Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1823

VINGT-UNIÈME MÉDITATION. Adieux à la mer

Alphonse de Lamartine· 18 quintils, octosyllabes, 90 vers

Naples, 1822

Murmure autour de ma nacelle,Douce mer dont les flots chéris,Ainsi qu’une amante fidèle,Jettent une plainte éternelleSur ces poétiques débris !

Que j’aime à flotter sur ton onde,À l’heure où du haut du rocherL’oranger, la vigne féconde,Versent sur ta vague profondeUne ombre propice au nocher !

Souvent, dans ma barque sans rame,Me confiant à ton amour,Comme pour assoupir mon âme,Je ferme au branle de ta lameMes regards fatigués du jour.

Comme un coursier souple et docileDont on laisse flotter le mors,Toujours, vers quelque frais asile,Tu pousses ma barque fragileAvec l’écume de tes bords.

Ah ! berce, berce, berce encore,Berce pour la dernière fois,Berce cet enfant qui t’adore,Et qui depuis sa tendre auroreN’a rêvé que l’onde et les bois !

Le Dieu qui décora le mondeDe ton élément gracieux,Afin qu’ici tout se réponde,Fit les cieux pour briller sur l’onde,L’onde pour réfléchir les cieux.

Aussi pur que dans ma paupière,Le jour pénètre ton flot pur ;Et dans ta brillante carrièreTu sembles rouler la lumièreAvec tes flots d’or et d’azur.

Aussi libre que la pensée,Tu brises le vaisseau des rois,Et dans ta colère insensée,Fidèle au Dieu qui t’a lancée,Tu ne t’arrêtes qu’à sa voix.

De l’infini sublime image,De flots en flots l’œil emportéTe suit en vain de plage en plage ;L’esprit cherche en vain ton rivage,Comme ceux de l’éternité.

Ta voix majestueuse et douceFait trembler l’écho de tes bords ;Ou sur l’herbe qui te repousse,Comme le zéphyr dans la mousse,Murmure de mourants accords.

Que je t’aime, ô vague assouplie,Quand, sous mon timide vaisseau,Comme un géant qui s’humilie,Sous ce vain poids l’onde qui plieMe creuse un liquide berceau !

Que je t’aime quand ; le zéphireEndormi dans tes antres frais,Ton rivage semble sourireDe voir, dans ton sein qu’il admire,Flotter l’ombre de ses forêts !

Que je t’aime quand, sur ma poupe,Des festons de mille couleurs,Pendant au vent qui les découpe,Te couronnent comme une coupeDont les bords sont voilés de fleurs !

Qu’il est doux, quand le vent caresseTon sein mollement agité,De voir, sous ma main qui la presse,Ta vague qui s’enfle et s’abaisseComme le sein de la beauté !

Viens à ma barque fugitive,Viens donner le baiser d’adieux ;Roule autour une voix plaintive,Et de l’écume de ta riveMouille encor mon front et mes yeux.

Laisse sur ta plaine mobileFlotter ma nacelle à son gréEt sous l’antre de la Sibylle,Ou sur le tombeau de Virgile :Chacun de tes flots m’est sacré.

Partout sur ta rive chérie,Où l’amour éveilla mon cœur,Mon âme, à sa vue attendrie,Trouve un asile, une patrie,Et des débris de son bonheur.

Flotte au hasard : sur quelque plageQue tu me fasses dériver,Chaque flot m’apporte une image ;Chaque rocher de ton rivageMe fait souvenir ou rêver !

Versification

Forme
18 quintils (quintils)
Rimes
18(abaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
18 quintils
Mots à la rime
a nacelle / fidèle / éternelle féminine, classiqueb chéris / débris masculine, classiquea onde / féconde / profonde féminine, classiqueb rocher / nocher masculine, classiquea rame / âme / lame féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquea docile / asile / fragile féminine, classiqueb mors / bords masculine, classiquea encore / t’adore / aurore féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquea monde / réponde / l’onde féminine, classiqueb gracieux / cieux masculine, classiquea paupière / carrière / lumière féminine, classiqueb pur / d’azur masculine, classiquea pensée / insensée / lancée féminine, classiqueb rois / voix masculine, classiquea image / plage / rivage féminine, classiqueb emporté / l’éternité masculine, classiquea douce / repousse / mousse féminine, classiqueb bords / accords masculine, classiquea assouplie / s’humilie / plie féminine, classiqueb vaisseau / berceau masculine, classiquea zéphire / sourire / admire féminine, classiqueb frais / forêts masculine, classiquea poupe / découpe / coupe féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea caresse / presse / s’abaisse féminine, classiqueb agité / beauté masculine, classiquea fugitive / plaintive / rive féminine, classiqueb d’adieux / yeux masculine, classiquea mobile / Sibylle / Virgile féminine, classiqueb gré / sacré masculine, classiquea chérie / attendrie / patrie féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea plage / image / rivage féminine, classiqueb dériver / rêver masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources