Idylles héroïques, 1858· Frantz
Prologue
Avril
C’est moi qui décoche à ta vitreCe rayon d’or leste et joyeuxDont le feu, sur ton noir pupitre,Tombe et rejaillit dans tes yeux.
Ferme, en chassant ton rêve sombre,Ce livre jaune où tu t’endors ;Fuis gaîment la ville et son ombrePour me suivre aux prés, d’où je sors.
Je suis le printemps ! Dieu m’envoie,Plein de musique et de couleurs,Pour semer la vie et la joieDans les âmes et dans les fleurs.
Frantz
Je fuirai sans regrets‖ ce toit sombre et mon livre,Ô printemps ! mais je veux du moins,Sous ton jeune soleil‖ qui m’invite à le suivre,Marcher sans guide et sans témoins.
Je hais tous les sentiers‖ que le passant me nomme,Tout lieu d’où je suis revenu ;Je veux, dans le désert,‖ loin des traces de l’homme,Je veux voir de près l’inconnu.
Le bâton de l’aïeul
Toi qui cherches ton passage,Fier de le trouver tout seul,Si ton cœur est resté sage,Prends le bâton de l’aïeul.
Quelque jour, entre deux routes,Hésitant, chargé d’ennui,Si tu t’assieds, si tu doutes…,Laisse-toi guider par lui.
Tu peux sur sa rude écorceT’appuyer en sûreté ;Il a donné de sa forceÀ tous ceux qui l’ont porté.
Il n’a pas conduit ses maîtresVers les orgueilleux sommets ;Mais, par lui, de tes ancêtresLe pied n’a tremblé jamais.
Ceux-là n’avaient pas l’envieDe fuir tout le genre humain,Et, pour traverser la vie,Ils prenaient le droit chemin.
Par la montagne et la plaine,Partout où le blé mûrit,Ils creusaient, sans perdre haleine,Le sillon qui te nourrit.
Posant leur sceptre de frêneSur le seuil de la maison,Ils rentraient, l’âme sereine,Sans rêver d’autre horizon.
Fais comme eux : viens, abandonneL’oisif orgueil ; il te perd…La nature qui t’est bonne,C’est le champ, non le désert !
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes et octosyllabes (32 de 7, 16 de 8, 4 de 12)· profil 7, 8, 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a vitre / pupitre féminine, classiqueb joyeux / yeux masculine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb t’endors / sors masculine, classiquea m’envoie / joie féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea livre / suivre féminine, classiqueb moins / témoins masculine, classiquea nomme / l’homme féminine, classiqueb revenu / l’inconnu masculine, classiquea passage / sage féminine, classiqueb seul / l’aïeul masculine, classiquea routes / doutes féminine, classiqueb d’ennui / lui masculine, classiquea écorce / force féminine, classiqueb sûreté / porté masculine, classiquea maîtres / ancêtres féminine, classiqueb sommets / jamais masculine, classiquea l’envie / vie féminine, classiqueb humain / chemin masculine, classiquea plaine / haleine féminine, classiqueb mûrit / nourrit masculine, classiquea frêne / sereine féminine, classiqueb maison / horizon masculine, classiquea abandonne / bonne féminine, classiqueb perd / désert masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources