Méditations poétiques, 1823
QUINZIÈME MÉDITATION. Les préludes
À M. VICTOR HUGO
La nuit, pour rafraîchir‖ la nature embrasée,De ses cheveux d’ébène‖ exprimant la rosée,Pose au sommet des monts‖ ses pieds silencieux,Et l’ombre et le sommeil‖ descendent sur mes yeux :C’était l’heure où jadis…‖ Mais aujourd’hui mon âme,Comme un feu dont le vent‖ n’excite plus la flamme,Fait pour se ranimer‖ un inutile effort,Retombe sur soi-même,‖ et languit et s’endort.Que ce calme lui pèse !‖ Ô lyre ! ô mon génie !Musique intérieure,‖ ineffable harmonie,Harpe que j’entendais‖ résonner dans les airsComme un écho lointain‖ des célestes concerts,Pendant qu’il en est temps,‖ pendant qu’il vibre encore,Venez, venez bercer‖ ce cœur qui vous implore !Et toi qui donnes l’âme‖ à mon luth inspiré,Esprit capricieux,‖ viens, prélude à ton gré !
Il descend ! il descend !‖ La harpe obéissanteA frémi mollement‖ sous son vol cadencé,Et de la corde frémissanteLe souffle harmonieux‖ dans mon âme a passé.
L’onde qui baise ce rivage,De quoi se plaint-elle à ses bords ?Pourquoi le roseau sur la plage,Pourquoi le ruisseau sous l’ombrage,Rendent-ils de tristes accords ?
De quoi gémit la tourterelleQuand, dans le silence des bois,Seule auprès du ramier fidèle,L’amour fait palpiter son aile,Les baisers étouffent sa voix ?
Et toi, qui mollement te livreAu doux sourire du bonheur,Et du regard dont tu m’enivreMe fais mourir, me fais revivre ;De quoi te plains-tu sur mon cœur ?
Plus jeune que la jeune Aurore,Plus limpide que ce flot pur,Ton âme au bonheur vient d’éclore,Et jamais aucun souffle encoreN’en a terni le vague azur.
Cependant si ton cœur soupireDe quelque poids mystérieux,Sur tes traits si la joie expire,Et si tout près de ton sourireBrille une larme dans tes yeux,
Hélas ! c’est que notre faiblesse,Pliant sous sa félicitéComme un roseau qu’un souffle abaisse,Donne l’accent de la tristesseMême au chant de la volupté ;
Ou bien peut-être qu’avertieDe la fuite de nos plaisirs,L’âme en extase anéantieSe réveille et sent que la vieFuit dans chacun de nos soupirs.
Ah ! laisse le zéphyr avideÀ leur source arrêter tes pleurs ;Jouissons de l’heure rapide :Le temps fuit, mais son flot limpideDu ciel réfléchit les couleurs.
Tout naît, tout passe, tout arriveAu terme ignoré de son sort :À l’Océan l’onde plaintive,Aux vents la feuille fugitive,L’aurore au soir, l’homme à la mort.
Mais qu’importe, ô ma bien-aimée,Le terme incertain de nos jours,Pourvu que sur l’onde calmée,Par une pente parfumée,Le temps nous entraîne en son cours ?
Pourvu que, durant le passage,Couché dans tes bras à demi,Les yeux tournés vers ton image,Sans le voir, j’aborde au rivageComme un voyageur endormi ?
Le flot murmurant se retireDu rivage qu’il a baisé ;La voix de la colombe expire,Et le voluptueux zéphireDort sur le calice épuisé.
Embrassons-nous, mon bien suprême,Et, sans rien reprocher aux dieux,Un jour, de la terre où l’on aime,Évanouissons-nous de mêmeEn un soupir mélodieux !
Non, non, brise à jamais‖ cette corde amollie !Mon cœur ne répond plus‖ à ta voix affaiblie.L’amour n’a pas de sons‖ qui puissent l’exprimer :Pour révéler sa langue,‖ il faut, il faut aimer.Un seul soupir du cœur‖ que le cœur nous renvoie,Un œil demi-voilé‖ par des larmes de joie,Un regard, un silence,‖ un accent de sa voix,Un mot toujours le même‖ et répété cent fois,Ô lyre, en disent plus‖ que ta vaine harmonie !L’amour est à l’amour,‖ le reste est au génie.Si tu veux que mon cœur‖ résonne sous ta main,Tire un plus mâle accord‖ de tes fibres d’airain.
J’entends, j’entends de loin‖ comme une voix qui gronde ;Un souffle impétueux‖ fait frissonner les airs,Comme l’on voit frissonner l’ondeQuand l’aigle, au vol pesant,‖ rase le sein des mers.
Eh ! qui m’emportera‖ sur des flots sans rivages ?Quand pourrai-je, la nuit,‖ aux clartés des orages,Sur un vaisseau sans mâts,‖ au gré des aquilons,Fendre de l’Océan‖ les liquides vallons,M’engloutir dans leur sein,‖ m’élancer sur leurs cimes,Rouler avec la vague‖ au sein des noirs abîmesEt, revomi cent fois‖ par les gouffres amers,Flotter comme l’écume‖ au vaste sein des mers ?D’effroi, de volupté‖ tour à tour éperdue,Cent fois entre la vie‖ et la mort suspendue,Peut-être que mon âme,‖ au sein de ces horreurs,Pourrait jouir au moins‖ de ses propres terreurs,Et, prête à s’abîmer‖ dans la nuit qu’elle ignore,À la vie un moment‖ se reprendrait encore,Comme un homme roulant‖ des sommets d’un rocherDe ses bras tout sanglants‖ cherche à s’y rattacher.Mais toujours repasser‖ par une même route,Voir ses jours épuisés‖ s’écouler goutte à goutte ;Mais suivre pas à pas‖ dans l’immense troupeauCes générations,‖ inutile fardeau,Qui meurent pour mourir,‖ qui vécurent pour vivre,Et dont chaque printemps‖ la terre se délivre,Comme dans nos forêts‖ le chêne avec méprisLivre aux vents des hivers‖ ses feuillages flétris ;Sans regrets, sans espoir,‖ avancer dans la vieComme un vaisseau qui dort‖ sur une onde assoupie ;Sentir son âme usée‖ en un stérile effort,Se ronger lentement‖ sous la rouille du sort ;Penser sans découvrir,‖ aspirer sans atteindre,Briller sans éclairer,‖ et pâlir sans s’éteindre,Hélas ! tel est mon sort‖ et celui des humains.Nos pères ont passé‖ par les mêmes chemins ;Chargés du même sort,‖ nos fils prendront nos places :Ceux qui ne sont pas nés‖ y trouveront leurs traces.Tout s’use, tout périt,‖ tout passe : mais, hélas !Excepté les mortels,‖ rien ne change ici-bas.Toi qui rendais la force‖ à mon âme affligée,Esprit consolateur,‖ que ta voix est changée !On dirait qu’on entend,‖ au séjour des douleurs,Rouler, à flots plaintifs,‖ le sourd torrent des pleurs.Pourquoi gémir ainsi,‖ comme un souffle d’orage,À travers les rameaux‖ qui pleurent leur feuillage ?Pourquoi ce vain retour‖ vers la félicité ?Quoi donc ! ce qui n’est plus‖ a-t-il jamais été ?Faut-il que le regret,‖ comme une ombre ennemie,Vienne s’asseoir sans cesse‖ au festin de la vie,Et, d’un regard funèbre‖ effrayant les humains,Fasse tomber toujours‖ les coupes de leurs mains ?Non : de ce triste aspect‖ que ta voix me délivre !Oublions, oublions :‖ c’est le secret de vivre.Viens, chante, et, du passé‖ détournant mes regards,Précipite mon âme‖ au milieu des hasards !
De quels sons belliqueux‖ mon oreille est frappée !C’est le cri du clairon,‖ c’est la voix du coursier ;La corde de sang trempéeRetentit comme l’épéeSur l’orbe du bouclier.
La trompette a jeté‖ le signal des alarmes :Aux armes ! et l’écho‖ répète au loin : Aux armes !Dans la plaine soudain‖ les escadrons épars,Plus prompts que l’aquilon,‖ fondent de toutes parts,Et sur les flancs épais‖ des légions mortellesS’étendent tout à coup‖ comme deux sombres ailes.Le coursier, retenu‖ par un frein impuissant,Sur ses jarrets pliés‖ s’arrête en frémissant ;La foudre dort encore,‖ et sur la foule immensePlane, avec la terreur,‖ un lugubre silence :On n’entend que le bruit‖ de cent mille soldatsMarchant comme un seul homme‖ au-devant du trépas,Les roulements des chars,‖ les coursiers qui hennissent,Les ordres répétés‖ qui dans l’air retentissent,Ou le bruit des drapeaux‖ soulevés par les vents,Qui, dans les camps rivaux‖ flottant à plis mouvants,Tantôt semblent, enflés‖ d’un souffle de victoire,Vouloir voler d'eux-même‖ au-devant de la gloire,Et tantôt, retombant‖ le long des pavillons,De leurs funèbres plis‖ couvrir leurs bataillons.
Mais sur le front des camps‖ déjà les bronzes grondent :Ces tonnerres lointains‖ se croisent, se répondent ;Des tubes enflammés‖ la foudre avec effortSort, et frappe en sifflant‖ comme un souffle de mort :Le boulet dans les rangs‖ laisse une large trace,Ainsi qu’un laboureur‖ qui passe et qui repasse,Et, sans se reposer‖ déchirant le vallon,À côté du sillon‖ creuse un autre sillon :Ainsi le trait fatal‖ dans les rangs se promène,Et comme des épis‖ les couche dans la plaine.Ici, tombe un héros‖ moissonné dans sa fleur,Superbe, et l’œil brillant‖ d’orgueil et de valeur.Sur son casque doré,‖ d’où jaillit la lumière,Flotte d’un noir coursier‖ l’ondoyante crinière :Ce casque éblouissant‖ sert de but au trépas ;Par la foudre frappé‖ d’un coup qu’il ne sent pas,Comme un faisceau d’acier‖ il tombe sur l’arène ;Son coursier bondissant,‖ qui sent flotter la rêne,Lance un regard oblique‖ à son maître expirant,Revient, penche sa tête,‖ et le flaire en pleurant.Là, tombe un vieux guerrier‖ qui, né dans les alarmes,Eut les camps pour patrie,‖ et pour amour ses armes.Il ne regrette rien‖ que ses chers étendards,Et les suit, en mourant,‖ de ses derniers regards…La mort vole au hasard‖ dans l’horrible carrière ;L’un périt tout entier ;‖ l’autre sur la poussière,Comme un tronc dont la hache‖ a coupé les rameaux,De ses membres épars‖ voit voler les lambeaux,Et, se traînant encor‖ sur la terre humectée,Marque en ruisseaux de sang‖ sa trace ensanglantée.Le blessé que la mort‖ n’a frappé qu’à demiFuit en vain, emporté‖ dans les bras d’un ami :Sur le sein l’un de l’autre‖ ils sont frappés ensemble,Et bénissent du moins‖ le coup qui les rassemble.Mais de la foudre en vain‖ les livides éclatsPleuvent sur les deux camps :‖ d’intrépides soldats,Comme la mer qu’entr’ouvre‖ une proue écumanteSe referme soudain‖ sur sa trace fumante,Sur les rangs écrasés‖ formant de nouveaux rangs,Viennent braver la mort‖ sur les corps des mourants !…
Cependant, las d’attendre‖ un trépas sans vengeance,Les deux camps, animés‖ d’une même vaillance,Se heurtent, et, du choc‖ ouvrant leurs bataillons,Mêlent en tournoyant‖ leurs sanglants tourbillons.Sous le pied des coursiers‖ les escadrons s’entr’ouvrent ;D’une voûte d’airain‖ les rangs pressés se couvrent ;Les feux croisent les feux,‖ le fer frappe le fer ;Les rangs entre-choqués‖ lancent un seul éclair :Le salpêtre, au milieu‖ des torrents de fumée,Brille et court en grondant‖ sur la ligne enflammée,Et, d’un nuage épais‖ enveloppant leur sort,Cache encore à nos yeux‖ la victoire ou la mort.Ainsi quand deux torrents‖ dans deux gorges profondes,De deux monts opposés‖ précipitant leurs ondes,Dans le lit trop étroit‖ qu’ils vont se disputerViennent au même instant‖ tomber et se heurter,Le flot choque le flot ;‖ les vagues courroucées,Rejaillissant au loin‖ par les vagues poussées,D’une poussière humide‖ obscurcissent les airs,Du fracas de leur chute‖ ébranlent les déserts,Et, portant leur fureur‖ au lit qui les rassemble,Tout en s’y combattant‖ leurs flots roulent ensemble.Mais la foudre se tait.‖ Écoutez !… Des concertsDe cette plaine en deuil‖ s’élèvent dans les airs :La harpe, le clairon,‖ la joyeuse cymbale,Mêlant leurs voix d’airain,‖ montent par intervalle,S’éloignent par degrés,‖ et sur l’aile des ventsNous jettent leurs accords,‖ et les cris des mourants !…De leurs brillants éclats‖ les coteaux retentissent ;Le cœur glacé s’arrête,‖ et tous les sens frémissent,Et dans les airs pesants‖ que le son vient froisserOn dirait qu’on entend‖ l’âme des morts passer !Tout à coup le soleil,‖ dissipant le nuage,Éclaire avec horreur‖ la scène du carnage ;Et son pâle rayon,‖ sur la terre glissant,Découvre à nos regards‖ de longs ruisseaux de sang,Des coursiers et des chars‖ brisés dans la carrière,Des membres mutilés‖ épars sur la poussière,Les débris confondus‖ des armes et des corps,Et les drapeaux jetés‖ sur des monceaux de morts.
Accourez maintenant,‖ amis, épouses, mères !Venez compter vos fils,‖ vos amants et vos frères ;Venez sur ces débris‖ disputer aux vautoursL’espoir de vos vieux ans,‖ le fruit de vos amours…Que de larmes sans fin‖ sur eux vont se répandre !Dans vos cités en deuil‖ que de cris vont s’entendreAvant qu’avec douleur‖ la terre ait reproduit,Misérables mortels,‖ ce qu’un jour a détruit !Mais au sort des humains‖ la nature insensibleSur leurs débris épars‖ suivra son cours paisible :Demain, la douce aurore,‖ en se levant sur eux,Dans leur acier sanglant‖ réfléchira ses feux ;Le fleuve lavera‖ sa rive ensanglantée,Les vents balayeront‖ leur poussière infectée,Et le sol, engraissé‖ de leurs restes fumants,Cachera sous des fleurs‖ leurs pâles ossements !
Silence, Esprit de feu !‖ Mon âme épouvantéeSuit le frémissement‖ de ta corde irritée,Et court en frissonnant‖ sur tes pas belliqueux,Comme un char emporté‖ par des coursiers fougueux ;Mais mon œil, attristé‖ de ces sombres images,Se détourne en pleurant‖ vers de plus doux rivages.N’as-tu point sur ta lyre‖ un chant consolateur ?N’as-tu pas entendu‖ la flûte du pasteur,Quand seul, assis en paix‖ sous le pampre qui plie,Il charme par ses airs‖ les heures qu’il oublie,Et que l’écho des bois,‖ ou le fleuve en coulant,Porte de saule en saule‖ un son plaintif et lent ?Souvent pour l’écouter,‖ le soir, sur la colline,Du côté de ses chants‖ mon oreille s’incline ;Mon cœur, par un soupir‖ soulagé de son poids,Dans un monde étranger‖ se perd avec la voix ;Et je sens par moments,‖ sur mon âme calmée,Passer avec le son‖ une brise embaumée,Plus douce qu’à mes sens‖ l’ombre des arbrisseaux,Ou que l’air rafraîchi‖ qui sort du lit des eaux.
Un vent caresse ma lyre :Est-ce l’aile d’un oiseau ?Sa voix dans le cœur expireEt l’humble corde soupireComme un flexible roseau.
Ô vallons paternels,‖ doux champs, humble chaumièreAu bord penchant des bois‖ suspendue aux coteaux,Dont l’humble toit, caché‖ sous des touffes de lierre,Ressemble au nid sous les rameaux ;
Gazons entrecoupés‖ de ruisseaux et d’ombrages ;Seuil antique où mon père,‖ adoré comme un roi,Comptait ses gras troupeaux‖ rentrant des pâturages,Ouvrez-vous, ouvrez-vous ! c’est moi.
Voilà du dieu des champs‖ la rustique demeure.J’entends l’airain frémir‖ au sommet de ses tours ;Il semble que dans l’air‖ une voix qui me pleureMe rappelle à mes premiers jours.
Oui, je reviens à toi,‖ berceau de mon enfance,Embrasser pour jamais‖ tes foyers protecteurs.Loin de moi les cités‖ et leur vaine opulence !Je suis né parmi les pasteurs.
Enfant, j’aimais, comme eux,‖ à suivre dans la plaineLes agneaux pas à pas,‖ égarés jusqu’au soir ;À revenir, comme eux,‖ baigner leur blanche laineDans l’eau courante du lavoir.
J’aimais à me suspendre‖ aux lianes légères,À gravir dans les airs‖ de rameaux en rameaux,Pour ravir le premier,‖ sous l’aile de leurs mères,Les tendres œufs des tourtereaux.
J’aimais les voix du soir‖ dans les airs répandues,Le bruit lointain des chars‖ gémissant sous leur poids,Et le sourd tintement‖ des cloches suspenduesAu cou des chevreaux dans les bois.
Et depuis, exilé‖ de ces douces retraites,Comme un vase imprégné‖ d’une première odeur,Toujours, loin des cités,‖ des voluptés secrètesEntraînaient mes yeux et mon cœur.
Beaux lieux, recevez-moi‖ sous vos sacrés ombrages !Vous qui couvrez le seuil‖ de rameaux éplorés,Saules contemporains,‖ courbez vos longs feuillagesSur le frère que vous pleurez.
Reconnaissez mes pas,‖ doux gazons que je foule,Arbres que dans mes jeux‖ j’insultais autrefois ;Et toi qui loin de moi‖ te cachais à la foule,Triste écho, réponds à ma voix.
Je ne viens pas traîner,‖ dans vos riants asiles,Les regrets du passé,‖ les songes du futur :J’y viens vivre, et, couché‖ sous vos berceaux fertiles,Abriter mon repos obscur.
S’éveiller le cœur pur,‖ au réveil de l’aurore,Pour bénir, au matin,‖ le Dieu qui fait le jour ;Voir les fleurs du vallon‖ sous la rosée éclore,Comme pour fêter son retour ;
Respirer les parfums‖ que la colline exhale,Ou l’humide fraîcheur‖ qui tombe des forêts ;Voir onduler de loin‖ l’haleine matinaleSur le sein flottant des guérets ;
Conduire la génisse‖ à la source qu’elle aime,Ou suspendre la chèvre‖ au cytise embaumé,Ou voir les blancs taureaux‖ venir tendre d’eux-mêmeLeur front au joug accoutumé ;
Guider un soc tremblant‖ dans un sillon qui crie,Du pampre domestique‖ émonder les berceaux,Ou creuser mollement,‖ au sein de la prairie,Les lits murmurants des ruisseaux ;
Le soir, assis en paix‖ au seuil de la chaumière,Tendre au pauvre qui passe‖ un morceau de son pain,Et, fatigué du jour,‖ y fermer sa paupièreLoin des soucis du lendemain ;
Sentir sans les compter,‖ dans leur ordre paisible,Les jours suivre les jours,‖ sans faire plus de bruitQue ce sable léger‖ dont la fuite insensibleNous marque l’heure qui s’enfuit ;
Voir de vos doux vergers‖ sur vos fronts les fruits pendreLes fruits d’un chaste amour‖ dans vos bras accourir,Et, sur eux appuyé,‖ doucement redescendre :C’est assez pour qui doit mourir.
Le chant meurt, la voix tombe.‖ Adieu, divin Génie ;Remonte au vrai séjour‖ de la pure harmonie !Tes chants ont arrêté‖ les larmes de mes yeux.Je lui parlais encore…‖ Il était dans les cieux.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 108((aa)) 20(abab) 15(abaab) 1(aabb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (282 de 12, 85 de 8, 8 de 7)· profil 7, 8, 6+6
- Strophes
- 21 quatrains, 15 quintils, 8 distiquess
- Mots à la rime
- a embrasée / rosée féminine, classiqueb silencieux / yeux masculine, classiquec âme / flamme féminine, classiqued effort / s’endort masculine, classiquee génie / harmonie féminine, classiquef airs / concerts masculine, classiqueg encore / implore féminine, classiqueh inspiré / gré masculine, classiquea obéissante / frémissante féminine, classiqueb cadencé / passé masculine, classiquea rivage / plage / l’ombrage féminine, classiqueb bords / accords masculine, classiquea tourterelle / fidèle / aile féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea livre / m’enivre / revivre féminine, classiqueb bonheur / cœur masculine, classiquea Aurore / d’éclore / encore féminine, classiqueb pur / azur masculine, classiquea soupire / expire / sourire féminine, classiqueb mystérieux / yeux masculine, classiquea faiblesse / abaisse / tristesse féminine, classiqueb félicité / volupté masculine, classiquea qu’avertie / anéantie / vie féminine, classiqueb plaisirs / soupirs masculine, classiquea avide / rapide / limpide féminine, classiqueb pleurs / couleurs masculine, classiquea arrive / plaintive / fugitive féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea bien-aimée / calmée / parfumée féminine, classiqueb jours / cours masculine, classiquea passage / image / rivage féminine, classiqueb demi / endormi masculine, classiquea retire / expire / zéphire féminine, classiqueb baisé / épuisé masculine, classiquea suprême / aime / même féminine, classiqueb dieux / mélodieux masculine, classiquea amollie / affaiblie féminine, classiqueb l’exprimer / aimer masculine, classiquec renvoie / joie féminine, classiqued voix / fois masculine, classiquee harmonie / génie féminine, classiquef main / d’airain masculine, classiquea gronde / l’onde féminine, classiqueb airs / mers masculine, classiquea rivages / orages féminine, classiqueb aquilons / vallons masculine, classiquec cimes / abîmes féminine, classiqued amers / mers masculine, classiquee éperdue / suspendue féminine, classiquef horreurs / terreurs masculine, classiqueg ignore / encore féminine, classiqueh rocher / rattacher masculine, classiquei route / goutte féminine, classiquej troupeau / fardeau masculine, classiquek vivre / délivre féminine, classiquel mépris / flétris masculine, classiquem vie / assoupie féminine, classiquen effort / sort masculine, classiqueo atteindre / s’éteindre féminine, classiquep humains / chemins masculine, classiqueq places / traces féminine, classiquer hélas / ici-bas masculine, classiques affligée / changée féminine, classiquet douleurs / pleurs masculine, classiqueu d’orage / feuillage féminine, classiquev félicité / été masculine, classiquew ennemie / vie féminine, classiquex humains / mains masculine, classiquey délivre / vivre féminine, classiquez regards / hasards masculine, classiquea frappée / trempée / l’épée féminine, classiqueb coursier / bouclier masculine, classiquea alarmes / armes féminine, classiqueb épars / parts masculine, classiquec mortelles / ailes féminine, classiqued impuissant / frémissant masculine, classiquee immense / silence féminine, classiquef soldats / trépas masculine, classiqueg hennissent / retentissent féminine, classiqueh vents / mouvants masculine, classiquei victoire / gloire féminine, classiquej pavillons / bataillons masculine, classiquea grondent / répondent féminine, classiqueb effort / mort masculine, classiquec trace / repasse féminine, classiqued vallon / sillon masculine, classiquee promène / plaine féminine, classiquef fleur / valeur masculine, classiqueg lumière / crinière féminine, classiqueh trépas / pas masculine, classiquei l’arène / rêne féminine, classiquej expirant / pleurant masculine, classiquel étendards / regards masculine, classiquem carrière / poussière féminine, classiquen rameaux / lambeaux masculine, classiqueo humectée / ensanglantée féminine, classiquep demi / ami masculine, classiqueq ensemble / rassemble féminine, classiquer éclats / soldats masculine, classiques écumante / fumante féminine, classiquet rangs / mourants masculine, classiquea vengeance / vaillance féminine, classiqueb bataillons / tourbillons masculine, classiquec s’entr’ouvrent / couvrent féminine, classiqued fer / éclair masculine, classiquee fumée / enflammée féminine, classiqueg profondes / ondes féminine, classiqueh disputer / heurter masculine, classiquei courroucées / poussées féminine, classiquej airs / déserts masculine, classiquek rassemble / ensemble féminine, classiquel concerts / airs masculine, classiquem cymbale / intervalle féminine, classiquen vents / mourants masculine, classiqueo retentissent / frémissent féminine, classiquep froisser / passer masculine, classiqueq nuage / carnage féminine, classiquer glissant / sang masculine, classiquet corps / morts masculine, classiquea mères / frères féminine, classiqueb vautours / amours masculine, classiquec répandre / s’entendre féminine, classiqued reproduit / détruit masculine, classiquee insensible / paisible féminine, classiquef eux / feux masculine, classiqueg ensanglantée / infectée féminine, classiqueh fumants / ossements masculine, classiquea épouvantée / irritée féminine, classiqueb belliqueux / fougueux masculine, classiquec images / rivages féminine, classiqued consolateur / pasteur masculine, non classiquee plie / oublie féminine, classiquef coulant / lent masculine, classiqueg colline / s’incline féminine, classiqueh poids / voix masculine, classiquei calmée / embaumée féminine, classiquej arbrisseaux / eaux masculine, classiquea lyre / expire / soupire féminine, classiqueb oiseau / roseau masculine, classiquea chaumière / lierre féminine, classiqueb coteaux / rameaux masculine, classiquea d’ombrages / pâturages féminine, classiqueb roi / moi masculine, classiquea demeure / pleure féminine, classiqueb tours / jours masculine, classiquea enfance / opulence féminine, classiqueb protecteurs / pasteurs masculine, classiquea plaine / laine féminine, classiqueb soir / lavoir masculine, classiquea légères / mères féminine, classiqueb rameaux / tourtereaux masculine, classiquea répandues / suspendues féminine, classiqueb poids / bois masculine, classiquea retraites / secrètes féminine, classiqueb odeur / cœur masculine, classiquea ombrages / feuillages féminine, classiqueb éplorés / pleurez masculine, classiquea foule féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquea asiles / fertiles féminine, classiqueb futur / obscur masculine, classiquea l’aurore / éclore féminine, classiqueb jour / retour masculine, classiquea exhale / matinale féminine, classiqueb forêts / guérets masculine, classiquea aime / d’eux-même féminine, classiqueb embaumé / accoutumé masculine, classiquea crie / prairie féminine, classiqueb berceaux / ruisseaux masculine, classiquea chaumière / paupière féminine, classiqueb pain / lendemain masculine, classiquea paisible / insensible féminine, classiqueb bruit / s’enfuit masculine, classiquea pendre / redescendre féminine, classiqueb accourir / mourir masculine, classiquea Génie / harmonie féminine, classiqueb yeux / cieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
375 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources