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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Idylles héroïques, 1858· Herman

I. « Crois-tu qu’en ces déserts, transfuge de la vie »

Victor de Laprade· 14 quatrains, alexandrins et hexasyllabes, 56 vers

Herman

Crois-tu qu’en ces déserts,‖ transfuge de la vie,Je t’apporte à nourrir‖ quelque lâche douleur ;Que j’y vienne abriter‖ l’égoïsme et l’envie,Ou farder au soleil‖ leur immonde pâleur ?

Ton flanc escaladé‖ sent-il que je chancelle ?Est-ce un débile enfant,‖ par son rêve égaré,Qui, frappant ton granit‖ de ce bâton ferré,En fait à chaque pas‖ jaillir une étincelle ?

L’esprit des sommets

Je sais que la mollesse‖ et les désirs grossiersEt les amours vulgaires,Au seuil de mes jardins,‖ fermés par les glaciers.Ne se hasardent guères ;

Que l’argent de ma neige‖ et l’or du ciel en feuxEt l’encens de mes brisesN’ont jamais soulevé,‖ du côté des hauts lieux,Les basses convoitises.

Les simples et les forts‖ sont mes seuls courtisans.Mon trône de bruyèreDu pâtre et du chasseur‖ inspire, tous les ans,La chanson libre et fière.

Tu viens d’un pied hardi‖ me visiter comme eux ;Un vent frais te caresse…Et, pourtant, mon soleil‖ laisse à ton front brumeuxSon voile de tristesse.

Herman

Satisfait de mon sort‖ et moins triste que fier,Je ne viens pas gémir‖ assombri par l’injure ;Si j’étais l’offensé‖ de ce siècle de fer,Je mettrais plus d’orgueil‖ à cacher ma blessure.

Mais sous mon toit béni‖ s’assied le vrai bonheur ;J’y vois l’aïeul sourire‖ au nourrisson robuste.Riche des fruits de l’arbre‖ et des fleurs de l’arbuste,Je ne désire rien…‖ j’ai le pain et l’honneur.

Je trouve en ces forêts‖ et mon luxe et mes fêtes ;Plongé dans la nature,‖ y parlant à nos dieux.Tout ce que je demande‖ à cet âge odieux.C’est d’épargner encor‖ tes bois et mes retraites.

Si je viens, triste et seul,‖ au-devant du désert,C’est pour fuir dans l’azur,‖ sur ta cime où je monteL’aspect même du joug‖ dont il aime la honteEt leurs lâches plaisirs‖ où la vigueur se perd ;

Pour couvrir du silence‖ et de l’ombre des chênesD’indignes souvenirs‖ dont je suis innocent ;Pour respirer un air‖ plus vif et plus puissantEt qui soit pur, au moins,‖ des serviles haleines.

Je cherche, au fond des bois,‖ un autel, chaste encor,Qui résiste à l’orgueil‖ des pompeux sacrificesEt, libre, en son mépris‖ pour le marbre et pour l’or,N’ait pas au crime heureux‖ offert ses dieux complices.

L’esprit

Viens ! j’accueille et nourris‖ ce fécond désespoir,Ces haines magnanimes ;Je hausse les cœurs fiers‖ et d’un ferme vouloirAu niveau de mes cimes.

Viens ! j’ouvre à tes désirs‖ cet austère jardin ;Mon soleil t’y convie.Récolte avec mes fleurs,‖ de gradin en gradin,Les conseils de la vie.

Versification

Forme
14 quatrains (strophes variées)
Rimes
9(abab) 5(abba)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (44 de 12, 12 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a vie / l’envie féminine, classiqueb douleur / pâleur masculine, classiquea chancelle / étincelle féminine, classiqueb égaré / ferré masculine, classiquea grossiers / glaciers masculine, classiqueb vulgaires / guères féminine, classiquea feux / lieux masculine, classiqueb brises / convoitises féminine, classiquea courtisans / ans masculine, classiqueb bruyère / fière féminine, classiquea eux / brumeux masculine, classiqueb caresse / tristesse féminine, classiquea fier / fer masculine, classiqueb l’injure / blessure féminine, classiquea bonheur / l’honneur masculine, classiqueb robuste / l’arbuste féminine, classiquea fêtes / retraites féminine, classiqueb dieux / odieux masculine, classiquea désert / perd masculine, classiqueb monte / honte féminine, classiquea chênes / haleines féminine, classiqueb innocent / puissant masculine, classiquea encor / l’or masculine, classiqueb sacrifices / complices féminine, classiquea désespoir / vouloir masculine, classiqueb magnanimes / cimes féminine, classiquea jardin / gradin masculine, classiqueb convie / vie féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources