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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1823

Stances

Alphonse de Lamartine· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Et j’ai dit dans mon cœur :‖ Que faire de la vie ?Irai-je encor, suivant‖ ceux qui m’ont devancé,Comme l’agneau qui passe‖ où sa mère a passé,Imiter des mortels‖ l’immortelle folie ?

L’un cherche sur les mers‖ les trésors de Memnon,Et la vague engloutit‖ ses vœux et son navire ;Dans le sein de la gloire‖ où son génie aspire,L’autre meurt enivré‖ par l’écho d’un vain nom.

Avec nos passions‖ formant sa vaste trame,Celui-là fonde un trône,‖ et monte pour tomber ;Dans des piéges plus doux‖ aimant à succomber,Celui-ci lit son sort‖ dans les yeux d’une femme.

Le paresseux s’endort‖ dans les bras de la faim ;Le laboureur conduit‖ sa fertile charrue ;Le savant pense et lit ;‖ le guerrier frappe et tue ;Le mendiant s’assied‖ sur le bord du chemin.

Où vont-ils cependant ?‖ Ils vont où va la feuilleQue chasse devant lui‖ le souffle des hivers.Ainsi vont se flétrir‖ dans leurs travaux diversCes générations‖ que le temps sème et cueille.

Ils luttaient contre lui,‖ mais le temps a vaincu :Comme un fleuve engloutit‖ le sable de ses rives,Je l’ai vu dévorer‖ leurs ombres fugitives.Ils sont nés, ils sont morts :‖ Seigneur, ont-ils vécu ?

Pour moi, je chanterai‖ le maître que j’adore,Dans le bruit des cités,‖ dans la paix des déserts,Couché sur le rivage,‖ ou flottant sur les mers,Au déclin du soleil,‖ au réveil de l’aurore.

La terre m’a crié :‖ « Qui donc est le Seigneur ? »Celui dont l’âme immense‖ est partout répandue,Celui dont un seul pas‖ mesure l’étendue,Celui dont le soleil‖ emprunte sa splendeur,

Celui qui du néant‖ a tiré la matière,Celui qui sur le vide‖ a fondé l’univers,Celui qui sans rivage‖ a renfermé les mers,Celui qui d’un regard‖ a lancé la lumière,

Celui qui ne connaît‖ ni jour ni lendemain,Celui qui de tout temps‖ de soi-même s’enfante,Qui vit dans l’avenir‖ comme à l’heure présente,Et rappelle les temps‖ échappés de sa main :

C’est lui, c’est le Seigneur !‖… Que ma langue rediseLes cent noms de sa gloire‖ aux enfants des mortels :Comme la lampe d’or‖ pendue à ses autels,Je chanterai pour lui‖ jusqu’à ce qu’il me brise.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a vie / folie féminine, classiqueb devancé / passé masculine, classiquea Memnon / nom masculine, classiqueb navire / aspire féminine, classiquea trame / femme féminine, classiqueb tomber / succomber masculine, classiquea faim / chemin masculine, classiqueb charrue / tue féminine, classiquea feuille / cueille féminine, classiqueb hivers / divers masculine, classiquea vaincu / vécu masculine, classiqueb rives / fugitives féminine, classiquea j’adore / l’aurore féminine, classiqueb déserts / mers masculine, classiquea Seigneur / splendeur masculine, classiqueb répandue / l’étendue féminine, classiquea matière / lumière féminine, classiqueb l’univers / mers masculine, classiquea lendemain / main masculine, classiqueb s’enfante / présente féminine, classiquea redise / brise féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources