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un seul est le mot juste.

La chute d’un ange, 1838

Septième vision

LE PROPHÈTE

Alphonse de Lamartine· distiques, alexandrins, 640 vers

Les vagues de la mer,‖ sur leur écume rose,Déroulaient à grands flots‖ les feux de l’aube éclose,Quand les jeunes époux,‖ à ses tièdes clartés,S’éveillèrent au sein‖ de ces lieux enchantés !Les tigres, les lions,‖ les panthères, les aigles,De leur féroce instinct‖ interrompant les règles,Couchés à côté d’eux‖ sur des gazons épais,D’un œil tranquille et doux‖ les regardaient en paix,Et les enfants, baisant‖ leur toison fauve et noire,Mettaient leurs bras de lait‖ entre leurs dents d’ivoire.Cédar et Daïdha,‖ ravis d’étonnement,Ne comprenaient plus rien‖ à cet apaisement ;Ils se croyaient, à voir‖ ces choses renversées,Transportés par un songe‖ au monde des pensées :Mais, le vieillard tardif‖ ne les appelant pas,À travers le jardin‖ ils firent quelques pas,N’appuyant leurs pieds nus‖ qu’à peine sur la terre,Se montrant chaque objet‖ du doigt avec mystère,Comme on marche à pas sourds‖ sur des parvis sacrés.Le gazon incliné‖ formait de grands degrés ;Ils suivirent en bas‖ la pente de verdure,Et leurs yeux du rocher‖ revirent l’ouverture.Elle était large et haute,‖ et le front d’un géantN’aurait pu la toucher‖ debout en se dressant :On eût dit qu’une race‖ antique et colossaleAvait à sa grandeur‖ taillé l’immense salle.Les grands vents de la mer,‖ dans cette arche de sol,En brisant sur le cap‖ s’engouffraient à plein vol ;Les parois en vibraient‖ comme un orgue sonore.Les rayons que le jour‖ y jette à peine encore,Introduits à demi‖ sous le roc habité,En laissaient tout le fond‖ dans son obscurité,Et mêlaient les objets‖ dans une demi-teinteOù combattaient la nuit‖ et la lumière éteinte.

Ils hésitaient d’entrer ;‖ leur timide regardAu fond de cette nuit‖ cherchait le saint vieillard.Les ténèbres encor‖ leur cachaient sa figure ;De ses lèvres pourtant‖ le vague et sourd murmureDes mots que prononçait‖ dans sa distractionLe prophète absorbé‖ par l’adoration,Le leur fit découvrir,‖ dans le fond, en prière.Le jour éblouissait,‖ en entrant, sa paupière ;Les époux le voyaient,‖ mais lui ne pouvait voirLeurs visages, cachés‖ derrière un angle noir.Il était à genoux‖ devant un bloc de pierre,Le visage et le corps‖ tournés vers la lumière,Les deux bras étendus‖ au-dessus de son front,Pareils à des rameaux‖ qui s’élèvent d’un tronc,Et de ses maigres mains‖ les deux palmes dresséesComme pour embrasser‖ de célestes pensées !Sous l’inspiration‖ que son cœur lui versait,Sur son cou replié‖ son front se renversait,Et son regard, en haut‖ se cherchant une route,Semblait lire le ciel‖ à travers cette voûte.Sur le bloc de granit‖ qui lui servait d’appuiOn voyait tout ouvert‖ un livre devant lui ;À leurs yeux ignorants‖ ce livre, obscur mystère,Semblait, prié par lui,‖ le dieu du solitaire :Quelquefois de sa lèvre‖ il baisait le trésor.Le livre était couvert‖ d’une enveloppe d’or ;Comme un charbon ardent,‖ une énorme escarboucle,En nouant le fermoir,‖ flamboyait sur la boucle.Sur l’or sculpté du livre,‖ admirable ornement,Une colombe bleue‖ aux yeux de diamant,De l’inspiration‖ mélodieux symbole,Ouvrait ses ailes d’or‖ comme un oiseau qui vole.Ses pattes de rubis‖ et son bec de corailSemblaient poser collés‖ sur le dossier d’émail ;Et ses ailes, de l’âme‖ éblouissant emblème,S’ouvraient et se fermaient‖ avec le livre même.

Le vieillard, insensible‖ à l’écho de leurs pas,Les yeux sur ces objets,‖ ne les soulevait pas.Au passage muet‖ de secrètes pensées,On voyait remuer‖ ses lèvres cadencées ;Et l’oreille entendait‖ à demi des accentsDont parfois le silence‖ entrecoupait le sens.

« Ô Père, disait-il,‖ de toute créature,» Dont le temple est partout‖ où s’étend la nature,» Dont la présence creuse‖ et comble l’infini,» Que ton nom soit partout‖ dans toute âme béni !» Que ton règne éternel,‖ qui tous les jours se lève,» Avec l’œuvre sans fin‖ recommence et s’achève !» Que par l’amour divin,‖ chaîne de ta bonté,» Toute volonté veuille‖ avec ta volonté !» Donne à l’homme d’un jour‖ que ton sein fait éclore» Ce qu’il lui faut de pain‖ pour vivre son aurore !» Remets-nous le tribut‖ que nous aurons remis» Nous-même en pardonnant‖ à tous nos ennemis.» De peur que sur l’esprit‖ l’argile ne l’emporte,» Ne nous éprouve pas‖ d’une épreuve trop forte ;» Mais toi-même, prêtant‖ ta force à nos combats, »Fais triompher du mal‖ tes enfants d’ici-bas ! »

À l’heure où tout parfum‖ monte de la nature,De l’âme de ce saint‖ tel était le murmure,Prière que plus tard‖ révéla Jésus-Christ,Où l’on entend gémir‖ la chair avec l’esprit,Où l’homme ose d’en bas‖ appeler Dieu son père,Donne à ses ennemis‖ le pardon qu’il espère,Et dit, en proférant‖ la double vérité,À Dieu, miséricorde ;‖ à l’homme, charité !Prière que peut-être,‖ au principe des choses,L’homme trouva du cœur‖ sur ses lèvres écloses.

Pétrifiés de peur,‖ de doute et de respect,Les amants se parlaient‖ de l’œil à cet aspect.À chacun des accents‖ des lèvres du prophète,L’éclair intérieur‖ jaillissait de sa tête,Et, sans savoir à qui‖ l’homme d’en haut parlait,Devant l’éclat de Dieu‖ leur âme se voilait.Mais le vieillard surpris,‖ en refermant la page,Les vit dans sa lumière‖ en levant son visage.Comme on cache ses mains‖ en portant un trésor,Dans un pli de sa robe‖ il prit le livre d’or,Et marchant aux enfants‖ fascinés par la crainte,Les mena par la main‖ hors de l’obscure enceinte.

Sur un des verts plateaux‖ du cap retentissant,Où trois fûts de palmiers‖ montaient en s’unissant,À l’haleine des mers‖ qu’éventait leur toit souple,Il fit à ses côtés‖ asseoir le jeune couple,Sourit à Daïdha,‖ pria le jeune épouxD’apporter les enfants,‖ les mit sur ses genoux,Les baisa sur le front,‖ les remit à leur mère ;Comme si leur aspect,‖ d’une mémoire amère,Avait de son esprit‖ remué les douleurs,De sa paupière blanche‖ essuya quelques pleurs ;Puis, effaçant bientôt‖ sur son mâle visageD’un sourire attendri‖ ce passager nuage,Au beau couple, à ses pieds‖ assis tout interdit,D’une voix pénétrante‖ et paternelle il dit :

« Que l’accent du Seigneur‖ vibre dans mes paroles !Pauvres adorateurs‖ de muettes idoles,Je parlerais en vain,‖ s’il ne vous parlait pas !Mais c’est lui dont le doigt‖ a dirigé vos pas ;C’est lui qui dans votre âme‖ ordonne que je sèmeCe nom qui dans nos cœurs‖ s’était semé lui-même !Ce nom qu’a dispersé‖ parmi les nationsLe vent profanateur‖ des superstitions ;Pour qu’une race au moins‖ sur cette terre infâmeGarde le sceau divin‖ imprimé sur notre âme,Ô chers vases vivants‖ d’innocence et d’amour,Versez ce que je verse‖ en vous, à votre tour !Que je sois le charbon‖ mourant, qui se consume,Qu’on jette presque éteint‖ au bûcher qu’il rallume !Beaux enfants de la nuit,‖ que vos yeux soient ouverts !Pour apprendre Dieu même,‖ apprenez l’univers !» Loin du ciel qui nous luit,‖ des déserts où nous sommes,Il est sous le soleil‖ une autre race d’hommes,Qui s’est multipliée‖ autant que les essaimsQue les ruches du chêne‖ épanchent de leurs seins.Dans ces grandes tribus‖ qui débordent des plaines,La terre disparaît‖ sous ces vagues humaines ;Les antres des rochers‖ autrefois habitésNe leur suffisent plus ;‖ mais d’immenses cités,De grands blocs arrachés‖ aux montagnes, bâtiesPour les contenir tous,‖ de terre sont sorties.Le marbre, le granit,‖ d’éblouissants métaux,Fondus dans la fournaise‖ ou taillés aux marteaux,Que la terre à vos yeux‖ cache dans ses entrailles,Couvrent leur ciel de bronze‖ ou forment leurs murailles.En contemplant de loin‖ ces immenses contours,Où montent à l’envi‖ les dômes et les tours,On croit voir s’élever‖ au milieu des campagnes,De fer, d’argent et d’or‖ d’éclatantes montagnes.Comme un large incendie,‖ en les frappant d’aplombLe soleil resplendit‖ sur cette mer de plomb,Et l’haleine des feux‖ qui sort des toits sans nombreCouvre un grand pan du ciel‖ d’une atmosphère sombre.Le bruit dans les remparts‖ ne peut se renfermer :On entend ces cités‖ mugir comme une mer,Et ce bruit formidable‖ effraye au loin la terrePlus qu’un rugissement‖ de tigre ou de panthère !La respiration‖ s’arrête en l’écoutant ;On sent que l’on n’est rien,‖ devant ce bruit montant,Qu’un brin d’herbe emporté‖ dans le mont qui le roule,Ou qu’un sable des mers‖ englouti sous la houle !» Or, ces hommes, enfants !‖ pour apaiser leur faim,N’ont pas assez des fruits‖ que Dieu mit sous leur main ;Leur foule insatiable‖ en un soleil dévorePlus qu’en mille soleils‖ les champs n’en font éclore ;En vain comme des flots‖ l’horizon écumantRoule à perte de vue‖ en ondes de froment :Par un crime envers Dieu‖ dont frémit la nature,Ils demandent au sang‖ une autre nourriture ;Dans leur cité fangeuse‖ il coule par ruisseaux !Les cadavres y sont‖ étalés en monceaux.Ils traînent par les pieds,‖ des fleurs de la prairie,L’innocente brebis‖ que leur main a nourrie,Et, sous l’œil de l’agneau‖ l’égorgeant sans remord,Ils savourent ses chairs‖ et vivent de la mort !Aussi le sang tout chaud‖ dont ruisselle leur boucheLeur rend le goût brutal‖ et le regard farouche.De cruels aliments‖ incessamment repus,Toute pitié s’efface‖ en leurs cœurs corrompus,Et leur œil, qu’au forfait‖ le forfait habitue,Aime le sang qui coule‖ et l’innocent qu’on tue.Ils aiguisent le fer‖ en pique, en glaive, en dard ;Du métier de tuer‖ ils ont fait le grand art :Le meurtre par milliers‖ s’appelle une victoire ;C’est en lettres de sang‖ que l’on écrit la gloire :Les géants n’ont qu’un but,‖ tuer pour asservir !Le peuple les abhorre,‖ et meurt pour les servir.Ils poussent aux combats,‖ sans colère et sans haines,Des bandes de vautours‖ et des meutes humaines,Qui vont s’entr’égorger‖ au signal de leurs yeuxPour savoir quel tyran‖ les écrase le mieux !Oh ! si vous aviez vu‖ ces grands champs de bataillesCouverts de noirs corbeaux‖ fouillant dans des entrailles,D’aigles désaltérés‖ dans de noirs lacs de sang,D’un peuple tout entier‖ dans son trépas gisant,De crânes décharnés‖ où pend la chevelure,Où le reptile niche,‖ où la brise murmure,Et d’ossements blanchis‖ aux fraîcheurs de la nuitQui du sable foulé‖ sous les pieds ont le bruit !Oh ! si vous aviez vu‖ de grands troupeaux d’hyènesEmporter en hurlant‖ ces nations humaines,Et, l’herbe que le vent‖ déroulait à grand pliOndoyer sur les os‖ d’un peuple enseveli !Vous frémiriez d’horreur,‖ et vous rendriez grâceD’être enfants du désert‖ et nés d’une autre race !… »

Les amants frémissaient,‖ et disaient au vieillard :« Ces peuples de méchants‖ vivent donc au hasard ?Les pères décrépits‖ des tribus insenséesOnt donc dans leur esprit‖ renversé leurs pensées ? »— Les pères, reprit-il,‖ de ces vastes tribus,Hélas ! depuis longtemps‖ ne les gouvernent plus :Ce doux pouvoir du sang,‖ dicté par la nature,Abdiqua le premier‖ sa sainte dictature.Naissant, mourant avec‖ les générations,Il ne suffisait plus‖ au joug des nations ;Le monde, en vieillissant,‖ perdit ses lois prospères ;Des enfants aujourd’hui‖ nul ne connaît les pères !Oui, la famille même‖ a brisé ses liens ;La brute sait ses fils,‖ l’homme ignore les siens.Ainsi pères sans droits,‖ fils sans reconnaissance,Tout sentiment humain‖ a perdu sa puissance ;Des feux sacrés du cœur‖ le foyer est éteint.Nul n’a plus pour devoir‖ que son brutal instinct,Et dans l’homme affranchi‖ de toutes ces entravesLes tyrans sont plus sûrs‖ de trouver des esclaves.Ils ordonnent : le fer‖ suit le geste inhumain ;Rien n’attendrit le cœur,‖ rien n’arrête la main :Car, pour soumettre un peuple‖ au joug d’un maître infâme,Il faut de l’eau du vice‖ empoisonner son âme !

» — Leurs dieux, dit Daïdha,‖ dorment-ils donc toujours ?Ou sont-ils, ainsi qu’eux,‖ insensibles et sourds ?— Leurs dieux ! dit le vieillard,‖ par d’horribles blasphèmes,Quelques hommes hardis‖ se sont faits dieux eux-mêmes !De prestiges sacrés‖ éblouissant les yeux,L’ignorance et la peur‖ les reconnaissent dieux.Pour imposer leur joug‖ au reste de la terre,Ils cachent leurs secrets‖ dans la nuit du mystère,Et, sur l’esprit du peuple‖ épaississant la nuit,Voilent le jour à ceux‖ que leur fourbe séduit ;Afin de conserver‖ leur puissance funeste,Ces dieux, en petit nombre,‖ aveuglent tout le reste ;Répandant autour d’eux‖ l’insulte et les affronts,Au-dessus de la foule‖ ils élèvent leurs fronts.Des plus beaux des mortels‖ leur caste se repeuple.Si quelque enfant d’élite‖ est né parmi le peuple,Ils le font égorger‖ pour la paix des tyrans,Ou pour se recruter‖ l’admettent dans leurs rangs ;Et, fier du nom divin‖ dont la fourbe le nomme,Il apprend qu’il est dieu‖ pour fouler aux pieds l’homme ;Il immole comme eux‖ à sa divinité,Ainsi qu’un vil bétail,‖ toute l’humanité.Il vit de la sueur‖ de la race asservie,Se lave dans le sang‖ et joue avec la vie ;Et ce n’est qu’à l’excès‖ de forfaits odieuxQue l’esclave frissonne‖ et reconnaît les dieux.

» Ils habitent à part‖ dans des demeures fortes,Dont aux pas des humains‖ la mort défend les portes.Comme l’aigle aux sommets‖ des monts bâtit ses nids,Leur palais élevé‖ sur des rocs aplanis,Couvrant de ses arceaux‖ une vaste colline,Voit d’en haut fourmiller‖ la cité qu’il domine.Des murs de ce palais‖ aux immenses contoursLes fondements massifs‖ sont couronnés de tours.Du sommet des remparts,‖ où leurs foudres sommeillent,L’étincelle à la main‖ leurs gardes toujours veillent ;Leur bras tue à distance‖ et frappe sans toucherTout homme audacieux‖ qui tente d’approcher ;Et des globes de feu‖ plus prompts que la penséePortent la mort partout‖ où leur œil l’a lancée.

» Ce qu’enferment, enfants !‖ ces murs mystérieux,La parole ne peut‖ le raconter aux yeux.On y marche sans fin‖ dans les forêts de marbres,Dont l’ombre et le murmure‖ ont la fraîcheur des arbres ;Les feuillages d’or pur,‖ taillés par le ciseau,Frémissent à la brise‖ et tromperaient l’oiseau ;Des fleuves tout entiers,‖ détournés de leur course,Remontent sous la terre‖ et jaillissent en source ;De leur pluie écumante,‖ en gerbes épandus,Ils arrosent les fleurs‖ des jardins suspendus ;Élancés vers le ciel‖ en colonnes liquides,Ils se voûtent d’eux-même‖ en arcades limpides ;Miraculeux palais,‖ dôme artificiel,Où l’œil à travers l’eau‖ voit ondoyer le ciel,Où l’éclat du soleil,‖ plus doux pour la paupière,Des moires de la vague‖ argente sa lumière,Et, brisant ses rayons‖ en mille diamants,Enivre de fraîcheurs‖ et d’éblouissements.La nuit, quand des palais‖ le phare se rallume,Ces dômes ruisselants‖ étincellent d’écume ;Et du jour dans ces eaux‖ multipliant les jeux,Ces fleuves enflammés‖ semblent rouler des feux.

« Dans leur palais bâti‖ de jaspe et de porphyre,Les élus couronnés‖ de ce magique empire,Sous les lois d’un tyran‖ dont ils forment la cour,Font trembler leurs sujets‖ et tremblent à leur tour.À leurs goûts dépravés‖ par l’excès monotone,Il n’est plus de plaisir‖ qu’un crime n’assaisonne.Tantôt ils font lutter,‖ dans des combats affreux,L’homme contre la brute‖ et les hommes entre eux ;Aux longs ruisseaux de sang‖ qui coulent de la veine,Aux palpitations‖ des membres sur l’arène,Tendant leur coupe vide‖ aux mains des échansons,Leur front du vent des nuits‖ savoure les frissons,Et, dans les jeux sanglants‖ de ces bêtes de proie,L’accent du désespoir‖ contraste avec leur joie ! »

Vous frémissez sans doute,‖ et vos cœurs innocentsBondiraient soulevés‖ d’horreur à mes accents,Et mes hideux tableaux‖ souilleraient vos pensées,Et vous croiriez, enfants ;‖ mes lèvres insensées,Si j’achevais de peindre‖ à vos yeux effrayésLa sentine du crime‖ où leurs cœurs sont noyés !Si je vous les montrais,‖ dans leurs sanglants repaires,Enviant leurs venins‖ et leurs dards aux vipères,Sans fin l’un contre l’autre‖ ourdir et conspirer,S’embrasser un moment‖ pour s’entre-déchirer,Des sentiments humains‖ ne nourrir que l’envie,Tuer, tuer toujours‖ pour défendre leur vie,Se rompre et se nouer‖ en sourdes factions,Se rouler dans les flots‖ de leurs séditions,Cacher sous leurs manteaux‖ des armes toujours prêtes,Se verser le poison‖ dans la coupe des fêtes,Et, pour goûter le fruit‖ de crimes imparfaits,Puiser dans leurs remords‖ la soif d’autres forfaits !Tant l’homme qui s’est fait‖ son seul dieu de lui-mêmePeut descendre à jamais‖ sous un poids d’anathème ! »

Et les jeunes époux,‖ échangeant un regard,Involontairement‖ s’écartaient du vieillard.De leur peur, de leur geste,‖ il aperçut la trace :« Oui, je suis né, dit-il,‖ de cette infâme race,Oui, mes pieds ont trempé‖ dans ces iniquités ;Mais j’en ai secoué‖ la souillure : écoutez.

» Dans les murs de Balbek‖ je reçus la naissance ;La mère qui donna‖ le lait à mon enfance,Captive et détestant‖ cet odieux séjour,D’une tribu nomade‖ avait reçu le jour ;Les souverains des dieux‖ se disputaient ses charmes.Mais elle me mêlait‖ le lait avec les larmes ;Car au sein des grandeurs‖ dont s’offensaient ses yeuxElle se souvenait‖ des tentes des aïeux,Elle se souvenait‖ du saint Dieu de sa terre,Et son cœur s’abstenait‖ de tout culte adultère.Quand, suivant de ces lieux‖ l’abominable loi,On m’arracha du sein‖ coulant encor pour moi,De peur qu’un jour le fils‖ ne reconnût la mère,À son cœur déchiré‖ cette heure fut amère ;Aux pieds de ses bourreaux‖ elle alla se jeter,Demandant quelques jours‖ de plus pour m’allaiter.Pendant ces jours comptés‖ par l’avare indulgence,Cachant son crime saint‖ à l’œil de la vengeance,Elle me déchira‖ de son ongle sanglant,En pleurant à mes cris,‖ la peau de mon sein blanc,Et du sang qui coulait‖ figé de la blessure,Comme la dent du tigre‖ imprime sa morsure,Elle écrivit un nom,‖ le saint nom de son Dieu !Puis avec moins de pleurs‖ elle me dit adieu,Espérant à ce signe‖ une fois reconnaîtreDans l’homme enfin grandi‖ l’enfant qu’elle fit naître !

» Sans qu’aucun œil comprît‖ ce signe sur ma peau,Je grandis confondu‖ dans le jeune troupeau,Exerçant du palais‖ les serviles offices,Façonné par les dieux‖ aux sanglants exercices,Instruit par leur exemple à fouler les humains,Allumant dans leurs tours‖ leurs foudres de mes mains,Surpassant mes rivaux,‖ et bientôt dieu moi-même.Cependant je ne sais‖ quelle horreur du blasphème,Soit que ce fût l’effet‖ de ce nom du SeigneurQue ma mère avait mis‖ comme un sceau sur mon cœur,Soit que le sang plus doux‖ d’une plus sainte raceEn moi de ses vertus‖ eût laissé quelque trace,Rendait ce ministère‖ exécrable à mes yeux.Tout en les adorant,‖ je haïssais les dieux ;Et disciple chéri,‖ mais disciple farouche,Je vomissais du cœur‖ ce qu’enseignait leur bouche !

» Un jour qu’atteint du fer‖ dans un de ces combatsQue les hommes d’en haut‖ livraient à ceux d’en bas,Je gisais dans mon sang,‖ et que l’oiseau de proieTournoyant sur mon corps‖ criait déjà de joie ;Qu’en passant près de moi‖ des hommes sans pitiéDe leurs pieds retournaient‖ mon corps mort à moitié ;Une femme parut‖ sur le champ de batailles.Oh ! celle qui porta‖ l’homme dans ses entrailles,Pour savoir si le cœur‖ bat encor sous sa mainSe détourne toujours,‖ elle, de son chemin !Cette femme semblait‖ interroger l’haleineDes cadavres sanglants‖ épars sur cette plaine ;Elle écartait du doigt‖ leur vêtement de fer,Pour ouvrir leur poitrine‖ et pour la réchauffer.On eût dit que ses yeux‖ épiaient avec crainteSur le sein de ces morts‖ quelque fatale empreinte ;De cadavre en cadavre‖ enfin elle approcha,Sur mon pâle visage‖ à son tour se pencha,Reconnut quelque souffle‖ encor dans ma narine,D’une main convulsive‖ entr’ouvrit ma poitrine,Et s’y précipitant‖ en étouffant ses cris :« Adonaï ! dit-elle ;‖ oh ! c’est toi ! toi, mon fils !» Toi que leur cruauté‖ ravit à mes tendresses,» Et que la mort, hélas,‖ rend seule à mes caresses ! »Je sentais ses baisers,‖ je percevais sa voix,Je lui devais la vie‖ une seconde fois :Ce souffle palpitant‖ de l’amour d’une mèreRappelait de mon front‖ la chaleur éphémère ;À défaut de la voix,‖ que je cherchais en vain,Je répondais du cœur,‖ du regard, de la main.Elle étancha mon sang‖ avec des fils d’écorce,Et sur ses bras vieillis,‖ qui retrouvaient leur force,M’enlevant dans la nuit‖ à ce champ du trépas,Dans sa demeure obscure‖ elle traîna mes pas. »

Hélas ! c’était un pauvre‖ et repoussant asile,Dans un lointain faubourg,‖ sentine de la ville,Où l’esclave, rebut‖ des royales amours,Disputait aux pourceaux‖ l’aliment de ses jours ;Mais ce besoin d’aimer‖ qu’a toute créature,Ce réveil de mon âme‖ à la chaste nature,Cet amour maternel‖ et ces baisers pieux,Me firent préférer‖ ce toit aux toits des dieux !Rapidement guéri‖ par les soins de ma mère,Détrompé de ces rois‖ dont le culte est chimère,Instruit secrètement‖ du vrai nom du seul Dieu,Je résolus de vivre‖ ignoré dans ce lieu,De nourrir de mes mains,‖ esclave volontaire,Les vieux jours d’une femme‖ en travaillant la terre ;Et, pour rendre le joug‖ des hommes plus léger,De le subir moi-même‖ et de le partager.Le bruit de mon trépas‖ couvrait mon imprudence.Caché sous les habits‖ d’une vile indigence,Aux derniers rangs du peuple‖ à mon tour descendu,Parmi ces vermisseaux‖ je restai confondu.J’y vécus de longs jours‖ de paix et de misères.Ma mère m’enseignait‖ à soulager mes frères,À panser leur blessure,‖ à porter leur fardeau,À leur distribuer‖ l’huile ou la goutte d’eau.Pour ne pas augmenter‖ ma misérable caste,Quoique jeune et brûlant,‖ mon cœur demeura chaste ;Pour un amour plus saint‖ je me sevrais d’amour.Rentré le soir près d’elle‖ après le poids du jour,À l’abri des tyrans‖ oppresseurs de notre âme,Nos prières montaient‖ de ses lèvres de femme :Elle me racontait‖ de moins barbares mœurs,Comment elle était belle‖ entre toutes ses sœurs,Comment vers l’Orient,‖ aux tentes de ses pères,Tous les hommes, égaux,‖ étaient amis et frères ;Comment leur Dieu sans nom,‖ un, immatériel,Ne parlait qu’à l’esprit,‖ n’habitait que le ciel ;Comment, quoique ici-bas‖ nommé par des paroles,Ses rites les plus purs‖ n’étaient que des symboles ;Qu’aucun nom ne pouvait‖ jamais le contenir ;Que c’était l’outrager‖ que de le définir ;Que sa justice était‖ sans foudre et sans colère ;Et son unique encens‖ le bien fait pour lui plaire !

» À ces saints souvenirs‖ ensemble nous pleurions,Après des jours meilleurs‖ tout bas nous soupirions ;Nous disions que ce crime‖ et cette tyrannie,Ce règne du mensonge‖ et de la zizanieSans doute sur la terre‖ était près de finir ;Que nous verrions bientôt‖ des temps plus saints venir,Ou que le Dieu d’en haut,‖ rassasié d’outrage,Pour le rectifier‖ briserait son ouvrage !Puis, pour hâter des vœux‖ l’aube des jours meilleurs,Nous versions devant lui‖ nos âmes dans nos pleurs !Et du fond gémissant‖ de cette mer de fangesDeux prières montaient‖ et consolaient les anges. »

Quand ma mère sentit‖ son heure s’approcher,Dans le lit de sa tombe‖ avant de se coucher,Son geste m’indiqua,‖ sous sa natte de paille,Une pierre scellée‖ au pied de la muraille.Vers ce trésor secret‖ son bras nu s’étendit,Puis, d’une voix mourante‖ et basse, elle me dit :« Quand je ne serai plus,‖ soulève cette pierre :» Le trésor du Seigneur‖ est là dans la poussière !» Quand je fus enlevée‖ aux champs de nos aïeux,» De tout ce que leur tente‖ avait de précieux,» Comme un homme surpris‖ cache ce qu’il dérobe,» Je n’emportai, cachés‖ dans les plis de ma robe,» Que les feuillets épars‖ par les anges écrits» De nos livres sacrés‖ du père au fils appris,» Comme une voix natale‖ aux plages étrangères» Qui m’y reparlerait‖ des choses de mes pères. »

» Or, les livres, enfants,‖ sont en effet la voix,Aux hommes d’aujourd’hui,‖ des hommes d’autrefois.Cette voix parle aux yeux‖ dans les lignes tracéesOù revivent sans corps‖ d’invisibles pensées ;Où, comme un pied humain‖ dans le sable s’écrit,L’esprit voit à jamais‖ les traces de l’esprit ;Don des anges amis,‖ invention fécondeQui rend l’âme mortelle‖ immortelle en ce monde,Et par qui, des deux bords‖ du temps, converserontCeux qui furent un jour‖ avec ceux qui seront !

« Prends ce livre divin,‖ continua ma mère :» C’est l’âme de mon âme‖ et l’esprit de mon père ;» À la main d’un mortel‖ c’est Dieu qui l’a dicté,» C’est le germe enfoui‖ de toute vérité !» C’est le froment du ciel,‖ c’est la semence vraie» Dont les épis un jour‖ étoufferont l’ivraie,» Afin que, sous le ciel,‖ l’héritage de Dieu» Traverse tous les temps‖ et s’étende en tout lieu !» Dérobe ce trésor‖ aux tyrans de la terre.» Honte ! la vérité‖ doit rester un mystère !» Car du monde usurpé‖ l’infâme souverain,» Avant qu’il fût semé,‖ foulerait le bon grain. »Elle dit, et, fuyant‖ de ses membres d’argile,Son âme s’envola‖ vers son céleste asile.Les ailes de la mort‖ la ravirent aux cieux ;Je la revis du cœur‖ en la perdant des yeux.

» Quand dans la paix des morts‖ je l’eus ensevelie,Sous la pierre ma main‖ prit le livre de vie.Je lus : il me semblait‖ que des milliers de voixQui sortaient du passé‖ me parlaient à la fois,Que mille vérités‖ m’échauffaient la paupière,Et qu’un jour tout nouveau‖ me baignait de lumière.Chaque parole était‖ un éblouissement ;Moins d’étoiles la nuit‖ sortent du firmament ;Ce livre racontait‖ comment toutes les chosesD’une parole unique‖ en ordre étaient écloses,La naissance de l’homme‖ et l’histoire des joursQui du jour éternel‖ jusqu’au nôtre ont leur cours.Il chantait, il pleurait,‖ sa tristesse était tendre ;À ses sanglots parlés‖ le cœur se sentait fendre.Plus souvent comme un maître‖ il parlait à l’esprit ;Et chaque mot profond‖ au fond de l’âme écritÉtait plus plein de sens‖ que l’homme à tête blancheDont la sagesse antique‖ en paroles s’épanche.Tout précepte était bon,‖ toute ligne était loi,Et l’on sentait son cœur‖ qui l’approuvait en soi.

» Or, pour les consoler‖ dans leurs dures misères,Je lisais quelquefois‖ dans ce livre à mes frères,Et nous nous entourions‖ de mystère et de nuit,De peur qu’à nos tyrans‖ l’air n’en portât le bruit.Nous apprenions ensemble‖ à servir, à connaîtreAu delà de nos dieux‖ le seul Dieu, le seul maître ;Un de nos fers tombait‖ à chaque vérité,Et nos soupirs du moins‖ montaient en liberté.Ravis en écoutant‖ la divine lecture,Leurs fronts se relevaient‖ de la terre à mesure,D’un regard moins servile‖ ils regardaient leurs dieux,Ils sentaient qu’ils avaient‖ un vengeur dans les cieux ;Et quelques mots déjà‖ qu’ils ne pouvaient comprendreCouvaient dans les esprits‖ comme un feu sous la cendre.

» Ces symptômes troublaient‖ nos tyrans, effrayésDe voir ces vermisseaux‖ se dresser sous leurs pieds.Ils cherchèrent longtemps‖ quelle sourde espéranceÀ leurs regards plus fiers‖ donnait cette assurance :Ils surent qu’il soufflait‖ un vent séditieuxQui nous enflait le cœur‖ et dessillait nos yeux,Qu’un livre sur leur tête‖ assemblait ces orages ;Ils jurèrent, jaloux,‖ d’en déchirer les pages,Et de persécuter‖ par le fer et le feuDans le cœur des mortels‖ tout nom d’un autre Dieu.Tous ceux qu’ils soupçonnaient‖ de connaître le livreSubirent les tourments‖ et cessèrent de vivre ;Sous le tranchant du fer‖ nul ne le confessa ;De mourir pour son âme‖ aucun ne se lassa.Mais, craignant que le nom‖ en qui le monde espèreNe mourût à jamais‖ avec nous sur la terre,Je m’enfuis en secret‖ de l’infâme cité,Emportant sur mon cœur‖ la voix de vérité ;Je lassai les bourreaux‖ qui poursuivaient ma trace ;Dieu m’ouvrit cet asile,‖ et je lui rendis grâce !

» Avec le livre saint‖ j’habitai dans la nuit ;Mais qu’est-ce qu’un flambeau,‖ mes enfants, s’il ne luit ?Que me servait de vivre‖ éclairé de ma flamme,Si mes frères mouraient‖ dans la nuit de leur âme ;Si le nom du Très-Haut,‖ éteint sur l’univers,Laissait le crime au trône‖ et l’esclave à ses fers ?Je voulus conserver‖ après moi dans le mondeDe ce livre divin‖ la semence féconde ;À mes frères souffrants‖ je voulus quelquefoisJeter de grands accents‖ de l’immortelle voix,Afin que dans leurs cœurs‖ un cri sourd d’espéranceLeur annonçât de loin‖ des jours de délivrance.

» Dès mon enfance instruit‖ des arts mystérieuxQu’on enseigne dans l’ombre‖ aux successeurs des dieux,Sachant peindre les sons‖ et graver les paroles,Écrire pour les yeux‖ les choses en symboles,Découvrir le métal,‖ le tailler au ciseau,Apprivoiser la brute‖ et fasciner l’oiseau,Par tous ces arts secrets‖ dont j’avais l’habitudeJe voulus consacrer‖ ma longue solitude :J’aiguisai les poinçons,‖ je forgeai les marteaux,J’amincis sous leurs coups‖ les lames des métaux.Comme sur une écorce‖ on grave avec l’épine,J’y sculptai sur l’acier‖ la parole divine.Le livre tout entier,‖ copié par ma main,Passa, multiplié,‖ dans mes pages d’airain.Mille fois je refis‖ et refais mon ouvrage ;Dès que ma main pieuse‖ en achève une page,L’aigle prend dans son bec‖ la lame de métal :Dirigé par mon doigt‖ au ciel oriental,De son aile puissante‖ il traverse l’espace ;La cime du Liban‖ derrière lui s’efface ;Attiré par l’éclat‖ des dômes habités,Il plane dans les airs‖ sur les grandes cités ;Il écoute mugir‖ ce grand volcan des âmes,Comme du haut du cap‖ nous entendons les lames ;Il y laisse tomber‖ de son bec entr’ouvertLe morceau de métal‖ de symboles couvert,De ce livre sacré‖ mystérieuse page,Qui semble de Dieu même‖ un céleste message,Et qui, selon qu’il tombe‖ en des bords différents,Fait espérer l’esclave‖ et trembler les tyrans.Ainsi la vérité,‖ que par lambeaux je sème,Dans la corruption‖ germera d’elle-même ;Et si je dois mourir‖ inconnu dans ce lieu,J’aurai derrière moi‖ laissé ce nom de Dieu !… »

Les amants confondus‖ écoutaient ces merveilles.Tout un monde nouveau‖ vibrait dans leurs oreilles ;N’osant interroger,‖ leur timide regardPassait du livre à l’aigle‖ et de l’aigle au vieillard.L’image du grand Dieu‖ qui faisait ces miraclesPréparait en secret‖ leur âme à ses oracles.Daïdha, rougissant‖ de ses vils dieux de bois,Sous ses cheveux épars‖ les cachait dans ses doigts ;Et Cédar retrouvait‖ aussi Dieu dans son âme,Comme un feu dont un vent‖ ranimerait la flamme !Ils brûlaient tous les deux‖ d’entendre les accentsDe cette voix sans bouche‖ invisible à leurs sens,De ce livre divin‖ où le saint solitaireLisait les grands secrets‖ du ciel et de la terre.Le vieillard le tenait‖ fermé sur ses genoux ;Il comprit dans leurs yeux‖ le désir des époux ;Il le leur fit baiser‖ des yeux et de la bouche,Comme, quand on révère,‖ on baise ce qu’on touche ;Et l’ouvrant de sa droite‖ il y lut au hasard,Ici, là, page à page,‖ où tombait son regard ;Et sa voix, en lisant,‖ plus grave et plus sonore,D’un ton surnaturel‖ s’accentuait encore :On eût dit qu’une voix‖ de l’orgue du saint lieuRésonnait ici-bas‖ des paroles de Dieu !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
320((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a rose / éclose féminine, classiqueb clartés / enchantés masculine, classiquec aigles / règles féminine, classiqued épais / paix masculine, classiquee noire / d’ivoire féminine, classiquef d’étonnement / apaisement masculine, classiqueg renversées / pensées féminine, classiqueh pas masculine, classiquei terre / mystère féminine, classiquej sacrés / degrés masculine, classiquek verdure / l’ouverture féminine, classiquel géant / dressant masculine, classiquem colossale / salle féminine, classiquen sol / vol masculine, classiqueo sonore / encore féminine, classiquep habité / obscurité masculine, classiqueq demi-teinte / éteinte féminine, classiquea regard / vieillard masculine, classiqueb figure / murmure féminine, classiquec distraction / l’adoration masculine, classiqued prière / paupière féminine, classiquee voir / noir masculine, classiquef pierre / lumière féminine, classiqueg front / tronc masculine, classiqueh dressées / pensées féminine, classiquei versait / renversait masculine, classiquej route / voûte féminine, classiquek d’appui / lui masculine, classiquel mystère / solitaire féminine, classiquem trésor / d’or masculine, classiquen escarboucle / boucle féminine, classiqueo ornement / diamant masculine, classiquep symbole / vole féminine, classiqueq corail / d’émail masculine, classiquer emblème / même féminine, classiqueb pensées / cadencées féminine, classiquec accents / sens masculine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb l’infini / béni masculine, classiquec lève / s’achève féminine, classiqued bonté / volonté masculine, classiquee éclore / aurore féminine, classiquef remis / ennemis masculine, classiqueg l’emporte / forte féminine, classiqueh combats / d’ici-bas masculine, classiquea nature / murmure féminine, classiqueb Jésus-Christ / l’esprit masculine, classiquec père / espère féminine, classiqued vérité / charité masculine, classiquee choses / écloses féminine, classiquea respect / aspect masculine, classiqueb prophète / tête féminine, classiquec parlait / voilait masculine, classiqued page / visage féminine, classiquef crainte / enceinte féminine, classiquea retentissant / s’unissant masculine, classiqueb souple / couple féminine, classiquec époux / genoux masculine, classiqued mère / amère féminine, classiquee douleurs / pleurs masculine, classiquef visage / nuage féminine, classiqueg interdit / dit masculine, classiquea paroles / idoles féminine, classiquec sème / lui-même féminine, classiqued nations / superstitions masculine, classiquee infâme / âme féminine, classiquef d’amour / tour masculine, classiqueg consume / rallume féminine, classiqueh ouverts / l’univers masculine, classiquei sommes / d’hommes féminine, classiquej essaims / seins masculine, classiquek plaines / humaines féminine, classiquel habités / cités masculine, classiquem bâties / sorties féminine, classiquen métaux / marteaux masculine, classiqueo entrailles / murailles féminine, classiquep contours / tours masculine, classiqueq campagnes / montagnes féminine, classiquer d’aplomb / plomb masculine, classiques nombre / sombre féminine, classiquet renfermer / mer masculine, classiqueu terre / panthère féminine, équivalentev l’écoutant / montant masculine, classiquew roule / houle féminine, classiquex faim / main masculine, classiquey dévore / éclore féminine, classiquez écumant / froment masculine, classiquea nature / nourriture féminine, classiqueb ruisseaux / monceaux masculine, classiquec prairie / nourrie féminine, classiqued remord / mort masculine, classiquee bouche / farouche féminine, classiquef repus / corrompus masculine, classiqueg habitue / tue féminine, classiqueh dard / art masculine, classiquei victoire / gloire féminine, classiquej asservir / servir masculine, classiquek haines / humaines féminine, classiquel yeux / mieux masculine, classiquem batailles / entrailles féminine, classiquen sang / gisant masculine, classiqueo chevelure / murmure féminine, non classiquep nuit / bruit masculine, classiqueq d’hyènes / humaines féminine, classiquer pli / enseveli masculine, classiques grâce / race féminine, classiquea vieillard / hasard masculine, classiqueb insensées / pensées féminine, classiquec tribus / plus masculine, classiqued nature / dictature féminine, classiquee générations / nations masculine, classiquef prospères / pères féminine, classiqueg liens / siens masculine, classiqueh reconnaissance / puissance féminine, classiquei éteint / instinct masculine, classiquej entraves / esclaves féminine, classiquek inhumain / main masculine, classiquea toujours / sourds masculine, classiqueb blasphèmes / eux-mêmes féminine, classiquec yeux / dieux masculine, classiquee nuit / séduit masculine, classiquef funeste / reste féminine, classiqueg affronts / fronts masculine, classiqueh repeuple / peuple féminine, classiquei tyrans / rangs masculine, classiquej nomme / l’homme féminine, classiquek divinité / l’humanité masculine, classiquel asservie / vie féminine, classiquem odieux / dieux masculine, classiquea fortes / portes féminine, classiqueb nids / aplanis masculine, classiquec colline / domine féminine, classiquee sommeillent / veillent féminine, classiquef toucher / d’approcher masculine, classiqueg pensée / lancée féminine, classiquea mystérieux / yeux masculine, classiqueb marbres / arbres féminine, classiquec ciseau / l’oiseau masculine, classiqued course / source féminine, classiquee épandus / suspendus masculine, classiquef liquides / limpides féminine, classiqueg artificiel / ciel masculine, classiqueh paupière / lumière féminine, classiquei diamants / d’éblouissements masculine, classiquej rallume / d’écume féminine, classiquek jeux / feux masculine, classiquea porphyre / empire féminine, classiqueb cour / tour masculine, classiquec monotone / n’assaisonne féminine, classiqued affreux / eux masculine, classiquee veine / l’arène féminine, classiquef échansons / frissons masculine, classiqueg proie / joie féminine, classiquea innocents / accents masculine, classiqueb pensées / insensées féminine, classiquec effrayés / noyés masculine, classiqued repaires / vipères féminine, classiquee conspirer / s’entre-déchirer masculine, classiquef l’envie / vie féminine, classiqueg factions / séditions masculine, classiqueh prêtes / fêtes féminine, classiquei imparfaits / forfaits masculine, classiquej lui-même / d’anathème féminine, classiqueb trace / race féminine, classiquec iniquités / écoutez masculine, classiquea naissance / enfance féminine, classiqueb séjour / jour masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiqued yeux / aïeux masculine, classiquee terre / adultère féminine, classiquef loi / moi masculine, classiqueh jeter / m’allaiter masculine, classiquei indulgence / vengeance féminine, classiquej sanglant / blanc masculine, classiquek blessure / morsure féminine, classiquel Dieu / adieu masculine, classiquem reconnaître / naître féminine, classiquea peau / troupeau masculine, classiqueb offices / exercices féminine, classiquec humains / mains mixte, classiqued moi-même / blasphème féminine, classiquee Seigneur / cœur masculine, mixtef race / trace féminine, classiqueh farouche / bouche féminine, classiquea combats / bas masculine, classiquec pitié / moitié masculine, classiquee main / chemin masculine, classiquef l’haleine / plaine féminine, classiqueg fer / réchauffer masculine, classiqueh crainte / empreinte féminine, classiquei approcha / pencha masculine, classiquej narine / poitrine féminine, équivalentek cris / fils masculine, classiquel tendresses / caresses féminine, classiquem voix / fois masculine, classiquen mère / éphémère féminine, classiqueo vain / main masculine, classiquep d’écorce / force féminine, classiqueq trépas / pas masculine, classiquea asile / ville féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiqued pieux / dieux masculine, classiquee mère / chimère féminine, classiquef Dieu / lieu masculine, classiqueg volontaire / terre féminine, classiqueh léger / partager masculine, classiquei imprudence / indigence féminine, classiquej descendu / confondu masculine, classiquek misères / frères féminine, classiquel fardeau / d’eau masculine, classiquem caste / chaste féminine, classiquen d’amour / jour masculine, classiqueo âme / femme féminine, classiquep mœurs / sœurs masculine, classiqueq pères / frères féminine, classiquer immatériel / ciel masculine, classiques paroles / symboles féminine, classiquet contenir / définir masculine, classiqueu colère / plaire féminine, classiquea pleurions / soupirions masculine, classiqueb tyrannie / zizanie féminine, classiquec finir / venir masculine, classiqued d’outrage / ouvrage féminine, classiquee meilleurs / pleurs masculine, classiquef fanges / anges féminine, classiquea s’approcher / coucher masculine, classiqueb paille / muraille féminine, classiquec s’étendit / dit masculine, classiqued pierre / poussière féminine, classiquee aïeux / précieux masculine, classiquef dérobe / robe féminine, classiqueg écrits / appris masculine, classiqueh étrangères / pères féminine, classiquea voix / d’autrefois masculine, classiqueb tracées / pensées féminine, classiquec s’écrit / l’esprit masculine, classiqued féconde / monde féminine, classiquee converseront / seront masculine, classiquea mère / père féminine, classiqueb dicté / vérité masculine, classiquec vraie / l’ivraie féminine, classiquef souverain / grain masculine, classiqueg d’argile / asile féminine, classiqueh cieux / yeux masculine, classiquea ensevelie / vie féminine, classiqued éblouissement / firmament masculine, classiquef jours / cours masculine, classiqueg tendre / fendre féminine, classiqueh l’esprit / écrit masculine, classiquei blanche / s’épanche féminine, classiquej loi / soi masculine, classiquec connaître / maître féminine, classiqued vérité / liberté masculine, classiquee lecture / mesure féminine, classiquef dieux / cieux masculine, classiqueg comprendre / cendre féminine, classiquea effrayés / pieds masculine, classiqueb espérance / assurance féminine, classiquec séditieux / yeux masculine, classiqued orages / pages féminine, classiquee feu / Dieu masculine, classiquef livre / vivre féminine, classiqueg confessa / lassa masculine, classiqueh espère / terre féminine, classiquei cité / vérité masculine, classiquej trace / grâce féminine, classiquea nuit / luit masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquec l’univers / fers masculine, classiqued monde / féconde féminine, classiquee quelquefois / voix masculine, classiquef d’espérance / délivrance féminine, classiquea mystérieux / dieux masculine, classiqued l’habitude / solitude féminine, classiquee marteaux / métaux masculine, classiquef l’épine / divine féminine, classiqueg main / d’airain masculine, classiqueh ouvrage / page féminine, classiquei métal / oriental masculine, classiquej l’espace / s’efface féminine, classiquel âmes / lames féminine, classiquem entr’ouvert / couvert masculine, classiquen page / message féminine, classiqueo différents / tyrans masculine, classiquep sème / d’elle-même féminine, classiqueq lieu / Dieu masculine, classiquea merveilles / oreilles féminine, classiquec miracles / oracles féminine, classiqued bois / doigts masculine, classiquee âme / flamme féminine, classiqueg solitaire / terre féminine, classiqueh genoux / époux masculine, classiquei bouche / touche féminine, classiquej hasard / regard masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

640 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources