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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1812‑1847

DEUXIÈME MÉDITATION. Sultan, le cheval arabe

À M. DE CHAMPEAUX 1838

Alphonse de Lamartine· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Le soleil du désert‖ ne luit plus sur ta lame,Ô mon large yatagan‖ plus poli qu’un miroir,Où Kaïdha mirait‖ son visage de femme,Comme un rayon sortant‖ des ombres d’un ciel noir ?

Tu pends par la poignée‖ au pilier d’une tente,Avec mon narghilé,‖ ma selle, et mon fusil ;Et, semblable à mon cœur‖ qui s’use dans l’attente,La rouille et le repos‖ te dévorent le fil !

Et toi, mon fier Sultan,‖ à la crinière noire,Coursier né des amours‖ de la foudre et du vent,Dont quelques poils de jais‖ tigraient la blanche moire,Dont le sabot mordait‖ sur le sable mouvant,

Que fais-tu maintenant,‖ cher berceur de mes rêves ?Mon oreille aimait tant‖ ton pas mélodieux,Quand la bruyante mer,‖ dont nous suivions les grèves,Nous jetait sa fraîcheur‖ et son écume aux yeux !

Tu rengorgeais si beau‖ ton cou marbré de veines,Quand celle que ma main‖ sur ta croupe élançaitT’appelait par ton nom,‖ et, retirant tes rênes,Marquetait de baisers‖ ton poil qui frémissait !

Je la livrais sans peur‖ à ton galop sauvage !La vague de la mer,‖ dans le golfe dormant,Moins amoureusement‖ berce près du rivageLa barque abandonnée‖ à son balancement :

Car, au plus léger cri‖ qui gonflait sa poitrine,Tu t’arrêtais tournant‖ ton bel œil vers tes flancs,Et, retenant ton feu‖ dans ta rose narine,De l’écume du mors‖ tu lavais ses pieds blancs.

Penses-tu quelquefois,‖ le front bas vers la terre,À ce maître venu‖ dans ton désert natal,Qui parlait sur ta croupe‖ une langue étrangère,Et qui t’avait payé‖ d’un monceau de métal ?

Penses-tu quelquefois‖ à la jeune maîtresseQui pour parer ta bride,‖ houri d’un autre ciel,Détachait les rubis‖ ou les fleurs de sa tresse,Et dont la main t’offrait‖ de blancs cristaux de miel ?

Où sont-ils ? que font-ils ?‖ quels climats les retiennent ?Les vaisseaux dont tu vois‖ souvent blanchir les mâts,Ces grands oiseaux des mers‖ qui vont et qui reviennent,Sur ton sable doré‖ ne les déposent pas.

Ne les hennis-tu pas‖ de ton naseau sonore ?Ton cœur dans ton poitrail‖ ne bat-il pas d’amour,Quand ton oreille entend‖ dans les champs de l’auroreLe nom, cher au Liban,‖ de ce maître d’un jour ?

Oh ! oui, car de ta selle,‖ en détachant mes armes,Tu me jetas tout triste‖ un regard presque humain,Je vis ton œil bronzé‖ se ternir, et deux larmes,Le long de tes naseaux,‖ glissèrent sur ma main !

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a lame / femme féminine, classiqueb miroir / noir masculine, classiquea tente / l’attente féminine, classiqueb fusil / fil masculine, classiquea noire / moire féminine, classiqueb vent / mouvant masculine, classiquea rêves / grèves féminine, classiqueb mélodieux / yeux masculine, classiquea veines / rênes féminine, classiqueb élançait / frémissait masculine, classiquea sauvage / rivage féminine, classiqueb dormant / balancement masculine, classiquea poitrine / narine féminine, classiqueb flancs / blancs masculine, classiquea terre / étrangère féminine, classiqueb natal / métal masculine, classiquea maîtresse / tresse féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquea retiennent / reviennent féminine, classiqueb mâts / pas masculine, classiquea sonore / l’aurore féminine, classiqueb d’amour / jour masculine, classiquea armes / larmes féminine, classiqueb humain / main masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources