqueg pleine / haleine féminine, classiqueh cheveux / d’eux masculine, classiquei sage / davantage féminine, classiquej éclairé / degré masculine, classiquek l’antre / centre féminine, classiquea fermé / animé masculine, classiqueb teinte / éteinte féminine, classiquec penchant / couchant masculine, classiqued blême / lui-même féminine, classiquef basse / lasse féminine, classiqueg lourds / jours masculine, classiqueh tombe féminine, classiquei moi / toi masculine, classiquej naufrage / gage féminine, classiquek naîtront / transmettront masculine, classiquel trame / âme féminine, classiquem refleurir / mourir masculine, classiquea dressées / pensées féminine, classiqueb recueillement / frémissement masculine, classiquec l’orage / nuage féminine, classiqued l’écueil / seuil masculine, classiquee tremble / ensemble féminine, classiquef l’air / l’éclair masculine, classiqueg figure / envergure féminine, classiqueh s’abattit / retentit masculine, classiquei murmurent / coururent féminine, classiquej dieux / yeux masculine, classiquek distance / puissance féminine, classiquel inquiété / l’impiété masculine, classiquem nuages / pages féminine, classiquen troublé / ébranlé masculine, classiqueo livre / vivre féminine, classiquea vieillard / poignard masculine, classiqueb terne / caverne féminine, classiquec entr’ouvert / découvert masculine, classiquea céleste / geste féminine, classiqueb prosterné / enchaîné masculine, classiquec l’abrite / stalactite féminine, classiqued sein / assassin masculine, classiquee maternelle / elle féminine, classiquef regarda / Daïdha masculine, classiqueg âme / femme féminine, classiqueh vieux / yeux masculine, classiquei trace / grâce féminine, classiquea tremblaient / parlaient masculine, classiqueb pure / nature féminine, classiquec d’autrefois / bois masculine, classiqued entraves / esclaves féminine, classiquee apparition / création masculine, classiquef naître / disparaître féminine, classiqueg lieux / dieux masculine, classiquea enhardie / engourdie féminine, classiqueb bras / délicats masculine, classiquec tourterelles / ailes féminine, classiqued sein / dessein masculine, classiquea meurtrière / prière féminine, classiqueb langueur / cœur masculine, classiquec même / blasphème féminine, classiqued foi / loi masculine, classiquee assurance / l’espérance féminine, classiquef mort / sort masculine, classiqueg supplice / précipice féminine, classiqueh profond / fond masculine, classiquei inondées / coudées féminine, classiquej fasciné / incliné masculine, classiquek ceinture / structure féminine, classiquel bout / debout masculine, classiquem balance / lance féminine, classiquen poids / parois masculine, classiqueo tempête / tête féminine, classiqueq écartées / ensanglantées féminine, classiquer tremblants / blancs masculine, classiques torture / nature féminine, classiquet penchant / tranchant masculine, classiqueu lame / âme féminine, classiquev suspends / repens masculine, classiquew rêve / glaive féminine, classiquex contraction / vibration masculine, classiquey secoue / joue féminine, classiquez meurtri / cri masculine, classiquea broie / proie féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquec crime / l’abîme féminine, classiqued moi / foi masculine, classiquea s’enfonce / réponse féminine, classiqueb bords / corps masculine, classiquec entrailles / murailles féminine, classiqued choc / roc masculine, classiquee l’abîme / crime féminine, classiquef son / frisson masculine, classiqueg collines / ravines féminine, classiquei avancée / pensée féminine, classiquek séculaire / aire féminine, classiquea moment / dormant masculine, classiqueb flamme / l’âme féminine, classiquec liberté / vérité masculine, classiqued dispersée / pensée féminine, classiquef ailes / étincelles féminine, classiqueg prescrit / l’esprit masculine, classiqued rage / plumage féminine, classiquee corps / dehors masculine, classiquef nacelle / chancelle féminine, classiqueg sol / vol masculine, classiquea invention / création masculine, classiqueb empire / respire féminine, classiquec mystérieux / dieux masculine, classiqued prodige / prestige féminine, classiquef terrible / invisible féminine, classiqueg illuminé / étonné masculine, classiqueh nuages / messages féminine, classiquei servilité / crédulité masculine, classiquej éclore / encore féminine, classiquek hasarder / regarder masculine, classiquea poids / bois masculine, classiqueb masse / l’espace féminine, classiquec hauteurs / navigateurs masculine, classiqued chavire / navire féminine, classiquee impulsion / direction masculine, classiquef voile / toile féminine, classiqueg mouvant / vent masculine, classiqueh avide / vide féminine, classiquei l’exhaler / s’enfler masculine, classiquej suprême / lui-même féminine, classiquek timon / poumon masculine, classiquea chancelle / nacelle féminine, classiqueb mouvement / firmament masculine, classiquec nocturne / taciturne féminine, classiqued enfermer / mer masculine, classiquee nuages / visages féminine, équivalentef ondulations / constellations masculine, classiqueg têtes / tempêtes féminine, classiqueh jeu / feu masculine, classiquei l’équilibre / libre féminine, classiquea s’avançait / nuançait masculine, classiqueb épanche / blanche féminine, classiqued terre / cratère féminine, classiquee plafond / fond masculine, classiquef répercute / lutte féminine, classiquea clarté / l’obscurité masculine, classiqueb vagues féminine, classiquec flancs / blancs masculine, classiqued première / lumière féminine, classiquee secret / apparaît masculine, classiquef rivage / sillage féminine, classiqueg Sina / s’inclina masculine, classiqueh rives / massives féminine, classiquei fraîchi / réfléchi masculine, classiquek bondissait / éblouissait masculine, classiquel âges / plages féminine, classiquea franchir / blanchir masculine, classiqueb murmure / chevelure féminine, classiquec l’inspiration / Sion masculine, classiqued ombres / sombres féminine, classiquee grondant / l’occident masculine, classiquef vallée / ailée féminine, classiqueg rocher / cacher masculine, classiquei onduler / l’air masculine, classiquej ébranlée / étoilée féminine, classiquek menaçant / mugissant masculine, équivalentel pente / serpente féminine, classiquem éther / flotter masculine, classiquea vacille / quille féminine, classiqueb Babel / ciel masculine, classiquec flamme / lame féminine, équivalentee rivages / nuages féminine, classiquef d’eux / tumultueux masculine, classiqueg tête / tempête féminine, classiqueh cristal / égal masculine, classiquei assourdie / incendie féminine, classiquej souterrain / humain masculine, classiquek nues / inconnues féminine, classiquea nation / respiration masculine, classiqueb d’haleines / pleines féminine, classiquec s’endormir / frémir masculine, classiqued lointaine / incertaine féminine, classiquee gémit / frémit masculine, classiquef carrière / pierre féminine, classiqueg mélodieux / dieux masculine, classiqueh mendie / l’incendie féminine, classiquei airs / divers masculine, classiquej rire / expire féminine, classiquek sourd / lourd masculine, classiquel poudre / foudre féminine, classiquem nuit / bruit masculine, classiquen émue / nue féminine, classiqueo nouveau / cerveau masculine, classiquep resserre / terre féminine, classiqueq frisson / son masculine, classiquea cygnes / signes féminine, classiqueb Nord / bord masculine, classiquec batailles / entrailles féminine, classiqued s’abat / combat masculine, classiquef baigner / saigner masculine, classiqueg allume / plume féminine, classiqueh quitter / palpiter masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1040 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources