Méditations poétiques, 1823
VINGT-SEPTIÈME MÉDITATION. À un curé de village
1829
Doux pasteur du troupeau des âmes,Qui conduis aux sources de DieuCes petits enfants et ces femmesPenchés aux coupes du saint lieu ;
Semeur des célestes paroles,Qui sèmes la gerbe du Christ,Ce sénevé des paraboles,Dont le grain lève dans l’esprit ;
Médecin d’intime souffrance,Qui les retourne et les endort,Qui guéris avec l’espéranceEt vivifie avec la mort ;
Barde de la lyre infinie,Qui, pour chanter dans le grand chœur,N’as pas besoin d’autre génieQue des battements de ton cœur :
Hé quoi ! tu craindrais que ma porte,À tes accents ne s’ouvrît pas,Avec les anges pour escorte,Et les prophètes sur tes pas ?
Ah ! viens, si ma route est ta voie,De ton bâton de peuplier,Au nom de celui qui t’envoie,Presser mon sol hospitalier !
Mes chiens, qui devinent leur maître,D’eux-même iront lécher tes doigts ;Les colombes de ma fenêtreNe s’envoleront pas aux toits.
Mes oiseaux même ont l’habitudeDe voir monter par le cheminCes anges de la solitude ;Et le marteau connaît leur main.
Fils des champs, j’aimai de bonne heureCes laboureurs vêtus de deuil,Dont on voit la pauvre demeureEntre l’église et le cercueil ;
Le jardin qui rit à leur porte,Dans un buisson de noisetiers ;Leur seuil couvert de feuille morte,Où le pauvre a fait des sentiers ;
La voix de leur cloche sonore,Qui dit aux vains enfants du bruitQue le Seigneur est dans l’aurore,Que le Seigneur est dans la nuit ;
Les longs bords de leur robe blanche,Par des troupes d’enfants suivis,Qu’on voit balayer le dimancheLa poussière des vieux parvis ;
Cette odeur de myrrhe et de rosesQui s’exhale autour de leurs pas,Et leur voix qui parle de chosesQue l’œil des hommes ne voit pas !
Quand le sillon courbe le reste,Eux seuls travaillent de leur mainÀ l’œuvre du Père céleste,Pour un autre prix que du pain !
L’onde qu’ils versent désaltèreD’autres soifs que celle des sens,Et de tous les dons de la terreIls ne moissonnent que l’encens !
Viens donc, détachant ta ceinture,Au foyer des bardes t’asseoir ;Ils sont les voix de la nature,Et vous en êtes l’encensoir !
Que t’importe en quel caractèreLe nom du Seigneur est écrit,Pourvu qu’il soit lu sur la terre,Et qu’il remplisse tout esprit ?
Quand Jésus gravait sa penséeSur le sable avec un roseau,Pleurait-il la lettre effacéeSous l’aile ou les pieds de l’oiseau ?
Quand l’Agneau victime du monde,Dont la laine a fait tes habits,Aux flancs des collines sans ondePaissait lui-même ses brebis,
Loin des piscines de son Père,Il n’écartait pas de la mainLa pauvre brebis étrangèreBroutant aux ronces du chemin.
Et quand il glanait en exempleL’épi laissé dans le buisson,Et portait tout petit, au temple,Les prémices de sa moisson,
Ne liait-il pas dans sa gerbe,Pour l’offrir au Père commun,Des brins verdoyants de toute herbeEt des plantes de tout parfum ?
Versification
- Forme
- 22 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 22(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 22 quatrains
- Mots à la rime
- a âmes / femmes féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea paroles / paraboles féminine, classiqueb Christ / l’esprit masculine, classiquea souffrance / l’espérance féminine, classiqueb endort / mort masculine, classiquea infinie / génie féminine, classiqueb chœur / cœur masculine, classiquea porte / escorte féminine, classiqueb pas masculine, classiquea voie / t’envoie féminine, classiqueb peuplier / hospitalier masculine, classiquea maître / fenêtre féminine, classiqueb doigts / toits masculine, classiquea l’habitude / solitude féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea heure / demeure féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquea porte / morte féminine, classiqueb noisetiers / sentiers masculine, classiquea sonore / l’aurore féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea blanche / dimanche féminine, classiqueb suivis / parvis masculine, classiquea roses / choses féminine, classiquea reste / céleste féminine, classiqueb main / pain masculine, classiquea désaltère / terre féminine, classiqueb sens / l’encens masculine, classiquea ceinture / nature féminine, classiqueb t’asseoir / l’encensoir masculine, classiquea caractère / terre féminine, classiqueb écrit / esprit masculine, classiquea pensée / effacée féminine, classiqueb roseau / l’oiseau masculine, classiquea monde / onde féminine, classiqueb habits / brebis masculine, classiquea Père / étrangère féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea exemple / temple féminine, classiqueb buisson / moisson masculine, classiquea gerbe / herbe féminine, classiqueb commun / parfum masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
88 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources