Le livre d’un père, 1877
XI. La sœur aînée
Elle avait ses cinq ans à peine,Qu’on admirait dans la maison,Dans la maison bruyante et pleine,Sa bonne humeur et sa raison.
Toujours à bien faire occupée,Ferme et vaillante avec douceur,Elle aimait, au lieu de poupée,Elle aimait sa petite sœur.
Elle veillait à ses toilettesComme une petite maman,Présidait aux jeux, aux emplettes,Aux surprises du jour de l’an.
Elle arrangeait l’affreux bagageDes grands frères désordonnés,Et de jolis nœuds, son ouvrage,Leurs cous rétifs étaient ornés.
Qu’on perdît un livre d’étude,Cahier, canif et cætera…On disait sans inquiétude :« Bah ! Hélène le trouvera ! »
Faisant moins de bruit que personne,À peine elle avait entendu,Au négligent qui l’abandonneElle apportait l’objet perdu.
Et parfois, dans les cas suprêmes,À ses yeux vifs ayant recours,Le père et la maman eux-mêmesAvaient besoin de son secours.
Mais c’est quand vint le petit frère,C’est alors qu’il fallait la voir !Comme elle était heureuse et fièreDe bercer l’enfant chaque soir !
Alors elle était grande et sage,Bonne aux plus sérieux emplois ;Ce n’était point un badinage,Elle avait sept ans, cette fois !
Quelle prudence maternelleAux premiers pas du gros bébé !Jamais en trottinant près d’elleLe cher petit n’était tombé.
Qu’on le taquine ou qu’on le gronde,On verra si la bonne sœur,La servante de tout le monde,Sait résister à l’oppresseur.
Se dressant de toute sa tailleEt le cachant contre son sein,Elle est prête à livrer bataille :La poule défend son poussin.
Si vous n’aimiez pas votre HélèneAprès un passé si touchant,Votre âme serait bien vilaine,Paul, et vous seriez bien méchant !
Mais des soins et de l’amour tendre,Cher petit, déjà coutumier,À la chérir, à la défendre,Tu seras toujours le premier.
C’est notre jeune providence :Nous puisons tous à ce trésor.On aime, on vante sa prudence ;Toi, tu la vantes plus encor.
Elle fut ta petite mère,Et tu vois comme elle s’y prendPour être douce à son vieux père ;Tu vois les soins qu’elle me rend.
La voilà grande et presque femme,Et ceux-là seront trop heureuxQui, nous ôtant cette chère âme,Se la partageront entre eux.
Aimez-la bien, la sœur aînée,Retenez-la dans notre nid ;C’est pour vous qu’elle nous est née,Et votre père la bénit.
Décembre 1873.
Versification
- Forme
- 18 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 18(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 18 quatrains
- Mots à la rime
- a peine / pleine féminine, classiqueb maison / raison masculine, classiquea occupée / poupée féminine, classiqueb douceur / sœur masculine, classiquea toilettes / emplettes féminine, classiqueb maman / l’an masculine, classiquea bagage / ouvrage féminine, classiqueb désordonnés / ornés masculine, classiquea d’étude / inquiétude féminine, classiqueb cætera / trouvera masculine, classiquea personne / l’abandonne féminine, classiqueb entendu / perdu masculine, classiquea suprêmes / eux-mêmes féminine, classiqueb recours / secours masculine, classiquea frère / fière féminine, classiqueb voir / soir masculine, classiquea sage / badinage féminine, classiqueb emplois / fois masculine, classiquea maternelle / d’elle féminine, classiqueb bébé / tombé masculine, classiquea gronde / monde féminine, classiqueb sœur / l’oppresseur masculine, classiquea taille / bataille féminine, classiqueb sein / poussin masculine, classiquea Hélène / vilaine féminine, classiqueb touchant / méchant masculine, classiquea tendre / défendre féminine, classiqueb coutumier / premier masculine, classiquea providence / prudence féminine, classiqueb trésor / encor masculine, classiquea mère / père féminine, classiqueb prend / rend masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb heureux / eux masculine, classiquea aînée / née féminine, classiqueb nid / bénit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources