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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1812‑1847

QUATRIÈME MÉDITATION. À Laurence

Alphonse de Lamartine· 8 huitains, octosyllabes, 64 vers

Es-tu d’Europe ? es-tu d’Asie ?Es-tu songe ? es-tu poésie ?Es-tu nature, ou fantaisie,Ou fantôme, ou réalité ?Dans tes yeux l’Inde se décèle,Sur tes cheveux le Nord ruisselle ;Tout climat a son étincelleDans le disque de ta beauté !

Sœur des Psychés, ou fille d’Ève !Quand ma jeunesse avait sa séve,C’était sous ces traits que le rêveM’incarnait en un mille amours ;Je leur disais : « Je vous adore !» Ne disparaissez pas encore !… »Mais ils fuyaient avec l’aurore,Et tu renais avec les jours !

Oh ! pourquoi, divine inconnue,Pourquoi si tard es-tu venue,Du ciel, de l’air ou de la nue,Passer et luire devant moi ?Du regard je t’aurais suivie !Ô Dieu ! qui me rendra ma vie ?Ma part de temps me fut ravie,Puisque je vécus avant toi.

Jour à jour, d’ivresse en ivresse,Tu m’aurais conduit comme en laisse,Sans autre chaîne qu’une tresse,Depuis l’aube jusqu’au trépas ;Sur tout l’univers dispersée,Et dans mille coupes versée,Ma vie, immobile pensée,N’eût été qu’un pas sur tes pas !

Retour perdu vers l’impossible !Le Temps, sous son aile inflexible,A passé ma vie à son crible,Ainsi qu’un rude moissonneur ;Un peu de terre amonceléeDira bientôt dans la vallée :« De ses jours la gerbe est foulée,» Et voilà la part du glaneur ! »

Ces heures, en cercle enchaînées,Qui dansaient au seuil des années,Sortent du chœur découronnées,Et leur aspect se rembrunit ;La dernière vers moi s’avance,Et du doigt me montre en silenceLa couche où le sommeil commenceSur un oreiller de granit.

Est-ce l’heure d’ouvrir son âmeÀ ces songes aux traits de femme,Qui brûlent d’un poison de flammeLes yeux d’abord, le cœur après,Quand des jours l’espace et le nombreSe borne au petit cercle d’ombreQue décrit, sur un tertre sombre,La flèche d’un jeune cyprès ?

Mais toi, si tu viens jeune encore,Au bras de l’époux qui t’adore,Voir une marguerite écloreDe ce gazon qui fleurit tard,Dis, en marchant sur ma poussière :« Celui qui dort sous cette pierre» Conserve au ciel, dans sa paupière,» Un rayon qui fut mon regard ! »

Versification

Forme
8 huitains (huitains)
Rimes
8(aaabcccb)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
8 huitains
Mots à la rime
a d’Asie / poésie / fantaisie féminine, classiqueb réalité / beauté masculine, classiquec décèle / ruisselle / étincelle féminine, classiquea d’Ève / séve / rêve féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquec adore / encore / l’aurore féminine, équivalentea inconnue / venue / nue féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquec suivie / vie / ravie féminine, classiquea ivresse / laisse / tresse féminine, classiqueb trépas / pas masculine, classiquec dispersée / versée / pensée féminine, classiquea l’impossible / inflexible / crible féminine, classiqueb moissonneur / glaneur masculine, classiquec amoncelée / vallée / foulée féminine, classiquea enchaînées / années / découronnées féminine, classiqueb rembrunit / granit masculine, classiquec s’avance / silence / commence féminine, classiquea âme / femme / flamme féminine, classiqueb après / cyprès masculine, classiquec nombre / d’ombre / sombre féminine, classiquea encore / t’adore / éclore féminine, classiqueb tard / regard masculine, classiquec poussière / pierre / paupière féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources