Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1823

QUATORZIÈME MÉDITATION. Consolation

Alphonse de Lamartine· 16 quatrains, alexandrins, 64 vers

Quand le Dieu qui me frappe,‖ attendri par mes larmes,De mon cœur oppressé‖ soulève un peu sa main,Et, donnant quelque trêve‖ à mes longues alarmes,Laisse tarir mes yeux‖ et respirer mon sein,

Soudain, comme le flot‖ refoulé du rivageAux bords qui l’ont brisé‖ revient en gémissant,Ou comme le roseau,‖ vain jouet de l’orage,Qui plie et rebondit‖ sous la main du passant,

Mon cœur revient à Dieu‖ plus docile et plus tendre,Et, de ses châtiments‖ perdant le souvenir,Comme un enfant soumis‖ n’ose lui faire entendreQu’un murmure amoureux‖ pour se plaindre et bénir.

Que le deuil de mon âme‖ était lugubre et sombre !Que de nuits sans pavots,‖ que de jours sans soleil !Que de fois j’ai compté‖ les pas du temps dans l’ombre,Quand les heures passaient‖ sans mener le sommeil !

Mais loin de moi ces temps !‖ que l’oubli les dévore !Ce qui n’est plus pour l’homme‖ a-t-il jamais été ?Quelques jours sont perdus ;‖ mais le bonheur encorePeut fleurir sous mes yeux‖ comme une fleur d’été !

Tous les jours sont à TOI :‖ que t’importe leur nombre ?Tu dis ; le temps se hâte,‖ ou revient sur ses pas.Eh ! n’es-tu pas CELUI‖ qui fit reculer l’ombreSur le cadran rempli‖ d’un roi que tu sauvas ?

Si tu voulais, ainsi‖ le torrent de ma vie,À sa source aujourd’hui‖ remontant sans efforts,Nourrirait de nouveau‖ ma jeunesse tarie,Et de ses flots vermeils‖ féconderait ses bords ;

Ces cheveux dont la neige,‖ hélas ! argente à peineUn front où la douleur‖ a gravé le passé,L’ombrageraient encor‖ de leur touffe d’ébène,Aussi pur que la vague‖ où le cygne a passé ;

L’amour ranimerait‖ l’éclat de ces prunelles,Et ce foyer du cœur,‖ dans les yeux répété,Lancerait de nouveau‖ ces chastes étincellesQui d’un désir craintif‖ font rougir la beauté.

Dieu ! laisse-moi cueillir‖ cette palme féconde,Et dans mon sein ravi‖ l’emporter pour toujours,Ainsi que le torrent‖ emporte dans son ondeLes roses de Sarons‖ qui parfument son cours !

Quand pourrai-je la voir‖ sur l’enfant qui reposeS’incliner doucement‖ dans le calme des nuits ?Quand verrai-je ses fils,‖ de leurs lèvres de rose,Se suspendre à son sein‖ comme l’abeille aux lis ?

À l’ombre du figuier,‖ près du courant de l’onde,Loin de l’œil de l’envie‖ et des pas du pervers,Je bâtirai pour eux‖ un nid parmi le monde,Comme sur un écueil‖ l’hirondelle des mers.

Là, sans les abreuver‖ à ces sources amèresOù l’humaine sagesse‖ a mêlé son poison,De ma bouche, fidèle‖ aux leçons de mes pères,Pour unique sagesse‖ ils apprendront ton nom.

Là, je leur laisserai‖ le modeste héritageQu’aux petits des oiseaux‖ Dieu donne à leur réveil,L’eau pure du torrent,‖ un nid sous le feuillage,Les fruits tombés de l’arbre,‖ et ma place au soleil.

Alors, le front chargé‖ de guirlandes fanées,Tel qu’un vieil olivier‖ parmi ses rejetons,Je verrai de mes fils‖ les brillantes annéesCacher mon tronc flétri‖ sous leurs jeunes festons.

Alors j’entonnerai‖ l’hymne de ma vieillesse,Et, convive enivré‖ des vins de ta bonté,Je passerai la coupe‖ aux mains de la jeunesse,Et je m’endormirai‖ dans ma félicité.

Versification

Forme
16 quatrains (quatrains)
Rimes
16(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
16 quatrains
Mots à la rime
a larmes / alarmes féminine, classiqueb main / sein masculine, classiquea rivage / l’orage féminine, classiqueb gémissant / passant masculine, classiquea tendre / entendre féminine, classiqueb souvenir / bénir masculine, classiquea sombre / l’ombre féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea dévore / encore féminine, classiqueb été / d’été masculine, classiquea nombre / l’ombre féminine, classiqueb pas / sauvas masculine, classiquea vie / tarie féminine, classiqueb efforts / bords masculine, classiquea peine / d’ébène féminine, classiqueb passé masculine, classiquea prunelles / étincelles féminine, classiqueb répété / beauté masculine, classiquea féconde / onde féminine, classiqueb toujours / cours masculine, classiquea repose / rose féminine, classiqueb nuits / lis masculine, classiquea l’onde / monde féminine, classiqueb pervers / mers masculine, classiquea amères / pères féminine, classiqueb poison / nom masculine, classiquea héritage / feuillage féminine, classiqueb réveil / soleil masculine, classiquea fanées / années féminine, classiqueb rejetons / festons masculine, classiquea vieillesse / jeunesse féminine, classiqueb bonté / félicité masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources